AU SERENISSIME JACQUES I. DU NOM
Roy de la grande Bretaigne, etc.
Sire,
Je ne croira}^ jamais qu'un homme soit importun venant payer ce qu'il doit : et rien n'est plus justement deu que des vers au père nourricier des Muses. Oublions ; pour un temps l'esclat de ces couronnes d'or qui n'estonnent que les regardants : et venons à ces forests de lauriers, à ces belles qualités de l'ame, que tout l'univers admire. Je tien que V. M. n'a point de plus certaine gloire que l'amour de la science : Le plus sage des Roys et le plus grand Roy des sages n'a formé que sur un tel désir et le choix et la prière qui l'ont rendu le plus heureux Prince du monde. A son imitation V. M. faisant la Court au sçavoir a si bien mis le siège du sçavoir en sa Court, qu'elle en est aujourd'huy la mer où tous les ruisseaux sont tributaires : chacun toutesfois selon sa portée. Envers les Dieux et les Roys (qui font grand tout ce qu'il leur plaist) les présents ne sont grands qu'à l'esgard de l'affection qui les accompagne. Cela m'encourage. Sire, de faire voir à mon Apollon mes devotieuses prémices : fruits verdelets ou plustost fleurs de mon Printemps que j'expose aux rayons de ce beau Soleil pour les amener à maturité. Et si V. M. me fait l'honneur de les avoir pour aggreables, je promets que m'estant fortifié la voix sous ses favorables auspices, je feray retentir au Parnasse
25 François le divin subject de ses louanges, et pour arres de mon vœu je luy offre ces frivoles fantasies comme tesmoignages plus véritables qu'artificiels du désir que j'ay de demeurer à perpétuité,
Sire,
30 Son tres-humble et tres-obeissant serviteur
DANIEL D'ANCHERES.