ACTE SECOND
Et s'entremignarder de baisers savoureux :
Ah ! que dans mou martyre ils se baignent heureux !
Que feray-je, pauvrette ? où prendray-je la voye Qui a moins de rigueur au Cocyte m'envoye, Sous l'ombrage muet des myrthes et cyprès Ou des forçats d'amour les éternels regrets Ramentoivent les coups de Fortune ennemie ? Moy que je vive encor ? J'auray ceste infamie Que ma sœur ma cadette et d'aage et de beauté ) M'arrache un si grand prix que j'ay mieux mérité. Q,u'ay-je aperçeu Diane ! une fille sans crainte Baiser son Adonis entre ses bras estrainte ! Je rougis pour toy mesme, ô louve sans pudeur :
Et quoy ? si j'eusse esté, pour rendre spectateur Le Roy de ce diffame, à te nuire aussi prompte Comme de ton devoir tu monstres peu de conte ? J'ay craint, non de te perdre, ains de mettre en esmoy Mon ennemy que j'ayme empestré quand et toy. Tant je porte respect à celuy qui me tue ! J'iroy m'ouvrir le flanc d'une dague pointue. Ou me serrer le col d'un funeste cordeau.
821 baisers amoureux — 822 ils triomphent — 823 Qui par moins de douleur — 828-30
Car pourrois-je encor vivre avec ceste infamie
Qu'à mes justes désirs tout espoir soit osté
Pour ma cadette en aage aussi bien qu'en beauté ?
831 apperceu, bons Dieux? — 832 estainte J — 833 J'en rougis — 834-8 Et d'une telle audace admire la grandeur.
Quoy ! si je voulois estre a vous nuire aussi prompte Comme de mes soucis vous faites peu de conte, Ha ! que je pourroîs bien, malavisée amants, Destruire vos desseins jusques aux fondemens, En décelant au roy (ce que je devroy ûiire) Vostre amour clandestine aux loix d'honneur contraire. Mais folle, helas, je crains de perdre quant et toy Mon ennemy que j'ayme autant et plus que moy. — 837 de perdre 1608 — 840 Car j'ouvrirois mon flanc d'une lame
841 Je m'estraindrois — d'une funeste 1608
éo TYR ET SIDON
Ou d'un rocher pendant m'abandonner à l'eau, Plustost que machiner au péril de sa vie Cest acte, ou le dépit contre toy me convie.
845 » Voila, qu'il est bien vray ! Fortune vient ayder » Ceux qui sont sans vergoigne, hardis à demander, » Amour hait les couards, la Royne d'Amathonte » Ne départit jamais ses faveurs à la honte : Qui sçait si aujourd'huy mes larmes essuyant,
850 Rassemblant les rayons de mon œil attrayant, Parant mon teint de lis et de roses meslees, Avec tant de douceurs qui jadis estalees, Voire n'y pensant pas, sç^oient si bien dompter Les plus farouches cœurs qui vouloient résister :
855 Si dis-je m'aprochant du subjet qui m'enflame J'espandoy devant luy les désirs de mon ame D'un discours supliant, il prendroit à mespris Mal-courtois et cruel un don de si grand prix ? Les amans d'aujourd'huy ne sont pas si fidèles
860 Qu'ils n'osent accepter deux diflferentes belles,
» L'homme en tous ses plaisirs ayme le changement. Ha ! Cassandre où es-tu ? ce resver seulement Monstre ta fin prochaine, iroys-tu donc commettre Ta sainte renommée à l'incertain peut estre ?
86) » L'homme cherche tousjours ce qu'il voit mal-aysé, » Le difficile accez rend un chasteau prisé,
842 Je sauterois d'un roc en un abysme d'eau — 843 de tramer — 84^ Ce laqs — 845 O que l'on dit bien — 846 aspres a — 849 si de ce pas 853-4 Capti voient et forçoient par leurs appas vainqueurs Mesme sans y penser, les plus farouches cœurs
— 855 m'accostant de l'object — 856 Je luy faisois sentir — 857-H
Mesme en le suppliant, il seroit si cruel Que de me refuser un plaisir mutuel ?
— 860 Qu'ils ne reçoivent bien
86r en toute sa vie — 862 Ah ! — 863 ...prochaine. Et quoi sur un peut-estre — 864 Voudrois-tu bien trahir ton honneur, ton bon maistre ?