LE MUSÉE
Ici, c’est le testament de l’individu, de l’artiste; ici, c’est le rêve de chacun survivant. A la foule et au nombre, la pierre et le granit, la matière énorme ; à l’entité et à la personnalité, le marbre et les métaux, la précieuse matière.
Le passant salue de son âme collective la tour écrasante, le porche colossal ; mais ce bronze petit, mais ce marbre taillé selon l’ectype ne lui parleront pas leur langage subtil.
Seuls, les bijoux extasieront ses yeux, tandis que, terne sous sa vitre, un profd du Vinci, inaperçu, reçoit souvent la visite admirative des anges.
Le Musée est l’Église des formes spirituelles : pour concevoir le paradis, il faut mêler en un orchestre insigne, les lignes de Florence aux couleurs de Venise, et la piété flamande à la grâce française.
Le Musée est le lieu où vêtir des rêves, où apprendre à fuir le réel : là sont vus les travestissements sublimes de la forme et l’acheminement de l’œuvre vers l’Abstrait, sanctuaire où l’on devrait venir admirer comme on prie, et d’où on sort meilleur, l’œil empli de beauté et lame surhaussée.