‹ Tyr et SidonChapitre 129 sur 166 · ACTE TROISIESME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIESME

» Mourir par nostre main nous ne devons aussi, » Le bras est exécrable et pis que parricide Qui démolit le siège -où son ame réside.

Cassandre.

Je ne puis éviter qu'à l'ombre du trespas : Les injures du ciel,

Phulter.

Non non, ne croyez pas

Que sortant de la vie on sorte de misère,

» La chair proye des vers dans le sein de sa mère

» S'exempte de douleurs, mais le soufle divin

» C'est l'homme proprement qui ne prend point de fin,

) » Et qui porte son mal, quelque part qu'il s'envole, Comme un daim traversé le mattras qui l'affole. Mal d'autant plus cuisant qu'en l'hideuse noirceur Des antres sousterrains on ne trouve qu'horreur, Et qu'ayant une fois eschapé la lumière Il ne peut remonter en sa place première.

Vivons donque, vivons et armés de vertu Ne nous rendons jamais sans avoir combatu, Laisson l'impatience à la folle commune,

} » Le seul et seur moyen de vaincre la Fortune

> » C'est de la mespriser.

i Cassandre.

Ainsi de discours vains Remonstrent la constance aux malades les sains.

1672 et plus — 1676 Qu'en sortant — 1677 La chair quitte ces maux dans — 1678 Et brave les douleurs ; — 1680 ..., de quel costé qu'il verse,

i68i Comme un chevreuil courant le matras qui le perce, — 1682 ...qu'il ne trouve là-bas — 1685 Ny divertissement, ny repos, ny soûlas, — 1684 délaissé la lumière — 1685 Nul ne peut — 1686 vivons, targuez de la vertu, — 1687 Et ne nous rendons point

Phulter.

J'en atteste les Dieux si je suis insensible A ce cruel meschef, si d'oreille paisible J'en ay sceu la nouvelle, et si a tousjour-mais

1695 Je n'iray regrettant la perte que j'y fais D'un sage, libéral et débonnaire maistre Seul astre de mon heur. Mais qui veut recognoistre Que nos jours sont bornés, et qu'on n'avise rien Qui ne soit périssable en ce rond terrien.

1700 Qui scait que du serpent la rondeur infinie

Rend des plus durs remparts la hauteur aplanie, Celuy ne fonde point son appuy tellement Sur un homme fragil qu'en son esbranlement Il tombe quand et luy désolé sans remède,

1705 Mais plus modestement ses amis il possède

Et ses biens les plus chers, s'imaginant tousjour

Que, puisqu'ils sont du monde, il les doit perdre un jour :

Lors, après les eslans de soudaine tristesse

(Dont la raison si tost ne peut estre maistresse)

1710 II rentre en ses esprits, laissant tout à loisir

1692-703 J'en atteste les Dieux si mon ame n'applique

Ses plus forts sentiments à la douleur publique,

Et si jamais un coup m'avoit touché si fort

Que ce grand accident, cet outrage du sort

dui m'oste un bienvueillant, libéral et bon maistre,

En qui seul ma fortune affermissoit son estre !

Mais quoy ! celuy qui sçait que les pleurs ny les cris,

Ny mesme un désespoir^ rançon de trop grand prix

Ne peuvent rachepter un ombre du rivage

Où la faulx de la Parque estalle son ravage,

Celuy-là sur autruy n'est pas fondé si fort

Q.u'alors un accident moissonne son support

1705-19 Au contraire, en usant des amis qu'il possède, Les cognoissant mortels il se tient préparé De s'en voir tost ou tard quelque jour séparé. Tous premiers mouvemens à combattre impossibles (Si ce n'est par les dieux ou les rois impassibles) Se vainquent par le temps d'un effort sans effort.

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