‹ Tyr et SidonChapitre 38 sur 166 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

Néanmoins on sent le plus souvent, sinon partout, une tendance très forte à diminuer la surabondance de la rhétorique au profit du mouvement dramatique : cette tendance est commune à la plupart des contemporains, mais c'est ici qu'elle est le plus prononcée. Il est vrai que la mise en scène de la catastrophe fait quelquefois double emploi avec le récit du messager, comme cela est arrivé déjà à quelques auteurs du xvie siècle, mais même dans la scène du récit la situation a un caractère plus dramatique. Les tirades étant devenues en général plus courtes et les dialogues plus dramatiques, les scènes en sont plus vives et d'autant plus variées que Hardy, tout en ne rejetant pas toujours la règle de l'unité de temps, se permet toutes les libertés usuelles quant à l'unité de lieu. Et si la conduite de ces pièces est toujours trop lente, Hardy met presque de la coquetterie à faire les scènes à faire jadis souvent évitées, et il les fait avec un certain sens du théâtre. On comprend que Hardy ait été naguère regardé comme l'inventeur en France des pièces jouables.

Ensuite il est allé jusqu'au bout dans la voie ouverte par la Ti'oade, en parcourant depuis sa Didon une distance analogue à celle — d'ailleurs moins grande — qui séparera Cinna du cinquième acte de Rodogune. Timoclée est encore très classique, étant tout en discours sur des intérêts politiques ; mais déjà quelques scènes, qui paraissent seulement épisodiques, marquent une transition au mélodrame sanglant qui va prédominer dans Scédase, Lucrèce, Aîcméon, etc. Ces pièces qui portent encore le nom de tragédie sont remplies d'horreurs, de brutalités, d'obscénités ^ malsaines et inquiétantes, mais sont très mouvementées et très dramatiques.

I. M. Rigal trouve que le Tyr el Sidon de 1628 « se distingue par une effroyable obscénité de Hardy médiocrement réservé pourtant ». Il ne faut pas oublier cependant l'effroyable obscénité de Lucrèce, ni en général l'indécence si universelle du théâtre de ce temps. — Duputel, à propos des retranchements possibles des grossièretés de la pièce de 1628 indiqués par Schelandre pour les représentations sur des théâtres particuliers, fait la remarque intéressante qu'on jouait alors des choses plus libres en public que dans le particulier, tandis qu'au xviii* siècle il y aura plus de retenue sur le théâtre public, mais on jouera sur les théâtres privés les pièces les plus graveleuses.

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