‹ Tyr et SidonChapitre 104 sur 166 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Raporte à Monseigneur cest accident piteux, Qu'il m'impute la faute et non le crime à ceux

75 Qui pour justes raisons ceste vengeance ont prise. Asseure tout mon camp que si mon entreprise N'a plus hausse l'honneur de nostre nation, C'est manque de fortune et non d'ambition : Mais sur tout mon amy fay que ma belle sçache

io Qu'après tant de faveurs le mourir ne me fasche, Pourveu qu'elle ait un cœur, sans s'abattre, constant. Qu'à ce mordant regret elle aille résistant. Qu'elle vive pour moy qui pour elle trespasse. Adieu pour tout jamais, ja mon heure se passe.

^S Atant tourna les yeux et poussant un soupir Il sentit de glaçons ses membres assoupir : Dieux que devins-je lors ! quelle pointe aceree Me perça l'estomach, douleur immodérée !

Chœur.

Et qu'en dist Aristarque ?

Marmodon.

Aussi tost qu'il m'oùit )o Le pauvre bon vieillard de dueil s'evanoûit, Puis revenu, jura par l'Archer du tonnerre, Par les torches du ciel, par Neptun, par la terre Et par le fleuve noir imparjurable aux Dieux Que d'en faire l'enqueste il seroit soucieux.

Chœur.

?5 Une ombre ne revit pour aucune vengeance.

Marmodon.

Si est-ce aux affligés quelque peu d'allégeance, Une descharge à luy pour n'avoir assisté A ce traistre meffait, mesme de volonté. ' Ha ! mon fils, me dit-il, (deux sources desbordées

800 Baignoient son poil neigeux et ses traces ridées) Comme tu es tesmoin de ce commun malheur, Soys-le vers Tiribaze aussi de ma douleur, Qu'il ne m'en blasme point, et ne pense que j'aye Fait à ma conscience une si grande playe :

805 J'atteste les hauts cieux que je voudroy pour luy Finir mes ans cassés de vieillesse et d'ennuy, Va donque le trouver et d'adresse bien sage Tempère le discours d'un si rude message.

Chœur.

Jamais jamais son cœur pour aucunes raisons

810 Ne se commandera qu'il ne saute des gonds : Je le pense ja voir, tout ainsi que malades Grimpent au mont fourchu, les bacchantes Menades, Courir, heurler de rage, et penser furieux Que les plus doux propos luy sont injurieux :

8c5 II est des-ja fougoux et bouillant de nature.

Marmodon.

Helas ! mes compagnons que ma charge m'est dure !

Cassandre, Eurydice.

[II, 2.] Cassandre seule,

Donques ce grand soupçon qui tousjours me gesnant Me balançoit en doute est failli maintenant : J'ay veu (las ! j'ay trop veu) ceste couple meschante 820 Se flater à l'escart d'une voix alléchante

[Sec. /., II, 6 (4, dans J) à partir du vers 809.] 809- ro Jamais son cœur alticr s'eslevant comme à bonds, Ne se pourra tenir qu'il ne sorte de gonds. 811 Je croy desjà le voir — 813 Courant, hurlant.., ..pensant — 815 farouche et — 816 Helas, mon cher amy

\Sec. J., I, 5.] 819 ceste maudite paire — 820 librement d'une voix haulte et claire

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