Tyrol Trente
Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque de la l'ondation de Trente et sur le nom de son fondateur. Les uns racontent que du temps de Tarquin-l’Âncien , le Celte Bellovèse conduisit dans l'Italie la première migration des peuples de la Gaule , ruina le grand empire des Etrusques, et, maître de tout le nord de la Péninsule, fonda Trente en môme temps que Milan, Bergaine, Vicence et Padoue. Les autres attribuent l'origine de cette ville à ces mêmes Etrusques , rejetés au sein des Alpes, auxquelles leur chef Rhétus a laissé son nom. D’autres enGn, sans remonter si haut, font bâtir Trente par Urennus et scs Gaulois. Disons avec le chroniqueur de Trente, Pincio, « que les Trentais ne peu- » vent guère connaître le véritable fondateur de leur ville et qu’ils doivent » s’en consoler. » Ajoutons que, fondée par Bellovèse ou par Brennus, par les Gaulois ou par les Etrusques, toujours est-il que cette ville est des plus anciennes.
Quant au nom de Trente, sont-ce les trois torrents Fersine, Saleto et Persio qui coulent dans ses environs, ou les trois sommets des Alpes voisines qui s’élèvent comme trois dents au-dessus de scs murailles, ou
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le ti'idciil du dieu Neptune auquel, dans l'antiquité, cette ville était consacrée, qui lui ont valu ce nom? Chacune de ces opinions est soutenue avec une chaleur digne de son importance, et les raisons que donnent leurs partisans nous ont paru si concluantes, qu'aujourd'hui nous ne pouvons douter que cette ville ne s’appelle Trente.
Trente est assise au pied de hautes monlagnc.4, sur la rive gauche de l’Adige, fameux entre tout tes fleuves, disait, il y a déjà quatorze siècles, le (joth Cassiodorc. Ces montagnes , chaînon considérable qui joint les Alpes du Tyrol aux collines Euganéennes, resserrent ici la vallée de l'Adigeet ne laissent entre leurs |>entes escarpées qu’un étroit passage rempli en entier par le fleuve et par la ville. D’un bord à l’autre de la vallée se grou- |K?nt pittoresquement ses vieilles et petites maisons à toits plats, ses palais de marbre, scs dômes blancs, ses clochers élancés et ses hautes murailles flanquées de grosses tours lombardes, crénelées à leur sommet et dominées par un vaste et antique chéteau.
On ne retrouve point ici la physionomie allemande des autres villes du Tyrol. Trente est une ville toute méridionale que colore une lumière plus chaude, qu’illumine un ciel plus pur.
Scs vieilles murailles, couleur de bistre, dessinent leur masse sombre sur des groupes de maisons blanches, que le temps a veinées de teintes fauves et orangées ; et si, de distance en distance , apparaît un palais ou une église à la façade rouge , c’est au marbre des monts du voisinage, et non à la brosse du Indigeonneur qu’ils doivent cette couleur éclatante.
Ces vieilles murailles remontent aux anciens temps de l’histoire de Trente. Théodorick, roi des Goths, les éleva il y a quatorze siècles. Nous avons encore l’édit dans lequel ce roi barbare, maître de l'Italie et voulant fermer les portes du Midi aux autres barbares, qui, à son exemple, accouraient à la curée, fait un appel au dévouement des Feltrins, et, s’autorisant de la nécessité , leur enjoint de se rendre h Trente pour eu édifier les murailles.
Les murailles de Théodorick ont vu passer bien des générations, les révolutions et les guerres les ont souvent ébranlées ; aussi de nos jours reste-t-il à peine quelques traces de leurs antiques assises. Les Lombards avaient déjà remplacé les Gotlis dans leur enceinte lorsqu’elles furent renversées une première fois en partie par les Franks. Ces peuples, sous le règne de Hildebert II , roi d’Austrasie ( oster-rike ) , envahissant
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l'Italie pour la troisième fois, s’emparèrent de Trente, que ses habitants défendirent mal. Toute la vallée de rAdit;e fut ravagée, une foule de lM)urgades, Tesana, Brentcnico, Cemlira, furent saccagées, et les vainqueurs évacuèrent le pays , emmenant en esclavage tous ceux des habitants qui purent les suivre.
A l’époque de ces désastres. Trente était au pouvoir de l'un des ducs lombards qui, à la mort de Cléphis, leur roi, s'étaient déclarés indé- |>endant8. Réunis un moment contre l'invasion des Franks, sous Auiharis, ces ducs remuants ne tardèrent pas à se soulever de nouveau, s’appuyant les uns sur leurs garnisons lombardes , les autres sur la race conquise. Trente, repeuplée en partie par Aguello, son évêque, qui avait su toucher le cœur de Brunchilde, mère de Ilildeliert, et délivrer ses compatriotes, Trente commençait a respirer, quand Alachis, son duc, réparant la muraille de Théodorick et fortifiant le chèteau, se souleva contre le roi lombard PerUiarite , qui , celte fois , tenta vainement de la soumettre.
Alachis régnait è Trente sous le titre de duc, et s’était rendu fameux par ses exactions et sa tyrannie , lorsvju’il fut tué dans un combat.
Lorsqu'en 775 Charlemagne, entré en Italie, fit la conquête des états lombards, et, plus politique et plus heureux que Hildebert II , sut s'y établir solidement , Trente passa avec les autres villes lombardes sous la domination impériale. C’est vers ce temps , qu'à l’exemple des évêques de Brixen et de Saisbourg, l’évêque de Trente devient seigneur temporel de la ville, sous le protectorat de l’empire, entretenant avec son suzerain à peu près les mêmes relations que de nos jours le canton de Neuchâtel avec la Prusse. Et, comme l’autorité entre les mains d’un prêtre catholique ne pouvait être héréditaire , il s'établit à Trente un gouvernement viager, espèce de république ecclésiastique élective avec un chef à vie. Ce chef évêque était élu, il est vrai, par une oligarchie religieuse; mais enfin il était élu.
Ces oligarques , que les chroniqueurs appellent tantôt le Sénat de Trente, tantôt les Pères de Trente, Senalus, Pâtre* tridenlini, formaient une assemblée ou plutôt un chapitre de dix-huit membres ou chanoines, moitié nobles , moitié gradués ; et , afin que l’influence impériale prédominât dans ce petit sénat, douze de ses membres devaient être Allemands et six seulement Italiens
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Ce ebopitre cliflisissait le prélal entre les chanoines nobles. Ce prélat, seigneur spirituel et temporel, prenait le titre de prince de l'Empire, avait voix et séance aux dictes impériales, envoyait un délégué aux états du Tyrol , et |>ayait sa part des contingents votés par ces assemblées.
Les revenus de l’évétpie étaient considérables. Charlemagne, en fondant le petit état, s'était montré généreux, et les empereurs, ses successeurs, s'étaient plu à étendre scs domaines. Riva, Tramin, Lcvico, Cembra, Cavalèse, le val di Non, le val di Sol et le val Lagaris composaient la principauté dont Trente était la capitale.
Remarquons ici que l’autorité temporelle des évéques avait un caractère moins desfwtique que celle des ducs ou comtes lombards, étant moins militaire. Aussi le pouvoir approchait-il plus de la magistrature que de la royauté; et comme pour être quelque chose dans le gouvernement, il fallait d'abord entrer dans les ordres, en revanche, pendant plusieurs siècles, le peuple de la petite république eut voLx consultative et souvent délibérative.
Les lois municipales avaient été acceptées et confirmées par l’évéquc. Les autres lois étaient tantôt proposées par le peuple et confirmées par l’évéque, tantôt proposées par révé<jue et acceptées par le peuple. Le peuple, dans ces occasions, s'assemblait sur la place du Dôme, et après les discussions du forum , comme dans les démocraties antiques , acceptait ou refusait. Il en fut ainsi jusqu'à la fin du quinzième siècle; mais les évéques, qui plus d’une fois eurent peu à se louer de ce mode de délibération, profitèrent de ses abus pour empiéter sur l'autorité populaire; et enfin , après une guerre civde, dans laquelle ils restèrent vainqueurs , ils confisquèrent ces libertés à leur profit.
Mais voyons quels furent les commencements de l'épiscopat dans la ville de Trente. C'est à tort que les historiens attribuent sa fondation à saint Vigile (an 400). Hermagoras, le premier, prêcha le christianisme dans cette ville; Jovin y établit un évêché, cl après lui saint Vigile y consolida la religion naissante , moins par scs prédications que par sa mort.
Vigile est le saint populaire de Trente. C’est le patron de cette ville. Son histoire est celle de tous les martyrs. Du fanatisme, de l'audace et une mort horrible !
11 y avait dans la campagne de Riva, près des bords de la Sarca et du lac de Garda, une statue de Saturne fort renommée dans le pays. Les
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muilUignanIs des Alpes voisines avaient coutume de sacrifier devant elle de nouibreuses victimes; et cette statue colossale dominait tofites les vallées environnantes, à peu près comme de nos jours saint Charles Borromée aux rives du lac Majeur.
Vigile, prélat de Trente et chef naturel des chrétiens du pays , ne pouvait voir sans horreur une {Mireille idolâtrie; et toutes les fois que son ministère rap{>elait du côté de Riva , et que , traversant les montagnes qui sèfiarent la vallée de l’Adige de la vallée de la Sarca, il apercevait de loin la statue des {laïens, il avait peine è contenir son indignation et s’écliappait contre elle en invectives et en anathèmes.
Un jour le foujpienx prélat passant dans le voisinage de l’idole, en compgnie de plusieurs de ses disciples, chauds sectateurs dg!|a- religion nouvelle, vit quelques {vaysans qui se retiraient après avolè-fait un sacrifice. Cette fois Vigile ne {leut maîtriser sa sainte colère : -A 'Lt» gnù fui adorent Saturne adorent le diable, $'écric-t-U , et en lui lacrifltinl iU >acriftenl aux enfer»! Se jetant ensuite sur l'idole , il l’insulte , il ia frapi»,; et sus cum(Mignons , réunissant leurs efforts aux siens , l'arrachent de sa liase et la précipitent dans la Sarca.
A cette vue, les {laïens indignés crient au sacrilège. Les montagnards accourent, envelop|ient les chrétiens, se saisissent de Vigile, lélir chef, renlraincnt sur le grand chemin , le jettent é terre; et là , ces féroces M»lètrcs, à défaut d'autres armes, déchirent avec leurs sabots la bouch/é qui a blasphémé, rompent les bras qui ont profané leur' Dieu, et achèvent S le malheureux en lui écrasant la tète avec leurs sandales ferrées.
f^ux des com{Mgnons de Vigile qui avaient pu s'échapjier , ap|)ortèrent à Trente la nouvelle de la mort du prélat. L’é{}ouvante fut grande dans la ville. Déjà les Trentais, presque tous chrétiens, se voyaient assiégés f>ar ces montagnards sauvages et se pr^raient à une résistance désespérée; mais ceux-ci, satisfaits de la vengeance qu'ils avaient tirée du sacrilège, étaient rentrés dans leurs villages. Le corps du prélat, racheté par ses ouailles, fut ramené dans la ville en grande pompe. Salo et Brescia se partagèrent la terre rougie de son sang , et ses restes furent dé- {losés dans l’église cathédrale de Trente , qui aujourd’hui porte son nom , et que lui-méme avait consacrée à saint Gervais et à saint Protais , peu d’années auparavant.
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De l'épiscopat de saint Vigile au régne des ducs lombards , et dans les siècles qui suivent, l'histoire de Trente n'est qu'une histoire d'évéques; une espèce de chronique sainte, pleine d'actions saintes, de saintes morts, de coinl>ats judiciaires et religieux, et de miracles plus ou moins avérés. On voit que cependant , tout en s’occupant du spirituel , les bons prélats ne négligeaient pas le temporel ; chacun d’eux semble avoir à cœur d'aiprandir le territoire de la petite république. L’un y joint Tobelino et son lac; l'autre Roveredo et son territoire; un troisième Garda, sur le lac du même uom. Aux saintes armes de la parolc.ils savent , à l’occasion , joindre des armes plus edicaces. Le casque remplace la mitre sur leurs tètes , et ils manient l'épée et la lance avec autant d’aisance que la crosse pontificale. Chacun d’eux veut faire ses preuves. Un jour c’est l'évèque Adalbert qui va combattre les gens de Castrobarco, et qui se fait tuer a la tète de ses ouailles, et qu'on canonise pour sa bravoure (tS90); une autre fois , l’évéque Engnomus défend bravement sa ville contre les Véronèisetleur tyran Ezzelino de Romano. Malheureusement la fortune > Jui!rÿf contraire. Maître de Bassano, de Marostica et du pays des Setie ’ communi ,4’ ennemi , en nombre supérieur, s’empare de la ville et la sac- .^ge.’Tout le diocèse de Trente est ravagé. Cette fois encore les villes et les rlMtèaux sont renversés, les villages incendiés, leurs habitants égorgés, .et quand tout a passé par le fer ou par le feu , les vainqueurs se retirent chargés de butin. Car, nous le répétons ici , ces guerres de peuple à peuple et de ville h ville étaient des guerres de brigands. Dans cette anarchie du moyen âge , le vol à main armée était passé dans le code des nations. Abondance d’un cété , pauvreté de l’autre , étaient des motifs de guerre légitimes. Une ville était d’autant plus menacée qu’elle était plus riche. i .
Ces temps de désastres furent .aussi des temps de troubles , et ces troubles amenaient de nouveaux désastres. Les citoyens de Trente, nous disent k-s chroniqueurs , étaient divisés en deux camps ; chacun, songeant
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à son intérêt jtarticulier, négligeait l'intcrét commun , et il en était beaucoup qui, désireux de nouveautés, rrnu» noearum ciipidi (le reproche, on voit, date de loin), ne songeaient qu’à mettre le désordre dans la dté. Il faut dire que l'historien qui se plaint de eet amour des citoyens pour les nowieauUt écrivait dans le palais de l’évèque.
Affaiblie par ses divisions intestines, pillée par les Italieus, menacée |iar les Allemands, harcelée long-temps par Maynard, comte de Tyrol, contre lequel Henri, son infatigable et courageux évéque, a peine à la défendre, la malheureuse ville se voit à plusieurs reprises à deux doigts de sa ruine. Enfin , après l’avoir long-temps inquiétée, Louis de Bavière profite de son affaiblissement et de la simplicité d'Alliert, un de ses évêques, qui croit la défendre avec les seules foudres de l'Eglise, et s’en rend maître sans coup férir.
Trente , dans son malheur, recourut aux empereurs , ses protecteurs naturels ; mais les troubles de l'empire rendirent vaine cette protection , et ce ne fut qu’après un long asservissement que Rodolphe put restituer la ville à son évéque, qui le reconnut pour son suzerain.
La joie avait été grande lors du départ dés Bavarois , et cependant , à peine rentrée sous l'autorité épiscopale, de nouveaux troubles agitent la petite république.
La cause première et générale de ces troubles est sans doute dans cette fermentation universelle des peuples de l'Europe qui distingue la seconde époque du moyen Age , l'époque de transition avec les temps modernes. Quant à la cause locale, elle ne tient pas à une différence de race , comme dans d'autres pays ; ici la fusion est complète entre la race cisalpine et la race allemande : les évêques des deux nations gouvernent tour-à-tour, et, dans les séditions , les deux peuples marchent confondus ; il n'y a pas ici de race dominante. Les troubles du Tyrol ne sont pas non plus de même nature que les mouvements des villes françaises; celles-ci ne se soulèvent contre leur supérieur, abbé, comte, évêque ou roi , que pour une liberté tout-à-fait matérielle : liberté de ne payer que certain subside , de disposer de ses biens , de vendre , d'acheter, de tester. Dans la conquête de leurs libertés muniripales, leurs citoyens ne recherchent que le positif de l'indépendance, c’est-à-dire la sécurité des transactions et la sûreté des personnes. Ce but toujours en vue ; ils marchent d’un pas lent et ferme à un affranchissement complet ,
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à une république bourgeoise, qu'empêchent à graiid'peine les réactious du pouvoir ou des transactions qui satisfont les plus pressants de ces intérêts , et qui amènent la liberté des chartes communales.
Les villes italiennes, au contraire, les unes répubKques de fait et jouissant en réalité d'une liberté étendue , les autres écrasées sons le joug de petits despotes capricieui et féroces, combattent, celles-ci par nécessité , pour briser ce joug , celles-là par chaleur de tempérament , por caprice d’imagination. La ville où le tyran domine, révoltée par quelques conjurés, chasse aujourd’hui son tyran pour en prendre un autre le lendemain. Celle qui au fond est déjà libre et qui se soucie peu que ses libertés réelles, liberté d’aller, de venir, de disposer, d'être maître chez soi , soient mieux garanties , se soulève par désœuvrement , par légèreté , par une sorte de besoin de mouvement tout-àfait intellectuel. Remplis des souvenirs de la Grèce et de Rome, ses citoyens, hommes à imagination dramatique, bouleversent l'état, pour se dire libres comme on l’était en Grèce ou à Rome. Dans leur héroïque enfantillage, ils s’attachent plutôt aux apparences qu'aux réalités de la liberté. Au plus fort de la bagarre, L’onl fixé sur le [wssé, ils parodient les grands hommes de Plutarque, et, comme nous le verrons tout-àl’heure, au milieu des dangers les plus pressants, ils se jettent à la tète des lieux communs d'héroïsme antique, et haranguent leurs partisans avec des lambeaux de Tite-Li\c et de Tacite.
Aussi la plu|>art des mouvements de oes villes italiennes, n'ayant pas leur origine dans des besoins profondément sentis, ne sont que des séditions passagères, et non pas des révolutions durables; une suite d’explosions soudaines, ut non pas une lutte suivie. Ecoutons plutôt ce récit <lçs troubles de Trente dans le quinzième siècle.
Vers l’an Hi8, un liommc d’une grande fortune et vivement |>orté aux choses nouvelles vivait à Trente. Cet homme s'o{)pelait Rellenzano. Entreprenant cl plein d'audace, sous l’épiscopat d'Albert il avait, à plusieurs reprises, soulevé le peuple contre l’usurpateur Louis de Bavière, et il avait puissamment contribué à arracher la ville à sa domination.
Après la mort d’Albert, George ayant été choisi pour le remplacer, Rellenzano , impatient de toute autorité , et songeant peut-être à profiter des troubles de sa ville pour occuper lui-même le premier rang dans l'état , poussait les citoyens à la sédition en les conviant à la liberté. Il
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DE THENTE.
asseinbtail ses partisans dans de secrets conciliabules, réchauffait leur lèle par ses discours , et il n’eut («s de peine à |x»rsuodcr h ces hommes , naturellement remuants , qu’une fois leur cvéque chassé , ils seraient les seuls maîtres dans la ville. Le plan des conjurés fut bientôt arrêté. Lx'véque George, ne soupçonnant rien, ne se tenait pas sur ses gardes; Ilellensano profite de son imprudente confiance. A un signal coiiTcnu , les conjurés envahissent le palais , se précipitent sur l'évéque , le chargent de fers et le jettent dans un cachot. Comme à la nouvelle de ce mouvement une grande agitation s'était répandue dans Trente , Belicnzuno convo<|ue le peuple sur la place publique, et là cet homme audacieux so présente avec un visage serein à la foule assemblée et la harangue avec chaleur.
■ Maintenant vous voilà libres I leur dit-il, maintenont il ne s'agit • plus que de défendre votre liberté avec le môme courage que vous avez » mis à la recouvrer, la liberté qui seule plaît à tous les hommes! » Puis il leur demande si eux , ces braves citoyens qui n’avaient pu s’habituer au joug du prince de Bovicre, se seraient facilement résijplés à subir la domination de plusieurs prélats qui semblent regarder leurs personnes ronnne un héritage qui leur est dû , et qu’ils se passent l’uii à l'autre avec une insultante régularité, n Quoi I ecs chanoines , avéc leurs » bonnets de femme et leur bâton tortu et doré, nous causeraient plus » d’épouvante que de farouches soldats allemands avec leurs casques » do fer et leurs lances de fer !... Et cependant, si nous nous plaignons des » énormes tributs que ecs prêtres nous extorquent, nous sommes relwlles ; » si iftus nous soumettons et si nous portons le fardeau sans murmurer, » nous sommes de bons citoyens. Ah ! comptez combien vous êtes et V combien ils sont, et dites si c' était la |>eine de montrer tout de courage » contre les ennemis du delMvrs |>our être esclaves chez vous I »
Eu terminant , Belicnzano répète au peuple que s’il a besoin , non d'un maître, mais d'un guide, mais d’un chef, il est prêt à se dévouer et à se mettre à sa tête. « Du reste, c’est à vous-mêmes, a vos suffrages » communs d'établir ce qui vous convient. »
Ses paroles chaudes et pressantes, comme toutes celles des séditieux, plurent au peuple qu'elles flattaient. Sur-le-chump on élit un conseil de seize membres, lesquels choisissent Bcllenzano pour chef et le chargent de l’administration du pays et de la direction des affaires. Une fois maître, Bellenzano, aveuglé par son orgueil et par le succm, ne tarde pus à se
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livrer à des excès de pouvoir. Cetix.qui avaient contribué à son élévation deviennent ses victimes aussi bien que ceux qui s'y étaient opposé; et il tourne contre le peuple les armes que le peuple lui avait données. CrtU mitrrable populace aime mieux fu’o» la gouverne que gouverner elUanéme, répétait-il hautement; celui qui sait et qui ose la mène où il veuf.
L' évêque était toujours dans les fers. Bellenzano n’avait pas encore osé le faire exécuter ; mais re^'ardant sa mort comme nécessaire à l'aflermissement de son pouvoir et voulant y préparer le peuple, l'usurpateur fit d'abord trancher la tète à ses deux chambellans, jeunes gens d'un grand mérite et d'une haute noblesse; et, par un raüBnemcnt de Irarbaric dont les exemples ne sont que trop fréquents dans les mouvements révolutionnaires, il fit porter ces tètes toutes sanglantes dans la prison de l’évéque. i
Les annalistes racontent la douleur du malheureux prélat, quand, tout-à-coup, au milieu d'une nuit profonde, il aperçut à la lueur. des torches ces têtes pâles et souillées de sang. Il poussa un profond soupir, et, détournant les yeux d'un spectacle aussi affreux, il se montra plus affecté de la perte des siens que des horreurs de sa prison et du sort qui l'attendait. Sa douleur fut si vive et ses plaintes furent si déchirantes, qu'elles touchèrent le cœur d'un de ses geôliers; et bientôt, du fond de son cachot, le prélat put, avec l'aide de cet homme, dépêcher un message a Henri de Itoltombourg , qui commandait dans la province. En ap|>rcnant le soulèvement de Trente et l’emprisonnement de l’évêque George , ce général rassemble quelques soldats ; il écoute en fréifffssant le messager du prélat et dirige en toute hâte sa petite ormée vers la ville.
,-\u hruit de son approche, les Trentais s’épouvontent , prennent les armes et courent à la place du palais, rendez-vous de leur milice. Les hommes les plus compromis s'y étaient déjà rassemblés. Leurs discours étaient pleins de violence ; mais leurs visages pâles et leur contenance abattue témoignaient de leur peu de résolution. Le découragement croissait dans leurs rangs , quand Bellenzano , sortant du palais le casque en tête, l'épée au poing et le cœur plein d'une sorte de joie martiale, se précipite au milieu d'eux , et , s'adressant à ceux qui paraissent les plus ébranlés et s'efforçant de leur communiquer la confiance qui l'anime : « — Ix' préfet Henri de Rottembourg vient de ce côté, » leur dit-il d'une voix haute et ferme, a mais seulement avec une poignée de
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» soldats ! Si vous m'en croye* , nou? lui épargnerons la moitié du » chemin. Je ne vous recommanderai pas de bien vous battre ; je vous » connais, et je vous promets la victoire, si seulement vous mettez é » défendre votre vie le même courage que vous avez mis k détrôner votre » évéqua. »
Puis, s'adressant au peuple assemblé, et, comme tous les oppresseurs, retrouvant à l'instant du danger quelques paroles de liberté :
« Hommes de Trente, » leur dit-il); v souvenez-vous que vous êtes » libres, et n’oubliez pas que quelques hommes decœur qui combattent » pour la liberté sont plus assurés du suèoès. qu’un seul qui combat pour » l’empire!... » ’ !
Mais Bellenzano n’avait pas encore achevé sa harangue) qu’un grand bruit de trompettes se fait entendre aux.portes de Trente. C’était l’ennemi qui donnait assaut à la ville. Les soldats de Rottembourg, couverts de larges boucliers, en cuir ou en air^i, qui les abritaient contre la chute des pierres et de l’huile bouillage, et contre le jet des flèches, tentent d’escalader les remparts. Les-Trentais tiennent bon et font pleuvoir sur les assaillants de gros qiQtrtiers de rochers lancés par des machines placées sur les murs du <^éteau. Mais ceux-ci jettent des échelles sur les fosses, les traversent bravement, coupent les chainesdes herses, abattent les ponts, pénétrent. sous les portes et chassent les assiégés des murailles et des mantelets en bois derrière lesquels ils s’abritaient. Maîtres des remparts, ils rejettent leurs défenseurs vers le centre de la ville, incendient les maisons qui résistent, s’emparent des rues principales, et les plus audacieux poussent même jusqu’é la place du Dôme.
Tout le peuple s’y était rassemblé pour échapper au danger et (>our être plus'à portée d’implorer saini Vigile.
A la vue de l’inccndie et de leur ville remplie d’ennemis , aux cris de triomphe des soldats de Rottembourg, et aux plaintes des blessés et des mourants, les Trentais, saisis de terreur, se répiident en malédictions et en sanglots. Partout, sur la place, dans le temple et dans les maisons voisines , partout on entend des cris d’effroi , des pleurs et des lamentations de femmes. -
Bellenzano, la-causc de tant de malheurs, aussi brave qu’il était coupable, n’avait^,^s perdu courage. Il avait barricadé les rues qui abou-
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lissaient à la place; el , tandis que ses partisans les plus compromis et les plus dticidés tenaient l’ennemi h distance à coups de (lèches el de pierres, il essayait encore une fuis de ranimer In cunOance de cette multitude effarée, lui faisant honte de ses larmes et de scs terreurs. A celui-ci, il reproche sa [K)ltronnerie ; Ji celui-là, son ancien amour pour la liberté qu'il trahit ; à tous la lâcheté avec laquelle ils se préci- , pitent dans un esclavage plus redoutable mille fois que l’éj^ée de leurs enoeinis. '
Mais voyant que tous ses cfTorts sont vains et que ces hommes terrifiés n'osent même plus prêter l'oreille à ses paroles, il rnssemhie un petit nombre d'amis dévoués , et a leur tête il se précipite au plus épais des soldats ennemis et en fait un grand carnage, jusqu'à ce qu'euQn , accablé |)ar lu nund>re et préservé |>ar miracle, il tombe vivant au pouvoir de ceux auxquels il demandait lu mort à grands cris.
Conduit devant Holtembourg, Bellenzano dédaigna de réjwndre à ses questions. Henri le fit conduire sur la place publique; cl là , en présence de tout le peuple, il ordomia au bourreau de lever la hache sur la tête du rebelle. Bellenzano restait im|>assible, lorsqu'enQu, après un long intervalle, le l)ourreau, à un signal du vainqueur, laissa tomber la hache et lui trancha la tête d'un seul coup.
Telle fut la fin de celte révolte populaire et de la funeste et rapide domination de Bellenzano.
La mort de l'usurpateur n'amena pas la réintégration de George sur le trône épiscopal. Fré<lérie, duc d'Autriche (à l'instigation duquel plusieurs chroniqueurs laissent entendre que Belleuzauo avait agi), sous prétexte de le venger, envahit le Trentin. George, cette fois, s'enfuit en Allemagne, emportant avec lui les vases saej-és. Les Trentais, laissés à eux-mêmes, n'curenl pas de peine à faire leur paix avec Frédéric, qui, louclié de cuminisêralion à la vue des ruines de celte malheureuse cité , promit avec lanité à ses députés, arrivés pieds nus devant lui, que désormais le duc d'Autriche serait leur protecteur.
Mais à cette époque ce même Frédéric était déposé par le concile de Constance, irrité contre lui de l'aide qu'il avait apportée à la fuite du pape Jean WHI. George celte fois fut réintégré. Mais il ne voulut pas rentrer dans la ville rebelle, et il mourut du poison eu exil, disent les ciironiqueurs.
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Sous George II et pendant le règne de ce Sigismond, qui , s’il faut eu croire les mêmes historiens, ramena l’âge d’or dans le Tyrol, l'esprit remuant des habitants de Trente suscita de nouveaux troubles. La disette , la guerre extérieure et tous les fléaux qu’elle entraîne, fondent tour-à-tour sur la malheureuse ville. L'herbe croissait dans scs prinei|>alcs rues, rapporte rhistorien Pincio ; et , à voir les Treiitais, on eût dit des exilés et non des citoyens.
Le fameux Léonard Arétin , qui vers ce temps traversait le pays de Trente , pour se rendre au concile de Constance auprès du pape Jean XXIII , nous en a laissé, dans une lettre à son ami Poggio, une description curieuse , qui témoigne de l’éDit de misère , d'anarchie et de terreur dans lequel vivaient ces habitants.
« Le pays que nous parcourons, » lui écrit-il , « est certainemeut al-
• pestre et magnifique, et les torrents, parleur murmure et par la vio- 1 lenceavee laquelle ils bondissent au fond de l’abîme, semblent vouloir » imiter les habitudes ricreset sauvages des peuples qui vivent sur leurs n bords. Il y a des endroits où du chemin on voit le ciel, là-haut, comme » à travers une déchirure de la terre. Un enfant, posté là, et faisant U rouler des pierres , tiendrait tète à toutes les forces de l’Allemagne cl » de la France réunies.
» Au sortir de ces défdés, on arrive à Trente, ville que sa position » rend assez agréable et qu’un beau fleuve arrose de ses eaux.
» On s’étonne , à juste raison , d’entendre ses habitants parler ceux-
• ci allemand, ceux-là italien, selon qu’ils habitent le nord ou le midi » de la ville.
» A peu de distance de Trente, les usages des Barbares ( Barbarorum 1 dit le prélat italien ) qui habitent ces montagnes nous causèrent une ■ gi'ande frayeur. Ima)pnez que sur toutes les roches qui dominent le » Oeuve, on a Mti un grand nombre de châteaux. C'est là que demeu- « rentics nobles du pays; et, lorsque, de loin, ils a|)erçoivent des étran- » gers, ils se tiennent prêts; ils guettent le moment où ceux-ci passent » aux pieds de leurs murailles, et tout-à-coup les sons éclatants du cor » partent des tours; et des soldats, en aussi grand nombre qu’ils peu- » vent , hérissent leurs remparts , poussant des cris de guerre et des » hurlements barbares.
» Il n’est pas d’homme, quelque courageux qu’il soit, qui n’éprouve
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IIISTOlKI'.
» une vive lerreur en entendant ces cris, surtout dans ces lieux sauvages, » qui semblent créés pour servir de retraite à dos brigands.
• Et cependant on nous assura que les habitants de ces cbùteaux avaient » recours à cet usage barbare comme au moyen le plus efficace d'écarter » leurs ennemis, en leur prouvant qu’ils .sont prêts à se défendre. Mais » moi , en entendant ces cris et en trouvant ces gens toujours sur leurs « gardes, je voyais bien que je cheminais sur une terre jveu liospita- » Hère. »
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«uems TimiLs iii QuiniiÈak lt .«Kiziiat mIklc».
Durant ces jours de désordres et de calamités, l'esprit des hommes s'endurcit , les cœurs se ferment à la pitié ; au fanatisme politique se joint le fanatisme religieux; à d’odieuses superstitions succèdent d'atroces u'iigeances ; l'boiTeur îles crimes est effacée par la féiwité des supplices ; et le peuple, scs prêtres et ses magistrats, semblent, au milieu des plus exécrables réactions , n’avoir plus d’énergie que pour faire le mal , ilc religion que (M)ur maudire et de glaive que pour immoler.
Ces réllexions ne sont que trop justifiées par l(>s récits que nous font les clironiqnenrsde la [M-rsécution des juifs, provoquée , soit par l’ignoble superstition de ces mallieureux, soit par l avidilé politique des chefs de la ville, |)cut-étre par ces deux causes réunies. La mort du jeune Simon en fut le prétexte ; et le récit de ces horribles scènes , plein d’une naïveté qui fait frémir, nous donne une idée assez précise de l’état des mœurs des Trentais vers la fin du quinziéme siècle.
Le petit Simonin, disent les chroniqueurs, était fils d’un cordonnier de Trente <|ui s’apjH-lait André, et de Marie, sa femme. André habitait la rue qui conduit de la porte San-Lorenzo au palais de l’évéque, et, dans la même rue, se trouvaient plusieurs lamilles juives dont les
DK TRKNTK.
maisons se toucliaieiil. Aii('clu, Tobias et Samuel étaient les diefs de ces familles.
lin vieillard sombre et sauvage, à la chevelure hérissée, à In barbe inculte et pendante, et qui avait nom Moïse, vivait dans la maison et avec In famille de Samuel. Cet homme, d'une physionomie re|M>ussante, était l'üiuiieil des juifs. Ils le regardaient comme un prophète, et publiaient hautement <[ue , lorsque l'esprit saint le possédait, .Moïse prédisait le jour et l'heure de 1a venue de ce Messie qu'ils attendent si follement.
On était au temps de la passion. Le 12 avril \i7'6, premier jour de la sainte semaine, les Hébreux se rassemblent dans la maison de Samuel, qui leur servait de synagogue, et où , selon leur coutume, ils se propo- .saient de manger l'agneau [vascal.
Tout en apprêtant le repas , ils causaient entre eux ; quand tont-à-coup Moïse, regardant autour de lui d'un air mystérieux, et parlant à demi-voix : Dan» ce sain/ repas de la veille de la fête {parasceve), dit-il, je vois des viandes en abondance, et cependant il y manque quelque chose. — Que veux-tu dire, et que manque-t-il à notre repas? lui demandent ses voisins. Mais le vieillard baissa les yeux et se tut. Tous les assistants avaient entendu ces paroles; gardant le silence, ils rélléebissaient au sens qu'il fallait leur donner ; et tous , (wr une sorte d'accord tacite , soupçonnèrent bientôt que c'était du sacrilice d'une victime humaine que le vieillard avait voulu parler.
Cotte première pensée de meurtre s'était à peine glissée dans leurs cœurs, que déjà le projet d'enlever un enfant aux chrétiens et de l’égorger dans leur synagogue était arrêté. Ils voulaient arroser de son sang les pains azymes qu'ils devaient manger dans la cérémonie de leur jubilé (joël), qui tombait cette année-là. Le lendemain, Tobias, qui avait le plus de relations avec les chrétiens, est choisi par les juifs pour enlever l’enfant. Quand le soir fut venu, Tobias sortit seul , et, tremblant comme un criminel, il parcourut la ville, cherchant de l'œil sa victime. N'ayant rien trouvé, il revenait lentement à la synagogue, quand il vit un tout petit enfant assis sur un tas de bois devant la porte de son père. Cet enfant, a |)cinc ègé de trois ans, était d'une parfaite beauté. La rue où il se trouvait était peu distante de la maison des juifs, et le jour baissait. Tobias regarde de tous côtés, et, bien assuré que |>ersonne ne venait et qu'il ne pouvait être aperçu , il s'approche en souriant de 1a victime ,
HISTOIRE
la flatte de la voix , la caresse de la main. L'enfant, sans défiance , prend celte main que le juif lui tondait paternellenicnt, et se laisse emmener volontiers d'ahord ; puis, comme il refusait de s’éloi(;ncr davantage, le juif renlraînc violemment, étouffe ses plaintes et ses sanglots, et bientôt le jette dans la fatale maison , à la merci de scs compatriotes.
Vers le milieu de la nuit les juifs s’assemblèrent dans leur synagogue. Moïse, le premier instigateur du crime, y apporte l'enfant. On le dépouille de ses vêtements, on l'atlachc vivant sur la croix, on lui ouvre les veines, on déchire en lambeaux sa chair pilpitante, et, jusqu'à ce qu’il ait expiré, on le couvre de la tête aux pieds d’une infinité de petits coups d'aiguilles, afin que le suppliée de la victime chrétienne soit plus lent , et que l’on puisse recueillir le sang jusqu’à la dernière goutte.
Le lendemain un bruit vague, qui attribuait aux Ilébreux renlévemenl de l’enfant de Simon le cordonnier, se répandit dans la ville , et le peuple, ameuté par le père , s’attrou|>a devant la maison du prélat Jean , quatrième du nom, en criant vengeance. Les juifs entendant ces cris, s’effraient et cachent le cadavre de l'enfant dans un de ces trous profonds qu’ils ont coutume de creuser dans les caves de leurs maisons pour y enfouir leur or. Toute la journée du vendredi se passa en recherches de la part des magistrats sans que l’on pùt rien découvrir. Ia' jour du sabbat, les juifs voyant que, loin de s’apaiser, la fureur du peuple croissait d'instants en instants , crurent s'assurer du secret en jeUmt le corps de l’enfant dans un ruisseau dont le lit voûté passaitsous leur maison ; mais ce ruisseau, impatient de ton fardeau sacré (je copie la chronique), ne voulut pas ensevelir un si grand crime, et, à sa chute dans l’Adige, il rejeta le cadavre sur la rive, où des passants le recueillirent.
Jacob Spaur était le préfet de la ville et Jean de Sala le préteur. On leur apporte le cadavre ; et comme les innombrables blessures qui le couvraient témoignaient assez évidemment du crime des juifs , les magistrats se transportent aussitôt dans leur demeure. Après de longues recherches , on dwouvre enfin sur le {lavé quelques traces de sang , et la torture finit par arracher aux coupables l’aveu de leur crime.
Alors ce futdans tonte la foule une effroyable clameur : A mort ees Hébreux! à mortia race mauditel la race yui a tout l'or! la race à la férocité de laquelle l’enfance même ne peut éclia()per! Le préteur .Sala et les notabli‘s
DK I RKNTE.
(le la \ illc s'assemblent comme dans les jours de crise , et , cette fois , leur délibémtion animée n'a pour objet que de déterminer le fjcnre de supplice que l'on doit iniliger aux coupables. Un n'en trouve point d'assez cruels. La |>cndaisun et le crucinemciit sont proposés et rejetés coinnic trop doux. Enfin, pour mettre un terme ù l'abominable discussion, on se décide ii établir diverses catégories de supplices. Les juifs les plus jeunes et les plus vigoureux sont attachés à des branches d'arbres que l'on a rapprochées avec effort delà terre, et qui , en se relevant tout-à-coup, avec uneélasticité terrible, emjmrh'iit chacune leur portion de cadaxre. D'autres sont liés la télé en bas à la queue de chevaux fougueux, et tramés, au milieu des moqueries et des hurlements de la populace, jusque devant le palais mi on les écartclle. Ceux-ci sont enterrés xivants ; ceux-là, conduits de rue en rue, fustigés par le bourreau à chaque carrefour, sont cloués ensuite sur la croix et suspendus la tête en bas au milieu de chiens affamés qui, bondissant vers leurs têtes rapprochées du sol, déchirent à helles dents leurs joues, leurs oreilles et leurs yeux ! I>e reste de ces malheureux fut exilé du pys et tous leurs biens furent eonfisqués. Ces horribles détails ne semblent-ils pas appartenir aux annales d'une peuplade de sauvages'? et ce|KMidant voilà où en était la civilisation à Trente et dans les trois quarts de l'Europe à la fin du quiiuièmc siècle.
Le petit Simon fut canonisé par Grégoire IV, d'autres disent par Sixte IV, sous le nom de saint Simonin. J'ai xu , dans une des églises de Trente (Saint-Pierre) le bistouri, les pinces et les aiguilles qui servirent à supplicier ce saint de vingt-neuf moisj j'ai vu les aiguières dans lesquelles les juifs, dit-on, recueillirent son sang, et cependant je doute encore. J'hésite à croire ces horreurs, dont l’aveu n’a été arraché qu’au milieu des supplices. Dans c(!s temps barbares, l'histoire de l'enfant martyrisé pur les juifs se trouve, il est vrai , ré|>élée dans vingt villes différentes ; mais le plus grand crime des juifs , et celui qui , du dixième au quinzième siècle, leur attira tant de persécutions , n’étaient-cc ]>as leurs richesses? Cette race qui a tout l'or! criaient U>s peuples ameutés j et, à cette époque, il n'y avait |ias un code dans toute l'Europe où lu confiscation fût abolie.
Dans les dernières années du quinzième siècle, aux désordres intérieurs et à la proscription des juifs succèdent les guerres extérieures. Car, jusqu'au milieu du seizième siècle, Trente ne dut au protectorat de l'An-
HISTOinK
triche que le droit assez onéreux de partager sa mauvaise fortune. A eliacune des guerres fréquentes de l'Empire contre les Italiens et les Français, cotte malheureuse ville, placée en première ligne du côté de l'Italie, vit son territoire envahi et ses vallées ravagées, et plus d'une fois , ses citoyens , du haut de leurs murailles , virent parader sur les monts du voisinage les armées lombardes cl vénitiennes.
Aussi eonime dans les premiers temps de son histoire ses prélats manient-ils indirféremment la crosse ou la lancel Lors de la grande invasion <les Vénitiens, commandés ]>ar Robert San-Severino, en f 487, nous voyons l'évéque l'idaric 111 se jeter dans les délilés de la montagne, à la tète de quelques soldats, et faire face à l'ennemi jusqu'à ec que Sigismond de Tyrol, instruit du danger de la ville amie, ait dé|ièché a son secours r.\lsncien F. Kapplcr avec un corps d’.\llemands. (À- renfort arriva au moment où les Vénitiens , retenus par le château de Pictra , hésitaient , ne sachant s'ils devaient lui donner assaut ou le tourner, passer l'Adige et se jeter sur Trente.
On délibérait sur ce sujet, quand tout-à-coup Marc San-Severino, fils de Itoberl, impatient de ces lenteurs, s'avance sur le front de son armée, entre les deux camps, et, brandissant su lance d'un air de menace, il défie la troupe ennemie. A celte vue , le comte Jean de Sunnenberg, un <les Allemands nouvcllemenl arrivés , ne peut contenir son indignation , et piquant vers Marc , il le provoque à un combat singulier. Le déG est accepté , et le cuiiiIhiI a lieu en présence des deux armées rangées en bataille. Du premier choc Jean de Sunnenbei-g est jeté à terre et tombe sur le dos , eml>arrussé dans sa cuirasse et dans ses armes pesantes. On le croyait penlu. Le Vénitien, le genou appuyé sur sa poitrine et le contenant de la main gauche , cherchait avec lu pointe de son é[>ée à le frapper .sous faisselle ou dans le flanc, les seuls points vulnérables chez ces hommes de fer, quand Sunnenberg, sans se relexer, saisit sa dague afGlée,cl la glissant sous lu chemise de mailles de son adversaire, arrive au défaut de la cuirasse, et l’cnfonec jusqu'à la poignée dans le ventre de San- Severino , qui se rejette en arrière et toml)c mort sur le coup , vaincu par celui dont il se croyait le vainqueur. Les deux armées étaient en présence. A la vue de cette catastrophe , elles se précipitent l'une sur l'autre ; les Vénitiens j)our venger le Gis de leur général , les Trentais exaltés par la victoire de Sunncnlierg. Un combat terrible s’engage; et bientôt les
DE TRENTE
arcliers allemands jettent le désordre dans les raiiQS des Vénitiens, qui se précipitent vers l’Adi(;e, où beaueoup trouvent la mort. Robert Snn- ■Severino lui-méme, entraîné par les fuyards, s’élance avec son cheval dans le fleuve ; mais le fer de son armure pesante rentraiiie au fond de l'eau , et il se noie.
A la suite de leur victoire, les Trentais et les Allemands tirent dans lu ville une entrée triomphale , portant les étendards vénitiens et le cadavre de San-Severino ; le lendemain ce général fut enseveli avec de grands honneurs, et l’on voit encore , dans l'église de Saint-Vigile, son toml>eau en marbre noir, surmonté de sa statue dans le costume militaire de l'époque.
Cette guerre eut pour résultat de rendre à l’avenir les Vénitiens plus circonspects. Leurs excursions furent moins fréquentes , et les historiens trentais attribuent même au souvenir de cette victoire riiésitation qui empêcha ïrivuice de se rendre maître de leur ville, quand , h lu tête des Vénitiens et des Français, il lit sur Maximilien F' la conquête du Uas- ■Vdige et du Frioul.
A partir de cette guerre de ISOS, Trente retrouve une paix durable. Otte paix, en se prolongeant, amène des mœurs plus douces. Peu à peu la ville tyrolienne perd de sa rudesse montagnarde; et, voisine do l'Italie , elle lui prend sa civilisation et ses arts. Des palais s’élèvent ornés de portiques, de colonnes et décorés de tableaux et de marbres |)récitux. Les églises sont cmbcHIcs; et, détournée du roc vif d’où elle jaillissait, et emprisonnée dans des canaux de marbre qui la rendent à la ville, une eau pins pnre arrose des rues plus spacieuses.
Un homme d’une grande énergie et d’une habileté rare, Bernard Clés, «levenu évêque de Trente en lolA , précipitait ce mouvement de civilisation, qu’il regardait comme profitable à son pouvoir. Il s’appliquait à adoucir les mœurs agrestes du peuple qu'il gouvernait, prévenant .ses ilésirs, satisfaisant ses Itesoins, trompant ses caprices de liberté, et s’efforçant d’amortir, par le bien-être et le repos, cette fougue de sauvage indépendance qui, plus d’une fois, avait mis en péril l'autorité de scs prédéces.seiirs, et contre laquelle lui-même eut une dernière et terrible lutte à soutenir.
Et d’abord il veut que son avènement soit une grande fête populaire. Durant plusieurs jours, des tables sont dressées sur les places de la ville ;
histoire:
le vin jaillit des fontaines publiques; des arcs de triomphe et des repo soirs couverts de fleurs s'élèvent dans les rues principales, où coulent des liqueurs embaumées. Les chants, les danses, les spectacles et les combats simulés remplissent l'intervalle des festins.
« Sur le gazon de l'une des prairies que traverse l’Adige , ajoute le chroniqueur Pincio , on avait dressé de grandes tables sur lesquelles se succédaient des mets si variés qu'il serait impossible de les décrire. Oiseaux domestiques ou étrangers s’y pressaient en longues troupes , et les animaux des forêts , chamois, biches et cerfs , y étaient servis entiers et rôtis. Les principaux de la ville étaient assis à une table de cyprès , magnifique ouvrage de marqueterie , sur laquelle étaient figurées les images des empereurs et des hommes savants de l'antiquité, tels qu'Apollodore , Gorgias , Clirysippe , Berose et Amphyon. »
Le même chroniqueur rapporte les conversations que tenaient entre eux les convives. Ces conversations peignent les mœurs, les habitudes et les passions des hommes au cooimencemenl du seizième siècle. a Tout en banquetant , nous dit-il , les uns racontaient comment autrefois ils avaient été reçus courtoisement par l’empereur Maximilien; d’autres comment ils s’étaient échap|>és de leur prison au travers des gardes armés. I.e plus grand nombre s'entretenaient, avec un plaisir plus vif encore, des réduits secrets des forêts, de la course des chiens et de toutes les aventures de chasse si intéressantes, et qu'ils estimaient plaisir de roi. Il y en avait qui donnaient la préférence à la science des lettres sur In science des urines. D'autres prétendaient que la seule religion du Christ était digne d'une sainte étude. Quant à ceux qui avaient vieilli dans l'administration des villes , ils parlaient du gouvernement des états , estimant qu'il était plus beau de fonder les lois que de tuer les hommes. De là ils passaient à la philosophie, s'entretenant de Socrate, de Platon et de Salomon ; de Salomon , qui cependant avait jugé la philosophie la pire occupation des hommes 1... Ilevenant ensuite à Platon, ils redisaient, au milieu du silence et de la profonde atleution des convives, ce que ce sage avait pensé de l'univers. N'était-ce pas lui qui prétendait que le monde était un animal intelligent, les astres des animaux divins, et que l’ouvrier ou le père d'un si grand travail était bien difficile à trouver.
« C'est ainsi qu'ils parlaient entre eux, prenant plaisii-, les uns à montrer ce qu'ils savaient, les autres à les écouter; et |H?ndant ce temps des
ÜK TRENTi:.
hommes invisibles, cachés dans le feuillage îles arbres, chantaient «les airs comme des oiseaux. »
Os fêtes delà ville de Trente, ces re|)as publics, servis sur l’herbe au bord de l'Adige, et les conversations de ces barbares du seizième siècle, ont, ce me semble, quelque chose de plus mond et de plus élevé que les f«''les populaires de nos jours. L’homme était plus grossier, mais plus désireux de savoir. Les esprits étaient plus simples et plus sauvagi's, mais ils avaient un fond de curiosité intelligente que depuis ils ont perdu. Les moeurs étaient plus rudes, mais plus franches et moins également corrompues; et quand on écoute les discours naïfs de ces sages du tenq>s ; i|uand on voit ees hommes de fer, ces hommes vivants au jour le jour , au milieu du fracas des armes et des intrigues de la politique, quand on les voit possédés d’un incroyable besoin d'apprendre et d’une v raie curiosité d’enfant |>our tout ce qui est science ou travail de l'esprit, on comprend que l'on est arriv é aux dernières limites de la barbarie et de la civilisation du monde ancien et du monde nouveau.
LA CUiaill DU PiTU.1S. — AliKDIl Of TMMTt.
LC COITSIMSILAT KPISCOPàL i Ll DISUC CT iLIfll L'AIOI^'IC COVTfTt THI'*. •lilAABD CLU.
Du quatorzième au seizième siècle, une lutte acharnée signale le passage des idées anciennes aux idées nouvelles , lutte matérielle qui d'ordinaire accompagne les crises morales , et qui a successivement pour théâtre les divers états de l’Europe.
il est curieux de retrouver dans ce canton détourné des Alpes, dans ce petit pays de Trente, le contre-coup de cette grande guerre sociale dont la Jacquerie, les insurrections flamandes, les combats des Hussites, el enfln l'émancipation des cantons suisses sont les accidents les plus signalés.
I.es révoltes simultanées des paysans de la Souabe, de la Franconie , di- Salsbourg et des vallées de l’.idige, semblent les dernières secousses de nt tremblement prolongé qui agite le vieux sol féodal. La réforme vient ensuite qui absorbe les principes de l’agitation populaire, qui déplace b' mouvement et le régularise en le déplaçant.
I.e succès de la révolte des Suisses avait frappé vivement les esprits de ces paysans du Tyrol , habitant les Al|>c$ comme eux , et comme eux soumis au joug des barons. I.es hommes de Saisbourg cl de Trente voulaient être libres comme leurs voisins de Coirc et d'Appenzel. Mais , moins endurcis au métier des armes, moins constants dans leurs désirs, moins mûrs |H>ur la liberté que les pâtres de l'Helvétie, leurs efforts durent échouer contre les résistances du pouvoir ; et si le nombre et une violente et première impulsion leur assurent un moment la victoire, n'ayant ni la conscience de leurs droits, ni eoiiGance en leurs forces , ils ne savent pas en profiter. L'incendie, la ruine et les vengeances atroces signalent leur triomphe; pareils à des sauvages qui envahissent un champ avant la moisson, ils détruisent et ne récoltent pas!
Vers le milieu de l'an ^oS6, Bernard Clés étant toujours évéque de Ti'ente, et Cbrislopboro Toro préfet de la ville, une sourde agitation se manifesta tout à coup dans la cam|>agne et sur l'une et l'autre rives de l'Adige. Mérnn , Bolsano et Brixen étaient dans l'attente de grands événements. D'étranges rumeurs couraient le long des vallées de Sot et de Aon , et le \^'inscbgau et le pays de Cemhra étaient pleins de mouvements extraordinaires. De secrets émissaires, arrivés de contrées lointaines, de la Souabe, de la Franconic et des bords du Rhin, annonçaient dans ces vallées que toute l'Allemagne s'était soulevée contre scs princes, que [lartout les paysans étaient les maîtres, qu'ils ne |uiyaient plus de dîmes, qu’ils jouissaient des droits de chasse et de pèche, et qu'enfin ils récoltaient pour eux. Ces envoyés mystérieux engageaient les hommes du Tyrol il imiter leurs frères de l’Allemagne, à se délivrer comme eux de leurs oppresseurs cl à faire cause commune avec eux.
Les gens de la campagne, esprits simples cl grossiers, prêtaient une oreille avide à ces récits merveilleux. Réunis, la nuit, dans les rochers et dans les bois, autour de ces étrangers, iis s'exerçaient au maniement des armes, s'excitaient l’un l'autre, disant que leur temps était arrivé , qu'il fallait faire comme les Souabcs et les Franconiens, renverser le gouvernement des nobles et des épiscopaux qui , depuis si long-temps, tenaient la ville, les châteaux et les bourgs en leur pouvoir. Ceux-ci détruits, on établirait un état populaire où ces nobles de naissance ne seraient plus que les égaux du menu peuple.
Bernard Clés était en Allemagne auprès de Ferdinand , frère de Cbarles-
DE TRENTE
« Quint, alors en Kspagne avec son [trisonnier François 1". Bernard t'.lés , à la nouvelle de ces troubles, vit d'un seul coup d’œil toute l'étendue du péril. Craijjnant d'arriver trop tard, il se jette sur un de ces chevaux de poste qu’un ancien établissement des empereurs avait dis|wsés en relais sur les routes militaires de l'Allemagne et de l'Italie, et, |>a$$ant les Alpes d'un seul trait, le prélat vigilant arrive à Trente en courrier.
Au moment où il entrait dans lu ville, il rencontra Geoi-gc Fruns|)crg, officier allemand, qui, avec une petite troupe de soldats, revenait des guerres du Milanais , tout lier encore d’avoir contribué |)our sa part à lu défaite du roi François l'^. Clés l’arréle, le prend h son service, et Fruns|)org et scs braves |>arlisans sont chargés de la défense de la ville.
Il était temps, car toute la enmpagne courait aux armes. Des vins du Trentin , que les gens du prélat voulaient faire passer en Allemagne , avaient causé le soulèvement. Des hommes de corvée et trois cents chariots étaient commandés ponr transporter ces vins de l'autre côté du Brenner. Saint-Michele , Tramin, .Meran et Bolsano refusent de fournir leur contingent et s’opposent au départ des plus dociles. Les paysans s'aineutent , s’échauffent , s’arment ; l'incendie s’étend de proche en proche ; bientôt toute la vallée de l’Adige est en feu , et Trente est menacée pâlies insurgés , qui viennent camjier sur les collines les plus rapprochées de ses murs. Frunsperg jugea aussitôt qu'il ne pouvait se maintenir dans la camjMigne, et conceutrimt sa petite armée dans la ville, il en occupa les murailles et le chéteau. L’évôque Clés, dans ce moment, était à Riva, sur le lac de Garda , où il prc'ssoit l’arrivée d’un secours d'ilalicus.
Ia: péril était grand. Frunsperg dispose scs troupes le long des rem- |iart8 et convoque dans la citadelle une assemblée des notables du pays , pour aviser avec eux aux moyens de préserver la ville, des entreprises des ennemis du dehors, et en même temps de contenir ses habitants. Trente, en effet, renfermait dans son sein beaucoup de citoyens mécontents. Enhardis par les événements, ils s’assemblaient sur les places publiques et se répandaient en discours séditieux : ■ Si le mal est si grand , « disaient-ils , cela tient au luxe des nobles et des magistrats que nomme » l'évéque. Tandis que les paysans et le peuple meurent de faim, eux ils via veut d'une manière royale ! ... Pourquoi ces nobles , tout-puissants dans a la cité, prenaient-ils plaisir à jeter dans les cachots de malheureux > paysans dont les travaux nourrissent la ville?... Pourquoi les bons ci-
IIISTOIHE
» lovens i-luiciU-iis ivpoussos romine des nialfuilcurs et exclus des emplois » publies?... Pourquoi les notaires et les avocats, ministres d'iniquités, ■> leur faisaient-ils avec leurs misérables plumes des blessures plus mor- ■ telles que les soldats allemands avec leurs piques ferrées?... Le gou- » veniement [xipulairc est le meilleur des gouverneménts, s’éeriaientu ils en aclievant, renversons donc les chefs actuels et tous ces épisco-
» JNIUX ! »
Les lioinmes désireux de tout changer applaudissaient à ces paroles. Des émissaires du peuple se roncerteut avec les pysans qui , à leur instijjulion , s'apjri’orhent <le la ville. Pendant ce temps , trop faibles pour ré-- .sislcr ouvertement, les épiscopaux dissimuleiit. Ils tiennent aux séditieux des discours accommodés à la circonstance, admettent leurs députés à l’assemblée des notables, et promettent d'avoir égard à leurs réclamations.
.Mais il était trop tard. Déjà les Treiitais soulevés avaient envahi le palais. « Que tous les citoyens s’occupent de ce qui les intéresse tous ! » ré|H.'tent-ils , et, séance tenante, ils nomment des consuls qui, assistés de seize hommes de leur choix , pris dans le parti populaire, gouvernel'ont désormais la ville. Ce gouvernement , tout démocratique, sera contrôlé |Kir trois tribuns du peuple jouissant d’une autorité illimitée. On voit i|ue le souvenir des républiques anciennes présidait encore à ce mouvement. Grâi'c à ces changements, que les épiscopaux ne r^ardaient que comme des concessions temporaires, la tranquillité avait rc|>aru, quand tout-à-coup des |>ay8ans soldés, à ce que l'on assure, |»ar des habitants de 1a ville , s'approchent de la porte de Urixen et attaquent à l'improviste le |K)stc qui la défendait. Les soldats font feu sur les assaillants et tiennent bon. Au bruit du combat, la populace s'ameute de nouveau; et, voyant les Allemands occu[)és contre l'ennemi du dehors, court aux maisons des chanoines qu elle incendie, et aux magasins publics qu'elle pille. Le désordre le plus affreux règne alors dans la ville, atUiquéc au dehors par les paysans , saccagée à l'intérieur |)ar ses propres habitants.
Opendant, sur le soir, les |>ay$ans, n'ayant pas réussi dans leur attaque , se retirèrent en désordre. Les soldats, restés seuls et craignant la trahison des Trentais , ne quittèrent pas le rempart, gardant les [wrtes de manière à interrompre toute communication avec le dehors. Le lendemain, Frunsporg, toujours maître des murailles et du château, menaça la ville
I»K TRENTE. ‘‘.t
d'uiie entière destruction si elle ne rentrait imniédintement dans le de voir. Craij'Dant les menaces du terrible .Vllemand, et voyant que les pay- .sans ne bougeaient plus, les Trentins lirent leur sotiinission.
Les paysans, cependant, restaient toujours rassemblés en armes dans la eam|OTj;ne; mais, depuis leur inutile tentative sur Trente, leurs prétentions avaient Iraissé; il ne s'agissait plus maintenant que d'une iliminulion d'imp<')t, et, pour l'obtenir, ils avaient député des envoyés à l'assemblée provinciale d’inspruck , que présidait Ferdinand, et à Iternard Clés, toujours à Kiva. Ce prélat, dont leur dernier ccliec avait relevé le courage, écoute leurs messagers avec un visage sévère, et, se rerusant à toute transaction , les somme de mettre bas les armes et do se rendre satis conditions. Cette réponse jette eesmallieiireux dans le désespoir. Voyant <|u'ilsn'ont pas de merci à attendre, ils veulent du moins se venger avant de succomber. Ils se répandent en furieux dans la eam[iagne, ravagent les terres, ineendient les fermes, démolissent les maisons des partisans du prélat; Pierre Urusio, l'un des chefs des épiscopaux, est brûlé vif dans son cbùteau , mi il s’était renfermé; de là cette multitude, grossie dans sa route par le succès cl l'appât du pillage , s’avance de nouveau vers Trenli’ , i|u'elle menace d’une ruine totale.
Le comte de Lodrou et Francesco Castel-Alto avaient remplacé Fr ims(>erj; dans le commandement de la ville. Ces chefs expérimenlrà profitent du |H’ii d’ordre avec lequel les paysans dirigent les altavpies pour les enmiNittre avec avantage. Ils les prennent en flanc, en tète et en queue, et quand ils les voient ébranlés, ils lancent contre leurs colonnes confuses leurs |»sants cavaliers armés de haches et de longues lances. I-abourée dans tous les sens |iar ces hommes couverts de fer, cette multitude mal armée s’épouvante, recule, làehe le pied et s'enfuit dans un désordre efîrovable , laissant nu loin la terre jonchée de ses morts.
Découragés |Kir cet échec , les paysans renoncent dès-lors à tenir la cam|)agne, et se retirent chacun chez soi. Mais les .Allemands et les épiscopaux réunis sortent de la ville et poursuivent ces malhenreux dans leurs villages. Ils fuient dans les monUigues et les forêts, où on les traque comme des bêtes fauves; on les pousse jusque sur la cime des n)onls, dans des champs de neige cl de glace , où un grand nombre meurt de faim et de froid ; on les jette en bas des rochers où ils se réfugient , on les accule dans le fond des vallées où on les égorge, et bientôt les ravins et
iiisroiRË
les torrents de cette partie des Alpes sont comblés des cadavres de ces infortunés.
On avait pris un grand nombre de chefs. Alors commence une série d’horribles vengeances et de sanglantes réactions. Comme dansl'affairedes juifs, on établit des catégories de supplices. Les plus compromis expirent hnlement dans les tortures, écartelés, cruciOés, déchirés en lambeaux. Aux uns on coupe les mains, ou les doigts, ou bien on leur crève les yeux et on leur arrache les oreilles. Le plus grand nombre fut pendu , i|ueh|ues-uns seulement se rachetèrent à prix d'argent du dernier supplice. Quant à lu tourbe des révoltés qui échapp au glaive ou aux torliires , on en remplit les prisons , et tous ceux qu'on relécha furent auparavant marqués au front avec un fer rouge.
Quand les gens de la campagne furent soumis, la réaction intérieure commença; les épiscojaïux incarcérèrent tous les Trentais qui avaient |>aru dans les derniers troubles. Les plus coupables furent exécutés ’.
Telle fut la lin de cette (pierre des paysans , qui , moins longue , moins acharnée, et plus facilement 8|raisée que celles de rAllcmagne et de Salsbourg , mit néanmoins le gouvernement épiscopal de Trente à deux «loigts de sa ruine. Mais , sans chef et sans but déterminé , ces montagnards turbulents furent aisément soumis; et, loin de les affranchir, cette dernière commotion eut le résultat ordinaire des révoltes comprimées : elle alfermit l’autorité épiscopale, et ruina dans Trente la [wrtic démocratique du gouvernement. L’évéque triomphant lit main basse sur les privilè(;es dont avaient joui les Trentais de temjis immémorial , et désormais le peuple cessa de se réunir pour s’occuper de ses affaires, qui furent remises aux mains du collège des chanoines. La supplique des iwysans faisant leur soumission ne laisse que trop voir jusqu'où alla la réaction des oligarques. «Ecoutez nos prières, disaient-ils aux épisco- » («ux , nous ne réclamons ni citadelles, ni évêchés; nous ne demandons » pas même de pouvoir administrer nos villes comme le faisaient autre- - fois les citoyens de Trente ; telle ne peut être l'ambition de miséra blés !...
• Ua coKwioii. d. I. n.rl <k. cuneat «n. d.ailo pré, «a „ g„rn, rt c« eiéculioa.
fréa«™i« n..„, ,« co.amc .illc«™, 1« clergé éüil I®d„cou|. plo. j«tou> d! ud «u orilé Ic^relle .|u .«cane de. puàMnce. .éculiér». . AcbI. no«. dit H A ■râierrv l hu, j ■ rié. la . ^ I h• **toircde8 comniuiRtdu noi-d
DK TIlENTt.
» Que d'autres aient (les palais magnin<|ues, qu'ils les oceupeiit, qu’ils les » régissent! Nous, nous voudrions seulement jouir en paix dans nos ma- » sures de nos minces fortunes. »
Les réclamations des bourgeois et des paysans étaient sans doute fondées, et |H>ut-étre ne demandaient-ils pas autre chose que ce qu’avaient obtenu, après de longues luttes, il est vrai, tant de villes françaises et allemandes; mais l'autorité épiscopale ayant prévalu, les historiens, dévoués tous h l'évêque régnant, ne parlent de leurs malheureuses tentatives que pour les condamner.
Bernard Clés fut l'ame de cette réaction du pouvoir. Elevé à l’école de Maximilien, de Ferdinand et de Fharles-Quint, dont il fut le chancelier, il sut d’abord, dans le danger, pactiser adroitement avec les re- I)clle8, puis les réprimer avec vigueur, et enCn saisir d’une main ferme l’autorité que le |ieu|>le laissait échapper. Cet évêque, un des hommes politiques du temps, gouverne ensuite sa ville avec mic rare habileté; et, pendant <piinzc ans, tout en courant l'Europe à la suite des enq»'reurs scs maîtres, il sait, à force de bienfaits et d’embellissements, se faire |>ardonner ses usur|>ations. Possesseur d'immenses richesses , il captive le |>euplc par sa magnificence et par les fêtes qu'il lui donne; et, pour mieux lui faire oublier la répression terrible dont il l’a frappe, et le distraire de la perte de sa liberté, plus tard, il veut lui faire présent d’un concile. Comme nous le verrons tout à l'heure, ce concile fut résolu ; mais Clés ne siégi'a pas dans cette assemblée qui devait rendre sa ville fameuse.
Cet liabile prélat semblait avoir pressenti l’application que l'on pouvait faire de la gastronomie à la politique. Il eitimait, au dire des ehroni- (jueurs, et en s'appuyant de l'autorité des anciens, que la meilleure manière de te rémir pour traiter d'affairei , était de s’asseoir à une bonne table. Aussi , à Ratisbonne et à Vienne comme à Trente, le voyons-nous traiter magnifiquement les princes ses conlcm|>orains et les premiers seigneurs du temps.
Enfin, en 1339, cinq ans avant le concile, Bernard Clés meurt dignement, au milieu d’un grand festin, frappé d’apoplexie.
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Après la guerre des paysans, l'histoire de Trente se généralise. C'est line ville impériale soumise aux vicissitudes de l'empire; prenant sa |iart de ses revers et de ses triomphes ; envahie quand l'empire est envahi ; jouissant d'une |)iiix profonde, quand la paix règne dans l'empire, ou seulement quand le théâtre de la guerre est de l'autre eôté des Alpes, en Allemagne.
1,'histoire du eoncile interrompt seule cette monotonie d'évènements; et l'histoire du eoncile, e est l'histoire de Trente. l’endant dix-huit ans, la xillc tyrolienne est occupée par une nouvelle population : population fastueuse, passionnée, austère; population venue des quatre coins de riiuro|>e, dont le |>apc est le chef suprême, dont les légats et les cardinaux sont les princes, et les évêques le menu peuple; population hautaine, infaillihic, qui, du fond de la petite ville des Alpes, promulgue des décrets qui doivent faire loi dans toute l’Europe , et d'une voix impérieuse . à l'égale de celle de Dieu, impose aux peuples leurs croyances, et, selon qu’ils obéissent à ses décrets, les absout ou les condamne, les anathematise ou les bénit.
Au milieu de la grande guerre de la réforme. Trente , pendant dix-huit ans , semble le quartier-général de 1a catholicité. C’est dans ses murs que l’on discute d'abord les moyens de reconquérir le terrain perdu , puis d’opposer une résistance efficace à l'invasion de plus en plus menaçante. Nous leré[iétons, 1 histoire du concile est l’histoire de Trente. Trente lui a donné son nom , Trente lui doit sa célébrité. L'histoire de cette ville serait donc incomplète, si nous ne donnions ici un précis rapide des travaux de eette assemblée. Plus politique que les eoncilcs de Bâle et de Constance, elle ne déposa point de papes, elle n'excommunia point de rois, elle ne brûla pas de docteurs hérétiques, et néanmoins l'étude de son esprit, de ses passions et de scs cabales,- son histoire, enfin, n'offre pas moins d'intérêt que celle de ces assemblées orageuses.
la fin du quinziéme et le commencement du seizième siècle sont cé-
DE TRENTE
lébres dans l’histoire de l'esprit liiiuiaiu per la réforme, Je plus grand niouvcmriil iiitellectiiel qui eût agité l'Europe depuis la chute de l'empire romoin. De rÀllemagne, leur terre de prédilecliou , les principes des sectaires avaient passé dans l'Italie; Jérôme Savnnarole à Florcpce, frère Thomas Connecte dans Rome même , avaient tonné contre les vices des . papes et les abus du clergé, et ces apôtres imprudents, expirant dans les flammes , avaient scellé [lar leur martyre leurs prédications austères et fanatiques. '
Et cependant, loin de s'amender, l'Eglise romoiue semblait prendre - plaisir à braver le cri des peuples. Les abus devenaient plus monstrueux , le faste plus insoieut, les vices plus effrénés ; l’Europe, et surtout l’Allemagne, étaient à bout; et, pour se déclarer, la réforme n'ottendait plus qu’un homme et un prétexte : le prétexte , ce fut la vente des indulgences ; ' l’homme, Martin Lutherl , .
Sans doute Luther eut de lu force dans le géii'ie , de bi véhémence dans les discours , use éloquence vive et impétueme qui entraînait lee peuples et te* ravissait. El cependant, le iiiuiile de saint Augustin ne fut {>as la cause, il ne fut que l'agent de ce mouvement religieux i-avant lui , les idées de la réforme avalent profondément pénétré dans les mteurs et dans les esprits, et la fameuse thèse de VVittemberg les formula plutôt qu'elle ne les provoqua. Elles étaient nées. L'esprit liuniaiu les avait tacitement adoptées. I.ie8 catholiques modérés, les sages du clergé, en étaient imbus : aussi, nous le répétons pour èeux qui dans ces crises morales ne voient qu’un homme et uuu pas t'hoimner la doctrine de Luther ne causa pas la réforine, elle rex|Mnma.
La guerre déclarée , le moine saxon , hoiiime d'action avant tout , ne ■ garda plus de ménagements. Lo |iape avait hrôlé sa thèse, il brûla la bulle du pape. En simple moine brûler la bulle d un pape! Pour toute réponse, l'eUigie du témérairè est jetée dans les flammes , et sa pcrsoiiue mise au ban de l empire comme un diable à face humaine. L'Allemagne, qui -partageait les opiiiions de Lütlier, fut indignée de ces rigueurs. I)e l'édit* de proscription sortirent les convictions les plus intraitables; les peuples se jetèrentdans le lutbéranisine pour améliorer leur condition , les princes 'Pyr esprit d'opposition au despotisme de l’empqreur , et dès-lors la cause de la réftvrme fut gagnée. ' - '
" 'Il arriva donc que, pressée de toutes paris par ses amis et ses ennemis,
,54 . ■ IHSTOIftB.x ■ . - , ' ^
J'Égl^ romaiue eut recoitlrs au mtyen ordinaire et toujours insuffisant, elle convoqua ses états-généraux. Un concile fut résolu. '
:ÿi: Ce mol concile , que prononçaient tous les partis , avait v ivement frappé l’esprit ^es peuples. Le tourment des consciences était grand , la per- . ’plexilé extrême; et tous les fidèles, comme tous les incertains du monde 1 chrétien, ne voyaient qn'une seule fin à leurs indécisions, qn'ui^sedl remède à leurs maux ; un concile t . . .
• ‘ Un concile I les protestants entendaient par ce mol une assemblée qui jugerait le pape ; lepape et ses cardinaux, uneassemblée qui condamnerait les protestants. Aussi Paul 111 , qui se rappelait les .tentatives audacieuses des dernières réunions de ce genre, et qui voulait diriger les opérations , de celle-ci, tenait-il à ce qu'elle s'assemblât dans une ville, italienne; l'empereur, de son côté, et dans le même but, insistait pour une ville . allemande. Des prétentions aussi opposées donnèrent lieu- è de longs et vifs débats ; pour eu finir on eut recours ù une sorte de con;pro- Hiis de juste-milieu, et l'on dioisit Trente', ville limitrophe des deux |>ays.
Le cardinal Madrucc , qui gouvernait alors Trente, n’avait pas été sans quelque influence sur le choix de cette ville. Comme Bernard Clés,. son . prédécesseur; il voulait faire à son pays l'inestimable présent d’un concile ’. Tous deux songeaient au relief et à rinfluence que leur jiusition de princes de la ville ne pouvait manquer de leur donner dans l'assemblée. ' DèsfSS?, le concile n’étant encore qu'un projet, 'Bernard Qés avait vivement insisté atfprès de Ferdinand, roi des Romains, alors à Trente,
' -S'aii |wdr« , cki passa Trtnta perde. Ce nwt du bouDou de Jean XXlil à §on niaitrc , lonque ei- Itthci quitta Trente pour le rendre i Coottaace, dlaiL4lors dam toutcf le* bnuches dn oûurtium itft> lieits, cardinaux et autres. .
• La liste suiraate , (In*® d*iin manuaqrit conacrr<^ à Vienne, Jert Toir que pn!«sit o*dlah
UBS iraportance. Il 6*agit, il est vrai , du concile de Coii^aoce; mais tou: laissait croire» et fBrtêotdu v
laie, qui, da quioalèinc au seixiemo uède* s*<4ail beaucoup accni» que le coodile de Trente ne aerok- * pae'Bgios tnagailVinf . " ^ > V "* • *
Mures, dépotes; cheralim» eïe., 2,S«). -^T>rélab» prêtres, thdftogtens, ffl.too;*— Laî^
Ce dernier nombre oomprenait : Ai orfèvres . SSQ^rchands delaillanU, baoqjûera»^7<la)irdoiî'** oien, 48 pdlclier.4, 44 apothicaires, 92 forgarom, 7.î conrweurs , 230 boclteinert, éltaharetiers , '
ISyHaoAen» 48 cbaugeurs . 228 tailtetirs, 65 hêraoU d'armes, S46 joagleura, 806l«riiera, 700 oourliMfiei eonroa» et encoèe le e^nfqneuc.oe die qoe oelks dont il cqnoalMlb'lb demtMvt la Htfu de Vieoneen pmiele Dombro total à t.SOO, qui chacuoe gagoèrrnt 800 Ooriwi^lpiflfiM f «odpiit la teuue du ooodle, ajoute le inaouicnt. *
' Le concile daTK'ote ftd beautoop iqoios'eoptptet cl beaocodp mokn ^
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DE TRENTE
pour que celte ville fût choisie, pour si^(je du coneife. Depuis , Madruce avait fait, dans le même senSj de nombreuses démarehes auprès des diiïérents papes, ef Paul III avait fini par lui promettre que le concile , ne se tiendrait pas ailleurs que dans sa ville épiscopale. .
Dèsee moment, remb'ellissement de Trente , qu’il voulait rendre di(;ne d’une aussi màgniGquo asscmblc<‘, fut la seule pensée du prélat. Sur ses dihortatibns , les Trentais s’empressent d’élarjrir'êt d’aligner leurs rues tortueuses. On abat les |M>rtique.s de bois qui les obslrnaient, et les énormes toits bAtis à l'ancienne mode qui les rouvraient en entier , et qui y entretenaient une nuit perpétuelle. On forme des bibliothèques , on meuble de grands hôtels, on les embellit à l’intérieur de tapisseries et de . peintures précieuses, on les décore richement à l’extérieur ; ces énormes fresques qui portent les dates du quinzième et du seizième siècle, et qui aujourd'hui couvrent encore les façades de quelques-unes des maisons de, la place du Dôme, témoignent de la magnibcencc de ces palais, digne» de ■ fettcr accc les ct/fas de Luch//us, disent les chroniqueurs.
Le prélat, dons le même temps, orna ses Jactjins d'une fontaine en- 'tourée d’images d'hommes et d’animaux, que Poau faisait mouvoir an . grand étonnement des spectaleui's. Un Apollon d'airain pours'uivait une . Daphné d'airain ; oif y voyait Acléon changé en cerf; cl , des deux côtés , des lions étaient accroupis avec tant d’art, qu'ils semblaient boire dans le bassin. . . . . '
Un des historiens du concile, Gralicn Hervet, n'attribue 'pas aux démarches des différents prélats de Trente , ni aux agréments et à la po- , sition favorable de leur ville, le choix qui en fut fait pour le concile; ce dioix, à son avis, eut un bien autre motif, et, jouant sur le nom latin de Trente, Tridenlam : « Dieu, écrivait-il, qui e»f tout jmüianl, avait rétolu, CR ce»jour»-tà, de ramener en tranquillité j>ar elle, eotnme par un divin TBIOEXT, la mer de ce monde agitée par le» korriblci^fiols des hérésie». • . .
Mais quand l’époque de la réunion du concile fut connue , toute la ville fut dans la joie , et célébra par de grandes fêtes' cette heureuse nouvelle. Ccs'fétes nous offrent un mélange bizarre du profane et du sacré ; des messes et des’ spectacles , des processions et des combats simulés. ' . .
, De longues salves. d’artillérie donnèrent le signal des divertisscmênte.
UIS TOIItE
Plus de mille homuies bien équipés et bÿeu exercés, paradêreut euMiite sur les places publiques; et, à ce que nous raconte rhi6U>i^éKKjlH|p , pendant sept jours entiers, le prélat donna au peuple de grand; festiny; entremêlés de rlumts et de spectacles, égayés par les gestes des mimes et assaisonnés par des dictons fkiiu du tel athénien ou de la conciiion tarédémonieitne. Ces fêtes furent terminées par de beaux' feux d'artifice. De' - ' chacune des tours , si nombreuses dans oette ville , sortaient comme dee éclairs et des tonnerres ; et , à leur sonunel, d'énormes brasiers, ali- ~ menlés par la poix, répandaient au loin dans les ténèbres une lumière vive et ondoyante. Les hautes montagnes qui avoisinent la ville \omissaieut des tlaniiues de toutes les couleurs, vertes, rouges et blanches; et, à voir monter dans les airs ces masses ardentes et ces globes flam- ' boyauUs, on eût dit l'embrasement de Sodoinc et de Gomorrhe par le fea . du ciel*.
Ces fêtes furent suivies de la promulgation du lu bulle'de convocation' jMir le pape Paul 111 ’. Mais trois uns encore s'écoulèrent entre la bulle ds .. convocation et l'ouverture de l'assemblée. Cette ouverture n'out lieu ({ue sur une uouvcUc bulle du pajM;, en date du 7 décembre ■> - '
Quand les trois légats du pape chargés de présider le concile airivèrent ' à. Trente, peu de jours avant le moment fixé pour l'ouverUirc, outre la ^ cardinal Madruce , il ji'y avait encore dans la ville que trois prélats : Saa- Felice, de la Cuva, fougueux |Nipiste; Campège, de Fcltrc, et Musso. de Bitonte.'lc plus fleuri des prédicateurs du temps , qui était impatient de se faire entendre. Peu à peu les prélats arrivèrent, et le 13, octobre, johr *; lie l'ouverture , vin)p-ciuq évèipies, outre les légats, se' ti’onvaicnt réunis, à Trente. ' . . ••
Le concile fut ouvert par mie longue exhortation des trois légats do , pape cl par une procesnou générale. Les légats et le cardinal, Madruce marebaient en tête, suivis des archevêques d'Aix, de Panorme, d'UpaaJ et d’Armacan,, et des vingt-cinq évêques , tous couverts de mitres et de ■ chapes précieOsés , chapes' de drap d'or, de damas et dé satin pour les archev^ues, et les évêques, chapes rouges ou couleur de rose sèche pour les cardinaux. Leurs mitres étincelaient de pierreries, et partout resplendisAieat la soie, le velours et les broderies d’or. Ces pompes
^ P. , Chronichf di Trmtû , I5S6.
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ÜK TRENTE.
ttouvellcs et ce luxe élonnaient surtout les barons du pays et les cnm- ' pa|;nards, t;ens vivant dans les montagnes et peu accoutumés à une pareille splendeur.
Après les évêques venaient immédiatement le seigneur de Castel-Alto, capitaine de la ville de lYente, couvert d'une simple armure de fer, et Antonio Quère , orateur du roi des Romains , le seul ambassadeur |>résent, vêtu de noir, à l'espagnole, coiffé d'une toque ornée de plumes et d'agrafes de pierreries , portant au cou une grosse cliainc d'or ri- 'chement ciselée. Venaient ensuite les généraux des ordres mendiants, mineurs, conventuels, carmes, d^ermites/de saint Aü(pistin, de sainte ' Marie-des-Serfs, etc., etc.', suivis de la foule des abbés , théologiens , docteurs de l’un et j'autre droit, et d'un grand Jiombre de barons, de comtes et de chevaliers, mélés au clergé de Trente, et accompagués de tout le peuple de la ville et des pay| voisins , accouru pour assister à la cérémonie , pour jouir d’un spectacle aussi merveilleux , et peut-être aussi pour profiter des trois ans et cent soixante jours de délivrance du purgatoire accordés à quiconque se trouverait dans la vilje à l’ouverture du «XAcile. . ' .
-'La procession, sortie de l’église delta TriaUa, près la porte Santo- Cfocr-, SC rendit au Dôme, où le cardinal Del Monte célébra une messe du Soint-Ësprit, et où Tévéque de Bitoute, ce' prédicateur si fleuri, prononça un sermon divisé eu' plusieurs points, dans lequel- il prouva qu'un concile était nécessaire , d’abord pareeque plusieurs conciles • avaient déposé des iv)is et des empereurs , et, en second lieu , pareeque le Jupiter de VÉiiéide assembla le conseil des dieux. U ajouta que', lors de la création de l' homme et è la tour de Babel , Dieu tint une manière de concile. Et il finit par engager tous les prélats à se rendre à Trente.
' comme dans le cheval de Troie , la porte du concile et la porte du paradis étant la même. ’’ .
Cette belle oraison achevée, le cardinal-légat donna sa bénédiction au peuple; puis se tournant vers les pères, qui attendaient dans un grand silence': « Vous plail-il çue l'on déclare que U saint coaeile de Trente est ouvert et commencé? » leur dit-il. A quoi tous répondirent d’une même voix : « Oui, il nous plaXt! » Le cardinal déclara le concile ouvert, et les chantres et toute l’assemblée entonnèrent le Te Deum !
Le jour même où le concile s'assemblait pour donner la paix à l’Église ,
WJSTOIBE
les Vaudois , au nombre de plus de quatre milie , étaient inaaaMftIa; en' France, par d'Oppède et ravocat-Uuorin. '
.Comme, dans cette première session, lés pères ayont voix délibëraliUe. et décisive étaient peu nombreux , liîssembice se tint dans la petite é^iae . de Sainte-Marie-Majeure. A cet effeF, on avait recouvert les murMfleé de ip-àndes draperies d'étoffes jaunes et touges , et la base des colonnes était' umée d'images de saints, enradrées'.dàns des compartiments en b<^ sculpté <l'une manière bizarre et des^iAaitt l'ogive. .4 la place du maîtrè- , autel , sous le cruciGx que, de nosjotfr^- on voit encore au même endroit^ sous ce crucifix miraculeuz qui , assuéèstAM) , s’inclina pour approtên^ . les décrets du concile, .sié;;eaieiil les léijiits do pa|M> et les cardinaux en.eoslume; car, à partir de cette époquovnialiit de la profession devint de rigueur, et une des premières décisions de l'assemblée défendit aux ecclésiastiques de tous grades de s'Iiabillÿr en séculiers, eommc ils avaient fait jusqu'alors quand ils n officiaient pas. A la droitc^des légats, sur un banc rerétu de velourscraiiioisi qui faussait la muraille deiriiré eux à une grande hauteur , étaient assis les afclievèqncs. . •
Le reste de rassemblée, faisant face aux légats, prenait place sur dire bancs eu buis demi-circulaires, élevés en gradins, bancs tout-à-fait^ apostoliques. Les évéques , en mitres blanches ef en chapes de toutes les (Htuleurs , occupaient leé premiers de oes bancs , et les religieux des divers ordres les derniers. Les théologiens au service des prélats, et qùr souvent parlaient pour eux , siégeaient en face des archevêques , au piéd d'une petite chaire garnie d'étoffe noire brix'liée d'or , tribune de celle assemblée. Celte place au pied de la tribune était bien choisie, car tes théologiens, hommes exercés aux disputes et qui avaient la parolé facile, étaient é ces assemblées religWuses ce que, de nos jours , sont les avocats à nos assemblées politiques.
Les ambassadeurs et leur suite se plaçaient à la droite des légats , en face de la tribune , dans l'espace laissé vide entre les archevêques et les bancs des évéques. Les ambassadeurs s'asseyaient sur des fauteuils qu’on laur apportait ; leur suite restait debout. Entre les colonnes et tout autour de la nef, occupée en entier par les pères, circulaient les curieux : gens de Trente, Italiens , Allemands jadmisdans l'église en fort petit nombre. Au fond de la salle, un groupe de soldats, le casque en télé, svee de grande panaches, couverts de cuirasses d'acier poli, armés de halle-
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bttrües,.de pertuisanes el d'é|>ées, et quelques-uns |>orUiiit encore de ; t v*
'<■; larijes buurliers , veillaient h la sûreté de l'asseuiblée. Tons les assistants, <- *.
légats, évéques, théologiens, peuple et soldala^ portaient la barbe el -
moustache» ,1 Selon la mode du temps; barbe martiale, dégagée, liau-’ *iy» '
toine,. ou Itarbe blanche ut vénérable - Dans une tribune qui dominait toute ta réunion, jse lenaieiUlescbait-' '’
• très , entounant des cantiques h l'ouverture et la lin des séances , alternaul ' •..■•'v y
■ ■• • "■ni n curai. ^ ‘Zr '■ '*
■••• " " . ' ■<. . . ' .•■■■ ,. V ■-••aV, > •>3 .
La pivniière session du concile fut une session d’oifjanisation. On i’oceu[w du cérémonial. On décida que les trois léjjats, quorque d ordree '■ ' V. vf. i
différents, auraient les mêmes orneimaite, ajaiit les mêmes jiomoirs; V' '/%
que le lieu de rassemblée serait tendu de tapisseries, de peur que le concile ne ressemblât à une réunion de mécaniciens (ce sont les expressions du decret) ; et entiii, couime une assemblée de dignitaires de tant do grades ' différeuts devait nécessairement amener quelque confusion , on décida ijne lu place occupée ne pr^udicierait en rien aux personnes.
. Durant ces préliminaires, les évêques retardataires arrivèrent en grand nombre, et la ville de Trente ne tarda pas à resplendir de toutes les pompes .«clésiasliques el de touf le luxe de ces peliu princes de l’église, trainant • «hucun à leur suite une sorte de petite cour , des gardes , dps Iwulhms et ^ des nains. *
Ce faste des cardiifaux cl des prélaU scandalisait surtout les luthériens el les caüioliques rigoureux. Déjà dans le quatorzième siècle, Dante , •
dans un accès d’h^wur gibeline, avait sügmalisé d’une manière san-
*■ SWotc-SlM<e.V|j«n:. Trtte» du Cor.cik de t>«te
|w1eTam,muidi-dÿ'I<«ris,a>«iU. - imite,
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HISTOIRE
glante le luxe des prélats de son temps , lorsque, les comparant aux apôtres qui rheiiiiiiaiont sans chaussure et prenaient leur Qoarriture dans k première hôtellerie venue, il s’écriait : « Mos prélats modernes veulent c. «des valets qui écartent la foule devant eux, d'autres qui fpiident les ' ,
•> mules. Ils sont si hsirds qu'ils ne peuvent plus se porter; aussi les "
• V rencontre-tron a cheval couverts de (p-auds manteaux, de façon que • deux hèles vont sous une même peau. ■ " ; •
\ , eAf ttur besll* rtm suit' una /tfUf. ,
Deux hèles sous une même peau ! Ah ! poimiuoi Dante n'o-t-il pas vécu de notre temps! s’écrie un des eominentateurs de la 'divine Gmié> die , qui éernait ii peu' près à l'époque du cimcilc ; sans doute il eôt dit i-
, ' , .St , cibf frf ran Su«* imn
Un devine quelle était la troisienio héte que couvrait le manteau des * cardinaux, et le plus graïul nombre des pères de Trente {«raissent de l'avis de l’étTivain : -car les sessions eonimencent par de sévères- mercu- ' riales sur la’ manière dont les prélats doivent vivre durant le concile.
On leur recommande d’étre sobres , chastes et de bien gouverner leurs suai- . '
, sosu; on leur défend d’étre querelleurs, ivrognes, impudiques et adonné» à leurs plaisirs; on leur conseille de ne jamais se fâcher, mais quelque chose qu'ils disent, que ce soit tempéré par une si douce rnoL4TI0> de parole» ( ce ^ ' mot musical est joli), que les auditeurs ne puissent s’en offenser et Je fil du''’ droit jugement se brouiller. Nous verrons bientôt comnient ce conseil fut suivi'. ■ - '
Durant ces premières sessions , les prélats italiens , tous papistes ,, et fort nombreux I firent adroitement décréter que les voix se recueilleraksnt . *■
par tètes , comme au concile de Tolède , et non par notions , commè aux' ' •
conciles de BAleet de Constance. Lés légats supprimèrent aussi de l'intitulé ydo concile les mots rrprrani/aaf l'flgHte. universelle, qui eiissènt fiât douter . de la suprématie pivale; oh' décida enfin que les décrets sera'ient préala- : bicment discutés dans des congrégations {lorticiilières ayant d’étre portés aux sessions générales du concile; on espérait de cette façon rendre impossibles le scandale et les délits orageux. Mais tontes ces précautions -
• Piûu SkWf. Vncoin. G.kfim HWoirp du etmeikée Tenir, f.- w . v-’- 't.
. ' Digitiieclby C
DE TRENTE
n’enipéchèrent pas les partis de se dessiner aussitôt dans l'assemblée. Elle se partagea en impériaux et en papistes ; et dès-lors on put apprécier le système de conduite que la cour romaine avait tracé à scs légats ; un put deviner le mot d’ordre qu’elle leur avait donné.
.Maintien intégral de la puissance papale et conservation de ses prérogatives y compris les abus; telles sont leurs instructions. l’our tout ce qui ne touche pas à ces questions délicates de prérogatives et de discipline, la plus grande latitude est laissée aux disputeurs. On leur abandonne le dogme; c’est à eux de s’entendre; qu’ils téchent seulement de se servir dans leurs décrets de ces formes ambiguës , qui , laissant le fond indécis, satisfont et rapprochent les partis.
On pense bien qu’avec ces prétentions du parti papal la question de la réforme des abus ne devaitétre agitée qu’à la dernière extrémité, et cependant cette réforme avait été l’occasion du concile. Les évêques impériaux , presque tous allemands ou espagnols , d’accord sur bien de.s points avec les papistes , mais inclinant davantage aux transactions , déclaraient hautement que cette question de la réforme devait passer avant tout. Les frèt-illuatre» cardinaux doivent être trèi-illuslrement réformés, disait don Barthélemy des Martyrs, primat de Portugal. Les Françjiis appuyaient les impériaux , au grand mécontentement des papistes qui s’efforçaient de ridiculiser leurs théologiens et leurs orateurs. I oilà un coq qui chante vraiment bien ! s’écria un jour, en jouant sur le mot latin gallus, qui signifie à la fois coq et Français, un des prélats italiens qui venait d’entendre l'ambassadeur français Danès. Plût à Dieu que Pierre se repentit au chant du coq! répliqua celui-ci avec un merveilleux à-propos.
Cette réponse rendit les Italiens plus circonspects; ils renoncèrent à leurs facéties, et, dans le dessein de gagner du temps , ils firent décider que l’on traiterait alternativement et le dogme et la réforme.
Nous ne ferons point ici une analyse détaillée de tous les actes du concile, analyse que l'aridité des matières et, comme on dit aujourd’hui, leur manque d'actualité rendraient fastidieuse; nous continuerons seulement l'examen philosophique de l’ensemble de ces actes, nous arrêtant à ceux qui dessinent le mieux la physionomie d’une grande assemblée religieuse du seizième siècle, et qui nous font le mieux connaître la composition de ses éléments, la lactique de ses partis, les dessous de cai'tes singu-
HISTOIRE
liei s, les profondes intrigues et les intérêU tout-à-fait humains qui déterminent les convictions de ses membres , modifient leurs résolutions les plus arrêtées et motivent leurs déc isions les plus saintes en apparence.
L'assemblée entama la question de la réforme par l’examen des points contestés entre les catholiques et les luthériens, au sujet des saintes Écritures. Les novateurs controversaient la tradition; l’assemblée, toute catholique, décréta, d’une commune voix, que tous les livres de I ancien et du nouveau Testament seraient reconnus camniqurt. Un autre décret déclara authentique la Valgate; et, dans le but de réprimer les esprits pétulmU el effrontés, défendit, à qui que ce fût, d’ôtre assez osé pour mt. rpréter les saintes Écritures contre le sens reçu jusqu’alors dans l’Eglise, et d’en faire, à des usages profanes, des applications ridicules.
On traita dans la session suivante du péché originel , ce qui amena l’étrange question de l’immaculée conception. La Vierge avait-elle été ou non conçue en péché? Cette importante querelle divisait I Europe. Les |>ères de Trente crurent prudent de ménager les deux prtis , et revenant sur les décisions du concile de Constance, déclarèrent, après d'interminables débats, que la Vierge ne devait pas être comprise dans le péché originel, que cependant, fii s'en référant aux constitutions de Sixte V , elle ne devait pas non plus en être exceptée. Si l'Église eût toujours décidé de la sorte , sans doute il y aurait eu beaucoup plus de disputeui's , mais aussi beaucoup moins d'hérétiques.
Dans les sessions suivantes , on continue de traiter alternativement les questions de dogme et celles de la réformation des mœurs. Du j)éché originel ou fiasse à la filuralité des bénéfices; de la justification de l’homme à la résidence ecclésiastique.
Ces matières étaient obscures et prêtaient singulièrement à la discussion. Tel pore catholique se montrait souvent plus opposé à la cour romaine que Luther lui-méme ne l’eût été. Aussi les passions s’exaltèrent à ce point que plus d une fois rintervention des légats put seule empêcher les factions de se convaincre mutuellement à grands coups de poings. Quelquefois leurs efforts furent vains; et, un jour, Denis, le Grec, évêque de Chéronéc, ayant crié à Thomas-de-San-Félice , évêque delà Cava , et fougueux papiste ; Oui, monseigneur , cous êtes nu bien ignorant ou tien entétél La Cava se jeta sur lui , le saisit par sa longue liarlic et ne tacha prise que lorsqu'il en eut arraché une (loignée.
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DE TRENTE
Dans toutes leurs décisions , les pères semblent surtout avoir en vue de bien contredire les protestants, qui, du reste, n’étaient pas là pour répondre. Cette disposition à la eontradiction est si arrêtée, que, sur deux interprétations différentes , c'est toujours la plus conciliante qui est écartée. Ainsi , par exemple , au sujet de la justification , saint Paul avait dit formellement : A'oim devons reconnattre que l'homme est justifié par ta foi sans tes œuvres de ta toi ( Saint Paul , Épiire aux Romains) ; et les novateurs s’autorisant de ees paroles, soutenaient que la justification avait lieu par la foi seulement. Le concile , saerifiant saint Paul et lui opposant saint Jaeques, déclara que la foi sans tes œuvres était morte en elle-même. Le concile, dans cette occasion, comme dans toutes celles où il se trouvait en contradiction avec les novateurs, fortifiait scs décisions d’une série de canons où l’anathème n'était pas épargné : l'anathème prononcé toujours au nom du Dieu de paix I
Un des effets de la réforme trop hâtée fut de rendre la résistance catholique plus absolue. Un grand écrivain l'a dit : En se montrant au monde, la réforme ranima le fanatisme qui s'éteignait il l'a dit dans le but au moins étrange de rejeter en quelque sorte sur le protestantisme les horreurs de la Saint-Barthélemy et les fureurs de la ligue ; mais tout en relevant la singularité des conclusions , nous signalerons la réalité du fait. Oui , la réforme ranima le fanatisme qui s’éteignait ; nous dirons plus : elle rendit un immense service à la cause du catholicisme, en exaltant des passions qui s’affais.saient , en ne permettant pas l'indifférence, cette mort naturelle des religions, et enfin en reculant de plus d’un siècle l’avènement do l'esprit philosophique, dont Erasme , Rabelais et le chancelier de l’Hùpital avaient été les précurseurs.
Ce fut donc pour obéir à ce mouvement violent de la réaction religieuse contre la réforme, que le concile de Trente, assemblé pour réunir les diverses croyances, rompit l'unité catholique, créa un catholicisme tout moderne , eu croyant raffermir l'ancien catholicisme qui tombait ; combattit les novateurs en fondant une religion nouvelle, religion aussi éloignée du christianisme primitif que l'était le luthéranisme , religion qui pouvait bien encore s’appeler catholique, romaine, mais non plus apostolique.
Les sessions se prolongeaient, et les luUiériens, qui avaient été l'oeci-
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HISTOIRE
sion div^ncile, refusaient toujours de s’y présenter. Ils se rappelaient le supplice de Jean Hus cl de Jérôme de Prague, au concile de Constance, et ne voulaient se rendre à Trente que munis de saufs-conduits du concile garantis par l’empereur. Bien plus , irrités par les dernières décisions de l’assemblée, leurs docteurs réclamaient hautement un conciU protetiant en Allemagne, pour contrôler les opérations des pères de Trente , et fixer les croyances des réformés du Nord. Ces prétentions étaient exorbitantes : le |tapePaul III s'en indigna; et, faisant jouer tous les ressorts de la politique italienne, il vint à bout de persuader à l'empereur de joindre ses armes à celles de l'église romaine pour écraser l’hérésie. L’empereur, catholique assez tiède, mais qui, depuis long-temps, nourrissait le projet d’humilier l’orgueil des princes allemands réformés , et d’anéantir les ligues luthériennes , prêta l’oreille aux instigations du pape , mil au ban de l’empire les chefs luthériens , et recommença la guerre contre les protestants. A la première nouvelle de la reprise des hostilités , ceux-ci , par un coup de main hardi , s’emparèrent du fort de la Chiusa, qui, à l’entrée du Véronais, commande les défilés de la vallée de l’Adige. Ils voulaient, de celte façon , fermer le passage à l’armée que le pape envoyait en Allemagne. A cette nouvelle, l’effroi des pères fut extrême ; plusieurs s’enfuirent ; et cette fois lecardinal Madruce eut grand' peine à empêcher le concile de se dissoudre. Les Trentais , intéressés comme leur prince à la tenue de cette assemblée , prirent bravement les armes , et Francesco Castel-Alto , commandant de leur ville et commis à la garde de l’assemblée, se mit à leur tête, se jeta dans les montagnes, et, faisant face aux protestants, laissa à l’armée du pape, commandée par Octave Farnèse , le temps d’arriver. Délivrés des protestanU , les Trentais et le concile furent vivement inquiétés par ce passage de l'armée catholique. Ces bandes indisciplinées d’Italiens et d’Espagnols, qui, au nombre de vingt mille hommes , pendant plus d’un mois , traversèrent la ville, y jetèrent la confusion. Trente ne recouvra la tranquillité qu’après leur départ, et encore y laissèrent-ils un grand sentiment d’effroi.
Victorieux h Mulberg, en 1547, et maître absolu de l’Allemagne ( si la force pouvait jamais être maîtresse des consciences), l’empereur sentit alors qu’il fallait donner un contre-poids à l'influence romaine , et loin de songer à anéantir l’hérésie , comme le pape Paul le demandait à grands cris, il transigea avec elle et publia l’inJm'm , édit de tolérance ,
DE THE N TE
qui , s'il UC satisfaisait pas eiiticreniciit les luthériens, leur faisait iiéaiinioins d'importantes concessions. Dès cc moment, l'empereur Charles V ne fut plus qu'un Henri VIII pour le saint-siè(;ej et comme la cour romaine n'osait pas éclater ouvertement contre l'intenm, elle voulut du moins, par ses manoeuvres, en atténuer l’effet. D’autre part, l'indépendance des membres du concile l'inquiétait ; l'influence que l'empereur victorieux ne pouvait manquer d'exercer sur leurs décisions, l'effravait plus encore ; ses légats profitèrent donc de l'inquiétude que le passage des troupes et les bruits de guerre avaient laissée dans Trente, po\ir répandre dans les congrégations de vagues insinuations au sujet de la nécessité de la translation du concile dans une des villes de l'état llomain. Ces insinuations étaient parties du palais du légat Sainte-Croix ; l'empereur s’en émut peu ; il fit seulement savoir au léjptt que, s'il disait un mot de plus au sujet de la translation , il le ferait jeter dans l'Adige. Le légat se tut ; mais l’intrigue n’en marcha pas moins.
On était au printemps de l’an 1347. Tout-à-coup une rumeur prolongée se répand dons la ville : Trente est menacée d’un grand fléau; on s'évite , ou n’ose s’interroger , et ce ii’cst qu’après de longues réticences et avec un indicible sentiment d'effroi , que l’on ose laisser tomber le mot fatal. La peste , dit-on , s'est déclarée dans les villages du Bas-Adige , et menace de gagner la ville. Sur ces entrefaites , plusieurs valets îles évêques tombent malades des débauches du carnaval ; voici , dit-on , les premières atteintes delà contagion I un évêque, d’un grand âge, meurt subitement : c'est le fléau qui sévit! il faut quitter Trente I Les légats paraissent consternés de révènement. Avant de se résigner à proposer la translation, ils veulent du moins prendre l’avis de Jérôme Frascator, médecin du concile, qui ne manque pas de déclarer en danger la vie des pères. Alors on assemble en toute hâte une congrégation. — Vous plalt-il , pour la sûreté de la rie des prélats, que le concile soit transféré en ta ville de Bologne, comme dans un lieu plus sain et plus propre? demandent les légats au concile. — Liceneiez les peureux ! crient les impériaux. — Dut, il noiu plaît; répondent les papistes, auxquels se joignent les effrayés en iprand nombre , et la translation est décrétée. Les impériaux restés à Trente, protestèrent contre cette fuite, attendant la peste, qui ne vint pas, et leurs collègues qui tardèrent long-temps à revenir.
Le concile était rétabli depuis |>eu, et les pères après une absence de
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