MASCARILLE
Une toux me tourmente à mourir,
Dont le bruit importun vous fera découvrir;
U tousse.
De moment en moment Vous voyez le supplice.
Dans ce cas, il est facile de voir que la seconde partie du vers s’aligne avec la fin de la première,
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la troisième avec la deuxième, et ainsi de suite, de manière que, si les personnages ou interlocuteurs étaient supprimés, le vers ne formerait qu’une seule ligne. Cependant, si le vers est trop long, on ne s’astreint plus à cet alignement rigoureux, et Lbn rentre un peu sur la gauche chacune de ses parties.
Les noms des interlocuteurs doivent toujours occuper le centre de la justification et être composés en petites capitales espacées d’un point. On ne supprime l’espace que dans les travaux peu soignés.
Lorsqu’un jeu de scène se présente, il faut le placer, comme dans l'exemple précédent, au-dessus de la partie du vers à laquelle il se rapporte.
11 est assez d’usage aujourd’hui de mettre les jeux de scène en plus petit caractère; l'effet est meilleur, et c’est un progrès sur les anciennes habitudes; mais cela entraîne souvent des parangonnages, particulièrement dans la prose, et, par raison d’économie, on revient parfois à l’ancienne méthode, en mettant les jeux de scène et les à parle en italique du corps et entre parenthèses, comme dans l’exemple ci-dessous :
clitandre, à Lucinde.
Acceptez, pour gage de ma foi, cet anneau que je vous donne. ( Bas à Sganarelle .) C’est un anneau constellé qui guérit les égarements d’esprit.
DE LA POÉSIE
Ce mode ancien n'est plus employé que pour les éditions à bon marché.
L’emploi du petit caractère dispense de celui des parenthèses, excepté toutefois dans la prose, quand le jeu de scène se rencontre dans le corps du texte :
F ROSINE, & Harpagon.
J’aurais, Monsieur, une petite prière à vous faire. J’ai un procès que je suis sur le point de perdre, faute d’un
peu d’argent (Harpagon prend un air sérieux.), et VOUS pourriez
facilement me procurer le gain de ce procès, si vous aviez quelques bontés pour moi.
Dans les éditions compactes, où l'on a recours à tous les moyens pour serrer le texte et gagner de la place, on met l'interlocuteur au commencement de l’alinéa; il n’est séparé du texte que par un — (moins). Parfois même ce dernier est supprimé.
Harpagon. — Tu m’as fait grand plaisir, Frosine, et je t’en ai, je te l’avoue, toutes les obligations du monde.
Frosine. — Je vous prie, Monsieur, de mo donner le petit secours que je vous demande.
Molière. — L’Avare, acte II, scène vi.
Quand une citation quelconque, un morceau de prose ou de poésie, est suivie du nom de l’auteur,
cette signature se place à droite, un peu avant la fin de la ligne , ainsi qu’on vient de le voir.
Le nom de l'auteur se met en petites capitales, celui de l’ouvrage en italique, l’acte en grandes capitales et la scène en petites capitales.
LA DISTRIBUTION
Lorsque la composition a passé par toutes les phases qu’elle doit traverser, c’est-à-dire qu'elle a été mise en pages, imposée, lue à plusieurs reprises, corrigée autant de fois, et enfin imprimée au nombre voulu; en un mot, quand elle a rendu tous les services qu’on en attendait, elle revient de la presse au compositeur, qui la détruit, la décompose, afin d’utiliser à nouveau les caractères engagés.
C’est cette action de décomposer qu’on appelle distribuer, parce qu’elle consiste à replacer ou à distribuer dans chacun des cassetins les lettres qui lui ont été empruntées pour la composition. La distribution est donc le contraire de la composition : composer, c’est prendre la lettre; distribuer, c’est la rendre. Dans le second cas on sème; dans le premier on récolte.
Au début, la distribution semble présenter plus
LA DISTRIBUTION
de difficultés que la composition; c’est là une erreur : la pratique démontre qu’on distribue avec une célérité trois fois plus grande qu'on ne compose. Mais la composition offre au commençant un attrait qui manque à la distribution : par la composition, il a la conscience de produire quelque chose ; ce quelque chose s’adresse à son esprit, l’intéresse, le charme même quelquefois. La distribution n’a aucun de ces avantages ; c’est un acte tout matériel de destruction, bien qu’il réclame une part d’attention non moins grande que l’autre.
Pour distribuer, voici la manière de procéder : on prend un petit nombre de lignes, le cran en dessous, que l’on maintient horizontalement dans la main gauche, l’une des extrémités appuyée sur la partie inférieure du pouce, l’autre supportée par les doigts étendus. Ces lignes, solidement assujetties dans la main, prennent le nom de poignée, parce qu’elles remplissent à peu près le poing qui les reçoit et les soutient. Dans cette position, le médius de la main droite fait glisser entre l’index et le pouce un ou plusieurs mots, selon leur longueur, de manière qu’étant bien maintenus entre ces doigts, ils soient à portée de la vue. Après avoir lu ces mots pour connaître l’ensemble des lettres qui doivent être replacées, on fait exécuter à la main au-dessus de la casse une certaine
• Digitizet
LA DISTRIBUTION
course pendant laquelle les doigts abandonnent, une à une, chaque lettre au cassetin qui lui est particulier. Cette opération se répète jusqu’à ce quo les eassetins soient remplis.
On donne aussi le nom de distribution à toute composition qui, ayant subi l’impression, est destinée à être détruite. On l’appelle également lettre dans un sens absolu. Le compositeur dit indifféremment qu’il manque de lettre ou de distribution , ces deux mots étant synonymes.
C’est surtout lorsque l’on distribue qu'on apprécie l'avantage de bien connaître la casse. Pour apprendre la distribution, il faut se hâter lentement. C’est une opération des plus délicates, qui demande à être parfaitement exécutée, parce que, nous l’avons dit, du soin apporté à bien distribuer dépend essentiellement la bonne composition. S’il y a peu d'inconvénients à vouloir tout d’abord composer avec célérité, il n'en est pas de même pour distribuer. On comprend facilement que si chaque lettre n’a pas été remise avec uhe scrupuleuse exactitude dans le cassetin qui lui est affecté, il en résulte un désordre pernicieux, lequel a pour conséquence forcée d’engendrer des fautes nombreuses.
En effet, quand on viendra composer de nouveau, les lettres égarées seront prises avec con-