LE MONUMENT
Témoins têtus des époques mortes, vainqueurs du temps, les vieilles pierres sont demeurées pour que l’homme mesurât, d’après elles, la vanité des choses.
Colonnes de temple, murs de théâtre, pans de donjons, stèles et remparts sont la pensée figée des races éteintes, et lame qui les construisit à son image leur a jeté un reflet d’immortalité. Il suffit d’une voûte, d’une ogive brisée, d’un chapiteau ou de quelques moellons pour imposer la souvenance du passé au présent.
L’âme des religions, des règnes et des races écrivait par la pierre le poème de ses aspirations, parabase admirable qui ne surgira plus.
Aux pages du livre revit la pensée, le système s’explique, la notion se formule : mais seul, le monument, grand orgue, qui tient toujours un accord archétype, redit aux âmes vivantes le chant des âmes mortes.
Le monument est le miroir où s’est fixé, image essentielle, l’idéal de chaque peuplade et des sectes diverses ; il apprend à sentir, à retrouver les battements éteints du cœur abstrait de l’humanité périe. Le monument est l’ancêtre du livre ; on ne reçoit les traditions que de lui.