CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Le Concours agricole universel devait s’ouvrir à Paris en juillet 1836. Pour donner à cctle solennité tout l’éclat, toute l’utilité dont elle était susceptible, le gouvernement français avait convié les autres nations «à y envoyer les plus beaux spécimens, comme reproducteurs, de leur gros et menu bétail; et la plupart, en Europe du moins, avaient accepté celle invitation et se préparaient à y répondre.
Mais voilà que, dans les premiers jours de 1 année, la nouvelle se répandit tout à coup qu’une épizootie terrible, le typhus contagieux des bêtes bovines, venait d’éclater en Russie ; qu’elle avait gagné la Pologne, la Gallicie, la Hongrie; que déjà môme elle avait pénétré dans la Prusse orientale et dans l’Autriche; et que, dans sa marche rapidement envahissante, elle menaçait l’Allemagne centrale et l’occident de l’Europe.
TYPHUS CONTAGIEUX DU GROS DÉTAIL
Or, ce bruit prenant chaque jour plus de consistance, les choses en étaient à ce point que, vers la fin de février, des organes considérables de la presse, des agriculteurs éminents, et même des agents spéciaux de l’administration, exprimaient hautement que l’admission au concours des bêtes bovines de l’est de l’Allemagne, non-seulement ferait courir les plus grands dangers à la précieuse collection des animaux de la même espèce réunis à l’exposition, mais encore, et en même temps, pourrait bien introduire en France et y propager le germe de la désastreuse contagion qu’il était à craindre qu’elles n’apportassent avec elles. En conséquence, ils adjuraient le gouvernement d’écarter du concours les bestiaux de ces diverses contrées agricoles de l’Europe centrale.
Jusqu’à quel point ces bruits étaient-ils fondés, ces craintes exagérées ou légitimes, ces dangers à redouter? Fallait-il passer outre sans tenir compte de ces alarmes, au risque des ruineuses conséquences qui pouvaient en résulter? Ou fallait -il, eu décrétant l’exclusion qu’on demandait, réduire dans une si grande mesure les proportions et l’intérêt d’un concours de cette importance?
L’administration était, trop prudente pour se décider sans plus ample informé dans celte grave occurrence; et avant d’engager sa responsabilité, elle jugea à propos d’envoyer d'urgence sur les lieux qu’on disait envahis par l’épizootie, pour être exactement renseignée sur la réalité de l'existence du mal, et, dans l’affirmative, sur
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son intensité, sa marche et la possibilité de sa propagation dans notre pays.
J’ai eu l'honneur d’être chargé de cette délicate mission pour l’accomplissement de laquelle me fut adjoint M. Imlin, vétérinaire distingué à Strasbourg.
Et comme peu de temps auparavant, à la fin de 1855, M. le ministre de l’agriculture avait été vivement inquiété par un mémoire qui lui avait été adressé par M. le professeur Delafond, sur le danger qu’offrait pour notre bétail la libre importation en France des cuirs et suifs de provenance russe, aux époques assez fréquentes où le typhus règne dans cet empire, Son Excellence crut devoir profiter des investigations que nous allions faire dans tout l’est de l’Allemagne, pour nous recommander d’étendre nos recherches sur cette question, et de recueillir tous les documents qui nous paraîtraient de nature à l’éclairer.
En somme, j’avais à m’assurer et à dire :
« 1° Si le typhus contagieux du gros bétail existait « réellement dans l’est et le nord de cette contrée; et « dans l’affirmative, s’il régnait dans des proportions « dangereuses ou menaçantes pour l’occident de l’Eu- « rope, et plus particulièrement pour la France;
« 2° S’il était à craindre qu’il ne nous fut apporté par « les animaux qu’on pourrait amener de ces pays au « Concours agricole universel qui allait s’ouvrir à Paris; « et s’il y avait lieu, dire quelles mesures de police sani- « laire devraient être adoptées contre celle éventualité; « 3° S’il y avait nécessité de prendre quelques pré-
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« cautions ou de fixer quelques restrictions à l’égard de « l’importation des cuirs, des suifs, des cornes, des os et « des poils provenant de ces localités. »
Celte mission avait donc deux objets bien distincts :
L’un répondant à une circonstance actuelle et ayant un caractère d’urgence évident; c’était celui qui avait trait à la constatation de l’existence on non existence du typhus dans les contrées que je devais parcourir, circonstance sur laquelle il importait que l’administration française fut éclairée, fixée même s’il était possible, un certain temps avant l’ouverture du Concours qui devait avoir lieu dans les premiers jours de juin ;
L’autre qui consistait à rechercher en quelle quantité et dans quel état de préparation arrivaient dans les ports allemands de la Baltique, et en partaient, les cuirs, suifs, cornes, poils et os de bêtes bovines de provenance russe, et surtout jusqu’à quel point ils pouvaient, sous ces divers états, renfermer en eux ou transporter avec eux des dangers de contagion. 11 s’agissait là, en réalité, de recueillir pour le présent et principalement pour l’avenir, des documents propres à éclairer l’administration sur les mesures de police sanitaire à prendre au besoin contre l’importation possible du typhus dans notre pays par ces denrées.
Parti de Paris le 10 mars 1856, je n’étais de retour en France que le 30 mai. Mais, bien pénétré de ce qu’il y avait de grave et à la fois de pressant dans la solution de la question impliquée dans les deux premiers paragraphes qui définissaient notre mission, j’ai eu l’honneur
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d’adresser au gouvernement français, dès avant mon retour, trois rapports successifs ; l’un en date devienne, du 24 avril, immédiatement après notre exploration de la Hongrie; le deuxième de Cracovie, en date du 3 mai, après que nous avions eu constaté l’état sanitaire de la Gallicie et de la Moravie; le troisième, en date de Berlin, du 13 du même mois, ensuite de nos investigations dans toutes les provinces de la Prusse orientale confinant à la Pologne et à la mer Baltique.
Pans ces trois rapports j’ai exposé, avec de grands détails, l’état sanitaire au point de vue des maladies contagieuses (du typhus notamment) des différents pays que nous avions parcourus; et, fort du résultat des investigations que nous avions faites avec un soin scrupuleux, j’ai nettement exprimé, en la motivant, l’opinion que, quoi qu’on eût dit en France et dans quelques États voisins, il n’y avait aucun danger à admettre à l’exposition de Paris les bêtes bovines des différentes provinces de l’Allemagne, de la Gallicie, de la Hongrie elle-même, qu’on se proposait d’envoyer au concours. Éventuellement, et par surcroît de prudence, j’indiquais les mesures à prendre pour éloigner toute chance quelconque d’un danger qui, je le disais néanmoins, ne me paraissait ni probable ni possible (1).
J’avais ainsi rempli aussi complètement que le ministre semblait l’avoir désiré et que mes instructions le
(I ; Aucun empêchement n’a, en effet, été apporté par l’administration française à l’admission des bestiaux allemands au Concours universel de Paris. 11 y est même venu un certain nombre de bœufs hongrois qui n’étaient
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comportaient, la première et la plus pressante partie de la mission qui m’avait été confiée; et je me préparais, dans les premiers mois de 1857, à réunir et mettre en ordre, pour en faire l’objet d’un rapport spécial, les quelques documents que nous avions recueillis pour éclairer la question des cuirs, suifs, cornes, etc., lorsque parut sous la date du 2 avril de la môme année, une ordonnance rendue par la reine d’Angleterre, en son conseil des ministres, laquelle, en vue des dangers d'introduction en Angleterre du typhus contagieux du gros bétail qui régnait en Pologne et dans les provinces russes limitrophes, défendait, sous les peines les plus sévères, l’introduction dans le royaume-uni et l’entrée dans aucun de ses ports, « de tout bétail, cornes, pieds et w peaux sèches ou brutes de bétail, venant des terri- « toires de l’empire de Russie, du roi de Prusse ou du « grand-duc de Mecklimbourg-Schwerin, lesquels terri- « toires bordent le golfe de Finlande ou toute autre « partie de la mer Baltique entre le golfe de Finlande « et les territoires de la ville libre de Lubeck. »
Et, tout aussitôt, effrayés sans doute de l’effroi qui régnait en Angleterre et qui se faisait jour dans tous les journaux de ce pays, le Hanovre, la Hollande, la Belgique, s’étaient hâtés de prendre successivement des mesures analogues. C'était, en effet, disait-on, par suite
pas l’élément le moins pittoresque de l’exposition ; et, malgré les sinistres appréhensions inspirées par quelques vétérinaires des plus considérables, et exprimées par plusieurs journaux agricoles et autres, la France, pas plus que l’exposition, ne fut envahie par le typhus.
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de rapports très-pressants émanés de ses consuls résidents dans le nord et l’est de l’Allemagne, et sous le coup de la terreur que ces rapports avaient jetée dans tous les comtés agricoles, que la Grande-Bretagne avait décrété cette défense.
Le danger que l’on redoutait, que l’on montrait imminent, et qu’on voulait conjurer par ces précautions rigoureuses était trop grave , s’il était aussi sérieux qu’il le paraissait par ces alarmes, pour que le gouvernement français ne s’en émût pas de son côté. Toutefois, avant de traduire ses préoccupations par des prohibitions ou des entraves qui auraient jeté la perturbation dans une foule d’importantes industries, il voulut prendre l’avis de personnes compétentes. A cet effet, il forma une commission dont j’eus l'honneur de faire partie, qui fut d’avis qu’avant d’en venir aux moyens extrêmes dont l’Angleterre avait donné l’exemple et pris l’initiative, il y avait lieu à compléter par de nouvelles investigations l’étude pratique que j’avais commencée l’année précédente dans les divers ports de la Baltique. En conséquence, je reçus l’ordre pressant de parcourir et visiter avec soin les principaux ports hollandais, belges et français qui sont baignés parla mer du Nord, la Manche, l’Océan et la Méditerranée; et, à mon retour, de combiner les documents que j’y aurais puisés , avec ceux recueillis pendant ma première excursion, pour, du tout, faire immédiatement un rapport à Son Excellence M. le ministre de l’agriculture et du commerce qui aviserait.
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Ainsi fut-il fait. Près d’un mois fut consacré par moi à celle exploration ; et du rapport développé qui exposa l’ensemble de mes observations, il résulta celle conclusion, que, quels qu’aient pu être les motifs de l’Anglclerre et des pays qui l’avaienl imitée, rien, au fond , ne motivait l’interdiction qu’elle avait décrétée; et que, dans tous les cas, il n’y avait pas lieu pour la France à interrompre, suspendre ou gêner en aucune façon ses relations commerciales avec la Russie, en ce qui concerne les dépouilles des bêles bovines, le typhus régnât-il avec intensité même dans les provinces de cet empire les plus rapprochées de nous.
Frappé de la force et de l’évidence des raisons et des faits desquels se déduisait celte conclusion, le ministre décida qu’il n’y avait pas lieu pour la France à modifier son régime sanitaire en l’espèce; et l’événement a prouvé la sagesse de cette décision.
Il y a plus. Informés que c’était sur l’avis motivé d’un de ses agents que le gouvernement français ne s’était pas associé aux mesures qu’elles avaient cru devoir prendre, l’Angleterre, la Hollande et la Belgique demandèrent officiellement à l’administration française communication de mon rapport; et, quelle que soit l'influence que ce travail ail pu exercer sur celte détermination, elles retirèrent ou cessèrent de faire observer ces mesures.
Or, c’est ce second rapport, ce rapport sur la partie de ma mission ayant trait aux peaux, suifs, etc., que, à la demande de plusieurs personnes occupant une posi-
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lion importante dans la science ou dans l’industrie, à la demande aussi de quelques représentants des pays étrangers, et avec l’autorisation de l’administration supérieure, je crois devoir livrer aujourd’hui à la publicité.
Mais, avant d’aborder le fond du sujet qui y est traité, comme, au lieu de me bornera lui conserver la forme d’un rapport, c’est-à-dire la forme d’une réponse circonscrite aune question circonscrite elle-même, il m’a semblé que je répondrais mieux à la pensée qui en motive la publication en lui donnant les proportions d’un mémoire complet sur la matière, j’ai pensé qu’il serait utile de le faire précéder de quelques considérations très-sommaires sur l’origine et les moyens de propagation du typbus, afin d’en faciliter l’intelligence aux personnes étrangères à la médecine des animaux, et d’en faire mieux ressortir le motif et le but.
Voici ces quelques considérations :
Le Typhus contagieux du gros bétail, Peste bovine, Rinder-Pest des Allemands, quoi qu’en aient écrit la plupart des auteurs français, ne s’engendre spontanément que sur la race bovine toute particulière qu’on trouve en troupeaux innombrables dans les steppes immenses de la Russie méridionale, lesquelles, s’étendant du versant oriental des Carpatbcs jusqu’au pied des monts Ourals, sont traversées par ces grands fleuves qui descendent du nord et de l’ouest et vont se jeter dans la mer Noire ou dans la mer Caspienne.
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Il est vrai que celte affreuse maladie, la plus meurtrière de toutes celles qui peuvent frapper l’espèce bovine, ne règne que trop souvent aussi dans le centre de la Russie, et dans celles des provinces de ce vaste empire, qui, comme la Volhynie, la Podolie, la Pologne, bordent la Moldavie, la Valachie, la Hongrie, la Gallicie, la Prusse orientale, et quelle y fait d’affreux ravages; il est non moins constant que, de temps à autre, elle pénètre dans ces étals riverains auxquels, si peu de temps qu’elle y persiste, elle fait essuyer des pertes cruelles ; il n’est également que trop connu que, à diverses époques, elle s’est étendue jusqu’au cœur de l’Allemagne ; qu’elle a même parfois envahi tout le continent européen, l’ Angleterre elle -même, bien que les races bovines qu’on élève dans ces différents pays diffèrent essentiellement des bestiaux des steppes. Mais on ne saurait trop le répéter, et tout récemment je l’ai démontré péremptoirement dans un travail spécial sur ce sujet (1 : ce n’est, pas sur ces races que, dans aucune de ces circonstances, il a pris naissance ; toujours c’est sur des sujets de la race des steppes qu’il avait premièrement apparu, tantôt dans les pays mêmes où s’élèvent ces animaux, tantôt dans le cours ou au bout des longues routes qu’on leur fait parcourir, soit pour servir aux transports, soit pour venir alimenter les marchés des villes ou les parcs d’approvisionnement des armées. A
(1) Le Typhus contagieux des bêles bovines peut-il naître spontanément sur les animaux de cette espèce qui sont étrangers à la race des steppes ? — Paris, 1856. Labé, éditeur, place de l’École-de-Médecinc
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toutes les époques, c’est sur eux seulement qu’il s’est développé et montré d’abord, pour, ensuite, dans des circonstances données, s’étendre et se propager plus ou moins loin à d'autres races, non en vertu d’une constitution médicale qui régnerait alors et en produirait et favoriserait la propagation ; non en vertu d’une influence épizootique agissant à la façon des conditions épidémiques qui répandent le choléra, la peste, le charbon, etc. ; mais, exclusivement, par suite de la propriété contayieuse très-active que possèdent les animaux qui en sont affectés, les produits de leurs excrétions, et leurs débris quand ils sont morts ; propriété dont s’imprègnent et que peuvent transporter les autres animaux, les personnes et les choses qui ont touché ou seulement approché ces malades, leurs excrétions ou leurs débris.
Ce sont là des vérités tellement évidentes que, si elles ont été mises en doute par quelques auteurs, ce n’a été que par ceux qui n’avaient jamais été à même d’observer et de suivre une épizootie typhoïde.
Ce n’est donc que lorsqu’elles ont été exposées à la contagion, que lorsqu’elles sont mises en rapport d’une manière quelconque avec un ou plusieurs des agents imprégnés de l’élément contagieux, que nos bêtes bovines peuvent contracter le typhus.
Or, ces agents sont nombreux quand il s’agit de bestiaux, malades et sains, vivant dans les mêmes pâturages ou seulement dans des pâturages voisins; habitant les mêmes étables ou des étables voisines dans les mêmes exploitations, existant dans les mêmes villages; fréquen-
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tant les mômes chemins, ou conduits aux mêmes abreuvoirs ; se mêlant les uns aux autres sur les grandes routes ou dans les foires ou marchés, etc. Ils le sont encore, et très-dangereux toujours bien que plus faciles à éviter, lorsque les animaux malades et les animaux sains vivent dans des pâturages, des fermes, des villages peu éloignés les uns des autres, si tous rapports quelconques ne sont pas complètement suspendus entre les animaux, les personnes et les chosesqui, après avoir approché ou louché les animaux et les lieux infectés, approchent ou louchent peu de temps après les animaux sains. Dans ce cas, bien qu’il n’y ail pasà craindre pour ces derniers le contact direct des bestiaux malades, il y a à redouter pour eux l’approche des personnes qui ont été en contact avec ces animaux, ou qui ont seulement séjourné quelques instants dans leurs étables, remué leurs fumiers , manié leurs débris ; il y a à craindre l'alimentation avec des fourrages qui ont pu, parle contact ou le voisinage des bestiaux malades, se pénétrer plus ou moins de leurs émanations ; il y a à craindre l’apport dans les cours qu’ils fréqenlent, dans les champs qu’ils labourent, des fumiers récemment tirés des étables ou des cours ayant servi à des bêtes infectées.
Les exemples ne manqueraient pas pour, s’il était nécessaire, prouver le danger de pareils rapports et de pareilles communications. L’histoire du typhus abonde en faits avérés démontrant avec la dernière évidence le transport et la propagation de l’épizootie de pâturage à pâturage, d’étable à étable, de village à village, de
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contrée à contrée, par telle ou telle de ces voies directes ou indirectes que je viens de signaler. On n’aurait, hélas ! que l’embarras du choix.
Mais ce n’esl pas l’influence ou l’action de chacun de ces divers agents, si intéressante qu’en serait l’élude dans un travail général sur le typhus, que j’ai à examiner et à mettre en lumière dans ce mémoire. Parmi eux il en est, ce sont les débris des animaux, qu’on peut utiliser après leur mort, dont la propriété contagieuse inhérente, incontestable quand ils sont détachés ou extraits des cadavres depuis peu de temps, ne le paraît plus autant à tous ceux qui en ont traité, quand au bout d’un temps plus long ils ont subi, soit par leur exposition à l’air, soit par leur putréfaction, soit par leur dessiccation, soit par des préparations quelconques ( salaisons , passage à la chaux ou tannage, quand il s’agit de peaux, fnnle quand il s’agit de suifs), des modifications d’état, suffisantes, suivant beaucoup, pour modifier ou leur faire perdre entièrement leur qualité virulente.
Or, l’élude de ces agents est d’autant plus importante pour la France, et en général pour la plus grande partie des contrées de l’occident, du nord et du centre de l’Europe, que ces pays, n’important pas chez eux de bestiaux des steppes, ne pourraient recevoir le typhus, dans les circonstances ordinaires, que par les dépouilles de ces animaux que le commerce transporte journellement chez eux pour les besoins de leur industrie, ou, seulement, comme marchandises de transit.
11 s’agit donc de rechercher si les peaux, les suifs, les
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cornes , les os, les poils, provenant d’animaux morts du typhus ou sacrifiés comme atteints de celte maladie, ont la propriété, avant d'avoir subi une altération ou des préparations quelconques, de la transmettre à dès animaux sains dans des pays non infectés où on les transporterait; dans l’affirmative, s’ils conservent cette propriété, quelque altération ou préparation qu’on leur ait fait subir pour les conserver ou les transporter dans des contrées plus ou moins éloignées ; de rechercher enfin de quels ports et sous quels états de préparation sont importés en France ceux qui nous arrivent des pays ordinairement infectés ou suspects; et si l’administration doit prendre à leur égard des mesures de prudence , en vue des dangers que pourrait nous faire courir leur importation.
C’est ce que je vais essayer de faire dans ce travail, où, pour éviter toute confusion, je m’occuperai successivement dans des chapitres séparés des peaux, des suifs, et des cornes, os et poils; chacune de ces matières pouvant être, sans inconvénient, étudiée isolément; et chacune d’elles étant loin, d’ailleurs, d’offrir au point de vue de la police sanitaire le même degré d’intérêt. J’aurai soin, avant d’en parler sous ce dernier rapport, de donner, à l’occasion de chacune de ces dépouilles, quelques explications indispensables sur les préparations qu’on leur fait subir avant de les livrer au commerce ou de les utiliser dans l’industrie.
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