L’OMBRE DÉVÊTUE
Sin a obéi à ce mot expressément bref :
Vers minuit , la rue est solitaire , et , ma tante endormie, viens voir mon ombre.
Au moment où il arrive sous la fenêtre, qui est à un premier, Nannali dérange le rideau pour guetter : la lampe, derrière elle, T éclaire en ombre chinoise. Elle a vu Sin et lui ouvre mimiquement les bras : puis elle dénoue ses cheveux et les fait flotter ; sa gesticulation semble fantomatique.
Sin voit quitter le corsage, tomber la robe ; le jupon la suit : elle est en chemise, et il 11e contemple que sa silhouette s’enlevant en noir, grossie sur le fond éclairé.
Voici qu’elle pose le pied sur une chaise, la robe relevée ; le bas descend sur le pied : allées et venues suivies d’une minutieuse toilette de nuit.
Une volupté inconnue coule aux veines de Sin : aucun baiser, nulle caresse ne l’avait soulevé de joie connue cette vue singulière : il eut accepté de venir ainsi toutes les nuits pendant cent ans, lui semble-t-il.
Mais voici que doucement la fenêtre s’ouvre ; un papier tombe à ses pieds ; il court au prochain réverbéré le lire : « Apporte-moi demain les plus minutieuses indications de train et de voiture pour aller à ce lieu sinistre et grandiose où nous devons aimer : à demain, si tu veux voir mon fantôme. »