‹ TypographieChapitre 3 sur 46 · ET LE POINT TYPOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

ET LE POINT TYPOGRAPHIQUE

On entend par caractère l’ensemble de toutes les sortes de lettres qui trouvent place dans une casse.

Les caractères sont fondus dans des moules; A ces moules s’adapte une petite pièce en cuivre qu’on nomme matrice, laquelle présente en creux la lettre qu’on veut obtenir en relief; ce creux est produit par un poinçon d’acier.

La matière des caractères est un alliage de divers métaux, composé de plomb, de régule d'antimoine, d’étain, et parfois même de cuivre.

Tous les caractères, depuis le plus petit jusqu’au plus gros, depuis les plus sérieux par leur forme jusqu’aux plus bizarres, pouvant être combinés et imprimés ensemble d’un même coup, sont fondus sur une hauteur identique.

Leur épaisseur est déterminée par la forme de la lettre même. Ainsi, l’on comprend que la lettre m occupe plus de surface que la lettre i, et le t

LE CARACTÈRE

moins que le w; quelques-unes cependant ont une épaisseur commune. L’extrémité supérieure de chaque lettre reproduit l’empreinte du poinçon, qu’on appelle œil de la lettre; vers la partie basse de son épaisseur, on a ménagé un cran dont nous dirons tout à l’heure l’utilité.

Les caractères dont on fait le plus communément usage sont : le six, le sept, le huit, le neuf, le dix, le onze et le douze. Ceux d'un emploi moins fréquent sont : le cinq, le quatorze, le seize, le dix-huit, le vingt, le vingt-deux et le vingt-quatre ; à l'exception du premier, on ne les utilise que pour les grands formats. Leur numéro d'ordre indique la progression de leur grosseur.

Il en est qui portent jusqu’à 72 points et au delà; ils ne servent que pour des titres de grandes dimensions ou des affiches. On verra tout à l’heure ce qu’on entend par point.

En remontant l’échelle, on rencontre encore des caractères qui n’ont que quatre points et même trois; mais c’est là une exception ou plutôt une raéeté *. On peut voir un échantillon de ce dernier

1. Nous citerons, entre autres ouvrages exécutés avec ces caractères, l’édition des OF.uvres d'Horace, par Didot le jeune, et celles des Fables de La Fontaine, do Vert-Vert, par Gresset, imprimées avec les caractères gravés et fondus par MM. Laurent et Debcrny. M. Marne, de Tours, a imprimé aussi en caractère corps 3 une Imitation de Jésus-Christ , texte latin, format in-64.

LE CARACTÈRE

page 94, au chapitre consacré aux Impositions.

Le caractère ordinairement employé dans la partie courante d'un livre s'appelle romain.

Chaque caractère romain a pour correspondant, comme œil et comme force de corps, un caractère penché qu'on nomme italique l , dont on se sert habituellement pour les mots et les passages que l’on veut signaler à l'attention du lecteur.

On a vu que le nombre de points que comporte un caractère sert à en indiquer la force et le nom ; aussi dit-on : Tel ouvrage est composé en six, en neuf ou en douze *.

1. A 1’origine les livres étaient imprimés en caractères de forme gothique. Plus tard un imprimeur de Rome modifia cette forme, qui s’est généralisée ; de là le nom de romain qui lui a été donné. L'italique doit le sien à un célèbre imprimeur italien, Aide Manuce, qui fut le premier à s’eu servir.

2. 11 n’eu a pas toujours été ainsi. Les caractères, jusque dans ces derniers temps, ont eu d’autres dénominations. Dans le principe, on donnait volontiers à un caractère neuf, qui servait pour la première fois, le nom du premier ouvrage imprimé avec ce caractère; c’est ainsi que le caractère onze a porté longtemps le nom de cicéro , parce que , la première fois qu’on en fit usage , il avait servi à imprimer les œuvres de Cicéron. 11 en fut de même pour le douze, qui avait servi aux œuvres de saint Augustin. Bien que quelques imprimeries aient conservé jusqu’ici ces vieilles dénominations, l’usage en est presque généralement abandonné; une réforme heureuse s’est produite : les caractères ont été fondus et classés d’une façon plus méthodique , plus logique , qui permet d’exécuter aujourd’hui avec une justesse et une rectitude parfaites des travaux qui eussent été impossibles à une autre époque.

Page 1