DE L’AUTRUI
Évoquer i’âme du passé sur ses débris, contempler l’art en ses œuvres, même lire l’antique pensée en son texte, ne suffit pas à la vie de l’homme le plus intellectuel : il faut, pour que la pensée soit complète, qu’elle s’affronte à une autre pensée vivante ; un écho est nécessaire à l’esprit comme à la voix : à l’amitié absente rien ne supplée que l’Amour.
Certes la passion, comme l’Art l’a déifiée absolue et par là folle et fausse, ne peut être féconde qu’à la façon des crues du Nil, quand elles se sont retirées ; mais le commerce tendre où la galanterie un peu aiguë et l’esthétique fomentant la pensée, et le mysticisme, seulement sont une levure meilleure que la sexualité.
Sin, malgré sa foi et son enthousiasme d’art, ne pouvait terrasser en lui ce désir d’autrui, ce besoin d’un autre être qui force la volonté au vertige des attractions ; et, méditant sur cet extérieur conscient, l’autrui, il cherchait à l’envisager au point de vue de lui-même et de son entité vacillante.
Sa solitude, fermement maintenue, accumulait en lui des
éléments à rejeter, une trop grande formation de pensées étranges et de concepts maladifs.
Dans une intimité, chacun donne et prend le surcroît : on s’accouche mutuellement d’embryonnaires folies ; tel à soutenir un paradoxe l’épuise et le quitte ; un autre déterge par l’érotisme sa sensibilité en déséquilibre.
Amitié ou Amour sont des corrections de nous-mêmes par autrui ; on s’use, mais on se polit : le contact moral est analogue à la taille d’un cabochon, qui perd de la substance. mais qui gagne de la lumière. Rien ne remplace cette usure nécessaire, ce limage du moi sur autrui.
Il se produit dans la vie de l’âme et de l’esprit un phénomène de réceptivité bonne ou mauvaise qui nous soumet à l’influence morale d’une liaison, comme à l’atmosphère d’un lieu : l’âme respire, et il y a des bacilles animiques, comme des êtres, dont le contact est salubre et fortifiant.
De ces -réflexions, Sin concluait à quatre séries dans l’autrui (1).
(1) Comment on devient Mage.