GÉRONTE CHASSANT CRISPIN
Que je vais manier de Tor à pleine main :
Car vous êtes, dit-on, un avare, un vilain.
Je sais que, pour un sou, d'une ardeur héroïque.
Vous vous feriez fesser dans la place publique.
Vous avez, dit-on même, acquis en plus d'un lieu
Le titre d'usurier et de fesse-mathieu
GERONTE.
Savez-vous, mon neveu, qui tenez ce langage.
Que, si de mes deux bras j'avais encore l'usage. Je vous ferais sortir par la fenêtre ?
82 Types créés par les Grands Ecrivains.
CRISPIN
Moi?
GÉRONTE
Oui, vous; et dans Tinstant sortez.
CRISPIN
Ah 1 par ma foi, Je vous trouve plaisant de parier de la sorte ! C'est à vous de sortir et de passer la porte. La maison m'appartient : ce que je puis soulfrir, C'est de vous y laisser encore vivre et mourir. (S'adressant à Lisette ).•• Allons, ma mie, Bonne chère, grand feu; que la cave enfoncée Nous fournisse à pleins brocs une liqueur aisée ; Fais main basse sur tout : le bonhomme a bon dos : Et Ton peut hardiment le ronger jusqu'aux os.
GÉRONTE, à part.
Grands dieux ! vit-on jamais insolence semblable !
LISETTE, bas à Géronte.
Ce n'est pas un neveu, monsieur, mais c'est un diable; Pour le faire sortir employez la douceur.
GÉRONTE
Mon neveu, c'est à tort qu'avec tant de hauteur Vous venez tourmenter un oncle à l'agonie :
En repos laissez-moi finir ma triste vie, Et vous hériterez au jour de mon trépas.
CRISPIN
D'accord, mais quand viendra ce jour?
GÉRONTE
A chaque pas L'impitoyable. mort s'obstine à me poursuivre; Et je n'ai, tout au plus, que quatre jours à vivre.
Crispin.
CRISPIN
Je vous en donne six; mais après, venlrebleu ! N'allez pas me manquer de parole, ou dans peu Je vous fais enterrer mort ou vif. Je vous laisse.