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L’APPRENTI

COMPOSITEUR

MOT PRÉLIMINAIRE

La typographie, inventée par Gutenberg vers l’an UîiO, est l’art d’imprimer au moyen de caractères mobiles métalliques. Les premiers essais furent faits à l’aide de caractères gravés sur des planches en bois.

Elle fut introduite à Paris, vers U69, par Ulrich Gering, Martin Krantz et Michel Friburger.

Le mot typographie est formé de deux mots grecs : tuitoç (tupos), qui signifie empreinte, figure, caractère, et ypatpw (graphô), qui veut dire j'écris.

La profession de typographe ou d’imprimeur se divise en trois branches d’opérations bien

MOT PRÉLIMINAIRE

distinctes, savoir : la Composition, la Correction, ['Impression.

La* Composition consiste à assembler les lettres pour en former des mots, des lignes et enfin des pages.

La Correction est la lecture faite sur une épreuve en vue de relever et d’indiquer les erreurs et les fautes de tout genre échappées au compositeur. C’est également l’action du compositeur qui fait disparaître ces fautes. Aussi dit-on corriger sur épreuve et corriger sur le plomb, parce que dans ce dernier cas on opère sur le caractère.

L’Impression est la fonction de reporter sur le papier, à l’aide d’une pression, la planche ou forme obtenue par la composition.

De ces trois opérations, qui n’ont entre elles aucune analogie, mais qui tendent vers le même but, la première seule fait l’objet de cet Abrégé.

Trois personnes concourent donc essentiellement à la fabrication matérielle d’un livre :

1° Le Compositeur, qui reproduit sous la forme typographique le manuscrit de l’auteur ;

2° Le Correcteur, qui relève les fautes en collationnant l’épreuve sur le manuscrit , pour s’assurer que le compositeur s’y est conformé ;

3° Enfin l’Imprimeur, chargé de l’impression proprement dite, ou tirage.

MOT PRÉLIMINAIRE

Il y a bien une quatrième personne qui donne au livre sa dernière forme , et dont la fonction est d’assembler, de plier et de coudre les feuilles imprimées : c’est le Brocheur. Mais le brochage, qui jadis était une annexe de l’imprimerie, n’en fait plus partie aujourd'hui , et constitue dans les grandes villes une profession particulière.

LE COMPOSTEUR

Disons d’abord quelques mots du composteur, ce petit instrument en fer qui, avec la casse, est plus particulièrement indispensable au compositeur et dont la forme ne s’est pas modifiée depuis son origine.

Comme son nom l’indique, il sert pour composer les lignes; il est formé de deux lames perpendiculaires l’une à l’auire, et longues de 15 à 20 centimètres environ; l’extrémité de droite est fermée par une petite pièce qui offre plus d’épaisseur et fait point d’arrêt; l’extrémité de gauche est libre et permet de faire glisser sur l’angle droit formé par les deux lames une clavette mobile pourvue d’une vis et d’un talon qui fait également point d’arrêt : on peut donc ainsi fixer à volonté la longueur des lignes qu’on sé propose de faire. Cette dimension déterminée prend le nom d e justification.

LE COMPOSTEUR

11 est nécessaire que cet outil soit fait avec précision et parfaitement ajusté 1 .

1. Nous avons cru devoir parler du composteur, parce qu'il est l’outil principal du compositeur; mais il n’entre pas dans notre plan de décrire les nombreux instruments de travail qui se rencontrent dans un atelier de composition. Les enfants sont dans cet atelier, ils voient, ils touchent chaque jour ces objets et s’exercent à les manier. La condition particulièrement favorable à ceux dont nous nous occupons est d’ôtre sous lt direction immédiate d’un praticien exercé, chargé spécialement de leur instruction typographique; nous sommes donc, par le fait, dispensé d’entrer dans une multitude de détails qui seraient oiseux pour les personnes étrangères à l’imprimerie, et d’ailleurs nous n’écrivons pas pour celles-là. Ainsi ferons-nous à l’égard de certaines petites fonctions qui, bien qu’elles aient leur importance relative, nécessiteraient des développements hors de proportion avec l’objet traité. Ces développements, pour la plupart diffus, difficiles à comprendre et plus encore à retenir, ne profitent en rien aui élèves. Dans ces occasions, ce que nous ne dirons pas, ils l’apprendront mieux par la démonstration et en moins de temps qu’il n’en faudrait pour l’écrire.

LA CASSE

La casse est une boîte divisée horizontalement en deux grandes parties, qui se subdivisent ellesmêmes en cent dix-huit petits compartiments, dits cassetins; chacun d’eux est spécialement affecté à une lettre de l’alphabet ou à un signe typographique quelconque; la forme et la dimension de ces cassetins, semblables dans la partie supérieure, cessent de l'être dans la partie inférieure; ces différences ont leur raison d’être : elles ont été calculées sur l’emploi plus ou moins répété de certaines lettres de la langue française. Ainsi la lettre a reparaît plus souvent que le b , le c plus souvent que le p, le t plus souvent que le v. La lettre e se présente dans une proportion beaucoup plus considérable qu’aucune autre de l’alphabet. De là cette différence de capacité entre les cassetins.

LA CASSE

Une autre intention a motivé la disposition adoptée pour la partie inférieure : c’est de rapprocher de la main de l'ouvrier les lettres dont l’emploi est le plus fréquent, afin de diminuer le parcours que cette main fait constamment de la casse au composteur. Insensible pour une seule lettre, ce trajet constituerait une perte de temps préjudiciable au compositeur s'il se reproduisait plusieurs milliers de fois par jour.

Le compartiment supérieur, ou haut de casse, contient les grandes capitales ou majuscules, et un certain notnbre de signes particuliers.

Le compartiment inférieur, ou bas de casse , contient l’alphabet en caractères ordinaires ou minuscules, plus les lettres accentuées, les lettres doubles, les ponctuations, les lettres supérieures, etc.

La première étude à faire est naturellement celle de la casse. Le moyen le plus prompt et le plus sûr de l’apprendre par cœur est d’avoir à la fois sous les yeux la casse elle-même et un modèle imprimé, qui en est la configuration. Ce modèle aide singulièrement l’élève à se familiariser avec la place occupée par chacune des lettres. Pour agir avec méthode, il faut commencer par la première lettre de l’alphabet et continuer successivement jusqu’à la dernière, en désignant mentalement les ponctuations, chiffres, etc.; puis procéder en sens

LA CASSE

inverse, de la dernière à la première; enfin les nommer sans ordre, au hasard, toutefois sans perdre de vue le modèle, qui doit rectifier les erreurs de la mémoire.

Pour faciliter cette étude, nous reproduisons ici le modèle de la casse adoptée par la Chambre des Imprimeurs de Paris.

Après cet exercice mental . l’élève devra se priver du modèle et commencer les premiers tâtonnements de la pratique ; car il ne suffit pas de trouver aisément les lettres les plus usuelles, il faut encore pouvoir mettre la main sans hésitation ni recherche sur celles dont l'usage est peu fréquent.

Bien posséder sa casse est donc indispensable avant de s’exercer à composer; autrement on s'expose à tout brouiller, en plaçant à droite ce qui doit être à gauche, en haut ce qui doit être en bas. Le désordre, le mélange des caractères sont un fait grave à tous les points de vue; ils entraînent avec eux une mauvaise composition , et la moindre de ses conséquences pour le coupable est de le signaler comme un ignorant ou un étourdi.

Largeur, 85 centimètres. Hauteur, 50 centimètres.

LE CARACTÈRE

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