XL INTRODUCTION
matière tragique », dit-il; il met donc sur le théâtre des batailles et des meurtres. Les capitaines y haranguent leurs soldats poursuivant l'ennemi en fuite, ou bien ce sont leurs hommes qui traversent la scène en fuyant devant l'ennemi ; après les cris de victoire et au milieu des cris de douleur on apporte le corps du héros, on le pleure, la veuve se perce le sein sur le cadavre de son époux. Si des scènes semblables se trouvent déjà plus ou moins esquissées chez les contemporains et même chez les prédécesseurs, elles sont ici d'un effet plus théâtral, plus imposant et même plus poétique. M. Rigal tout en regardant Billard comme le représentant par excellence des « dernières tragédies faites pour être lues j), le croit néanmoins « influencé peut-être par Hardy ». Il est incontestable qu'il touche par plusieurs points à cet illustre contemporain : tous deux ont obéi au goût de leur temps pour l'effet dramatique ; il arrive même quelquefois que Billard l'emporte à cet égard (cf. le cinquième acte de sa Panthée avec celui de la Panthée de Hardy).
Et nunc venio . . . Hardy abandonna la tragédie, selon M. Rigal, dès les « environs de 1610 ». Néanmoins, quand, de 1624 à 1628, il publiera ses ouvrages en cinq volumes, il sera toujours vanté surtout en sa qualité d'auteur tragique ; lui-même il chante en 1628 tout un hymne à la tragédie et expose ses sentiments « sur les parties esquelles consistent les perfections » de ce genre. En tout cas il l'a cultivé avant et après les Funestes Amours, mais non sans subir une sorte d'évolution, si bien que ses tragédies semblent appartenir à deux périodes assez distinctes.
Lui aussi il est un fervent disciple de Ronsard. On l'exalte comme le rival heureux des tragiques grecs et presque avec les mêmes expressions dont s'étaient servis autrefois les amis de Garnier. Il affirme lui-même que sa muse est « vêtue à l'antique ». Tout ce que nous avons relevé chez Billard comme imitation du xvie siècle, se retrouve aussi bien dans ses ouvrages (Didou, Mort d'Achille, Coriolan, Mariamne, Mort d'Alexandre). Le chœur ne manque pas non plus : si, dans la préface de son premier volume, il prétend l'avoir « omis comme superflu (il ne dit pas « contraire ») à la représentation », il ne le supprime pas toujours même dans les tragédies de son dernier volume.