ACTE TROISIESME
Et si de mon plus cher l'encombre je lamente, Le sang m'est un remords la pudeur me tourmente, Tant pour mettre en oubly le malheur fraternel, Que pour couver en l'ame un amour criminel : Il fautô desespoir ! que je sois déclarée Ou desloyale amante ou sœur desnaturee : Et bien que les deux points de ma calamité Soyent d'une mesme source et mesme qualité, Le premier des meschefs fait que ma plainte n'ose Eventer le second dont il est seule cause, Et faut (si je le puis) ô double creve-cœur ? Tesmoigner un désir de quoy j'ay plus de peur.
Or suis-je seule icy de tesmoins reculée. Sortez dolents propos de ma bouche enfiellee, Tempestez librement, que la pierre ait pitié D'une tourtre sans pair regrettant sa moitié. Dispense mon devoir sainte ombre de Leonte, Si la rage d'Amour toute amitié surmonte Pense que pour exemple un bel œil a régné De pouvoir souverain sur ton cœur esloigné De nostre souvenir, que tu mis en arrière La vieille passion, cédant à la dernière.
Uic
1323-6 Mais si pour cettuy-ci tous mes sens se lamentent
La nature et l'honneur d'un remords me tourmentent, Tant de mettre en arrière un decez fraternel Que de couver en l'ame un regret criminel
— 1529 Car bien que les deux chefs
1331 Le premier accident fait hélas! que je n'ose — pose 1608 —
1333 Mesme (si je le puis) il faut à contre-cœur — 1334 Monstrer en
mon désir ce dont j'ay — 1336-8
Ma douleur librement y peut estre exhalée. Sortez et tempestez ô mes justes clameurs, Soulagez mon angoisse, autrement je me meurs.
— 1339 Tu me dois dispenser, — 13401a force... mon amitié 1 341-4 Par exemple, tu sçais que, de nous esloigné Un bel œil a sur toy si puissamment régné, QjLie tu mis en oubly, par ton amour extrême, Et nostre souvenir et le soin de toy-mesme ;
134s Helas! prou de clameurs se débondent pour toy, Nul de mon chevalier se lamente que moy.
Flambeau, père du jour, argentine Diane, N'œilladez plus jamais la triste Meliane, Aussi biefi vos rayons luy font obscurité
1350 Puis que des l'Orient son jour est absenté : Grand-mere des vivants, fertille nourricière. Cache moy ta verdure et ta fleur printaniere, Ton teint m'est desplaisant puis que je voy flestri L'espoir de mes plaisirs nagueres tant fleuri :
1355 Venteux Prince de l'air, qui cent bouches souflantes Scais lascher et retraindre en tes caves relantes. Donne moy des poumons pour assez soupirer La mortelle douleur qui me vient martyrer : Preste moy tous tes flots, Roy des ondes cruelles,
1360 Que je les convertisse en larmes éternelles,
Puis quand par bien pleurer tes eaux me defaudront, Ma vigueur et ma vie en pleurs se résoudront ! Pauvrette que dis-tu ? la fortune meurtrière Te ravit pleurs, souspirs, espérance et lumière.
Après 1344 quatre vers ajoutés. — 1345-6
Et puis assez de pleurs se respandent pour toy, Mais nul pour mon Belcar ne s'afflige que moy, — 1347-50 Grand conducteur du jour, et toy, blanche Diane, Cessez dorénavant d'œillader Meliane, Car elle perd la veue en perdant son flambeau Et par vostre clarté ne voit plus rien de beau.
1351 florissante et fertile — 1352 Cache ton coloris, car il m'est
inutile — 1353 je voy pery — 1354 Le fruict de mon amour nagueres si fleury — 1355-58
Léger prince de l'air, qui des vents plus farouches Du creux de tes soufflets emplis les fortes bouches Preste-moy tes poumons, afin que puissamment Je pousse des souspirs égaux à mon tourment ; — 1359 Donne-moy — 1360 Qu'ils deviennent en moy larmes continuelles ;
1361 Et lorsque pour pleurer — 1363-4 ....Non, non met bas les armes
Quitte le jour, l'espoir, les souspirs et les larmes :