‹ Types d'architecture gothique, empruntés aux édifices les plus remarquables construits en Angleterre pendant les XII, XIII, XIV, XV, et XVI siècles (volume 2)Chapitre 2 sur 20 · ET SUR SON IMITATION PAU LES MODERNES · texte numérisé non relu

ET SUR SON IMITATION PAU LES MODERNES

PRÉCÉDÉES D'DNE

Notice sur les Œuvres archéologiques de feu Auguste Pugin.

La mort est venue terminer la noble carrière d'Auguste Pugin au moment où il mettait au jour les premières livraisons du tome II des Types d'Architecture gothique. L'art chrétien a perdu en lui l'une de ses plus vives lumières, l'un de ses rénovateurs les plus habiles , surtout au point de vue de l'application pratique ; et cette perte eut été bien plus vivement sentie encore, si notre illustre ami ne nous avait laissé, en l'héritier de son nom et de sa science , non-seulement un digne continuateur de l'œuvre sainte et nationale à laquelle il a consacré sa vie d'artiste , mais encore un des archéologues chrétiens les plus savants et les plus féconds de notre époque, [i)

( 1 ) De tous les archéologues et arcliilectcs modernes , Auguste Pugin est le premier qui ait , eu ce qui concerne le moyen âge , sérieusement compris et appliqué avec mélhode le principe que : Dans te domaine des arts d'imitation , un bon modèle est souvent plus utile que le traité le plus savani,

Confonnémciit au désir que son père en mourant lui avait témoigne , M. A. A\'ciby Pugin s'est empressé d'achever la composition de ce second volume des Typvs-, il n'a néglige aucun soin pour le rendre digne en tous points du premier ; et le long rel;ird appelle dans sa publication est uniiiuemcnt dû à l'impossibilité où nous nous sommes trouvé , pour causes de santé et d'affaires , d'en terminer plus lot la i)artie lilléraire. En mettant aujourd'hui la dernière main à ce travail , nous considérons comme un devoir de rappeler brièvement ici les nombreux ouvrages dont feu notre illustre ami a enrichi l'architeclonograpliie du moyen âge.

Longtemps avant que Pugin père se fût imposé la laborieuse lâche d'y pourvoir , les hommes de l'art avaient généralement senti le besoin d'avoir à leur disposition une collection de dessins géométraux , reproduisant d'une manière exacte et aulhcnlique les détails caractéristiques du style ogival. On avait alors déjà , il est vrai , publié de nombreux recueils de belles gravures , et dépensé force imagination et érudition en recherches historiques et en discussions scientifiques sur l'architectin'c chrétienne; mais, toutes précieuses qu'elles pussent être d'ailleurs pour les archéologues et pour les amateurs du grand monde , la plupart de ces publications n'étaient que d'une bien mince utilité aux architectes ; et , en effet , au point de vue de l'application , quel profit ces derniers pouvaient-ils tirer , soit de ces dessins en perspective et de ces vues d'ensemble dans lesquels les détails sont à peine accusés , soit de ces dissertations

la théorie la plus transcendante. Il a , par ses travaux , rendu d'immenses services à la renaissance du vrai style chrétien , et la voie qu'il a ouverte est, depuis lors, généralement suivie par tout ce que l'Angleterre, la France, l'Allemagne et la Belgique comptent de travailleurs sérieux en archéologie ; aussi cette noble science a-t-elle , depuis 20 ans , fait des progrès aussi rapides que certains. Architecte avant tout , Pugin père préféra la science pratique à la théorie spéculative. Convaincu , par les preuves nombreuses qu'il en avait sous les yeux , que les œuvres savantes des archéologues , ses devanciers , n'avaient point sufli pour donner aux architectes anglais des idées exactes sur le style ogival , il y pourvut en composant pour eux une série d'ouvrages qui constituent une véritable encyclopédie de l'architecture chrétienne ; et c'est ainsi qu'il contribua beaucoup à former le goût de ses compatriotes et à mettre un terme aux choquantes hérésies dont ils s'étaient rendus coupables en fait de construction et restauration d'édifices gothiques.

La Belgique a trouvé , sous le rapport de l'érudition , sinon sous celui du style littéraire , un digne élève de l'illustre de Caumont dans l'auteur de Vllistoire de notre architecture nationale ; mais elle attend encore un Pugin , et rien , à notre avis du moins , ne présage sa venue prochaine.

.inlius cl si souvent Iiasardées sur l'oriiiine dr l'ogive, sur les caniclères qui iliiïciciieienl ciiiif l'iix les styles saxon cl noriiiantl ( 1 ) , enfin sur les prétentions rivales (le l'Allemagne, de la Franec et de l'Angleterre en ce (|ni concerne la priorité (l'invention du système ogival'? (2) Ce (pi'il fallait, et ce (pii mancpiait complètement alors aux eonslrueteurs et restaurateurs d'édifices gothiques, c'était un ouvrage dun prix peu élevé et dans lequel ils pussent trouver , comme modèles à suivre , une collection de spécimens, enqn'unlés aux constructions gotliiciucs encore existantes, copiés fidèlement d'ajjrès nature , rendus en épures exactement cotées, et embrassant dans leur ensemble tous les détails que comportent, dans les différents genres d'édifices, les périodes ou transformations successives de ce beau style. Ayant eu le i)remier l'idée d'une publication de cette nature, nous en communiquâmes le plan , dès 18IH , à Auguste Pugiu, lorsqu'il vint à Lincoln pour y dessiner (pielqncs édifices anciens (jui devaient figurer dans le tome V des Antiquités architectuiuks de lîritton , alors en cours de publication ; et cette idée fut si chaleureusement accueillie par lui, (pie

( \ ) Dans l'ouvrage que M. Edmond Sharpe a publia , en 1810 , sous lo tilre de : The sevcn periods of cliurch architecture , cel archilecte prouve que, au lieu de cinq périodes admises dans rarchiteclure du moyen âge anglais par les architectes et archéologues , il faut en distinguer sept , savoir : la 1«. (saxonne), jusqu'en 1066 ; la 2«. {normande),àe t066à H-io; la 3». { transitionnelle) , dellib à 1190; la4«. (à lartcette), de H'JO à 1245; la b=. {géométrique), de 1215 à 1313; la 6-. (curviligne), de 1513 à 1560, et la T. (rectiligne) , de 1360 à 1330.

ces divisions répondent à celles françaises , sauf la saxonne, qui est noire latine ou romane primordiale, cl \a curviligne , qui est noire renaissance.

( Extrait des Annales auciiéolûgiûces de France. )

(2) Un des plus savants archéologues anglais, M. Gally Knighl , a reconnu, après de longues recherches, que, dans toutes les révolutions qui ont changé en France et en Angleterre la face de rarchileclure, la France a toujours eu la priorité. ^^^^^^^^ AncaKOLOCQUES. )

Nous doutons que les archéologues anglais admettent, sans réserve aucune, celle conclusion si absolue posée par M. Gally Knight, surtout en ce qui concerne les transformations successives du style ogival; car s'il est vrai, ainsi que le prétend M. A. Bcresford Hope , que le collège de Canlorbery et l'église de Cheadle sont construits dans le style anglais du ^7f'^ cl non dans celui français des Xf et XVl' siècles, il s'ensuit évidemment que la priorité apparlicnl aux Anglais en ce qui concerne le gothique terliaire.

Il esl vrai de dire que ce gothique esl une dégénérescence relativement à celui des périodes précédentes , du moins en ce qui concerne les édilices ecclésiasliciues. ^

MOUS en arrêtâmes la réalisation immcdiate sous le titre de Spécimens d'Architecture gothique. Suivant notre plan . chaque sujet représenté devait être accompagné d'une notice descriptive, et l'ouvrage, précédé d'un court essai sur la décadence de l'art chrétien en Angleterre , ainsi que sur les diverses tentatives faites par les modernes pour en amener la renaissance , serait terminé par un glossaire technique , puisé aux anciennes et meilleures sources, et ayant pour but de donner la clef de la lerminologie, jusque-là fort peu connue, des éléments de rarcliiteclurc du moyen âge.

Il convient de faire remarquer ici que Pugin avait, dés 1816, publié en collaboration avec M. F. Mackcnsie et sous le même titre de Spécimens d'architecture gothique, un ouvrage composé de Gl planches, dont les sujets étaient, en majeure partie , empruntés aux anciens édifices d'Oxford ; mais cet ouvrage , malgré son analogie avec celui que nous publiâmes ensuite sous le même litre , n'avait pas la même utilité que ce dernier au point de vue de l'application pratique ; car , outre que plusieurs sujets n'offraient d'autre intérêt que celui d'être curieux , tous n'étaient représentés qu'en perspective , et ne pouvaient conséqucmment pas servir de modèles aux architectes constructeurs et restaurateurs.

Le grand succès obtenu par le premier volume des nouveaux spécimens engagea Pugin à en composer un second, lequel parut vers la fin de 1822.

Aidé de M. John Britton pour la partie du texte , Auguste Pugin fit paraître , de 1825 à 1828 , sous le titre de Spécimens des Antiquités architecloniqucs de la Normandie , un beau livre à gravures contenant , entre autres sujets curieux , plusieurs édifices de l'ancienne architecture domestique de cette contrée , remarquables par la richesse de leur construction , et offrant un intérêt tout particulier aux artistes anglais, à cause de leurs dissemblances , quant aux détails , avec les édifices de même genre et de même âge qui existent encore en Angleterre. C'était une idée heureuse que celle qui avait engagé notre infatigable ami à composer cet ouvrage; car, par les moyens de comparaison qu'il fournissait ainsi à nos architectes cl archéologues , il leur ouvrait une voie toute nouvelle d'étude et de progrès ( 1 ).

(1) La voie de comparaison, a dit Caylus , est pour l'antiquaire ce que les observations et l'expérience sont pour le physicien ; l'inspection de plusieurs nionumcns rapprochés avec soin en découvre l'usage , comme l'examen de plusieurs effets de la nature en dévoile le principe.

Voir l'introduction écrite par M. Britton pour cet ouvrage de Pugin sur les monumens de la

Normandie. Nous en publierons prochainement la traduction française.

Nolons en passant , bien que celte production soit clnui!ïèi-c à rarcliéologie clirctienne, (pie Pugin puMia \cis la nuinc époiiuc, i\v KS^iô à 1828, les Moniitiiens publics de I.oihIivs iUiishr.s — le texte composé \r.\r .M. Hiilton et les |)lanclics ilcssinées par les élèves de notre illustfe ami , sous sa direction.

Kncouragé par le succès de ses précédentes publications cl plus ipio jamais coii- \aincu de la haute utilité pratiipie de tout ouvrage conçu dans le même genre et stn- le même plan (pie les Spécimens, Auguste Pugiu se remit à l'œuvre cl fit paraitre, en janvier 18^28, le tome 1 du présent ouvrage. Si Ton compare les Spécimens aux Tj/pes , on trouve, il est vrai, cpi'unc même idée, un même principe a présidé à leur composition, cl (pie le dernier, ainsi (pie nous l'avons dc'jà dit, n'est, à proprement parler, que la continuation, le eomplémcnl du premier; inai.s on doil rcconnaitre, en faveur des Types, un plus grand (ini dans l'exécution grapbiquc, un clioix plus licureux des sujets cl un groupement de ceux-ci p!ut(Jl eoordoimé d'après la situation géographique des édifices qu'ils reiiroduisent , que d'après tout autre classement méthodi(iuc qu'on aurait pu leur donner; et c'est précisément à cause de cette disposition des planches, (pie l'on crut nécessaire de mettre en tète du premier volume des Types Vessai qu'on y a lu et d'accompagner chaque sujet d'une notice historique et descriptive ( 1 ).

En 1850 , notre illustre ami mit sous presse un recueil de fties illustrées des inonu7ncnts gothiques , considérés par lui comme des types en leur genre. Cet ouvrage se compose de 25 planches , gravées sur pierre par M. Joseph i\ash , élève de Pugin , d'après des esquisses faites d'a[)rès nature sous la direction du maître , et ac-

( 1 ) M. Willson prend ici pour une qualité ce que nous considérons comme un défaut. A notre avis , le groupement géograpliique n'a sa raison d'être dans un ouvrage d'arcliéologie que quand l'auteur a pour but de constater les influences locales et extérieures que cette science a subi(!s dans la contrée que l'on considère. Hors de là, la meilleure méthode à suivre est celle du groupement des sujets d'après leurs genre , style et âge respectifs ; et cela , afin d'en faciliter l'étude comparée , de faire mieux saisir les caractères architectoniques de chaque époque et de répandre plus de lumière sur toutes les nuances qui ont marqué les transitions. Si M. Willson avait suivi cette marche , il eût senti la convenance , pour atteindre le but purement pratique que s'était proposé Pugin , de faire dans le texte des Types une plus grande part à la critique technique , et il se serait , par contre , étendu avec moins de complaisance sur des faits historiques et généalogiques qui n'ont d'autre mérite que de flatter les familles dont les noms, titres et blasons y sont

mentionnés.

foiiipngnces d'un texte ileseripiif dû à la plume de M. \V. II. Leeds. Le but de cette publication était de satisfaire au désir manifesté par plusieurs souscripteurs aux Types d'avoir la représentation complète et en perspective de quelques-uns des édifices dont ce dernier ouvrage n'avait donné que des élévations et coupes géoméirales et partielles , ou qui n'y figuraient que pour quelques traits de détail. Ces dessins pittoresipies pouvaient assurément offrir de l'intérêt aux gens de goût et aux feseurs de collections , mais ils eussent été un bors-d'œuvre dans le cadre purement teclinique (les Types ; ils en eussent dénaturé le caractère exclusivement scientifique , et c'est pourquoi l'auteur crut devoir en faire un ouvrage à part.

Auguste Pugin publia , de 18-28 à 1851 , sous le titre de Ornements golhiqucs , un recueil composé de 100 planclies litbograpbiées et ayant pour sujets un grand nombre de fragments et spécimens de sculpture sur bois , appartenant aux différents âges et variétés du style gotbique , empruntés à d'anciens édifices religieux et civils , et dont la plupart sont assez remarquables par la beauté du dessin et de l'exécution , pour mériter à tous égards de servir de modèles aux artistes modernes. On peut rcprocber à cet ouvrage l'absence de toute métbode dans le classement des sujets, d'où résulte une certaine difficulté pour trouver ce (pi'on y cbercbe ou ce qu'on y fait diei'cber ])ar d'autres.

Dans le courant de la même année , 1831 , notre infatigable ami mit la dernière main à un nouvel ouvrage, auquel il donna le titre de Gables, et qui consiste en ôl planclies accompagnées d'un texte descriptif et représentant une collection de pignons en cbarpenle ornementale. Il se trouve parmi ces Gables plusieurs spécimens extrêmement curieux de l'arcbiteclure domestique des XV"" et XV!""" siècles , de cette époque où la ricbe bourgeoisie avait coutume de manifester son opulence par l'édification de magnifiques maisons en ebarpente de cliéne, toute couverte de sculptures et dont les clairesvoies de membrure étaient revêtues d'un plâtrage blanc. C'est surtout à Coventry , ville bien connue de l'antiquaire anglais pour ses nombreuses maisons de ce genre , que l'auteur a eboisi les principaux sujets de cette collection; mais il a aussi emprunté à la cité française d'Abbeville quelques spécimens particulièrement remarquables en ce qu'ils offrent le mélange curieux de l'ornementation Renaissance greffée sur des membres purement gotbiques. Grâce aux plancbes de cet ouvrage si parfaitement dessinées sous la direction de Pugin, par M. B. Ferrey , son élève, les annales de l'art conserveront les formes de ces précieuses reliques de l'arcbitecture domestique du moyen âge , longtemps ajircs que les originaux auront à jamais disparu sous les coups

du temps et plus encore sous l'ii^fntif^iiltle marteau do l'école moderne , de celte école qui ne nous semble si empressée de dénaturer ou détruire les édifices élevés par nos pères , (jnc parce qu'elle n'en comprend ni la beauté réelle , ni la \aleur bislorique.

ICnfin, ainsi que nous l'avons dit en commençant celle notice, lorsque la mort vint, en décendjre 1832, enlever Auguste Pugin aux arts et à ses amis , il travaillait au second volume des Types que nous publions aujourd'bui , après im long retard que nous regrettons d'autant plus que nous en avons été la cause involontaire.

Fidèle au but d'utilité pratique que s'était proposé son père, M.Welby Pugin (1) s'est astreint à enq)runler la jjlupart des sujets de ce volume aux cbàtcaux et autres édilices domestiiiues des dernières périodes du style gotliique. On conçoit combien il lui eût été plus facile de le composer de types plus grandioses , en mettant à contribution nos splendidcs eatbédrales et les belles églises collégiales si nombreuses encore en Angleterre; mais c'eût été faire fausse route, car les modèles de ce genre ne manquent point à nos arcliitcctes; ils peuvent aisément aller les étudier dans nos principales villes , sans compter qu'il en existe déjà de nombreuses et belles descriptions ; tandis que ce qui leur manque souvent pour se guider dans leurs travaux de construction et de réparation, ce sont précisément les types de ces détails à la fois si variés , si riebes et si curieux qui font la beauté caractéristique des cbàtcaux et grandes maisons du moyen âge, et dont l'étude, d'après nature, leur ])résentc de grandes difficultés, qui proviennent, non pas de la rareté de ces nobles reliques du temps passé , mais bien de ce qu'elles sont dispersées à de grandes distances les imes des autres , loin des routes battues , et souvent eaebécs dans les retraites les moins connues des débris de nos anciens domaines seigneuriaux ou religieux ; et que , par conséquent , cette étude d'après nature exigerait , pour être complètement et utilement faite , des ressources et de longs pèlerinages qui ne sont point à la portée du plus grand nombre de nos jeunes artistes.

(1) Archilecle plus émincnl encore que le fut son père, M. Welby Pugin est en même temps

l'un des archéologues les plus illustres de l'Angleterre ; et c'est ajuste titre que le savant directeur

des Annales ARcnÉoLociQUES de France lui a décerniî le sceptre de la renaissance ogivale en Angleterre.

M. Welby Pugin, a dit M. Didron aîné , ressuscite le moyen ûge, corps et âme; il est aussi poète

qu'architecte; il a mis une pensée dans chacune des pierres brutes et sculftdcs de l'église de

Cheadle , son chef-d'œuvre.

On trouvera donc dans ce tome II de nombreux types de portes , fenêtres , foyers , cheminées et autres membres de l'arcliitecture civile et domestique du moyen âge; et, parmi ces détails, ceux que nous recommandons tout particulièrement à l'attention des architectes, ce sont les fenêtres, parce que c'est surtout dans l'imitation de ce trait caractéristique du style gothique qu'ils rencontrent les plus grandes difficultés et commettent les plus grosses hérésies. Il leur est généralement assez facile d'adapter In plupart des autres trai(s de ce style aux convenances des habitations modernes ; mais que d'obstacles sérieux et souvent même insurmontables , quand il s'agit pour eux d'approprier, par exemple, à une construction conçue dans le goût du XIV° ou du XV siècle , un système de fencstralion qui ne nuise point au eomfort des appartements ! et cela est si vrai, qu'il existe à peine encore un seul ancien château , une seule vieille abbaye ou grande maison dont le fenêtrage primitif n'ait point été mutilé ou défiguré sous prétexte d'amélioration ; tandis , d'un autre côté , qu'il est bien rare de rencontrer un édifice moderne , en style gothique , dont le système des fenêtres ne laisse beaucoup 5 désirer sous le rapport de la correction. Que de fois l'homme de goût n'est-il pas choqué à la vue de l'absurde fenêtrage d'une bâtisse dont tous les autres membres architectoniques sont d'ailleurs convenablement traites ! Or , comme les fenêtres et leurs dépendances constituent un des caractères essentiels de la vieille architecture chrétienne , il est évident que de la pureté de leur agencement dépend essentiellement aussi la beauté de l'ensemble , le mérite absolu de toute construction de l'espèce. Il serait injuste toutefois de rendre nos architectes modernes responsables de toutes les fautes commises à cet égard et de les attribuer uniquement à leur manque de goût et de talent; et, en effet, il existe maintenant pour eux, dans la composition d'un édifice gothique , des difficultés nombreuses qui n'existaient pas pour leurs devanciers des siècles passés, ainsi que tendent à le faire comprendre les quelques considérations que voici :

Dans les anciens châteaux, les fenêtres extérieures étaient généralement fort étroites , très-petites et ne consistaient qu'en un seul jour : le castel de Herstmonceaux , la tour de Guy au château de Warwick et les tours de Raglan nous en fourniront ci-après de remarquables exemples. Ce genre de fenêtres donnait aux édifices plus de solidité et une apparence de plus grande force défensive ; et c'était surtout en vue de la défense contre toute attaque venant de l'extérieur que les fenêtres étaient presque toujours fort élevées au-dessus du sol , et que , loin de chercher à se ménager des vues sur le paysage ou sur les localités environnantes , on établissait généralement le

fenètragc des principaux corps dclogis à l'inlôricur des cours cl préuux enclos de murs. Mulgré les incoiivonients inhérents à un loi dispositif, la force de Hiabilude , et sans doute aussi la vanité des propriétaires, en firent continuer l'iipiilication longtemps après que les causes qui en avaient nécessité l'adoption eurent complètement disparu; et c'est ainsi que le progrès social qui s'accomplit au temps d'Elisabeth et de Jacques I" , en ce qui concerne la stabilité des institutions politiques et la police intérieure du royaume, n'amena aucun changement immédiat dans les constructions seigneuriales relativement à ce genre de précautions défensives. L'orgueil des ancieimes familles s'attachait à conserver les appin-ences des privilèges de la féodalité. Les maisons de campagne ne cessèrent point d être iiilourées de fossés munis de ponts-levis, et flanquées de simulacres de tourelles défensives; on ceignit, comme par le passé, les cours et jardins de murailles solides; et les fenêtres, quoique devenues très-grandes et nombreuses à l'excès , conservèrent néanmoins encore leurs épais meneaux en pierre et leur solide grillage en fer. ( 1 )

Les verrières de ces fenêtres étaient composées de très-petites pannes de verre blanc ou de couleur; et comme cellesei étaient montées en des résilles de plomb, leur agencement dans les différents jours n'offrait aucune difficulté , (lucllcs que pussent être d'ailleurs les dimensions et les subdivisions de la baie. Quand on voulait, chose rare alors, se ménager un moyen d'ouverture ou de ventilation à travers une fenêtre , on se contentait de monter sur gonds et pentures l'armature do riiii des compartiments. Sauf de rares exceptions , ce mode de fenestration resta en usage jusqu'au règne de Charles II , époque à partir de laquelle les fenêtres subdivisées en jours étroits par des meneaux et croisillons de pierre furent remplacées par les châssis oblongs en bois de chêne empruntés à la Renaissance , e'esl-à-dire au nouveau style italico-français. (2) Quelques années plus tard, les progrés réalisés par linduslrie verrière

(1) Les grands appartements du château de Hardwick, noble spécimen de l'architecture du temps d'Elisabeth et qui est maintenant la propriété du duc de Devonshire, sont éclairés par une profusion de fenêtres de ce genre, encore garnies de leurs anciennes verrières. Grâce au bon goût de ses propriétaires successifs, ce château a conservé sa physionomie primitive et n'a subi jusqu'à ce jour que d'insignifiantes modifications.

(2) L'emploi des fenêtres rectangulaires, divisées en croix simple, double ou triple par des croisillons , ne commença , dit M. Schayes , à se montrer qu'au X1V« siècle , et il devint général , à partir du siècle suivant, jusqu'au XVIII^

amenùreiil l'us.'igc des grands carreaux ; et , bicnlùt après -, rinvcnlion des châssis ù coulisses et à coiilre-poids vint compléter la réforme de ce membre arclntectoni(|ue dans les conslructious civiles et domestiques. C'est aussi à partir de cette é|)0(iue que l'on se mit à l'œuvre pour transformer en grandes baies rectangulaires, propres à encadrer des châssis de menuiserie , un grand nombre de ces fenêtres anciennes qui lésaient le plus bel ornement des vénérables maisons et châteaux de nos pères.... et ces odieuses mutilations étaient aloi's considérées comme des preuves de. bon goût! (1 ) De nos jours la plupart des artistes qui firent les premières tentatives pour amener la renaissance du style ogival s'inquiétèrent fort peu des règles et exigences du fenètrage de ce style , bien que , nous le répétons , c'en soit un des traits les plus caractéristiques. Les fenêtres pseudo-gothiques qu'ils imaginèrent reçurent les formes les plus hideuses et les plus incommodes. L'ogive aiguë qui, de toutes les ogives , est assurément celle qui se prête le moins aux convenances des appartements domestiques , fut cependant celle qu'ils choisirent de préférence pour l'amortissement des baies. Les fenêtres n'étaient pour eux qu'un trait secondaire , un simple accessoire qui venait tant bien que mal se caser sur 1 echiciuier des façades ; et c'est ainsi que l'on vit de monotones rangées, de longues fenêtres rectangulaires en simple menuiserie , prendre place d'une manière quelconque au milieu d'une incroyable prolusion de contreforts , créneaux et pinacles — témoignage évident de l'impuissance de ces artistes à saisir les rapports harmoniques qui existent si manifestement entre les différents membres et traits de l'architecture gothique , et , par conséquent , à savoir imprimer à l'ensemble de leurs compositions ce beau caractère d'unité synthétique qui commande notre admiration à l'aspect des chefs-d'œuvre de l'art chrétien. Avec des éléments si discordants , il n'est point , on le conçoit , d'harmonie d'effet possible , et c'est , en effet , là ce qui heurte l'homme de goût à l'aspect de ces constructions hybrides , dont nous |)ourrions , hélas ! citer ici trop d'exemples , si le désir de ne blesser personne ne nous en empêchait.

( 1 ) C'est ainsi que vers la fin du XV11« siècle on défigura le fenôtrage de l'une des façades du château de Herstmonceaux. L'auteur du Foyage en Grande Bretagne , publié en 1742 (voir tome III, page 37, ô"'^. édition), loue très-fort, à propos du châloau de Burleigh , près Stamford , le goût exquis et le génie archilectonique de Jean, comte d'Exetcr , mort en 1700; et cela, parceque ce personnage avait transformé le vieux fenètrage gothique de son caslel en grandes et laides fenêtres du genre ici en question. Grûce à Dieu, on a depuis lors fait justice de cette profanation , et rendu à ce splcndide édifice une grande partie de sa physionomie primitive.

Grâce au jïraïul mouvement nreliéolojiique qui s'est produit depuis quelque temps en Europe, gn'iee surtout, eu ce qui eoucerne l'Angleterre, à rexcellente direction ii la fois scientifique et itinlique cpie les illustres Pugin et quelques autres architectes et archéologues éminenls ont su imprimer à l'école dont ils sont les chefs , grâce enfin à la réforme du govit qui en a été la conséquence naturelle , il s'est manifesté, dans ces dernières années , un iclour bien marqué vers les traditions de l'art goliiicpie . et c'est surtout dans les constructions et restaurations les plus récentes que plusieurs architectes de cette école ont fait preuve d'une grande habileté en ec qui concerne la fenestration. A l'appui de cette assertion , nous mentionnerons ici avec éloge des fenêtres à meneaux et croisillons en pierre , garnies de châssis de bronze ou de cuivre , qui sont de fort bon goût et que nous préférons de beaucoup à ces autres fenêtres généralement en usage et qui consistent , soit en verrières montées dans des encadrements de bois peinturé de manière à simuler la pierre , soit en châssis de menuiserie fixés en arriére de meneaux de pierre ; cl cela , parce qu'une fenêtre tout en boiserie n'a généralement pas assez d'ampleur, n'est pas suffisamment étoffée dans ses détails pour simuler convenablement la pierre , tandis que celle en boiserie encadrée par des meneaux et traverses de pierre est , au contraire , d'une lourdeur qui contraste désagréablement avec le style si simple , si léger et si svclle de l'ancienne fenestration. On a construit et l'on construit encore beaucoup de fenêtres gothiques entièrement en fonte de fer ; mais comme pour produire l'effet voulu , il ne suffit pas de copier les lignes d'un réseau , mais qu'il faut encore que ces lignes soient bien proportionnées et étoffées , il arrive que ces fenêtres en fonte ne sont , le plus souvent , que le squelette de ce qu'elles devraient être pour satisfaire aux régies de l'art et aux lois du bon goût. Notons , enfin , en ce qui concerne le fenêtrage à la gothique , que la substitution des volets de fermeture aux anciens barreaux de fer est aussi une cause de difficultés pour l'arehiteele moderne.

Dans les habitations du moyen âge, le nombre des cheminées était Irès-reslreint ; fort peu d'appartements étaient pourvus de foyer , et dans les types les plus anciens qui soient parvenus jusqu'à nous , le tuyau de chaque cheminée s'élevait isolément au-dessus des combles en forme d'une svelte tourelle. Dans les périodes postérieures , on rencontre , il est vrai , des souches composées de 2 ou 5 tuyaux ; mais , sauf de rares exceptions , telles , par exemple , que la belle souche multiple que nous avons vue à Eastbarsham ( tome 1 , pi. 65 des Types ) , il est de tait que les cheminées sont maintenant beaucoup plus nombreuses qu'elles l'étaient au moyen âge , et c'est là

une source d'embarras sérieux pour nos archilcctcs modernes de lecole gothique. Pour lever cette difficulté , quelques-uns d'entre eux ont essaye de diminuer , iui moyen de souches multiples formant tourelles , le nombre apparent des cheminées; mais il est résulté de ce dispositif un très-grave inconvénient que voici : la fumée , étant ainsi accumulée en un foyer unique , sort du tuyau en masse si condensée que la lourelle-souche en est bientôt noircie et complètement défigurée; au lieu de servir à l'ornementation de l'ensemble, elle devient alors une souillure, une tache qui nuit à l'effet général de l'édifice. Pour éviter l'inconvénient de mettre en évidence de nombreux tuyaux de cheminée, il ne suffit donc pas de les réunir simplement en faisceaux , car il n'arrive que trop souvent qu'après quelque temps d'occupation ces ciieminées, si bien dissimulées sur le plan de l'architecte, se trahissent d'une façon déplorable en flétrissant l'édifice qui les recèle. C'est là une considération importante sur laquelle nous appelons tout particulièrement l'attention des architectes.

Le porche fermé , à deux entrées latérales et de largeur suffisante pour livrer passage aux voitures , constitue à nos yeux un des membres de l'architecture gothique dont nous devrions plus souvent tirer parti. Sous le rapport de l'utilité et de la commodité , il est évidemment supérieur au péristyle classique si bien battu par la pluie, si bien ouvert à tous les vents; aussi l'a-t-on appliqué avec succès comme entrée principale à plusieurs grands châteaux de construction récente. Nous n'avons à la vérité rencontré aucun porche de ce genre dans les anciens manoirs et hôtels ; mais , comme la convenance d'un tel appendice est incontestable , on pourrait , nous semble-t-il , sans notable violation de style et moyennant quelques modifications à y introduire , adopter pour types de l'espèce , soit les porches collatéraux de nos grandes églises gothiques, soit l'ordre inférieur des belles tours isolées ou appliquées qui servent d'entrée à la plupart des grands édifices civils et domestiques du moyen âge. ( 1 )

On a , depuis quelques années , construit en ce pays un si grand nombre de

( 1 ) Nous citerons comme exemples de porches de ce genre celui appeliî Galilde qui se trouve au transsept du monastère de Lincoln, le porche nord de la cathédrale de Hereford, et celui , également nord, de l'église de Grantham , dans le Lincolnshire. Il va sans dire que, pour obtenir l'effet voulu, il faut construire les porches dont nous conseillons ici l'adoplion dans de bonnes conditions d'étendue et de solidité.

maisons de campagne en slyle golliiciue , ipie l'aspi'i't ^i'iummI de [ilusieurs localiii-en il été complètement cliangé ; et cela se eoneoit : les éléments «le ee slyle étunt susceptibles d'une foule de combinaisons diverses, l'artiste qui sait les appli(|uer avec goût et discernement peut en tirer de bien autres effets de paysage que n'en savent produire, dans nos froids climats surtout, les monotones pastiches de l'areliiteeture grecque et romaine, et moins encore les pauvres et insipides compositions de l'école moderne. Un autre avantage essentiel de l'art gothique, sous le rapport des effets pittoresques , c'est qu'il se plie admirablement aux constructions de tout genre et de toute proportion, depuis la sublime cathédrale, le splendide palais et l'élégant château jusqn'auv fabriques rustiques les plus modestes, telles que fermes, granges, chaumières, etc. Aussi avons-nous maintenant en Angleterre plusieurs villages qui jouissent d'une quasi célébrité artistique par le seul fait des constructions golhiiiues ipii y ont été récemment élevées ; et à ce propos nous ferons remaniutr à nos jeunes arciiitectes combien il est essentiel, dans toute composition gothique, de considérer avant tout quel est le but à atteindre , afin de ne pas tomber dans l'absurde ou le ridicule , en prenant pour modèle d'un édifice à construire un autre édifice qui n'a rien de commun avec le premier sous le triple rapport de la destination , des proportions et de la situation. C'est pour avoir perdu de vue ce principe fondamental , dicté par le goût et par le simple bon sens , que maints faiseurs pseudo-gothiques ont à la fois compromis leur réputation et enrayé dans sa marche la renaissance de l'art chrétien, en élevant ces pastiches à proportions extravagantes, ces châteaux pygniées . ces cottages colosses , ces hospices informes (|ui blessent l'œil de l'homme de goût , enfin ces abbayes hybrides qui n'ont rien de commun avec nos anciennes retraites pieuses, si pleines de solennité et de recueillement, que leur unique approche suffisait souvent pour faire rentrer le calme dans l'àme la plus agitée par les passions du monde, et ramener dans la voie du Seigneur le pèlerin qui s'en était écarté. (1)

(1) Parmi les causes qui s'opposeront longtemps encore, surtout en France et en lîelgique , au large progrès de la renaissance gothique dans les constructions civiles et privées, il en est une, à notre avis, très-importante à considérer, et qui consiste dans la crainte, conçue par certains esprits ombrageux, qu'il pourrait bien se trouver parmi les plus ardents promoteurs du grand mouvement archéologique actuel plus d'un ultramonlain grand seigneur ou haut dignitaire de l'Eglise , pour lesquels ce mouvement n'est qu'une machine de guerre politique , c'est-à-dire que , sous leur

J,c retour vers les traditions artistiques de nos |)ères ne se borne plus aux édifices de tout genre ; on comnicnce à coniiirendre aussi que rien ne justifie l'abandon complet depuis un siècle de ces jardins à la française , dans lesquels les chefs-d'œuvre de l'art se mariaient si heureusement aux beautés de la nature , et qui avaient pour traits caractéristiques des terrasses, cascades, fontaines, statues, escaliers, balustrades, etc. On avait, à la vérité, dans ce genre de jardins, poussé jusqu'à l'extravagance le luxe artistique , la profusion des fabriques , les jeux artificiels et les règles de la symétrie : rien assurément n'était moins naturel que ces parterres compassés et à contours géométriques , ces allées d'arbres taillés aux ciseaux, ces tonnelles, baies et labyrinthes profilés et torturés en formes de vases , d'animaux , de pyramides , etc. ; et la laideur de toutes ces bizarreries était d'autant plus choquante que leur étendue était plus considérable. Tout en désapprouvant donc les excès du vieux style jardinier , on doit cependant reconnaitre que, lorsqu'il était contenu dans de justes bornes et appliqué avec intelligence surtout aux alentours immédiats d'une habitation , il ne manquait ni de grandeur ni de beauté réelles , sans compter que , sous le double rapport de la commodité et de la mise en scène pittoresque des bâtiments, il offrait des ressources qui manquent complètement aux jardins modernes. Le XVIIP siècle n'a laissé, dans sa rage d'innovations, subsister que bien peu de jardins du genre architectural; mais, grâce aux gravures anciennes et surtout au grand nombre de plans et de vues que nous en ont laissés Hollar, Burghers , Kip, Samuel et Nalhaniel Buck, nous sommes à même de pouvoir apprécier combien des jardins de ce genre peuvent ajouter à la beauté et au comfort d'une maison de campagne , lorsqu'ils sont bien disposés et traités dans de justes proportions. On nous objectera sans doute que cette question est ici un liorsd'œuvre, attendu que les jardins architecturaux n'appartiennent point au style gothique , et que ce sont les artistes de la Renaissance qui les ont inventés. (1) Celte objec-

enthousiasme pour l'art chrétien , pourrait bien se cacher l'espoir d'amener insensiblement la société moderne à un rcbroussement de quelques siècles vers le passé.

Comme nous ne croyons pas à la possibilité de faire remonter les fleuves vers leurs sources, nous ne partageons pas cette crainte , et nous croyons que l'art chrétien mérite d'être étudié et préféré à tout autre pour lui-même et sans y attacher aucune arrière-pensée.

(1) Ou plutôt renouvelés de l'antiquité romaine, car, ainsi que le fait très-justement remarquer M. Schayes dans son Ilisloire de C Architecture en Belgique , les jardins des villas de l'ancienne Rome avaient une dislribulion absolument semblable à celle des jardins français des XVI« et XVII'

lion est fondée , mais scultMiicnt jusqu'à un certain point; car il est inrnnicsi;.l)lc .pic les cliàtcnux et les maisons seigneuriales du moyen âge élaicnl embellis par des jardins enclos de murs, ainsi (pio le prouvent les descriptions rpi'en oui faites Leland cl autres écrivains ; et d'ailleurs les observations qui précèdent n'ont d'autre but que de faire comprendre combien il serait facile d'imaginer, pour les édifices gothiques, des jardins arehilecluraux dont les sujets d'ornementation , tels que galeries , fontaines , escaliers , balustrades , etc. , seraient conçus cl exécutés en parfaite harmonie de style avec les édifices eux-mêmes.

Jusqu'à ce jour la renaissance de l'art chrétien a fait si peu de progrés dans nos cités que l'on y voit même encore construire de nouvelles églises en style gréco-roniam abâtardi. Celte perversion du govil esl d'autant plus surprenante, que l'on est généralement d'accord pour reconnaître que le temple classique ne peut se prêter aux exigences du culte chrétien qu'à la seule condition d'en sacrifier la sévère pureté par des annexes discordantes et par de nombreuses sophistications intérieures cl extérieures du plus mauvais goût. Pour être juste , hàtons-nous de mentionner ici , comme d'honorables exceptions parmi nos cités anglaises , celles d'Oxford et de Cambridge , où l'on a élevé , depuis quelques années , plusieurs édifices gothiques aussi remarquables par leur grandeur que par la beauté de leur composition. Dans le but de diminuer les chances d'incendie , on a introduit dans la nouvelle législation relative aux constructions urbaines plusieurs dispositions qui font obstacle au libre développement de la renaissance gothique. C'est ainsi, par exemple, qu'il n'est plus permis d'embellir comme autrefois les façades extérieures par des encorbellements pittoresques , ni de les décorer de riche charpenteric à sculptures ; mais ces restrictions ne sont cependant pas de nature à rendre impossible, pour un architecte d'intelligence et de goùi . 1-emploi avantageux des immenses ressources du style gothique, pour venir enfin

siècles, caaienl des parterres de lleurs dont les allées liaient bordées de buis taillés en figures d-hommes et d'animaux; et ceux de ces jardins qui avaient une certaine étendue étaient décorés de théâtres de gazon, de manèges et d'hippodromes entourés d'arbres, ainsi que de ces pavillons, treilles grottes, statues, bassins , canaux , fontaines el autres ornements arlhliques dont André Lenôtre a su tirer si habilement parti dans la composition des magnifiques, trop magnifiques jard.ns royaux de France.

fliasser ilc nos rues la laideur , la nuclilc et la nionoloiiiu qui caractérisent si généralement les constructions domestiques de l'école moderne ; et cela sans troubler le moins du monde la police de nos villes , ni compromettre la sécurité publique. C'est assez dire que nous avons l'espoir fondé de voir bientôt s'accomplir une grande réforme à cet égard . dans notre ar.ebitecture civile et domestique ( 1 ) ; et c'est parce (jue nous sommes convaincus qu'il suffirait , pour assurer le plein succès de cette réforme , de construire une seule de nos rues ou squares dans le goût du X^''' ou du XVP siècle , que nous nous sommes attacliés , MM. Pugin et moi , à ne donner comme Types, dans ce second volume, ([ue des sujets d'une grande pureté de style, tt, par conséquent, exempts de toute ornementation renaissance, bien que plusieurs d'entre eux appartiennent cependant aux tout derniers temps de l'ère ogivale. Ce fut au commencement du XVr siècle et sous le patronage de Henry VIII, que Jean de Padoue et quelques autres artistes étrangers introduisirent en Angleterre les premiers germes du style dit de la Renaissance. En noire pays , de même qu'en France , il s'établit alors un genre mixte qui consistait à surcliarger les principaux membres du style gothique de celte luxueuse ornementation à l'italienne que caraclérisait tout parliculièremcnt une profusion de colonnes, pilastres, entablements et frontons, plus ou moins imités des cinq ordres classiques , mais n'en ayant ni les proportions , ni la sévérité, ni la pureté. Ce genre mixte dura tout un siècle , pendant lequel l'ogive fut peu à peu remplacée par le plein cintre, et les fenêtres perdirent les riches

( 1 ) Depuis que M. Willson a écrit ces lignes , son espoir s'est complètement réalisé , ainsi qu'on en peut juger d'après l'extrait suivant d'une lettre écrite en 1847 par M. Didron aine :

» De notre temps le gothique est violemment combattu en France par les corporations oOicielles ; » en Angleterre , il entre haut et fier dans le parlement, à la chambre des lords et des communes , et » s'empare d'un édifice trois ou quatre fois plus vaste que l'Hôlel-de-Ville actuel de Paris, et il le construit, » le sculpte , le peint , le décore , le meuble entièrement du soubassement au faitage. Sur les chemins » de fer , on rencontre de nombreuses stations en style gothique , et ce ne sont pas assurément les » moins belles. Dans les campagnes et dans les villes, des maisons, châteaux et palais s'élèvent en » style ogival; enfin les innombrables églises, collèges, écoles et hôpitaux, bâtis peut-être par 200 » architectes , et principalement par M. A. W. Pugin , sont tous en style gothique. Sur la surface » des trois Boyaumes-Unis , c'est une ardente émulation de constructions seigneuriales , civiles , )> religieuses et privées en style ogival. »

moulures et les cU'f^ants réseaux , auxquels elles élaienl redevables de leur lieaulé jusqu'alors sans égale parmi lous les systèmes connus de fencstratioii ; mais , loin de réduire les fenêtres aux |)etitcs |)roportions ([ui sont de règle dans l'areliiteetonique romaine , les artistes anglais adoptèrent , au contraire; , pour leclairagc des grands a|)parlemcnts , d'énormes l'enèlrcs rectangulaires et divisées en de nombreux compartiments par des meneaux et croisillons en pierre. Ce genre de fenètrage constitue même un trait autoclitlione de l'areliiteelure civile et domestiiiue de l'Angleterre à cette époque , car on ne les rencontre point dans les édiliees contemporains des autres contrées. Sur le eonliiicnt, aux W" et \V'' siècles, les fenêtres étaient généralemeiil de médiocre grandeur, et leur subdivision se bornait au simple croisement à angle droit d'un meneau et d'un croisillon. Dans leurs Spécimens les plus anciens , les fenêtres de cette dernière espèce sont, à l'extérieur, souvent ornées de dais et pinacles richement sculptés, tels qu'on en voit encore au palais de justice de llouen et à d'autres édiGces construits à la même époque dans les provinces occidentales de la France. ( 1 )

L'Angleterre possède encore un grand nombre de superbes maisons parfaiiemenl conservées, et qui datent des règnes d'Iillisabetli et de Jacques 1". Elles ont, dans leurs plans et dans leur composition générale , un cachet de grandeur et de beauté qui mérite toute notre admiration; et, cependant, il faut bien le reconnaître , le style mixte qui y prévaut est un signe de décadence; il accuse un premier pas dans cette voie de mauvais goût qui nous a menés , de chute en chute , à la dépravation actuelle. Il est à souhaiter que l'on ne néglige aucun soin pour conserver longtemps encore dans leur intégrité originelle des édifices tels que ceux de Auddley-end (2) ,

( 1 ) Voir les Antiquités architecloniques de la \ormandie par Auguste Pugin. Les exemplaires illustrés du XV siècle des Chroniques de Froissarl montrent que ce style de fenêtres était alors fort U la mode dans les constructions civiles et domestiques de la France ; il en reste d'ailleurs encore de nombreux Spécimens, notamment au château de Josselin, tondu par la reine Anne de Bretagne au commencement du XV1= siècle.

Ce fut sous le règne de François I" , contemporain de Henry VHI , que l'architecture italienne s'introduisit en France.

(2 ) Situé dans l'Essex , fondé par Thomas comte de Suffolk , maintenant résidence de lord braybrook. Cet édifice figure, au tome II des Antiquités Architecturales de Britton , dans son état primitif el dans son état actuel. Commencé en 1605 et achevé en 1616, il eut pour architecte Bernard Janscn, artiste flamand.

Longleiil ( I ), Ilaifield (2), Burleigh (5), Ilardwick (4), Bolsocvcr (fi), WoIIaton (G), et maints autres du même genre que l'on pourrait citer ici ; car ce sont là non-seulement des preuves authentiques de 1 c(al de i"iircliilcclurc au temps où ils furent élevés , mais encore de curieuses pages de notre histoire nationale , à cause des événements intéressants dont ils furent le tiiéàlrc. Il e^t bien entendu que nous n'avons nulle intention de les proposer aux artistes contemporains comme des modèles à imiter sans réserve ; on peut , sans doute , y trouver matière à de bons enseignements, mais on doit repousser sans merci leur mode d'ornementation, que nous considérons comme absolument vicieux. Et, en effet, les cinq ordres classiques, alors même qu'on les applique avec toute l'élasticité de l'école romaine, sont tout-à-fait incompatibles avec le style gothique; la discordance qui résulte de leur mélange n'est que trop visible dans toutes les constructions du genre renaissance. Que l'on respecte ces édifices malgré leurs défauts, qu'on les conserve à cause de leur caractère historique, rien de mieux ; mais la criti(pie ne pourrait user de trop de sévérité pour réprimer à leur naissance toutes tentatives qui auraient pour but de nous ramener aux errements de cette déplorable époque de

(1) Dans le Witlshire, résidence actuelle du marquis de Batli. Son architecle fut Jean Thorpe , qui l'acheva en 1579. — Voir le tome II des antiquités architecturales de Brilton.

(2) Dans le Herlfordshire , appartient au marquis de Salisbury, fut fondé vers 1609 par son aïeul Robert Cecil , comte de Salisbury et lord haut-trésorier sous Jacques l". Un incendie a récemment détruit l'aile occidentale de ce château , qui est construit en briques.

(5) Dans le Northamptonshire , fondé vers 1585 par l'illustre ministre William Cecil, seigneur de Burleigh et lord haut-trésorier sous Elisabeth. C'est un des plus magnifiques châteaux du royaume; il est resté dans la famille du fondateur, et le marquis d'Exeter en est le propriétaire actuel.

(i) Fondé par Elisabeth , comtesse de Shrewsbury, sous le règne d'Elisabeth. — Voir sa description au tome V de la Magna Britannia de Lysons.

(5) Dans le Derbyshire , appartient au duc de Portland , et eut pour architecte Hungtington Smithson. Les grands appartements sont depuis longtemps dépouillés de toute ornementation , mais sa haute tour carrée est encore à l'éiat d'habitation, ainsi que les écuries et ofllces. — Voir \a Mag7ia Britannia précitée et l'historique que le R D^ Pegge a écrit de ce château.

(6) Près Nottingham. Commencé en 15; 0 par sir Francis Willoughby et achevé en 1588, ainsi que l'indique l'inscription fixée dans l'entrée principale ; c'est peut-être le Spécimen le plus splendide des châteaux du temps d'Elisabeth. Il eut pour architecte Robert Smithson, mort en 1614 et enterré dans l'église de Wollaton , où l'on v&it encore son monument dans le collatéral sud du chœur. C'est par son fils que fut construit le chûteau de Bolsoever— Voir tome II des Antiquités Architecturales de Brilton.

ilcoiuloncc , de fiiifo rcii.'iitro t-c slyle liyhrido que le continent ii tro|i |(ii)glcni[)s (iiialilic (lu nom mensonger de Renaissance cl qui porte en Angleterre celui de style Elisabeth. Il est également bien entendu que les observations critiques que nous venons de faire sur notre architecture domestique, style Klisabeth , ne portent que sur les détails et sintout sur l'ornementation; car, sous le double nippoit des proportions générales et de la distribution , il est de nombreux édifices de ce genre qui laissent peu à désirer, et l'on en compte même plusieurs (jui joignent à la grandeur monumentale toutes les conditions qui constituent la conmiodité et le eomfort (1), conditions bien rarement remplies en tous temps , lieux et styles. limpruntons-leur donc ces bonnes qualités , mais gardons-nous bien de copier les atïreuscs caricatures des cinq ordres qui surchargent leurs façades! Les contours, les membres principaux du style Elisabeth étant positivement gothiciucs , leur ornementation , bien cpi'on le conteste , doit absolument l'être aussi. Que ceux qui veulent faire quelqu'enq)runt aux édifices de ce style consultent donc , pour la partie ornementale , les reliiiues des époques antérieures : ils n'auront (juc l'embarras du choix pour y trouver de quoi remplacer avantageusement le système décoratif que les artistes de la Renaissance avaient emprunté à rarchitecture romaine pour en faire l'application la plus décousue et la moins rationnelle possible. Nous espérons que ces considérations pourront être de quelqu'utilité aux jeunes architectes, qui trouveront, dans les édifices du moyen âge , une infinie variété de style, «[ue l'on ne peut comprendre à fond et bien apprécier qu'au moyen d'études longues et laborieuses. Ils reconnaîtront que l'architecture de chacune des périodes successives de ce style, particulièrement de celles des XIII" , XIV et XV° siècles — é|)oques on prévalait le gothique à lancettes — se différencie de celle de la période précédente par un système particulier de moulures et autres détails secondaires dont l'étude coni-

(1) Les édifices de ce genre avaient plus de grandeur, de régularité et de compacité dans leurs formes et distributions que ceux des périodes antérieures. La construction des escaliers lit alors un immense progrès : confinés jusque-là dans l'élroite cage d'une tourelle circulaire, ils étaient étroits et difliciles à monter; mais, sous Elisabeth et Jacques I", on construisit plusieurs grands escaliers en chêne à larges marches , à grands paliers et à rampes droites garnies de belles balustrades sculptées, où figuraient les armoiries du propriétaire et de sa famille. Entre autres exemples d'escaliers de cette époque, nous citerons ceux des châteaux de Hatfield et de Crcwe. — Voir, pour ce dernier, au tome II des .Iniiquilés de Briilon.

parative importe autant que celle des membres principaux , si l'on veut parvenir à produire une œuvre irréprochable.

Loin de nous la pensée d'exiger de nos architectes qu'ils s'astreignent à copier servilement les modèles anciens : ce serait à la fois tomber dans l'absurde et tuer en eux toute heureuse inspiration ; ne faut-il pas d'ailleurs, de toute nécessité, que les édifices qu'ils sont chargés de construire satisfassent aux habitudes et aux besoins de la société moderne? Mais, quel que soit le style qu'ils adoptent, que ce soit le grec, le romain ou le gothique, une règle absolue dont ils ne peuvent dévier sans tomber dans l'extravagance et le mauvais goût , c'est la stricte observation des principes fondamentaux , ainsi que l'étude approfondie et comparée des monuments-types de chacun de ces styles. Tout écart, toute négligence à cet égard seraient d'autant plus blâmables que, mieux lotis que leurs devanciers , nos jeunes architectes ont maintenant à leur disposition des recueils de beaux modèles d'ensemble et de détails , qui constituent pour ainsi dire une anatomie complète de l'architecture gothique ; et ces précieux éléments d'étude et de succès , c'est en grande partie aux travaux et aux talents de feu Auguste Pugin qu'ils en sont redevables.

Ed.-.James WILLSON.

Newport, Lincoln, 1856.

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