UNE RAGE D’ACTION
Inconstance des Baux (1), écrivit le bon roi René pour exprimer à la fois le condottiérisme et le fatal destin des grandes familles provençales, et l’hermétiste s’étonne de cette croyance au nombre seize, qui empêcha ces princes de dépasser le chilfre 79, parmi les places Baussenques, châteaux, villes et bourgs.
Pendant onze siècles, ils purent marcher bannière déployée des Alpes au Rhône, et de Vienne à la Méditer, ranée .
Ils furent ducs d’Andrie, de Nardo et d’Ursin, comtes de Provence, princes d’Orange, podestats de Milan et Arles; sénéchaux de Lombardie, grands amiraux de Naples ; ils
(1) Baux vient du sémitique bamoth .== baotli == baous, qui signifie dans la Bible, hauts lieux, par extension sanctuaires, — en provençal on appelle Baou , tout sommet escarpé. Cette étymologie est conforme à la tradition, qui attribue la fondation des Baux aux descendants du kaldéen Ballhazar, un des trois rois mages. Ce serait en 388, au temps de Théodose, qu’un Ballhazar vint en Provence avec ce même empereur.
TYPHON ÏA
portèrent les titres de rois d’Arles et de Vienne, d’empereurs de Constantinople.
Au xe siècle, ils ne reconnaissaient pour suzerain que l'empereur ; leurs mariages leur donnèrent droit à la couronne deProvencc. Ils firent les croisades, ravagèrentdes abbayes et en fondèrent.
Ils battaient monnaie et se portaient médiateurs entre les comtes de Provence et les comtes de Toulouse, luttant contre la maison de Barcelone. Tel le poids de leur épée dans les destinées du Comtat, que des Chartres sont ainsi datées : l’année où le comte de Provence assiégeait Trinquetailles où s’était enfermée Stéphanette des Baux.
Car les dames des Baux étaient aussi extraordinaires.
Une scène curieuse de la seconde moitié du douzième, est le double effort de Baymond Béranger II, et de Hugues de Baux auprès de Frédéric BarberousSe, qui, Venu se faire couronner roi d’Arles, tenait alors cour plénière à Turin.
Le comte de Provence vint en merveilleux équipage, escorté de poètes et de jongleurs qui eurent un tel succès, que l’empereur lui-même rima en provençal un dizain.
Alors Baymond demanda à l’empereur de réduirele prince des Baux, offrant son comté de Provence à fief.
Hugues survint à son tour escorté de chevaliers en armes;: Frédéric prononça en faveur de Baymond.
Quelques années plus tard, le même Hugues sauva le roi d’Aragon vaincu, le prit en croupe sur son cheval, traversa ainsi la Camargue et un bras du Bhône à la nage, et le réfugia à Arles.
Le troubadour Fouquet, que cite Dante dans son Paradis?
elianta sans en obtenir la merci, Adélasie des Baux et, après la mort de cette dame, se fit moine et mourut archevêque de Toulouse.
Bérangère des Baux apparaît une étrange Yseult : pour s’assurer le cœur du troubadour Guilhem de Cabestan, elle lui donna un philtre qui le rendit un moment fou. Devenu à la raison, il dédia son cœur à Tricline de Ballans, qui l’adora.
Mais le mari tua le poète, lui arracha le cœur et le fit servir à sa femme ; aventure similaire à celle de Diane de Yergy.
Bertrand des Baux épousant Tiburge, fille de Bambaud d’Orange, devint prince de cette ville par héritage.
Parmi ces batailleurs, un troubadour, Guillaume des Baux, surnommn « au court nez », sans doute par ce trait physionomique.
Sordel invite tous les rois du temps à manger du cœur de Blacas des Baux, le plus éclatant des neuf preux de Provence.
Un autre était astrologue, Béral ; il mourut, dit-on, de la crainte d’un présage annoncé par des oiseaux noirs.
Barrai des Baux trahit la république d’Arles dont il avait été podestat, il suivit Charles d’Anjou appelé par le pape à la couronne de Naples.
Le vingtième seigneur de cette maison mourut en 1300, en Palestine.
Bertrand des Baux fut le bras droit de la reine Jeanne. Telle était la beauté de François des Baux, qu’après dixhuit mois de prison, la reine ne put le voir sans être séduite
et le délivrer. Bausette des Baux aima le poète Roger. Et puis ce grand bruit s’apaise.
Le roi René donne la baronnie des Baux à sa femme Jeanne de Laval.
Classée parmi les terres adjacentes, cette principauté releva d’Arles, puis, comme elle servit de refuge à tous les mécontents, Louis XIII la démantela sur la demande de la contrée ; la Révolution acheva la ruine de ce manoir, unique en son genre.
Voilà en substance ce que Sin lisait dans la notice de Canonge, pendant que le train roulait de Typhonia à Taras con.
Prétextant auprès de ses parents un désir d’excursionniste, son père lui avait remis l’unique brochure écrite sur la maison des Baux, et, dans la palpitation d’attente amoureuse où il se trouvait, il eût anticipé en rêverie sur les joies prochaines, si, rapprochant le souvenir d’un papier de famille, signé de Jules des Baux, amiral de Naples, et divers indices échappés au mutisme de son père, il n’eût été illuminé de cette idée qu’un hasard étrange plaçait son premier rendez-vous d’amour sur une terre où peut-être ses ancêtres avaient régné : et cette impression le distrait un peu de son rêve amoureux.