VI INTRODUCTION
« Le père, homme de guerre à ce qu'il paraît fort peu adonné aux lettres, fit néanmoins élever son fils libéralement. » En 1596, nous trouvons ce fils âgé de onze ans, à l'université de Heidelberg où il ne peut pas prêter serment à cause de son âge '. Colletet ne mentionne point ce fait, il dit seulement que le jeune Schelandre fit (c à l'Université de Paris de brillantes études », et qu'ensuite il « fut envoyé en Hollande pour y faire ses premières armes ». « Entré simple soldat dans l'armée de Turenne, il passa successivement aux grades de lieutenant et de capitaine. Depuis lors, il ne se passa guère de campagne sans qu'il rendît au roi, tantôt comme capitaine, tantôt comme volontaire, le service d'un gentilhomme de sa condition. »
Il y a dans ce témoignage une erreur évidente : Turenne n'entra au service des Hollandais qu'en 1624, alors que Schelandre avait quarante ans environ. Celui-ci dut donc commencer sa carrière militaire sous un autre capitaine, probablement sous Maurice de Nassau, le célèbre stathouder de Hollande. Le premier volume de Schelandre paru en 1608 contient en effet plusieurs poèmes panégyriques sur ce prince : Le proce:( d'Espagne contre Hollande. Plaidé dés Van 1600, après la bataille de Nieuport. Dédié à tressage Prince et tres-valeureux Capitaine, Maurice deNassau, Ducde Grave, etc. — Ode pindarique sur le voyage fait par V armée des Estais de Hollande au pais de Liège, Van 1602. Item sur la prise de Grave. Schelandre était-il déjà soldat vers 1602 ou même vers 1600, c'est-à-dire à l'âge de quinze ou dix-sept ans ? On sent dans ces vers l'homme de métier... Dans un sonnet pubHé en 1608 il prend congé de « la troupe guerrière » d'Avignon, les soldats de cette ville, qu'il appelle « témoins de ses travaux passés ». A cette époque il avait donc un certain passé militaire, et même il devait dés lors quitter le service, du moins provisoirement ^.
1. « Joannes Scelander », àt Sedan, 11 août 1596. Il s'inscrit en même tempsque Junius de Metz, tous deux v injurati propteraetatetn n.Toepke, Die Matrihel der Universitât Heidelberg, 1886, vol. II, p. 189, n" 80. (Communication de M. É. Picot.)
2. Un biographe anonyme de 1844, que nous aurons plusieurs fois l'occasion de citer, dit : « Il naquit en 1586, entra fort jeune au service et se vit contraint, à l'approche de la paix, de quitter l'épée pour la la plume. » Mais une date précise ne nous est point indiquée.