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LE PAON

Cet oiseau, dont le magnifique plumage est si connu, est de l'ordre des gallinacés.

Chez les Grecs, il était consacré à Junon ; le paon est digne en effet de la fière déesse, car il est fier comme elle.

Si l'empire appartenait à la beauté, dit Buffon, le paon serait, sans contredit, le roi des oiseaux : il n'en n'est point sur qui la nature ait versé ses trésors avec plus de profusion. Taille, port imposant, démarche fière, proportions sveltes et élégantes, tout annonce un être plein de distinction ; une aigrette mobile et légère, peinte des plus riches couleurs, orne sa tête gracieuse. Son incomparable plumage semble réunir tout ce qui flatte nos yeux dans le coloris tendre et frais des plus belles fleurs, tout ce qui éblouit dans 'les reflets pétillants des pierreries, tout ce qui les étonne dans l'éclat majestueux de l'arc-en-ciel ; les longues plumes de sa queue déployent, en se relevant, leurs richesses éblouissantes. Sa tête et son cou se renversent noblement en arrière, se dessinant avec grâce sur ce fond radieux, où la lumière du soleil se joue de mille manières.

Le paon fut rapporté à Salomon lors du retour des expéditions lointaines* entreprises par les flottes de ce roi puissant.

Puis, Alexandre le Grand, lors de la conquête des Indes, l'importa en Europe.

On trouve le paon à l'état sauvage dans les îles de l'Inde, dans l'Asie du Sud, et jusqu'au Japon: son plumage est bien plus brillant qu'en l'état de domesticité.

Il aime à se percher dans les arbres élevés des forêts de l'Inde.

La femelle est plus petite que le mâle; elle n'en a ni les brillantes couleurs, ni la queue magnifique.

Elle ne fait qu'une seule ponte, de dix à douze œufs, qu'elle couve pendant trente jours environ.

Elle élève ses petits paonneaux avec un soin extrême, les portant souvent sur son dos, leur apprenant à se percher jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour le faire eux-mêmes.

A l'époque de la mue, qui a lieu vers le mois d'août, les plumes de la queue du paon tombent; pendant tout le temps qui suit, jusqu'au printemps, il se cache, comme humilié de la perte de ses plus beaux ornements, et ne reparaît alors que pour venir encore jouir des hommages dus à sa beauté; cette beauté ne laisserait rien à désirer si les pattes de l'oiseau étaient mieux faites et s'il n'avait pas un cri désagréable.

On cite dans l'antiquité les repas somptueux des derniers empereurs romains où l'on servait, à cause de leur rareté, des plats de cervelles et de langues de paon.

Aujourd'hui on ne recherche plus que la chair des paonneaux, et encore ne vaut-elle pas celle de nos délicates volailles du Mans.

Si on sert un paon rôti sur la table, c'est alors comme objet de luxe, parce qu'on y a adapté avec art la tête, le cou, les ailes, et la riche queue de l'oiseau déployée en éventail.

Le paon se nourrit de toutes sortes de graines; la fleur du sureau lui est contraire, et la feuille d'ortie est mortelle aux paonneaux.

Il existe deux variétés de ces oiseaux : l'une, entièrement blanche, originaire des deux climats de l'Inde et de l'Asie: le jardin d'Acclimatation de Paris en possède plusieurs sujets; cette espèce vit bien en l'état de domesticité; l'autre panachée blanc et couleur, de la belle espèce ci-dessus: seulement les miroirs de sa queue ne sont ni si larges, ni si ronds, ni si bien terminés.

La durée de la vie du paon est d'environ vingt à trente ans.

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