BRAS TENDUS DANS LA NUIT
Au lendemain, la nuit est chaude et lourde, et la fenêtre de Nannah ouverte.
Assise, son pied nu sur le bord de la fenêtre elle rêve, immobile et maudit la vie médiocre, qui empêche qu’aucune heure ressemble aux chefs-d’œuvre. Roméo et Juliette se parlaient au balcon ; elle ne peut s’y risquer : une cloison la sépare seule de sa tante, et la porte reste ouverte.
Sin, embusqué dans le porche en face ne la distingue : il faut qu’elle se lève, blanc fantôme échevelé.
Avec une joie indicible et une volupté enivrante, il contemple cette apparition, qui n’est que blancheur et mouvement dans la nuit. Il se risque au milieu de la rue, puis touche au mur, alors, Nannah comprend que l’obscurité le fait pâtir ; elle se penche à la fenêtre et lui tend ses bras nus : mais un rire étouffé éclate, Nannah rentre vivement, pousse les Vitres et se couche, tandis que le rire s’accentue et que la tante, réveillée s’écrie : « Tu n’as donc
pas fermé ta fenêtre : on entend la rue dans ta chambre. » C’est Typhonia, la ville sans cœur et sans rêve, qui a guetté et qui a bafoué l’amour, elle, la ville aux vingt lupanars et aux perpétuels massacres de taureaux !
ÉPITASE
Vendredi.
Je suis attendue à Cambridge en huitaine : ma tante veut m’accompagner jusqu’à Tarascon ; si je ne peux l’en dissuader, cela retarde notre rencontre de plusieurs heures ; n’importe ?
J’ai étudié tes indications, qui sont précises ; quand tu sauras le jour et l’heure de mon départ, prends le train avant moi, et attends sur la route des Baux, au Val d'Enfer.
Dimanche.
Je prends le train de neuf heures du matin, demain lundi, 16 août.
Si j’évite la conduite de matante je serai aux Baux vers onze heures, sinon à trois heures, je pensei
A toi, cher être de Paradis.