ACTE TROISIESME
Vieille sans naturel, masque d'hypocrisie,
Va, ne me tente plus, tu perds en me preschant
Tout ton crédit, ton temps, et ton propos meschant :
5 Cruelle comme toy je n'ay dans la poitrine Du fer au lieu de cœur, je n'ay mon origine Du Caucaze pierreux, les tigresses n'ont pas
' Preste leur lait sauvage à mes premiers repas. Toy, tourne au gré du Sort oubliant ta promesse,
10 Fleschi soubs la frayeur, non seulement délaisse L'innocent oppressé, mais t'arme contre luy Qui s'asseuroit en toy de conseil et d'appuy. Fais comme les mastins dont la troupe se rue Sur celuy qu'on poursuit de pierres par la rue :
!5 Moy je verray plustost rebrousser le Jordan Jusqu'au cedreux sommet du Palestin Liban, Je verray le brandon qu'à Delphes on adore Se lever au Ponent se coucher à TAurore, Je verray les doux d'or du plus haut firmament
10 Vaguer comme animaux au plus bas élément. Et plustost je verray ceste ronde machine Se refondre en Chaos d'une guerre intestine,
User de la raison pour vaincre vostre ennuy, Laissez périr Belcar sans périr quant et luy. 15 12 Naturel sans pitié, charité refroidie — i5iS"7
Je n'ay pas comme toy le roide cœur d'un arbre ; Non^ je n'ay pas le sein de bronze ny de marbre, Et dans quelque désert les tigresses
— 1519-22 ...du vent, non seulement délaisse
Un amy que le sort injustement abaisse, Mais rends toy sa partie et fais tout ton effort A lui monstrer ta haine au lieu de ton support ; 1526 Jusqu'au plus haut — 1527 Je verray le dieu blond — 1528 au
couchant — 1529-30
Que de voir ma promesse aller contre son cours Ou se perdre sans moy le soleil de mes jours; 1531-40 Et plus tost du chaos je reverray la guerre.
Le feu confus en l'eau, l'air opprimé de terre. Que des flots du malheur mes amours submergez
Qu'avoir si laschement le cœur espouvanté : Ni l'horrible portail de l'Erebe voûté,
1535 Ni l'œil rébarbatif du nautonnier avare,
Ni les bouillons souffres de la flambante mare. Ni le throne ferré des juges sans mercy. Rendront en ce devoir mon courage transi, Je vous suivray partout mon soleil, ma chère ame,
1540 Bravant de vos haineux les armes et le blasme.
Eurydice.
Prenez mon zèle en gré, Madame ce n'est point La terreur de la mort qui me trouble en ce point : (De combien, reculant, sçauroit estre exemptée De son mortel acier ma carcasse édentee
1)45 Ce n'est point cruauté ni peu d'affection. Las ! je n'ay de Belcar moins de compassion Que vous mesme, que vous dont l'ardeur dangereuse Seule me fait douter une fin malheureuse. Or puis que vous restez en propos résolu
T)5o Je vous veux suivre au trac que vous avez esleu. Commandez, essayez si pour vostre allégeance Je manque en loyauté non plus qu'en diligence : » Mais le vouloir est vain quand la force defFaut,
Ou craintifs, ou muets, de peines surchargez. N'importe à mon égard que la Fortune assemble L'ire de tous les dieux et des hommes ensemble : Car toutes les horreurs des gesnes et des fers Qui régnent tant delà qu'en deçà les enfers, La plus cruelle mort, la plus hideuse rage. Auroient de l'impuissance à fleschirmon courage. 1541 en gré; ce qui l'esmeut si fort, — 1S42 Madame, ce n'est point
la terreur de la mort. — 1544 son acier fatal — 1545-6 Ce n'est point que légère ou sans affection Je ne plaigne ce prince en son affliction.
— 1547-50 supprimés
1551 son allégeance — 1552 le pouvoir deffaut