ACTE TROISIESME IO
Par ces mots decevans ? Ha, non, dedans ses yeux
^795 J'ay veu le vray signal d'un amour furieux.
» Or la femme est subtile, et scait bien se contraindre » Conformant son visage à ce qu'elle veut feindre En tout, fors en l'amour ou l'hypocrite fard D'un maintien simulé n'use point de son art :
1800 L'archerot a des seaux qu'il ne preste a personne,
Luy mesme au front des siens en présence les donne.
Quoy donc ? tout le doux fruit du service rendu Au sceptre Tyrien me doit estre perdu ? Frivole destourbier ! Sidon peut en une heure
1805 Faire un millier de fois mon avance meilleure.
» Mais l'homme est imprudent qui du bien se départ » Qu'il tient des ja certain pour courir au hazard. Puis jamais en beau grade on n'esleve les traistres. Car qui peut tromper un, peut bien aussi deux maistres :
18 10 Ho ! que pour estre ingrat il paroist trop civil ! Ce vice vray tesmoin d'un courage tout vil Gagneroit un tel Prince, après que ta main seule Auroit tiré ses pas de l'Avernale gueule ?
Ne le crains pas Thamis. Mais crain pauvre homme crain
1815 De ne voir succéder ton pénible dessein.
Quel seroit le tourment trop rigoureux et rare
Pour égaler ton crime au gré de ce Phalare,
Ce barbare Néron de qui le sein d'acier
Ne se plaist qu'aux effets d'un courroux carnacier ?
1820 Non, non, tout est facil, tout en moy se repose, O chevalier royal par moy sera declose Ta ténébreuse tour, par moy tu reverras Le doux front paternel qui t'avance les bras, » Par moy les Dieux aydants, Dieux qui tousjour retirent » L'homme juste en ses faits des maux qui le martyrent. Que sert de chanceler ? Tout l'univers bandé
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no TYR ET SIDON
Ne me doit divertir du secours accordé, Il me falloit couvrir d'une roche mon ame Premier que d'escouter une si belle dame, 1830 Ou puisque ses sanglots et ses vainqueurs regards Ont engagé ma voix, arrière touts esgards, Aussi bien ne scauroy-je en manquant de promesse Évader le courroux d'une telle Princesse.
[III, 8.] BeLCAR seul en la prison.
OÙ es-tu maintenant, d'où viens-tu, qui es-tu ?
1835 Quel nom scaurois-tu prendre estant ainsi vestu ? Es-tu ce grand Belcar dont la dextre aguerrie Estendoit son renom plus loin que la Syrie, Et qui faisoit trembler seulement d'un aspect Tes ennemis de peur, tes amis de respect ?
1840 Es-tu ce Prince encor, qui au lieu de ces chaisnes, Esperoit d'empoigner les honorables resnes Du règne héréditaire, au lieu de fer pesant Un souverain bandeau de fin or reluisant ? Qui, au lieu d'un cachot tout plein de vilanie
184s Où les rats formillants te tiennent compagnie, Debvois dans ton palais richement tapissé Te voir dé tes amours doucement caressé, Suyvi de cent Seigneurs, de mille âmes guerrières
[S. /., III, 3, « Belcar aux fers ».] — 1835 Quelle métamorphose accable ta vertu ? — 1838 trembler à son premier aspect — 1840-4 Est-ce donc là ce bras lié de fortes chaisnes Qui devoit gouverner d'un empire les resnes ? Est-ce donc là ce chef au bourreau destiné Que l'on esperoit voir de fin or couronné, Suspendant à sa voix des seigneurs et des princes, Et mouvant d'un clin d'œil les ressorts des provinces ? Comment as-tu changé ton auguste palais. Peuplé de courtisans, de gardes, de valets. Contre ce noir cachot comblé de vilenie, 1845 fourmillans — 1846-9 supprimes.