‹ Tyr et SidonChapitre 155 sur 166 · ACTE CINQ.UIESME I5I · texte numérisé non relu

ACTE CINQ.UIESME I5I

Tu t'en vas ô voleur, et ma bonté payant Toy qui es tout a moy te dérobes fuyant,

730 Ingrat tu fais mourir celle qui t'a fait vivre, Tu délaisses cruel, celle qui pour te suivre Delaissoit le respect de son père grison. Ses grandeurs, ses amis, sa natale maison : Est-ce donc pour avoir de l'infâme congnee

735 Retiré ton collet que tu m'as dédaignée ? Est-ce pour avoir fait plus d'estime de toy Et de tes jurements que de toute autre loy ? Ame teinte de fard, perfide et Thezeane, Te peux-tu bien-heurer mal-heurant Meliane ?

740 Hypocrite imposteur tu te vas absentant

Du plus souverain bien que tu recherchois tant : Or va, que des grands Dieux l'infaillible vengeance Par un tard repentir t'en donne recompense. Va traistre en maie fin, va quérir vagabond

•45 Une exemplaire mort loyer de ce faux bond :

Et toy non plus ma sœur, mais fléau de mon ame, Que le ciel tout-voyant qu'a bon droit je reclame Te rende un pareil coup que tu m'oses prester, Puis qu'un plus affligeant ne se peut souhaiter.

50 O monstres Avernaux, fantosmes du Tenare, Eumenides fureurs hostesses du Tartare

2728 ô voleur! m 'emportant tout mon bien, — 2729 qui m'es oblige de toy-mesme et du tien.

2732 Desloissoit librement sa natale maison — 2733 amis et son père grison I — 2734 t'avoir — 2735 Recous si dextrement que — 2737 Que du droit de naissance et de — 2739-41 > Qu'espères-tu gaigner en perdant Meliane?

: Girouette d'amour, tu crois que le changer

Donne quelque advantage à ton esprit léger? 2742 Mais va.... la justice infaillible — 2743 T'en donne un repentir r aussi vain que terrible. — 2744 Cours, traître, à ton malheur ; va I — 2745 exemplaire fin — 2746 mais ma rivale infâme, — 2747 qu'en ayde — 2750 infernaux

Aprochez à la fois, ramenez chez les morts

Cest enfer de tourments qui m'anime le corps.

Helas ! que tardez vous ? les grands feux qui me rongent

2755 Se renforcent d'autant que mes jours se prolongent, (Feux d'amours, de douleurs et d'enragé courroux) Enlevez moy d'icy je m'abandonne à vous. Estrange desespoir ! qui me venant poursuivre Me fait désespérer de mourir et de vivre !

2760 Car bien que dans mon cœur soit né par cest effort De la mort des désirs le désir de la mort. Je vi malgré moy-mesme, ainsi me puis-je dire N'obtenir jamais rien de ce que je désire. O mer amere, mère à la mère d'amours

2765 Converti mon amant au milieu de son cours, Rebutte sa rigueur des rigueurs de ta rage, Comme il m'est inconstant soys luy aussi volage. Levé de tes béliers un escumeux troupeau, Fay peur à compagnons, à pilote, à vaisseau

2770 Si tu ne peux à luy qui, marbre non ployable, D'amitié ny de peur jamais ne fut capable. Enfin, puisque ton propre est l'infidélité, Sois ore desloyale à sa desloyauté.

2752 Toutes approchez-vous — 2754 tardes 1608 — 2754-5 Qjiioy ! vous tardez encor ! ma vie est prolongée. Pour accroistre les feux dont mon ame est rongée I —2756 Donc feux de jalousie et — 2757 Embrassez-moy du tout, je — 2758-9 O double desespoir dont je me sens poursuivre, Ne pouvant espérer de mourir ny de vivre 2764 O mer, amère mère à la mère d'Amour, — 2765 amant à prendre le retour — 2767-72

Monstre à cet inconstant l'inconstance des ondes ; Descouvre lu}'' l'enfer de tes (ces J) grottes profondes ; Fay blanchir hautement les béliers de tes flots; D'un naufrage apparent fay peur aux matelots, (Je n'ose dire à luy, car il n'est pas croyable Qu'il devienne peureux plustost que pitoyable). Bref, monstre-toy cruelle envers sa cruauté 2773 Et sois luy desloyale en sa

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