‹ Tyr et SidonChapitre 111 sur 166 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

Je te dépite Amour, je sçay le seul azyle Qui me peut guarentir de ta chaine servile, J'ay le fer protecteur qui bravant ton pouvoir M'affranchira de tout, réduite au desespoir.

Eurydice.

[> Ha ! Junon qu'est-ce là ! tout-beau.

Cassandre.

Laissez moy faire.

Eurydice.

Hola.

Cassandre.

Vous me faschez.

Eurydice.

Quoy ? vous vouloir desfaire ?

Cassandre.

Laschez moy ce poignard.

Eurydice.

J'ay de la force aux mains En cest aage cassé.

Cassandre.

Voire ! mes doigts contraints Ont bien quitté l'acier destiné pour m'occire, {■> Vous ne pouvez pourtant tout moyen m'interdire. Quand vous le briserez en cent luysants esclats

loii Non, non, je le despite et sçay... — 1012 sa — 1013 ce fer... son pouvoir, — 1014 Retiendra mon honneur en son juste devoir. — 1015 Ha ! que voy-je ? bons Dieux ! tout beau I — 1016-20 G, : Vous me faschez ; pensez-vous me distraire ? Laschez-moy ce poignard. — A. : Vous me romprez les mains Ou je vous l'osteray. — G. : Quoy 1 Que mes doigts contraints Vous quittent ceste lame à mon sang destinée ! Ma resolution n'en est pas destournée 1021 la

Ma resolution vous ne briserez pas.

» Tant de chemins glissants, tant de passages tendent » Au royaume béant où les ombres se rendent 1025 » Que tousjours sans refus on y voit introduits » Les humains désireux de tromper les ennuis.

Eurydice.

Je n'eusse jamais creu qu'une telle castille Peust tant bouleverser le cerveau d'une fille, Las ! Madame vivez, j'ayme mieux offenser

1030 Les hommes et les Dieux que vos jours avancer, Vivez, et deussions nous nous rendre condanables, » Car les tourments plus forts, les péchés plus blasmables » Nous sont à suporter moins fascheux que la mort, » Mort estrange sommeil qui jamais ne dédort.

1055 » Ne désespérez point, il n'est rien impossible » A celuy qui s'efforce au travail invincible. Ou l'augure me trompe, ou bientost vous verrez Au comble de bon-heur vos souhaits asseurés : Laissez m'en le soucy, vous cependant délivre

1040 Vous appuyant sur moy n'ayez soin que de vivre. Relevez ces beautés qu'on alloit adorant Armez vous d'une œillade et d'un ris aparent,

1022 Mon mortel desespoir ne s'en fleschira pas ; — 1024 A l'empire muet.., descendent. — 1025 Qu'en tout temps — 1026 Tous humains désireux de vaincre leurs ennuis. — 1027 jamis 1608 — que telle frénésie — 1028 Eust d'un si bel esprit blessé la fantaisie — 1030 Immortels et mortels

103 1 nous lascher à tous crimes — 1032-3

Car les pertes de bien, d'honneur, d'amis intimes, N'ont rien qui ne soit doux à l'égal de la mort,

— 1034 qui sans réveil endort — 1035 point: un courage invincible

— 1036 Rencontre en son effort toute chose possible, — 1038 A l'abry du malheur vos — 1039 niettez-vous à délivre — 1040 Sur l'appuy de ma foy;

1041-2 Relevez vos beautez par un ris attrayant,

Rallumez les esclairs de vostre œil foudroyant,

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