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PAGE CORRIGÉE

La Révolution n’a pas oublié de visiter l’intérieur du Louvre. En juillet 1793, elle a envoyé des ouvriers mutiler les boiseries des portes et des appartements, barbouiller les tableaux de Rigaud et de Lebrun, ornement de la salle de l’Académie des Inscriptions, effacer la figure et le nom de Louis XIV, arracher les tapisseries semées de fleurs de lis. Au temps de la Terreur, la Révolution prend une des salles du Louvre pour y établir l’imprimerie nationale. C'est cette imprimerie nationale, sise au Louvre, que Robespierre augmente, pour l’impression du Bulletin des lois, de deux presses montées à ses frais sous le nom de Nicolas, et dont le coût fut plus tard remboursé à la famille du condamné. Au temps de l’agiotage, la Révolution dispose d’une salle au rez-de-chaussée, au-dessous de la galerie d’ApoLtoN, en faveur de la Bourse, qui s’y installe le 1 er prairial de l’an III. Mais ce sont surtout les locataires du Louvre qui l’ont transformé et dégradé. L’armée révolutionnaire des artistes, campée, de par le droit de conquête, en ce logement à sa convenance, a disposé de l’immeuble selon son bon plaisir, taillant, abattant, construisant, allant jusqu’à élever de petites maisons dans les salles non terminées.

En ce Louvre, en cette vieille demeure monarchique, Dcbucourt, ce Téniers de poche, met en vente la République française et la Déclaration des droits de l’homme , à peu près à l’heure où son voisin de la rue Boucher, Copia, met en vente, traduites d’un pointillé merveilleux, la Liberté, l’Égalité et la Loi de Prud’hon. Qui l’eût dit , alors , que ces gravures patriotiques auraient les pendants qu’elles ont aujourd’hui! Pêle-mêle avec elles, le portrait de Marie- Thérèse-Charlotte, telle qu’elle était vêtue dans la prison du Temple, le portrait de Capet revêtu de tous ses ordres, sont exposés aux

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de la nature des corrections indiquées à la marge , et, s’il s’en trouve d’assez graves, d'aviser d'abord au meilleur moyen de les exécuter. On procède ensuite à une petite opération qu’on appelle lever ses corrections ; elle consiste à prendre dans la casse , en s’assurant qu'elles sont bonnes, toutes les lettres nécessaires à opérer les rectifications signalées sur l’épreuve, à les placer sur la partie gauche d’un composteur en bois, espèce de petite règle plate, dans laquelle se trouve pratiquée une rainure qui les maintient. Pour lever ces lettres, on opère en sens inverse de l’ordre dans lequel elles sont indiquées sur l’épreuve, en commençant par la dernière, et ainsi de suite en remontant, de telle sorte que la dernière placée dans le composteur se trouve la première à prendre; toutes les lettres se présentent alors dans l’ordre où elles doivent être utilisées. Au fur et à mesure des corrections, on met sur la droite de ce composteur les lettres retirées de la forme.

* S’il s’agit de corriger dans une galée, on place celle-ci sur la partie gauche du bas de la casse, en lui donnant une légère inclinaison diagonale; elle doit être rapprochée le plus près possible du cassetin aux espaces, sans toutefois le recouvrir, parce qu'on y a souvent recours. On délie le paquet, et l’on place une réglette en plomb sur l’ex-

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trémité libre des lignes, afin de les maintenir; puis, de la main droite à l’aide d’une pointe et du médius de la main gauche, on opère une légère pression à chaque extrémité de la ligne fautive en la soulevant un peu au-dessus du niveau des autres, de manière qu’elle soit appuyée et maintenue à gauche par la tringle de la galée, et à droite par la pointe; on saisit ainsi la lettre ou le mot à corriger et l’on opère le changement.

Si l’on corrige sur le marbre, il faut avoir une petite boîte à compartiments, pourvue d’espaces de diverses forces , les corrections ayant pour effet ordinaire de modifier l’espacement. C’est une mauvaise habitude de remplacer cette boîte par un porte-page.

Avant de corriger sur le marbre, il est bon de s’assurer de la place occupée par les coins; trop serrés ils gênent l’opération, trop desserrés ils peuvent donner lieu à des accidents; bien qu’il soit utile de donner un peu de jeu aux pages pour en extraire ou y placer plus facilement les lettres,* si ce jeu est trop considérable il peut mettre dans Terreur et occasionner de mauvaises justifications; pour bien justifier, il faut que les pages soient suffisamment maintenués par les garnitures.

La correction la plus simple, la plus facile, est celle qui consiste à substituer une lettre à une

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autre de la même épaisseur, comme par exemple un u pour un n, un p pour un b, parce que cette substitution ne change en rien les conditions de la justification. Mais, excepté le cas que nous indiquons, tout autre genre de correction a pour effet infaillible de déjustiûer la ligne, puisque chaque correction entraîne avec elle l’obligation d’en retirer ou d’y ajouter quelque chose, c'est-àdire de lui enlever la précision que lui a donnée la justification dans le composteur.

Que la correction s’effectue en galée ou en forme l’un des soins les plus importants est donc de rendre à cette ligne sa précision première; on y arrive en appliquant le médius de la main droite à l’extrémité de la justification, de manière que ce doigt porte sur trois lignes, c’est-à-dire la ligne corrigée, celle qui la précède et celle qui la suit; si la ligne corrigée est trop faible, elle laissera un vide sensible au doigt; si, au contraire, elle est trop longue, elle fera saillie sur les deux autres : ces deux lignes voisines indiquent donc le point d’arrêt fixe, et c’est à la délicatesse du toucher d’apprécier s’il y a lieu d’ajouter ou de retrancher quelque chose à l’espacement de cette ligne.

En général la plupart des corrections n’ont d’influence que sur une seule ligne, et permettent de justifier sur le marbre; mais, s’il s’agit d’un bourdon

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ou d’un doublon entraînant avec lui un remaniement, il est nécessaire alors d’enlever de la forme le nombre de lignes que l’on suppose devoir être remaniées, de les remettre en galée et de les justifier de nouveau dans le composteur. Ce mode d’opérer est plus prompt et assure une meilleure exécution.

C’est ici l’occasion de rappeler ce qui a été dit plus haut, à propos de l’espacement. Lorsque la correction consiste à retrancher une ou plusieurs lettres, le vide occasionné par cette suppression doit être réparti aussi également que possible entre toutes les espaces qui se trouvent dans cette ligne ; si, au contraire, on doit ajouter un ou plusieurs mots par suite d’omission, c’est encore à toutes les espaces qu’il faut, en les réduisant, demander la place nécessaire à l’introduction de ces lettres. La régularité de l’espacement ne doit pas être moins respectée à la correction qu'à la composition ; il ne faut pas serrer outre mesure les mots pour faire entrer dans la ligne les lettres omises, ni les écarter trop non plus pour combler le vide fait par une suppression. En pareil cas, il est indispensable de remanier le nombre de lignes nécessaire pour revenir à la régularité.

Si de l'échange des lettres retirées et remplacées il ne résulte qu’une minime différence en moins

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sur la justification, et qu’elle n’oblige pas à changer toutes les espaces contenues dans la ligne, on diminue alors de préférence les espaces déjà plus fortes qui peuvent s’y rencontrer, ou celles qui avoisinent une lettre ronde ou une virgule, cette dernière portant un léger blanc avec elle.

Pour corriger, on se sert de la pointe ou de la pince; l'usage de cette dernière est pernicieux pour le caractère, parce que peu de personnes savent s’en servir assez adroitement pour ne pas endommager l’œil de la lettre; aussi nous n’hésitons pas à en proscrire l’usage et à lui préférer celui de la pointe, qui n’est pas non plus sans inconvénients dans des mains inhabiles.

On rencontre des compositeurs assez adroits pour ne se servir ni de l’une ni de l'autre, ou tout au moins pour n’y avoir recours que dans des cas exceptionnels. Cette excellente habitude ne saurait être trop encouragée.

LES TABLEAUX

On appelle tableau tout travail disposé en colonnes séparées par des filets, que ces colonnes soient formées par du texte, par des chiffres, ou même qu’elles soient blanches, comme dans les registres, par exemple.

Parmi les divers travaux de la composition, les tableaux sont considérés, avec raison, comme étant de ceux qui offrent les difficultés les plus sérieuses; aussi ne peuvent-ils être confiés qu’aux ouvriers expérimentés. Leur nature et leur forme offrent de telles variétés, qu’il est presque impossible d’établir des principes fixes à leur égard. Il y en a de très-simples comme de très-compliqués. Nous n’indiquerons que d’une façon sommaire comment

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on procède ordinairement pour les établir, et, pour nous rendre plus compréhensible, nous supposerons que l'élève devra composer, sur la justification de cette page , le petit tableau manuscrit dont la copie se trouve à la fin de ce chapitre :

On compose d’abord une ligne complète de cadratins de six, que l’on divise en autant de colonnes provisoires qu’il s'en trouve dans le modèle, en plaçant entre chaque division un bout de filet de la force de celui qui devra séparer les colonnes; puis on tient compte, à chaque extrémité, du filet d’encadrement, comme on le voit par la figure ci-dessous :

11 est facile de comprendre que la largeur à donner à chaque colonne est déterminée par la ligne la plus longue qui s’y rencontre; s’il se trouve quelques colonnes qui puissent être resserrées, c’est à elles que l’on fait supporter une réduction pour en faire profiter les autres. On verra, par l’exemple que nous donnons plus loin, que c’est la deuxième colonne qui commande les autres.

Dans tous les cas, il est essentiel de s’attacher à donner aux colonnes, et plus particulièrement à celles qui sont formées de chiffres, une justifica—

LES TABLEAUX

tion correspondante à un nombre de cadratins, afin de faciliter l'opération et de lui donner plus de justesse.

Les divisions de la largeur totale étant fixées, il reste à trouver la hauteur des têtes; on compose alors la tête qui contient le plus de mots ou de lignes, on y ajoute le blanc nécessaire et le filet horizontal qui doit la séparer du texte ; la hauteur des autres têtes est subordonnée à celle-là.

Lorsqu'on s’est assuré de l’exactitude de ces mesures, on compose d’abord toutes les têtes, pour lesquelles on n’est pas sans quelque liberté, en raison de l'exiguïté de la justification ; ainsi l’on peut faire une ligne d’un seul mot, ou même d’une fin de mot, en l’isolant au milieu de la justification ; ces têtes se font tantôt en petites capitales, tantôt en bas de casse; tantôt aussi elles se placent verticalement. On s'occupe ensuite des colonnes de texte; lorsque ces deux parties essentielles sont composées, c’est alors qu'il y a lieu de dresser, ou, comme on dit, de monter le tableau, en commençant par la première tête, que l’on fait suivre de son texte; puis l’on recouvre cette première colonne du filet vertical qui doit la séparer de la seconde, on donne à ce filet la longueur voulue, et l’on continue ainsi pour chaque colonne.

Quand le tableau est achevé, qu’on s’est assuré

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que toutes les colonnes sont d'une longueur identique, enfin qu’il est bien justifié dans toutes ses parties, on passe à son encadrement.

Les filets d’intérieur doivent être tenus légèrement plus courts que les colonnes de texte, dont ils n’ont pas l’élasticité; tous les filets, coupés d’abord à l'aide du couteau et du marteau, sont ajustés ensuite avec la lime; les filets de cadre sont limés en biseaux pour se rencontrer et se joindre parfaitement aux angles. Une des qualités essentielles d’un tableau, c’est la parfaite jonction des filets, à laquelle on doit particulièrement s’attacher.

Les filets de cadre, en hauteur et en largeur, doivent être coupés un peu plus longs que le tableau qu’ils sont appelés à encadrer, parce que, dans les deux sens, ils le dépassent de leur épaisseur même.

Le tableau ci-après, placé en regard de la copie, fait voir quel parti le compositeur a su tirer du manuscrit, et l’intelligence qu’il a montrée en simplifiant les têtes, pour éviter la répétition du mot Débit.

LES TABLEAUX

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