‹ Tyr et SidonChapitre 88 sur 166 · ACTE PREMIER 3I · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER 3I

Il nous vont remonstrant, simplettes que nous sommes !

Qu'il sont navrez à mort, comme en effect aussi, ) Aucuns par nos attraits endurent maint souci,

Mais leur cupidité souvent est supprimée

Aussi légèrement qu'elle fut animée.

Comme le trop de bois estouffe un petit feu,

S'il est mis sagemment le grossit peu à peu, : Ainsi de nos faveurs dont ils bruslent d'envie,

Trop esteint leur amour peu l'entretient en vie,

Amour qui toutesfois ne peut estre un moment

S'il n'a de plus en plus de ce doux aliment

Il queste sans cesser. Comme en la grande masse ' D'un antique palais, une seule crevasse

Croissant avec le temps le faict tendre au déclin, I Fait bresche irréparable et le renverse en fin : I De semblable progrés la poursuite soigneuse

Séduit la chair fragile et de soy chatouilleuse

Tant que l'honneur périt.

Meliane.

; Pour un chaste baiser

I Je ne le pourrois pas ny ne do3^s refuser, i Cela n'importe rien c'est un bien qui s'envole, lEt l'ennuy languissant d'une attente console.

I Eurydice.

(C'est, Madame, c'est la le soupçon qui me tient. C'est ou je vous attends, je sçay trop comme vient Du baiser le toucher, du toucher autre chose.

238 Ils nous en font accroire, ô sottes. — 239 blessez — 240 par nos •igueurs tombent en grand soucy.

242 allumée. — 244 mis à propos — 247 ne peut vivre — 248 S'il ne ire toujours de — 249 Mais, comme vous voyez que dans

251 Croissante — 253 Par... leur brigue périlleuse — 254 Mine 'ame fragile et la chair — 255 Tant qu'ils nous facent choir. — 256 l'y 1608 — ny dois le refuser — 257 Cela ne gaste.

Meliane. ♦

Autre but qu'un baiser Belcar ne se propose.

C'est un essay friand qui fait croistre la faim.

Meliane.

La crainte et le respect luy serviront de frein.

Eurydice.

265 Se pourroit-il tenir si ne pouvez vous-mesme ?

Meliane.

Pourrois-je a moins de frais tesmoigner que je l'aime ?

Eurydice.

La fille appete plus que l'homme ce plaisir.

Meliane.

La fille appaise mieux que l'homme ce désir.

Eurydice.

Tous deux sont maistrisés de naturelle rage.

Meliane.

270 Parlez vous d'une louve ou d'une fille sage ?

Eurydice.

Toutes sont d'une chair sujette à caution, Moy-mesme décrépite ay ceste passion, He ! comment la jeunesse en seroit-elle exempte ? Enfin la plus severe et la plus suffisante, 27s Si la peur du renom ne la tenoit de court. Comme la plus folastre auroit le talon-court.

264 Mais sa modeste humeur, n'est-ce pas un bon frein ? — 265 Comment s'abstiendroit-il, ne le pouvant vous-mesme ? — 267 plus que riiomme appette — 268 mieux que l'homme appaise un tel désir. — 273 Et comment — 275-6

Consentiroit au mal (la prenant sur le verd), Pourveu qu'elle crut bien qu'il demeurast couvert.

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