DÉSIRS
A seize ans, l’éphèbe se trouvait très avancé dans sa formation cérébrale : il méprisait d’une sorte motivée ce qui constitue le bazar national.
Il se moquait du drapeau, des pannonceaux, delà Légion d’honneur et des académies., sans tomber dans la puérilité révolutionnaire qui s’acharne sur un rouage, dans son ignorance de la machine et de son dynamisme.
Il ne rêvait aucune réforme. Se garer des voyous, des gendarmes et des bourgeois, échapper à ses contemporains, surtout ne pas leur ressembler : ce problème apparaissait simple ; mais il n’aurait suffi qu’à un égoïste médiocre, à un moi de viveur.
Ce que Sin refusait à la patrie, il le donnait à la religion ; un enthousiasme ardent et profond se douloit de ne pouvoir se croiser effectivement, chevaucher pour une idé,e, servir enfin l’idéal, qui est le nom le plus nommant de Dieu.
Si prématurée que paraisse l'intellectualité, elle n’annule pas l’évolution sentimentale. Il faut connaître pour renon-
ccr vraiment, et Sin rêvait encore là où tant de son âge déjà sont salis et instruits.
Le motif de sa mélancolie et de sa haine contre Typhonia résidait dans son impatience sentimentale.
Ses lèvres tremblaient de l’attente de baiser ; il attendait l’amour comme on attend un visiteur certain, souhaité et qui tarde, et il souffrait, hanté nerveusement de rêves passionnés.
Plusieurs fois, il aperçut une femme qu’il eût agréée don* ncr sa merci à un qui ne se pouvait comparer à lui, et il enragea.
Semblable à un homme médiéviste, cuirassé, cuissardé, morioné,qui ne peut faire certains mouvements, son armement moral rendait impossible toute démarche et ce qu’on nomme « faire sa cour » : il fallait que la femme vînt à lui ; aller à elle était trop contraire à sa nature d’orgueilleux tendre; il se sentait femme en face des femmes, et ce qui l’eût servi dans un monde raffiné et esthétique ressentait à Typhonia,
Sin était aimé ; si on admet la douceur dir regard, le désir secret, le regret même de ne pouvoir se donner, pour de l’amour : il ne pouvait l’être à Typhonia, si on conçoit la possession comme base de la passion.
Le dimanche à la musique, aux heures où trottent les ouvrières, il ne sortait pas sans récolter d’exquis regards des jeunes bourgeoises et recevoir au passage l’exclamation flatteuse de grisettes. Seulement la bourgeoise lui figurait beaucoup d’ennui, et le trottin blessait son aristie. Même en sa juvénilité, il eût accordé quelque importance à ce qu’une femme fût née : idée ridicule en ce temps, où ce
qui différencie les femmes, c’est leur habitude du luxe et rien de plus.
Il répugnait à toute gravité, assez prématurément lucide pour pressentir qu’en amour, le présent seul est impérieux, et qu’il ne faut jamais engager rien de soi, dans un phénomène aussi fol et instable.
Cette prudence, née de la prescience de son destin, achevant de l’immobiliser, sa contenance morale, plus chère que le plaisir, le condamnait à la solitude. En nous attribuant une grandeur, nous nous privons de facilités; se singulariser, c’est s’interdire quelque chose de ce que tout le monde se permet. On ne gambade ni se vautre en dalmatique et en orgueil.
L’admirable Baudelaire raconte la joie mauvaise de l’homme qui a perdu son nimbe et qui dès lors peut s’embourber à plaisir.
Or Sin s’était nimbé, et dès lors il ne pouvait se baisser sans perdre tout le fruit de ses efforts et le gage de sa prédestination.
Ses parents n’entretenant que des relations de froide politesse avec les Typhoniens, il ne pénétrait dans aucune famille, ne saluait personne aux promenades, réduit à la rue comme à l’attente.
Or l’intrigue commode et qui n’engendre rien de fâcheux, se noue invariablement sur le terrain de la visite mondaine. Là seulement, les phrases de Tartufe justifiées diminuent le péril de la femme ; aussi la responsabilité de l’homme raréfiant la possibilité onéreuse des suites.
En outre, pour les natures esthétiques comme celle de
Sin, le boudoir vaut mieux que le coin des rues, et le piano se préfère à la bise d’hiver qui agite la flamme du réverbère.
Chacun, regardant au passé, s’étonne de l’admirable état d’âme où il fut à la période de chérubin, et aussi de l’inconscience des femmes meme sentimentales, qui méprisent les cœurs vierges et balbutiant?
Mme de Mortsauf vit à la campagne et dans un grand malheur qui lui permet de sentir Vandenesse.
Mais Sin était incapable de plaquer ses lèvres au dos d’une femme et surtout d’adorer de cette sorte. En aucune soirée, à nul bal il ne parut; l’aurait-on invité, que son orgueil eût refusé : ne pouvant pas subir la règle égalitaire, et incapable encore par un prestige d’imposer son caractère différent, il renonçait, amèrement.
La tendresse de sa nature se desséchait faute de s’épandre ; il sentait l’amoureux typique mourir en lui avec cette conviction qu’un jour, proche ou lointain, physiquement fané, moralement sceptique, et détaché alors, il serait aimé.
Une rancune cimentée de réflexion s’élevait en son âme contre la femme.
Quand, à la sortie du théâtre, il errait parles rues, sous la lune, rencontrant des silhouettes connues qui allaient à l’amour ou en revenaient, ulcéré, il regardait furieusement ces balcons où nulle forme blanche n’apparaissait à son passage.
Sans sa beauté et le regard des jeunes fdles, il eût plus souffert, mais il se fût résigné.
Sachant que, derrière cette fenêtre close, il y avait une femme qui s’était donnée des yeux, il s’indignait que la routine ou la prudence l’empêchât de se manifester.
Quels étaient donc ces êtres, néants hors de l’amour, et qui, amoureux, n’osaient soulever leur rideau et ouvrir leur fenêtre?
Ainsi, noctambule furieux, il errait tardivement, certain que derrière ces vitres mornes, cachées par ces murailles grises, des insomnies venaient de lui ; ou même des nerfs irrités se polluaient à sa gloire, tandis que las et douloureux, il ne savait où orienter son désir et l’ivresse sexuelle qui l’étOuffait.
Et rentré, doutant de lui, il allumait les bougies de sa glace de toilette, et inquiètement se regardait, si blanc de peau avec sa chevelure blonde qui lui effleurait l’épaule, l’œil gris et doux sous de longues paupières ; la bouche sensuelle, et vive d’incarnat sous son nez droit d’antique.
Une fois même il acheta à un colporteur de ces photographies de femmes nues, qui passent pour servir aux peintres, et ne sont destinées qu’aux libidineux : et, devant l’armoire à glace, tout nu, il se compara à ces prétendus modèles.
Plus pâle qu’une femme, aussi mince, il se jugea infiniment plus désirable que celles par lui désirées ; et son mépris de ce sexe qui le méconnaissait augmentait son désir de connaître, de sentir, et un jour de se venger de ce refus muet de la féminité impersonnelle et collective qui ne l’accueillait que des yeux. Leurs regards! comme ils luisaient plus fixes et jouissants, au cirque, pendant la torture des taureaux.
Quand un espagnol plante une banderille à fusée dans le cou du noble animal,. et que celui-ci s’effare de sentir sur lui des détonations et du feu ; ou bien lorsque le cheval du picador s’embarrasse dans ses entrailles déroulées, quel doux spasme, les genoux serrés, le sein dur et la bouche séchée !
Là, Sin se heurtait aux mœurs, qui ne sont jamais que les formes officielles d’un pays, sans rapport avec cette idéalité : la morale. A Typhonia, la pollution sadique du cirque, étant générale, est innocente; car la définition pratique du vice et du crime se phrase ainsi : Acte contraire aux coutumes locales.
Daphnis et Chloé iraient en correctionnelle sur le procèsverbal d’un garde champêtre, tandis que la débauche constitue un commerce avec patente.
L’Angleterre, peuplée de sociétés de tempérance, bombarde la Chine pour lui imposer son opium. Quelle est la pudique, de cette Égyptienne qui se couvre la tête de son unique et court jupon à la vue d’un Européen, ou de la mondaine qui vit un quart du temps en peau, comme on dit.
Révolté contre les institutions, Sin se révolta contre les mœurs ; il lui restait le rêve. Il ne satisfait que Lame ; les sens restent impérieux, malgré les mirages du lyrisme; et l’évocation coutumière du jeune homme, c’était la Fée.
Elle n’a point d'autre nom, en son esprit, blanche comme lui et de haute taille, nul trait plus précis.
Il ne se la figure pas Typhonienne, mais une étrangère parcourant la ville pour ses monuments, entre deux trains.
Il la rencontrerait auprès des Faunes du Nymphée ou au temple de Tanit. Elle comprendrait qu’il est vierge et qu’elle doit cueillir cette fleur male. A ce dessein, elle s’installerait dans la ville odieuse. Alors il saurait où aller, alors cesserait cette angoisse de ne pouvoir préférer pour ses pas aucune direction , tellement l’ennui le cerne en tous sens et l’investit.
Comme elle serait Fée, c’est-à-dire belle, noble, intelligente, il pourrait ne se pas contraindre, être ingénu, gauche et lui-même.
Sans se disputer, elle ne se donnerait pas en une fois et tout de suite, afin que ce fût conscient et recueilli. Ils iraient, le soir, sur le mont Zigur, parmi les pins, mêler leur bouche en se liant de leurs bras; ils se diraient, selon la belle expression biblique, à propos de la reine de Scheba, tout ce qu’ils auraient dans l’âme.
Docile, il laisserait guider son inexpérience, attendant la faveur sans la vouloir dépasser, et un soir, elle le recevrait en toilette de bal, puisque c’est le costume le plus voisin de celui des fées, et puis elle se donnerait, moins triste que Mme de Scudemor, moins détachée de la chose que Mme de Warrens : et toute cette nuit, elle donnerait la pleine volupté ; à l’aube, sans adieu, sans promesse, sans adresse, elle partirait comme on disparaît, ayant accompli son rôle noble de sacrificatrice et à la fois d’autel.
Singulière imagination qui, au lieu de porter sur la passionnalité, ne résolvait que l’anxiété du puceau, dignement.
Quand il sentimentalisait davantage, la version féerique changeait. Une femme semblable à la première, mais ma-
riée, mère et fidèle à ses devoirs, toujours étrangère du reste, et rencontrée auprès d’un monument, lui déclarait en même temps et son amour et sa vertu : mais, si elle refusait la volupté, elle offrait de remmener, comme secrétaire ou précepteur des enfants, à des appointements illimités, avec une perspective de perpétuel voyage. Une seule condition : Sin resterait vierge, ne demandant ni à elle, la fée, ni à d’autres femmes de connaître l’inconnu sexuel.
Et ce platonique amour durerait indéfiniment, sa sévérité compensée par l’or, qui rend l’étude exquise, et la pérégrination, qui renouvelle l’âme.
Voilà cé qu’il voulait : voici ce qu’il avait.
IDYLLES PROVINCIALES
Elle n’a pas quinze ans, elle ressemble à toute autre ; et Sin, qui, lui, paraît ne ressembler à personne, l’occupe. Elle coud d’ordinaire à la fenêtre lorsque le jeune homme vers deux heures va à la bibliothèque publique ; elle tousse et se dépite de n’être pas remarquée. Lasse enfin de la distraction du cher passant, elle cache des pois dans sa poche, et, quand il passe, les jette sur lui, rougissante, et se courbe vite sur son ouvrage.
La première fois, il eut un bref sentiment de colère ; mais il se flatte maintenant de ce petit fait, que chaque jour renouvelle; car il ne lève jamais la tête avant d’avoir reçu les projectiles : et cela dure sans qu’il souhaite davantage : l’enfant ne l’intéresse que par son souci de lui ; et cela est orgueilleux et pur, autant que puéril.
Le dimanche, il se hâte de sortir de la messe, écoutant toutefois le dernier évangile, par recommandation de son père, pour être à la sortie du temple protestant.
Une jeune huguenote lui plaît ; elle est très rose, paraît douce et ressemble aux anges des images soignées de la dévotion ; précisément cet aspect bénin l’invite à cogiter sensuellement.
Le joli moment que celui d’énerver cet être calme, et sans souci de la pluralité des jeunes protestantes, au regard précoce, à la lèvre consciente, il suit discrètement la huguenote rose.
Et cette pensée toujours lui vient et l’étonne que ce serait moins grief de mener à mal une calviniste, et qu’elles sont déjà au diable à moitié.
Sur ce bon propos, il change d’idée et reviendra le prochain dimanche regarder son image pieuse égarée parmi les patarins.
Dans la maison du cabinet de lecture, une domestique plutôt jolie le guette et cherche à lui parler.
Il se demande pourquoi, la meschine valant telle bourgeoise, il recule ; il sait que la plupart des fdles ont été bonnes, et que ceux qui les dédaignaient en tablier, les entretiennent ensuite lorsqu’elles ont arboré la toilette du vice.
L’amour est donc fait en quelque partie de prestige social ; s’il y a quelque gêne d’avoir une domestique, de même une ouvrière, il y aura joie à la rencontre d’une dame authentique, noble ? Sin ne résout pas cette impression, et vainement il s’interroge. Pourquoi pas la femme de chambre, puisqu’on l’admet une fois devenue cocotte ?
La véritable règle ne serait-elle pas plutôt, pour un homme fier, de classer les femmes selon leur amour, et d’accepter la plus éprise, sans égard même à sa beauté?
Tel serait sans doute l’effet d’un grand orgueil, qui ne regarde ni au cadre ni à la perfection, mais à la piété du reflet qu’une âme lui présente : c’est la dernière réflexion de Sin, et cependant il évite cette domestique plutôt jolie qui le guette et cherche à lui parler.
IY
A une sorte de théâtre d’été, on joue le Petit Duc. Oubliant l’opérette, Sin se plaît à cette plastique adorablement fausse du travesti, où le charme de la femme agit sans toucher aux sens, version presque pure de la grâce physique.
Se rattachant à la notion de la fée, celle du page le séduit, et ce soir-là il conçoit, non pas l’horreur antiphysique, mais la présence d’un autre Sin, d’un second lui-même plus féminin, lisant les mêmes poètes, ayant une semblable puberté.
Une curiosité le fait attendre la sortie des artistes , avec un peu de penchant vers celle qui a joué l’androgyne.
Voici qu’elle sort au bras du comique, et Sin les suit, écoutant.
Et, comme l’aspect détruit le mirage scénique, les paroles du Petit Duc, quelconques, le navrent, et il hâte le pas, afin de ne plus entendre une pauvre actrice de province qui cause d’engagement et du prix des pensions d’hôtel.
Chaque fois que la grande tragédienne Agar passe à Typhonia, c’est un événement pour Sin. Il se prépare à cette solennité comme à un examen, et pourrait souffler de mémoire. A l’exception de toutes les actrices de Paris qui traversent la ville, celle-là le satisfait pleinement ; autant par les chefs-d’œuvre qu’elle joue exclusivement que par son style grandiose.
La froideur même de ce jeu, qui est déclamé et non joué, cette absence de tempérament qui laisse tout l’effet à la beauté de l’œuvre, cette non-interprétation ravissent le jeune homme. A cet âge, l’enthousiasme de la tête trouble le cœur, et Phèdre, Alhalie, Hermione, Aggripine, Camille et Pauline, hantent sa rêverie, sous les traits impériaux d’Agar.
11 se demande si l’art ne ment pas, si l’histoire n’est pas imposture, et si des âmes aussi vivantes ont existé, trop à l’écart de la vie intime et trop jeune pour voir Phèdre dans une Bovary incestueuse, Atlialie préfète, Hermione entre un Pyrrhus général et un Oreste premier président.
Ainsi le grand art ne contagionne pas malement ; son grandissement ne permet pas de le rattacher au réel du temps et de nous-même.
Il cesse sa distraction habituelle, passant près de l’hôtel d'Occident, le meilleur de Typhonia. C’est là que descen-
dent les étrangers de distinction, là que descendrait la fée, si elle venait.
Comme la gare est le cher endroit qui mène au bon hasard, cet hôtel est le lieu où le bon hasard peut séjourner.
Espère-t-il vraiment ? 11 a vu passer des Altesses, et avec ses perceptions très subtiles de chaste, il a deviné le néant et la bourgeoisie de ces femmes à couronne fermée.
Il ne croit plus au rang, mais l’individualité', seule valante au-dessus de toute catégorisation, lui promet une rencontre d’âme.
Même si elle venait, l’Ame-fée, Eâme-sœur, comment le découvrirait-elle, perdu qu’il est parmi les cent mille Typhoniens : et voilà pourquoi sa distraction habituelle cesse, quand il passe devant l’hôtel d’Oecident, où descendrait la fée, si elle venait.
YII
Cette fille, depuis longtemps, l’invitait des yeux à s’avancer; il l’a fait, trop accueilli, le voilà chez elle.
S’enfuir ! Seule idée que lui suggère ce canapé, trouver le prétexte poli d’une sortie immédiate.
Son malaise augmente à chaque seconde vite intolérable, et se froidissant pour éviter un bras qui le veut enlacer, une tête qui cherche son épaule, une main qui prend la sienne.
Il perçoit minutieusement la banalité de la femme, son peu de charme, sa nature de marchande d’amour, et,
.ne
s’étant levé pour voir un chromo suspendu près de la porte, il s’évade sans un mot, trébuche dans l’escalier obscur, tâtonne pour trouver le loquet de la rue et enfin respire, heureux, si heureux qu’il se met presque à courir pour mieux sentir la joie de son évasion.
A la musique, le soir, les Typhoniennes échangent en passant des billets doux avec les jeunes hommes.
Sin, il y a plusieurs jours, a glissé dans la main d’une donzelle un poulet, emphatique, mais tendre.
Au lieu de la réponse qu’il cherche vainement à recevoir en frôlant de la main sa Philis, il est criblé de rires et de mots de son épître, prononcés incompréhensivement.
Son orgueil se dresse à ce heurt: il n’écrira plus.
C’eût été si doucement trompeur du besoin d’aimer, écrire, si remplissant du vide de certaines heures ; à cela encore il faut renoncer.
La caillette en riant blesse souvent une ôme tendre et la mal dispose pour toujours. Elle l’ignore et, le sachant, la férocité de la jeunesse, de l’être qui n’a pas souffert, l’emporterait ; pour la femme, le présent est le seul mode de la durée.
La robe de lainage, la casquette et la gibecière, autant que l’Anglais à guêtre et à lunettes bleues qui l’accompagne
indiquent que cette jeune femme est étrangère, et cela suffit à éveiller la curiosité de Sin.
Il la suit; elle, qui semble s’ennuyer beaucoup, tandis que son mentor ou son père s’intéresse fort à consulter son plan et à parcourir le Murray, se retourne d’un visage engageant.
Elle est garçonnière, grande, plutôt jolie, plutôt perverse, car elle a relevé sa robe et montre un mollet, afin de mieux tenir en laisse ce suiveur qui l’amuse.
Moins pour le bas entrevu que par désœuvrement, Sin la suit à travers la ville deux longues heures.
A la gare, à l’entrée de la salle d’attente, l’Anglaise quitte une jarretière qui tombe ; ce souvenir, il le ramasse, il le manie, cherchant à s’émouvoir de cet élastique recouvert d’un ruban mauve, et puis sa main laisse échapper le précieux gage, qui roule au ruisseau sans qu’il se baisse, car rien n’a vibré en lui, et il ne garde que la fatigue de sa marche et la tristesse d’une émotion désirée et qui n’a pas été.
Sur la route poudreuse, aucune charrette ne passe ; il soleille lourdement, et Sin marche d’un pas alerte. Où vat-il ? Les villages qu’il rencontrera ne signifient rien, sans une ruine, sans un seuil où l’attende le vin de l’amitié.
Il n’avouerait pas aisément ce qu’il cherche sur ce chemin, parcouru souvent par les bohémiens qui viennent d’Espagne. Un peu de honte lui monte au cœur, car il
espère rencontrer une jeune pauvresse, quelque gitana, et il tâte dans sa poche les quelques francs dont il veut payer son oarystis.
Cette imagination Fa mis en marche, qu’une mendiante rencontrée, ce n’est ni si bas qu’une fille, ni si vilain qu’une bonne, et il va jusqu’au moment où le soleil monte à l’horizon et l’avertit qu’il faut retourner.
Du même pas il revient, et voici qu’au loin se profile une forme enjuponnée, il se hâte ; voilà la pauvresse demandée. Quinze ans, vile, mais pittoresque ; il s’arrête, lui tend son argent et reprend sa marche sans un mot, sans retourner la tête, dégoûté d’avoir conçu et si longuement caressé un tel dessein, tandis que la mendiante, stupéfaite, regarde alternativement et les pièces blanches et la silhouette du jeune homme qui diminue à l’horizon.
C’est grand jour de foire et les saltimbanques bonimcn* lent, parmi les frappements de grosse caisse et le délire des pistons. Étincelante au milieu des autres baraques, avec sa machine à électricité qui , de moment en moment comme un balancier sonore, domine le bruit, le théâtre Coeherie attire l’attention de Sin.
Il s’avance, à grand effort, et tout de suite, des quelques jeunes femmes costumées qui s’ennuyent à allumer le public de leur présence, une se distingue à ses yeux, en costume écossais.
Ses yeux, de l’instant qu’ils Font rencontrée ne la quittent
plus, et, sous cette instance de regard, la saltimbanque s’inquiète, agacée sans cause, et malgré elle cherche en se penchant sur la foule à voir du côté où Sin se trouve.
Elle vient tout au bord, malgré elle, tendant vers le jeune homme, voulant s’avancer encore : et il faut qu’une bourrade du clown la tire de cette fascination.
Sin a découvert le magnétisme; il réfléchit à cet événement; et, sorti de la foule, il déambule; une impression de fatigue intense se mêle à sa joie et la barre de réflexion.
Sans doute, il vient d’agir sur une âme et d’attirer à lui, mais au prix d’une déperdition de force.
Si son vouloir eut été moins froid et expérimental, il aurait, en raison même de sa vivacité, subi une dépression parallèle à son affirmation nerveuse ; et, malgré son âge et sa force de chaste, il recule déjà devant ce moyen ruineux de se faire obéir d’autrui, et le merveilleux symbole de la Peau de chagrin conclut sa rêverie.
Les cigales stridaient éperdument, et, sous le ciel d’un bleu implacable, la route aveuglait de blancheur lumineuse.
C’était un de ces midis d’une intensité intraduisible en son impression ardente, et morne : les branches mortes cassaient d’elles-mêmes et l’écorce des arbres se fendait.
Derrière la guinguette, à l’ombre du mur, les grisettes avaient quitté leur corset et leur robe ; en jupon, nu bras et nu cou, elles jouaient à se jeter des verres d’eau au visage.
Sur une balançoire une se pâmait, se tenant à peine, les bras mous ; lorsque Sin parut, elle l’attira : « Monsieur, balancez-moi ! »
Il hésita, sourit et vint pousser la planchette, doucement, tandis qu’elle lui racontait comment la bande de commis qui devait les rejoindre avant midi n’avait pas paru encore :
« — Comment êtes-vous là, vous-même, vous un sauvage, qui, dans la rue, ne regardez personne? »
Il sourit pour réponse : l’idée étrange de se trouver là sans but, à une heure de Typhonia, par une canicule semblable. n’avait qu’une raison inavouable : cette inquiétude des sens que l’ardeur du ciel éveille chez les continents.
Après avoir vu sa huguenote à la sortie du temple, Sin avait pris la route du Pylône, poussé par un mouvement obscur d’animalité.
Il la balançait lentement, attentifauperlement de la peau mouillée par la chaleur.
« — Je vous connais bien ; je vous ai souvent fait de l’œil... »
« — Vous étiez en mauvaise compagnie, » expliqua-t-il : il la connaissait de vue.
« — Oh! je sais bien que vous êtes fier... si fier que ça vous empêchera d’être heureux. » La remarque valait; elle ne le frappa pas, occupé qu’il était à se dire : « Vais-je donner mon premier baiser à cette grisette? »
La balançoire à peine oscillait, et la jeune fille se laissant aller contre lui, à la renverse, il sophistiqua : « Je ne me demanderais pas, ayant soif, si le fruit qui pend au bord de
la route est hespéridien ; voilà un baiser qui s’offre et que je désire... »
Les yeux bleus de la jouvencelle se voilaient, et sa bouche s’entr’ouvrait nerveusement. Sur ses dents de jeune chien, Sin se pencha, et, comme on frappe un accord, il plaqua ses lèvres.
Elle lâcha les cordes de la balançoire, et tomba toute en arrière, pâmée, aux bras de Sin.
Les autres grisettes poussèrent des exclamations soulignantes ; lui, malgré un peu de vertige sensuel, s’étonna : il avait plus donné que reçu, curieux mieux qu’entraîné.
A ce moment, des voix bruyantes s’entendirent sur la route. Au risque qu’elle tombât, Sin, subitement froid et écarté, se rejeta en arrière, sous cette impression que la grisette avait baisé, allait baiser ces quelconques.
« — Jaloux... » fit-elle.
« — Vous avez mieux dit tout à l’heure... fier. »
C’était cela, le premier baiser: une sensation où le soleil l’avait poussé et non son cœur. Si la fée venait maintenant, il devrait lui avouer que ses lèvres ont touché des lèvres de grisette, des lèvres habilitées à la bouche des commis et des lycéens, des lèvres fraîches, mais de rue. A quoi lui servait sa grande retenue et ce vouloir de ne tomber qu’aux dignes caresses ; et il se découragea, avec l’envie mauvaise de se salir tout à fait.
Cependant, quand il rentrait, vers le soir, il se savait suivi de la grisette au baiser; hâtant son pas, il échappait comme pour effacer la banale sensation.
TYPHON ÏÀ
Elle persista, et, au coin d’une rue, sous le reverbère qu’on venait d’allumer, l’atteignit, disant :
« — Cruel ! — ce mot d’un caractère de sentimentalité archaïque devait flatter Féphèbe, — cruel, pourquoi me fuir ? N’avez-vous pas senti à mon baiser, à notre baiser, que vous seul existiez pour moi ? »
Cette énonciation, qui dénonçait un peu de lecture, intéressa Sin, et ils allèrent ensemble vers le Nymphée.
Amoureux de l’amour, le jouvenceau goûtait plus de plaisir qu’il ne s’avouait à tenir la taille de Marion et à lui baiser les lèvres. L’illusion se pouvait produire par la beauté même du décor, à l’ombre mystérieuse des grands platanes, tandis qu’une petite cascade, au loin, berçait l’oreille de ses rythmes d’eau heurtant les rocs artificiels.
Ils convinrent d’une grosse pierre sous laquelle ils glisseraient leurs billets de rendez-vous. Marion appartenait à cette catégorie populaire qui fournit également de bonnes femmes aux ouvriers, et de moindres maîtresses aux messieurs ; couturière et paresseuse, recevant des coups de corde pour un quart d’heure de retard au moment du dîner, et pouvant flâner des heures impunément.
L’amourette se passait sur la place des Comédies de Molière, sous les porches, dans les allées ouvertes, et cette incommodité devenait une idéalité, empêchant la caresse de devenir très voluptueuse.
Marion habitait une ruelle près du temple de Tanit, et leur poste restante se transféra bientôt sous un cippe, mêlé aux débris de colonnes et d’architrave qui jonchaient ce
coin antique. Le premier billet que Sin y reçut finissait par : « Je te baise sur ton corail. »
Ces éloges inversés, que lui donnait une fille au lieu de les recevoir, plaisaient à sa nature androgyne .
Deux mois, ce commerce imparfait dura, doux et fade, sans s’enfiévrer : la grisette se haussant moralement, et jouant l’éthérée, et lui circonspect, gardant sa sexualité pour la fée. Car, la faculté sophistique est infinie chez l’être cultivé, et Sin, qui d’abord considérait que son premier baiser le déshonorait, maintenant, rejetant toute l’importance sur l’amplexion, regardait le jeu des lèvres comme licite et inconsistant.
Dans le jardin du Nymphée, vers l’automne, de délicieuses minutes furent vécues, où Sin exhalant la poésie de son âme, parlait d’une voix lente et musicale des choses subtiles et tendres.
« — Ce que c’est bien dit ! parfois ta voix me grise comme du champagne, » disait Marion.
Sans doute, la grisette assistait à une musique d’âme admirable ; mais elle n’était qu’une harpe sous les doigts de Sim, un simulacre qui l’aidait à vibrer de personnels émois où elle ne le pouvait suivre. Avec quel soulagement elle devait,1 en quittant le platonicien, retrouver les commis et les lycéens qui lui fourrageaient les jupes ; mais Sin ne fut amoureux et jaloux qu’une fois.
Un dimanche, vers le milieu de l'après-midi, il eut une lancée au cœur, un désir d’une impériosité incroyable d’avoir Marion là, avec lui : et, comme il la cherchait aux
entours de sa ruelle, il la vit en un groupe où il y avait la mère^ une mégère énorme et déplaisante.
S’étant montré, il attendit non loin, il attendit jusqu’au soir, vainement, et ces moments furent aigus de souffrance et d’anxiété ; il eut pleuré de rage.
En souffrant pour qui n’avait point de prestige à ses yeux, Sin avait usé le peu de sentiment vrai dédié à Marion, pendant qu’elle, harassée d’aimer ainsi sur les hauteurs, perdait la force de feindre plus longtemps, de se plaire encore à ces étranges façons.
Un soir, Sin rôdait autour de la ruelle par désœuvrement, distrait; il tomba sur un groupe de jeunes gens qui entouraient Marion rieuse et caquetante.
Il lui fit un signe de la main, impérieux, et tira sa montre.
Elle oscilla, partagée entre l’anxiété de perdre son bel amoureux ou l’ennui de paraître ainsi obéir.
Les jeunes gens chantonnaient.
& — Ira, ira pas. »
Sin avait remis sa montre dans sa poche et tournait le dos avant qu’elle se fût décidée.
Vainement, renvoyant le groupe, Marion attendit qu'il reparût.
Il venait de découvrir en lui une faculté léthéenne, un pouvoir d’oubli singulier : Marion n’existait plus à son imagination, et même il s’étonna de cette volupté presque vive qu’il y a à quitter une femme, à rejeter du lest sentimental, quand nulle pitié ne vient barrer de faiblesse la vue claire de ce qui vient heureusement de mourir.
Le Céramique était à l’extrémité de la ville, dans le faubourg des Chiens, auprès d’un torrent desséché : composé de trois longues rues, désertes tout le jour, le soir pleines d’allées louches ou cyniques. On l’appelait le Kopron, et cela signifiait l’abomination aux lèvres pieuses. « Il irait au Kopron en plein jour, » qualifiait le plus grand cynisme.
Sin éprouvait une répulsion irraisonnée et intense à penser que la volupté se vendît comme une denrée et que la forme monacale fut adaptée à cette honte; et, s’il étudiait d’après les éléments à sa portée, il vovait qu’au lieu de préserver les mœurs, le lupanar les décomposait.
Ses compagnons de collège avaient d’abord pris la leçon facile du vice, ensuite répétée avec la domestique, l’institutrice, l’ouvrière ; la prostitution légale le révoltait.
Cependant, un soir, il alla rôder dans le faubourg des Chiens, certes sans l’idée qu’il fût possible qu’il entrât, mais curieux de ces curiosités mauvaises des pubères.
Les lanternes de couleur, éclaboussant de lumière un numéro énorme, firent souffrir en lui le sentiment pythagoricien; il eût préféré des enseignes que cette profanation du nombre.
Deux sortes de passants en ce lieu : l’isolé honteux, se dissimulant, courbé par le désir impérieux et bête, ou plus courbé encore par la nausée du faux plaisir ; et les bandes criantes, chantantes.
Il eut l’impression du coupe-gorge de la cour des Mira-
cîes, une atmosphère de causes célèbres lui affecta l’imagination.
Quand une porte de lupanar s’ouvrait, un grand ferraillent ent de chaînes , de verrou x , de clés , semblable à un guichet de prison ; et d’immondes femmes de chambre éhontées bêlant le passant d’invites où la voix d’alcoolique cherchait à se (interet se sucrait.
Et il marchait lentement par curiosité, et bien au milieu de la rue par prudence ; il se fut évanoui d’horreur, si une des mégères incitentes et bonimenteuses l’eût touché. 11 arriva à un coin plus singulier. Là, chaque porte ouverte encadrait une femme qui guettait pour son compte.
Debout au seuil, se détachant en ombre noire sur la chambre très éclairée, elles semblaient fatidiques et sorcières.
Tout à coup, une impression de blanc très vive affecta ses yeux ; il se dissimula sous un porche en face et regarda.
Dans un rez-de-chaussée blanchi à la chaux, un lit à rideaux blancs s’étalait ; au pied, une femme dont il ne distinguait pas le visage, était assise en jupon et caracot blancs ; elle tricotait.
Transportant hors de cette géhenne cette vision, elle eût pu représenter la vertu la plus pure : la blancheur sauvait le bouge.
Et le lit si blanc et si grand attendrissait le jeune homme comme une tombe fraîche refermée, et fraîche rouverte et béante.
Bientôt, son évocation des infortunés de son âge, qui
étaient venus s’y abattre, plaintifs et hébétés, sous le taonnemcnt de la sexualité, l’emplit de douleur.
Ce lit devint, devant son regard mental, plus effroyable que celui d’un hôpital ; il conçut la volupté cherchée là comme une opération douloureuse, quelque chose comme la vilenie des skopiks, tenant de la torture et de la chirurgie.
Et, comme la femme en caracot s’était levée, il eut peur et se sauva à toutes jambes, ne reprenant le pas qu’après être sorti du faubourg des Chiens.
Entré dans le bazar à la suite de deux jeunes filles, dont l’une le regardait calmement en tenant une rose, en pleine lumière, il se mit à côté d’elle et d’un mouvement net et vif, il prit la rose sans souci d’être vu.
Après ce coup, suivre était indiqué : il suivit et guetta.
Les jeunes filles rentrèrent, suivies des parents. Il attendit, caché à l’angle de la rue ; puis il vint sous la fenêtre probable : la maison n’avait qu’un premier, et à mi-voix il parla, et à mi voix il lui fut répondu, et, quand on se fut dit adieu, avec promesse de billets pour la musique du soir} Sin dévala.
L’air était lourd et chaud : charmé de l’aventure et insomnieux, il revint sur ses pas, dans ce silence d’après-minuit où en province, la pierre même dort visiblement ; et, s’étant glissé sous la fenêtre, il écouta.
Elles ne dormaient pas et parlaient de lui, sans doute.
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Les paroles, indistinctes, ne lui parvenaient point : bientôt elles se turent, et il allait laisser ces écoutes quand un soupir parvint à son oreille, étrange, et qui le fit demeurer.
Ce soupir se répéta, exclamatif, énervé. On jouissait dans la chambre, et cependant il eût juré qu’elles étaient toutes deux seules.
Il continua à analyser les bruits qui se produisaient mystérieusement jusqu’à des mots entrecoupés, si précis qu’il pâlit et chancela en découvrant la sodomie des femmes, qu’il avait lue sans la comprendre et dont il avait été l’excitant ce soir-là.
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Au théâtre, parfois, une lorgnette des secondes se braquait sur lui, sans qu’il en prît souci : c’était l’entretenue d’un officier, une très jeune fille, qu’il connaissait de vue sans l’avoir remarquée.
Un soir de désœuvrement, à la sortie, il lui parla, et tout de suite reçut un rendez-vous pour le lendemain au cimetière huguenot.
Ce choix du lieu l’étonna, moins encore que la raison donnée. L’officier faisant manœuvrer ses hommes sur une place qu’il faut traverser pour aller au cimetière, la fille avait voulu aiguiser son infidélité en passant, pour y aller, devant son amant.
Cette aventure prit à peu près les allures de celle d’avant avec Marion, sauf qu’un soir, elle lui déclara que son amant était de garde à la prison, toute la nuit.
A cet instant, le fantôme de la fée disparut de l’esprit de Sin : Berthe était jolie et l’aimait ; il en jeta le sort, et jugea sa virginité tout à fait perdue.
Ce fut charmant d’abord, en baisers, Sin connut le plaisir de caresser une gorge et se grisa de la volupté du sein. Elle dit mignonnement bonsoir et s’alla mettre d’abord au lit, et y attendit Sin, qui tardait, perplexe, repris par son idéalité.
L’amour-propre du male, plus que le désir, décida, et, nu, il s’étendit à côté d’elle et, lui baisant la bouche, il l’enlaça.
Ce fut un lent et long serpentement immobile et suffoqué : d’énervement , elle s’évanouit , et Sin , au lieu de s’émouvoir et de la rappeler à elle, desserra son étreinte et la regarda ainsi, froide et un peu morte.
Accoudé sur le lit et penché sur elle, il réfléchit longtemps.
L'aube parut aux vitres et teinta de transparence les rideaux avant qu’il sortît de sa méditation.
Alors il se rhabilla, lui frotta les tempes, la ranima, et, quand elle ouvrit les yeux, elle l’entendit qui refermait sur lui la porte de la rue.
Sin avait découvert le mystère voluptueux ; la permanence du désir latent et cette insatisfaction si chère aux imaginalifs.
Content de lui, fier même de cette première nuit érotique où il avait su éluder le sexe, il se demandait si l’amour véritable, l’amour des fées ne devait pas ressembler à cette sensation violente et sereine à la fois, imparfaite selon les
grossiers.