‹ Tyrol TrenteChapitre 2 sur 16 · II · texte numérisé non relu

II

trois ans, étaient enfin de retour à Trente, quand Philippe, depuis roi d'Espagne , traversa cette ville. Le concile lui rendit de grands honneurs. Les pères le reçurent aux portes de la ville. Madruee, évéqtie (le Trente, le logea dans son palais et lui donna des fêtes inagnili- (|ues. \ eet effet, on avait construit une grande salle dans une des Iles (le l’Adige; des statues et des peintures exquises la décoraient, et les cloisons étaient revêtues d'étoffes hrochées d'or. Un repas somptueux y fut servi ; Philippe et le prince héréditaire do Savoie, qui l’accompagnait, prirent place avec les deux légats du pape, au haut de la tahie sur un même degré; les nobles et les évêques étaient assis à un degré inférieur. Durant tout le repas, des musiciens jouèrent de toutes sortes d'instruments nouveaux et curieux , et , quand on eut quitté la table , des choristes allemands commencèrent des danses auxquelles bicnhit se mêlèrent les assistants. Philippe lui-même figura dans ces danses. Imaginez-vous le sombre Philippe 11 dansant , et dansant devant un concile I

Aux danses succédèrent des divertissements et des combats simulés , dans lesquels, nous dit l'historien Palavicini, on s'attacha surtout à représenter ces actions merveilleuses de la chevalerie, que Louis Arioste venait de célébrer tout récemment dans ses poèmes.

Les réformés avaient enfin obtenu les saufs-conduits demandés, et l'arrivée des théologiens de Wittemberg , de Strasbourg et de cinq autres villes, suivit de près le passage de Philippe; mais la réoeptioii ne fut pas la même. On les évitait, on les ajournait, et ce ne fut ([u'après de longs délais et sur les instances formelles de l’empereur , qu’ils purent enfin présenter en personne les articles de leur croyance. Mais, dès les premiers mots, le scandale fut grand dans l'assemblée. De toutes (Mirts dos voix s’élevaient contre ces téméraires qui voulaient im- (Hiser leur foi au lieu de la recevoir. Les légats surtout avaient peine à se contenir. La seule présence de ces dissidents leur semblait un outrage à la pa(>auté. Il fallait les dégoûter ou les effrayer, n'importe de quelle façon ; et le 7 février le jacobin Pélargue, organe de la cour romaine, prêchant dans une des églises de Trente, s'écria avec le ton do la menace : Que les hérétiques causant seuls la zizanie, il était temps d’extirper d'un seul coup l'hérésie.

r.haque jour l'irritation des catholiques devenait plus grande; et malgré leurs saufs-conduits, on eût sans doute fait un mauvais parti à ces

ni' TRENTE.

(jens de la confession d'Augsbourjj , à ce» capitaines de l'hérésie, eoinnie on les appelait , si la nouvelle de l’irruption de Maurice de Saxe dans le Tyrol et de la fuite de Cliarles-Qiiint devant ce chef des protestants d’Alleina('ne, n’eùt mis une fois encore tout le concile en déroute. Les pères prirent à peine le temps de formuler un décret de suspension et de mauilire la malice de l'ennemi du genre humain qui leur causait une si considérable incommodité. L’incommodité était grande en effet, et leur retraite fut si |>récipitée, que beaucoup d’entre eux ne purent s’embarquer sur l’Adige et s’enfuirent par les monta(pies, laissant à Trente leurs Iwgages, fort peu apostoliques du reste.

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