ACTE CINQUIESME I
Prince autant sur-humain de beauté, de corsage,
2775 Et d'honneste semblant, qu'inhumain de courage, Retourne, où vogues-tu ? sans ta moitié ? sans moy ? N'as tu pitié d'un cœur qui en eut tant de toy ? Retourne et je diray que la vieille rusée Donnant l'une pour l'autre à ta fuite abusée,
2780 Tu peux encor à temps de blasme te parer. Mais las ! homme obstiné rien ne peut différer Ton dessein commencé, ta pouppe qui s'esloigne, De ton consentement la malice tesmoigne. Cestoit donc, affronteur, pour me faire un tel trait
278) Qiae tu me sermonnois d'en venir à l'effect.
Heureuse en mes malheurs que parmy ma sottise J'ay tousjours reprimé ta sale convoitise ! O Satyre impudent ! ton infidélité Triomphe en moy de tout, fors de la chasteté :
'.790 Je meurs, tu l'as voulu, mais je meurs impollue. Là s'arresta tout court tenant basse la veûe L'Infante en desconfort ressemblant à Didon, En patrie, en noblesse, en funeste brandon. Puis se partit à coup fondant vers la marine :
795 Je la suivoy rempant, quand dessus la colline, Parust le grand Pasteur du peuple Tyrien, Je rentre en mon cachot et depuis ne vy rien.
2774-5 remplacés par deux vers nouveaux. — 2776-9
Revien, prince ! Où vas-tu sans ta moitié, sans moy? De moy n'as-tu plus soin ? J'en ay tant eu de toy ! Retourne et je croiray que la vieille traistresse A supposé Cassandre au lieu de ta maistresse — Suivent 4 vers intercalés. — 2780 à temps esteindre mon soupçon
2781 l'as 1608 — obstiné d'une et d'autre façon — 2782 Je voy ton double rapt : tes voiles qui s'esloignent — 2783 tesmoignent. — 2784 imposteur... tel tour — 2785 tu voulois cueillir la fleur de mon amour! — Suivent 4 vers intercalés. — 2790 Suivent i) vers ajoutés. 2791 sqq. supprimés.
Chœur.
» Enfin voila le fruit des Cytherines roses, » Mauvais sont les efïects des illicites causes, 2800 » Qui attente un dessein contraire à son devoir, » N'en attende un succez conforme à son vouloir.
TiRiBAZE, l'Amiral, Eurydice.
[V, 3.] TirIBAZE seul.
Donque le ciel cruel contre moy mutiné M'a repris en un jour ce qu'il m'avoit donné. Ne me laissant de tout que le sceptre et la vie,
2805 Fardeaux trop importuns quand la joye est ravie.
Que scauroy-je plus craindre ou que puis-je espérer ? A qui malencontreux me doy-je comparer ? Est-ce à ce Phrygien, race Lômedontee, Qui de beaucoup d'enfants la gloire tant vantée
2810 V^it périr avant luy de trespas violent ?
Non, ses fils sont tombés sous l'effort turbulent Du brave Olenien, mais le pauvre Leonte Traine avec son desastre une espèce de honte : Polyxene assouvist la gloire d'un vainqueur,
2815 Mais une mienne fille, a de sa propre sœur Ensanglanté la dextre, et l'autre de son père A subi le courroux piteusement severe, De trois la trahison m'en a perdu les deux,
[S. J., V, i.]28o2 le sort — 2803 ma 1608 — m'a repris tout à coup — 2808-10 remplacés.
2811-23 No"j non, son brave Hector mourant au champ d'honneur Est bien avantagé sur mon pauvre Leonte, Qui traine avec sa mort une espèce de honte. Et les cendres d'Achille excusoient la rigueur Que sentit Polyxene (PhiloxèneJ) en la main d'un vainqueur. Cassandre et Mcliane ont leur fin plus amère. L'une es mains de sa sœur, l'autre es mains de son père. Ainsi d'un pareil mal les regrets sont plus grands,