GRANGE DE L'ABBÉ A GLASTONBLRY
Quoique cet édifice soit une des plus intéressantes reliques de l'ancienne splendeur architecturale de Glasionbury et qu'il constitue dans son genre un des types les plus beaux et les plus grandioses que l'on puisse rencontrer , il a cependant échappé à l'attention de Stukely, de Gough et de la plupart des autres archéologues et touristes. On n'a aucune donnée sur l'époque de sa fondation , et comme l'on est réduit à juger de son âge d'après le style de son ornementation , nous pensons que cette grange a été bâtie à la même époque que la Cuisine de l'Abbé , c'est-à-dire vers la fin
du XIV ou au cominenecment du" XV° siècle , alors que Chinnock était abbé de Glaslonbury.
iV. G9. Planche I. — Façade du sud. Médaillons qui décorent le sommet des quatre gables de l'édifice.
N". 70. Planche II. — Demi-plan par terre. Fenêtre du porcbe et détails de la façade, côté du sud.
Il suffit du demi-plan ici reproduit pour faire juger de l'étendue et de la forme générale de cette grange , dont l'aire occupe le centre. Outre la grande porte de face , chacun des deux porches en transept est muni de deux petites portes latérales. On a figuré , sur la partie droi'.e du plan , la projection de la charpente ilu comble.
La figure 2 représente la fenêtre située dans le gable de l'un des porches. Ces fenêtres sont richement moulurées et d'un três-joli trace. Les profils en sont donnés à la figure 5 , ainsi que ceux du jambage de la porte et de l'amortissement ù redents en talus d'un contrefort.
N". 71. Planche III. — Façade du couchant et coupe suivant l'axe des porches
ou du transept.
Fig. 1 . Cette façade est naturellement ici encadrée par l'une des élévations latérales de chacun des porches. La composition en est aussi belle que bien appropriée à la destination de l'édifice : c'est, en eft'et, une heureuse idée que celle d'avoir tiré parti, pour l'ornementation architcctonique , des étroites meurtrières que nécessitait la ventilation de la grange ; et la forme de croix donnée aux meurtrières supérieures , ainsi que Ks médaillons aux attributs évangéliques et les oculi trinitaircs qui décorent les tympans des gables, sont d'édifiants témoins de la sublime source où les artistes du moyen âge puisaient leurs nobles inspirations.
On voit à la coupe, fig. 2, que la charpente du vaisseau se compose, comme celle des halles , d'un système de grandes fermes ogivales , dont le tracé , quoique simple , est fort bien entendu.
N". 7^. Pi,vm;iie I\'. — Déuiils oniemeiitiiiix ilrs ('■lévutions doiiiu'Cs ;iux pl.tnclics I cl III ci-dossiis.
Ia's deux ^Mca du grand comble sont couronnés par des slalues de demi-grandeur nalurclle. Celle ici représenlée apparlicnl au gable du eoucbanl : c'est un évéque porlanl sa crosse cl revêtu de l'ancien costume épiscopal (1). Au-dessous de celle (igure , nous avons iracé le prolil du chaperon des gables ; les joints en sont taillés obliquement , de manière à ce que leur elievauclicmcnt empêche toute fiitration de la pluie. Les gables des porches ont pour acrotères des bouquets d'un fort joli dessin, iiinsi que le montre celui ici reproduit de face et de profd. Au bas de la planche , on voit de front et de flanc ramoriisssmcnt de l'un des contreforts qui butent les gables de porche. Le profd de cet amortissement est d'une grande élégance , et le lioulcdogue qui le surmonte est plein d'action et de physionomie. La tète de roi couronné qui vient ensuite est l'ornement de l'un des corbeaux qui supportent les chaperons de gable du grand comble. Enfin , le profd qui figure dans l'angle supérieur et à droite de cette planche est celui de la corniche de comble.
N". 73. Planche V. — Détails des tympans des gables du grand comble.
i\ous donnons d'abord , en élévation et coupe , l'un des oculi trinitaires déjà mentionnés ; le tracé en est beau et les moulures fort élégantes ( 2 ). Vient ensuite , en élévations intérieure et extérieure et en plan , l'une des étroites baies en arbalélriérc (jui se trouvent accouplées sur les tympans des grands gables.
IVous croyons ne pouvoir mieux terminer la description de ce beau type de notre vieille architecture qu'en exprimant ici nos vœux les plus fervents pour sa conservation. Les constructeurs et fondateurs du moyen âge nous ont légué , de leur science , de
( 1 ) Ces siatuelles représentent probablemenl quelques saints patrons de l'abbaye ou bien des évêques qui l'onl dotée de leurs bienfaits.
( 2 ) Il se trouve , dans les ailes de l'abbaye de Westminster , des oculi du même genre , mais beaucoup plus grands et plus ouvragés que ceux-ci. On en voit aussi dans la claire-voie de la nef de la cathédrale de Lichfield.
leur bon goût et de leur générosité , des monuments avec lesquels bien peu d'œuvrcs modernes peuvent avec avantage soutenir la comparaison. Grâce à leurs excellents procédés d'exécution , leurs édifices ont su se conserver intacts pendant de longs siècles ; et si de nombreux chefs-d'œuvre de cette admirable école ne sont maintenant plus que des ruines ou de simples souvenirs , ce sont bien moins les ravages du temps que le vandalisme et le mauvais goût des modernes qu'il faut en accuser. Enfin , h notre sentiment, la grange, la simple grange que nous venons d'examiner, est une page plus éloquente que le plus beau discours possible à la louange de l'arcbitectort' ogivale ou plus proprement dit de l'art chrétien , car dans ce mot , dans cet unii|ue mot, se trouve tout entier le secret des merveilleuses ressources déployées dans les constructions et dans toutes les autres branches de la science et de l'art au moyen âge.