‹ Tyr et SidonChapitre 89 sur 166 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Las ! Madame, plustost se darde le tonnerre Sur mes cheveux grisons et m'engouffre sous terre, Qu'il advint que par moy vostre honneur fut taché : 80 Le cordeau qui vous prit n'a peu m'estre caché, Je le descouvri tost, lors jugeant l'aparence De faire avec la paix une heureuse alliance, Je vous offri mon ayde.

Meliane.

Et quoy ? pour l'advenir Voulez vous renoncer ? las fay-le moy venir, 185 Ma mère mon conseil, Euridice m'amie, Fay que je voye icy le soûlas de ma vie, Je ne veux que le voir.

Eurydice.

J'auroy perdu mes pas, Puis que j'ay commencé si je n'achevoy pas : Je m'en vay le trouver, mais gardez la barrière.

[I, 4.] Belcar, Meliane.

Belcar.

l?o Marche à ta malencontre infernale sorcière. î Dieu vous gard mon Soleil.

i Meliane.

Chevalier admiré,

279-86 Qu'il avienne par moy quelque faute de vous : Par moy, je parle ainsi^ car seule d'entre tous J*ai receus et cachez vos secrets en fiance, Espérant voir la paix naistre en vostre alliance. Par ce vous ay-Je aidez. — Quoy donc ? Pour l'avenir Voulez-vous au besoin vos bien-faits retenir ? Me refuserez-vous, ô ma mère, m'amie, De convier icy le soûlas de ma vie ?

[S. /., I, 4.] 290 infernalle courrière ! 291 Ma reyne, Dieu vous gard ! — Mon prince, que les deux

Jean de Schelandre. 3

Le ciel donne à tes vœus le succès désiré.

Belcar.

Ah ! c'est non pas du ciel, mais de vostre largesse, Que j'attens mes plaisirs ma gloire et ma richesse ; 295 Favorisé de vous belle, vostre Belcar

N'envi'ra point aux Dieux le tant prisé nectar.

Meliane.

Je ne croy le Tartare ailleurs qu'en ton absence, Ni les champs Elises qu'en ta douce présence.

Belcar.

Si vous me chérissez pourquoy n'avez vous pas 300 Pitié de vostre amy si voisin du trespas ?

Il est comme un Tantale aux cavernes béantes Baaillant après les mets et lés ondes fuyantes. Vous l'avez introduit au jardin de bon-heur, Que ne permettez vous qu'il en cueille une fleur ?

Meliane.

305 Sur toutes les vertus j'aime la patience,

Belcar.

Et moy sur tous les biens j'aime la jouissance.

Meliane.

Un bien durant si peu l'estimez vous un bien ?

Belcar.

Tous biens au prix de luy je les estime rien.

Meliane.

Un don fort attendu davantage contente.

292 Secondent vos desseins tousjours de mieux en mieux. — 293 ce n'est pas — 295 Pour estre bien-heureux, belle , — 296 Préfère vos faveurs aux douceurs du nectar. — 297-308 supprimés. — 299 n'avez pas

\Sec. J., II, 9. (7 dans J), où la même situation se répèle.] 309 bien attendu

Page 1