‹ Tyrol TrenteChapitre 9 sur 16 · PARTIE II.-DESCRIPTIOIS · texte numérisé non relu

PARTIE II.-DESCRIPTIOIS

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'* LC PlLLIS m Lt HCMDE^CR. — L l NlVIBSttt mime ivii». -»

L'LâBBIIàl. BT LM DBIPXU.B Dt 7C*. ^ .

Un des anciens hisloricns des villes d'Alleina{'ne nous décrit brièvement les a^émcnts de la ville d 'liis|>ruck et de ses environs ou milieu du.

. seizième siècle. « Le charme , In commodité et la fertdilé du lieu , nous dit-il , ont eni^agé les princes autrichiens ti s'établir dons oette ville. I>es champs d'alentour y sont couverts de riches moissons , les collines de vignobles , les montagnes d'épaisses forêts. Ces forêts sont peuplées de l>êtes fauves; d'aimndantes fontaines coulent dans les vallées, 'que bai- ' gIncDt aussi de larges rivières et des lacs poissonneux. Joignes ù cela que tous ceux qui se rendent de l'italie eu Allemagne et de TAIIemague en Italie par Trente , doivent, nécessairement passer par InsprUck. El puis' les montagnes du voisinage, mais surtout celles des environs de Scliwatz . . renferment des riebessessi merveilleuses, qu’au dire de Cuspiiiianus, on peut évaluer i la somme de trois cent mille écus l’or que l’on en retire ohoque année {Rérthiiu, liv. iii, p. 37). • L)e nos jours celte description, naïveest encore vraie; et si l’on en g^cepte les vignobles , placés lù je ik'

ÜESCBIPTJON

nu

soi» à qad propos , et dos mines qui ont tari plus tàt que les fontaines . Inspruck et ses environs sont liien encore aujounHiui ce qu'ils étaient au seizième siècle, c’e8l4-dirc quelque ckoçe d'assez riant et d'osset sauvajîc. , ,»•

. , Mais supposons un moment que nous avons franchi la frontière du Tjrol et que , suivant lu route de France , nous apjiroelions des faubourgs d'Iuspruck. Nous'avons vu en |>assmit Landeek , ce magnifique paysage dont la nature a fait les frais, et dont cette fois, en jetant nn vaste château sur les rocs gris do fer qui dominent le cours de rliin et un pont sur les ondes écnmantesdu torrent,, la main de riiomme n'a pas détruit lu grandinir. Nous avons trm ersé Iml, cette Fanarie allemande qui expoi'tc chaque année |xiur plus de cinquante mille «eus de serins; ZirrI, ce gros bourg bâti an pied du rocher qu’a «oncfi/îr Maximilien; et, dans quelque village ou quelque bourgade que nous ayons passé, nôtre oreille a été ■ Irapjiée par un bruit continu de scies, de mécaniques , de rouets et de diansuns ; car ce pays , <|iié nous |iarcourons , est liabité par un peuple pauvre, mais <|ui sait s'enrichir par le travail; simple, mais inventif, parctsiu'il Wit mettre son intelligence à profil; en un mot, par lu) (icuple actif, industrieux, et content conime tous les j)«ipte9 oocii|x'-s'.

A peine sortis <h- Zierl , nous ajiercevons d’abord", à l'horizon , audessus <ie la verdure de la plaine et de la ligue blaiiehe des maisoiis, une 'tour noire , surmontée de deux petits dômes et flanquée de tourelles à ses angles; puis des clochers, des tours de moindre diovension , et des dômes rouges couronnés, les uns de pointes ou de découpures bizarres, en zinc, en cuivre ou en bronze doré; les antres île grandes eroii en ter, poli, étoilées à chaque branche, et brillant au soleil comme de l’argent , puis quantité de maisons blanches , vei'lcs , jaunes', roses , bien propres , bien vastes, bien allemandes., barioU-es de mille couleurs, et couvertes d'éraillcs veriiissé*>s , eu feïence jmuie , rouge ou verte , figurant sur les toits toutes' sortes de dessins étranges. C’est Inspruck , la capitale du Tyrol. '

' Cette ville est jetée au fond d'une bellé vallée arrosée par I'Idd et entre ' deux hautes chaînes de montagnes : le Solsleiu, chaine calcaire, sur lu rive gauche du fleuve, et |e Brenner, chaine grattitiqtie, sur la rive droite. Dans la plaine qui entoure la ville se déploie, daôe toute sa pompe, la culture la plus riche et ta plus variée, It n’y a |M8 un petit champ , ù

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Ü’I.VSPRUCK. ' : ' I4<J

plusieurs lieues à la ronde, qui ue soit liéché, fumé et sarelé eomnie les

«ortMs des environs de Paris. I.e terrain est si précteiiv! et dans ce pays' de rochers et de montagnes les plaines sont si rares 1 La rue que nous suivons op entrant , serpente sur la hase du la colline la pins rapprochée de la rive ipiuche de rinn , et fait pariie do l’un des faubourgs les plus anciens de la ville ; elle nous conduit à un grand pont de bois , peint aussi . en rouge, car on |>eint tout dans ee pays.. C’est à ce pont que la ville doit , son nom ^Ituu-Brugg). Depuis le jour où un ingénieur romain le jeta sur. ce Ucuve , ce pont de bois a été bien des fois détroit et l'cparé. Aujouc' d'hui sa vétush- parait extrême. .Si vou.s traversez ee pont, de nuit, « l’iicure OU la ville est silencieuse , vous entendez un bruissement d'eau singulier. Est-ce le murmure du fleuve'/ Nullement. Ce hrnit est produit pr le bouillonnement d’une’ petite rivière, .qui, renfermée dans de gninds tuyaux de bois, psso l'imi sur le pont qui lui sert d’aqnédnç, et court vers la ville, où elle alimeute plusieurs fontaines. Les Jiie'dleurs bétels de la ville, immenses caravansérails où règne une (p'oude propreté , sont, liôtis en face du pont. Leurs vastes chambres, blanchies è 1a chaux, sont envahies aux trois quarts pr d'énormes pMIes , emblème de ki rudesse de rhiver. Des gravures etdes tapis-scries encadrées, représentant dos rliasses, des saints on des monstres, ornent leurs murailles,, dont uil grand |>orti-ait d’Âudréaa Hofer, le héros barbu, le martyr du Tyrol, i-oinpiéte invariablement la décoration. '• -,

Vue dans son ensemble, la ville d’Inspruck ne manque pas de regii- ' larilc toutes ses rues secondaires ulnnitissant sous différents angles à une -rue prihciple, qui traverse 1a ville du nord au sud; mais cette grande rue est ta seule qui soit pittoresque; à l’une de ses cxtréiuih's $'élève Je joli arc de Marie-Thérèse , elè l’antre d'iuimenses montagnes se dressciir' au-dessus des plus vieilles constructions de la villo comme une immense ' ligne de remprts. ' ' v, '

La pluprt des maisons qui bordeut ces rues sont bâties en bricpies , ou en pierres de taille d’un gris olivâtre; ùn enduit de plâtre piut â' à l'huile , ou Jblanchi chaque année à la chaux, recouvre les briques «I les pierres. Les pièces de charpntc qui se montrent en dehors , oomme les ossements de t’édiiiçe , sont pintes aussi de vives couleurs , et donnent à la ville quelque chose de propi*e et de gai. L'hiver, cette bigarrure rend les rues moins sombres ; mais l'été, lorsque le soleil donne

DF.SCRJPT101S

no

cil plein sur ces pciiiliircs, la réTOrbtiratioii en devient insiippoi'Utble, et ricil est eruelleiiient affecté de ce badijjeoimaf[e-. éclatant. I.e Toisinafp.de I Italie modifie eertainemeiU le caractère goibico-germaniqiio de celte ville; néanmoins, on voit encore un nsseï (p’and nombre de ce» maisons cpii semblent cacher leurs toits, ou plutôt dont li-s toits sont rentrante ; c'est-é-dire qu’au lieu de former nu angle saillant ou faîte de la maison, te toit forme un angle rentrant, qui prend d'autant sur les étage* supérieur». Cette construction , nécessitée sans doute par les vents violente auxquels 'la ville est ex|)osée , donnerait , j'en eomiens , aux rues d'Inspruck l'apiiarenrc de longues murailles pereiîes de fenêtres, »i nu grand ' nombre de balcons, de pavillons, et quelquefois des corps île logi» entiers, ne s’avançâient en dehors de ces maisons , au point souvent d'obstruer le passage.

Un voyageur anglais, enthousiaste du pittores*]uë, voulant nous donner une idée de la position de celte ville bftiie au milieu des montagnes, non» assit l e que de ses rues ou peut voir les loups rôtler sur les monte du voiaiiiage. L’image est plus poétique que vraie. L'neil pittoresque d'un tourût peut seul , des rues d’Inspriick , voir courir un loup sur letfolstein , le mont le plus rapproché de la ville , mais qui en est distant encore de plus d’une lieue. Néanmoins, Inspruck a été nommée à juste litre la vMédtt monlayacs.. Elles se dressent autour d’elle prèle» é l'écraser; et, lorsque le ciel est orageux , et que les pies voisin» prennent le» teintes ardoisées de la tempête , l'étranger , placé au contre de la ville , à 4’aspect de ces uoirs sommets qui s'élèvent de tous côtés dans une sorte de eonfnaion sauvage, a peine a se défendre d’un vague sentiment d'élonnemeut et de terreur., , ' ' ' --i- ■

I. .4rc de triomphe qui termine la rue priileipale , du côté de la route du Brenner , est la seule eofistruction italienne d Inspruck : il est décoré de .belles eolèiincs ioniques, en marbre ronge. Ce monument se compose d’mi portique principal et de deux autres portiques de moindre grandeur. Edifié en t"65 à la suite d'uu voyage que fit Joseph 11 dans le Tyrol, cet Arc est orné de grands médaillons représentant les figures de Joseph et de Marie-Thérèse, et de différents ])rîuros et princesses de la faruille impériale, au nombre desquels on distingue Marie-Aiiloiuette, depuis reine de France. A peu de distance de l’Arc de Murie-Thérèse , et dans la même rue , s'élève une coloanc trionqibale , érigée en mémoire de

Ü'INSPRUCK

la guerrode 1705. La cooipositioii docctto colonne résnnie asM>z bien les mobiles de la valeur tyrolienne. Elle est à la lbi« guerrière et mystique ; à sa base on voit un suint MicJiel armé, entouré d'évvtqups, lu mitre en tête. Son fût est décoré de statuettes d'anges , et à sou sommet s'élève une statue de la Vierge couronnée d'étoiles.

L'Uôtel-de-Ville, si fameux par son tx>it d'or,Vélèvoà l'autre bout de la grand'rue et fait face é l'Arc de Marie-Thérèse. Ce toit d'or, aujoui^ d'Iini fort détloré, ne vaut gut>re le bauit qu'il a fait. Loin de recouvrir l'HAtel-de-Ville , comine on pourrait le croire, il ne revêt qu'un petit balcon jeté en avant sur la rue , au-Kles$us de la |>orte princi|>ale. Néus avons vu dans l’Iiistoire decetlc ville que ce toit avait été élevé par l'archiduc Frédéric; voici ce que la tradition rapporte à ce sujet. Pendant une sédition, ce prince avait été obligé de se carlier; mais ne voulant pas quitter le pays,- il s'étuit engagé au service d'un meunier du voisinage. Après les troubles le prince reparut; ses ennemis, sachant qu'il s’était radié chez un mcmiier et croyant que b misère l'y avait forcé „ lui donnèrent le nom de Frédéric à la bouru i'ide, — Bourse vide! s'écria le prince, les mauauts! Je saurai bien leur prouver que je l'ai pleine, et il fit revêtir d'écailles d'or l'avant-loit de ril6(el-dc-Ville; folie qui lui coûta, dit-on , deux cent mille éeus. Je ne sais si ce toit a jamais été d'or., mais aujourd'hui il est simplement doré, comme il est facile de s'eu couvain- ; cre par la sim|de inspection des lames qui sont oit fonte couverte d'une couche d’or fort mince et fort terne ; et , certes , si ce toit eût été d’or et que elucune de scs petites écailles eût valu trois mille florins, comme nous le racontent vingt voyageurs qui se copient, à l'heure qu'il est, il n'en resterait pas une sur place! •

Le palais de la Résidence s'élève dons lé voisinage de rilûtel-de-VilIc. 'Ce palais ub rien de remarquable ni à l’intérieur ni à l'extérieur. Les deux maigres tourelles placées aux deux bouts du’ bâtiment principal,, eti guise d'ailes, ne sont guère en proportion avec un si grand corps de ■ logis. Quand je passai à Inspruch , il y a quelques années , cet édifice ‘ 'venait iTétre reyieiut du haut en bas ; et , avec ses murailles jaune-clair et ses jolis volets verts, ilavait tout-à-fait l'air d’une magnifique auberge bien propre. ’ • , i v

Ou voit devant ce palais une statue équestre de Léopold, qui n'a i|u'uii seul mérité, celui d'être l’ouvrage d'un Urtisle du ]>ays., du sculpteur

' 1S3 . ; V DESCRIPTION . . . . • '

Hhrinlicrt, qui l'adKvnen 1707. Non loin 4u toit d'or,- cl près dupalai» de la résideure, se trouvent les bMimenls de l'Université fondée par Léopold en 1777, etqni, dans la suite, sous le nom de Ctttarta Leopàldina, acquit une sorte de célébrité; mais l'édaration n'y fui jamais que ce ; qu'elle peut être dans un pays de rAlleinn"ne catholique; elle tomba dans les mains des moines , qui ne conservèrent de professeurs séculiers que pour la méd^ue et le droit civil. Les prêtres ensatgnaient'Uiul le reste, depuis I'a b c jusqu'aux uuthémaliqnes transcendaples. L'épide du latin était la seidc <|ui ne fût pas négligée. Du resta , nulle teinture de philo-. sOphie ou de critique; et, si la géométrieet la mécanique étaieat exoeptées de la proliihition qui frappait les autres sciences, elles le devaient sans doute QU goût prononcé du -peuple de cé pays pour tout oe qui est calcul «U mécanisme> Tout Tyrolien, en effet est mécanicien , et il ^ n'y a |mi 8 dépaysai) qui B’iiiveute sa machine appropriée aux besoins de sa petite exploitation ; moulure des (p^nS , fabrication des huiles , arrosement d<s prairies, rcmoulage d'outils , etc., etc. Quelques-uns ont inénje poussé oc genre d'industrie jusqu'aux plus singulières reeberclies. Rohrer nous raconte, par exemple, qu'entrant uo jour dans la cabane d'un montagnard , il y trouva mi enfant à la mamelle, couché dans un berceau qüi se balançait tout seul. Étonné ^ le voyageur s'approcha , et vit que ce lieireau était altacbé à une corde; cette corde traversait un des inurs de la maison , et étaii lixéc en dehors à une pièce de bois , à laquelle une ivinè,. -niiseen mouvement par un filet d'eau détaclié du ' larretit voisin , impriniail ce balancement uniforme qu'elle communiquait au berceau. , ... ' '

'' : 'Outre un bon nombre de livres rares : histoires nationales , chronique» allemaiidés, collection complète des Aides, gravures' sur bois d'Albert.,

‘ Ouicr et autres „ cl d’objets d ai't curieux ,■* parmi lesquels on distingue , le ^epU\uc et l’Amphitrilc de Beiivennto Celliiii , les bâtiments de l'Ulibjf' versile reiifccmont encore une foule de mi’enniqiies iiigéaie,ns<s'; moutins à'batlre, à b-aclier, à scier, é polir,'.^ vanner; fourneaux, pompes.^; laminoirs, maeliiiics bydriuili<|ues.cle..,^ctc., toutes de i invention des,.

, habitants du'pav'a. cidignemeiil pincées pi-és des globes célestes, et «le In " graiiderarUMlu Tyrol ilu pâtre Pierre, Anieb. • V . ' .•c-.-» ^

Pierre Anidi éliiit un de. ces lioinmcs mei'vcilloiiscmciil doues, chez qui I instinct dcila science lietfreiiseméni dl•velopfH■ , protluil d'élonnanLS j

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D'INSPKICK.

résultats. Mois, jusqu'à trente ans, obligé <le garder les moutons, et ne travaillant que le dimanche, le pfttre d'Oberberfull ne put eultiver s<*s rares dispositions. « Av(H' un peu d'ni.saiiee, eet homme eût brillé dans » la science à l’égal des Newton, » se plaisait à répéter le savant Zallinger, chef de la bibliothèque et deseolleetions de rL’niversitéd'Iuspruck, qui avait entre les mains les divers ouvrages d'.Vnich. Et en effet, seul, et l■<‘eevnnt à peine trente sols par jour , il e.vécuta la grande carte du ’l’yrol, connue sous le nom de carte du paysan. En France, un pareil travail emploierait dix ingénieurs gésagraphes, etcoûterait oÜ0,000 francs.

Après .sa carte il acheva les globes célestes dont nous venons de jMirler ; mais ce double travail avait épuisé ses faibles ressources et ruiné sa santé; obligé, pour vivre, de vendre, un à un, ses in.strunients que lui-méinc avait fabriques, il mourut, à (|uarante - trois ans, de chagrin, de fatigue, et, il faut le dire, de faim! Quand il fut mort, on pensa à son mérite et aux récompenses qui lui étaient dues. Marieïhérese lui fil faire de magnifiques obsèques, et l’on dépensa , en vaines pompes, trois fois la somme qu’il eût fallu au pauvre pâtre [jour se placer au nombre des génies du premier ordre.

Les vieux historiens, en nous dé'crivant la ville des Alpes , lieu de plaisance et rendez-vous des cm|)creurs en temps de paix, et, en temps de guerre, leur station la plus avancée du côté de l’Italie, n'ont pas oublié de nous décrire les arsenaux que ces princes y avaient établis. • L’ile de Mülbaeh , nous di.sent-ils, renfermait leurs principaux dé[iôts d'armes; t

on y vovait (vers 1570) des machines de guerre singulières et des canons d'une grandeur extraordinaire et d’un poids énorme, sans doute ceux qu’avait perfectionnés Maximilien. On y fabriquait aussi des casques, des cuirasses et des boucliers, n Car , dans ce seizième siècle , tout marchait encore de front ; les vieilles et les nouvelles armes, comme les vieilles et les nouvelles idées : le catholicisme et la réforme , les bouchers et les canons.

De nos jours , l’arsenal renferme encore un grand nombre d'armes curieuses : des arcs , des javslots , des fusils , des carabines tyroliennes , à mèche ou à rouet, avec ou sans incrustations; maiscommeces collections ressemblent à toutes celles du même genre , nous n’essaierons pas de les décrire : nous aimons mieux raconter ici le touchant et noble épisode de la guerre de f b05, que leur vue nous rappelle.

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DESCRIPTION

C’élail au début de la glorieuse campagne d'Austerlitz. Taudis que la grande armée française marchait sur Vienne, Ney avait été détaché sur le Tyrol ; scs soldats , par un coup de main audacieux , s'étaient emparés de l'imprenable fort de Schnuitz, la porte du pays. Les Autrichiens, chassés de ce poste , avaient voulu se retirer sur Inspruck ; mais un brave ofGcier français, le capitaine Geiievay, avait désarmé et fait prisonnier leur chef; quinze cents soldats avaient mis bas les armes, et, ce jour-là (7 novembre HBOo) , Inspruck était tombée au pouvoir des troupes françaises.

Le TG" régiment faisait partie de cette division victorieuse. Le 76'' , dans une précédente campagne , avait perdu deux aigles dans les Grisons. Les vainqueurs campaient dans la ville , et le 76'' aux environs de l'Arsenal. Par un hasard heureux , un des ofGeicrs de ce régiment entre dans l'une des salles de ce bâtiment ; tout-à-coup il se précipite vers l'un des trophées attachés à la muraille, en poussant un cri de joie. A ce cri , les soldats accourent, et bientôt un groupe immense entoure en silence l'officier et le trophée. Ces braves se taisaient , nous dit un des témoins de cette scène sublime; mais de grosses larmes coulaient de leurs yeux, où cependant brillait la joie la plus vive : ils venaient de reconnaitre leurs drapeaux I

Les aigles furent détachées et passèrent dans les rangs des soldats ; tous s'empressaient autourd'elles, tous voulaient les toucher, les presser sur leur cœur, les liaiscr. Ney les remit solennellement au 76", et ces vieux soldats , en les recevant de ses mains , jurèrent cette fois de ne les quitter qu'à la mort.

ÉCUSU D'IMPtlCK.

Ll TMMât DB aàKIWIUU.

SILIBB ttiPPBI.. ~ BISTOIU DB NIUPPIBB nBUUm. BAJirr PLOtiâü.

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La fameuse église des Franciscains est l'église principale d'inspruck. C’est dans l'année 1560 que Ferdinand , petit-fils de Maximilien , fit jeter

D’INSPRÜCK.

les fondements de cet édifice, dans lequel il se proposait d'élever nn tombeau à son aïeul; le voyageur Pighius, qui visitait Inspruck en -1574, parle de l'église et du tombeau comme de monuments déjà achevés.

L'architecture de cette église n’est ni gothique, ni italienne. La façade rappelle seule le temps où elle a été bâtie. Elle est ornée de vingtquatre statues de saints en bronze d'un travail fort grossier. Deux colonnes en marbre rouge décorent sou péristyle; et, dans l'intérieur , deux rangs , de quatre colonnes chacun , soutiennent la nef , et sont réunis, au haut de la voûte, par une architrave élégante. Lorsque je visitai cette église, l'intérieur venait aussi d’étre repeint en entier, a l’exception des colonnes de marbre. Dépouillée de son aspect sombre et religieux, cette église me parut peu digne du monument qu'elle renfermait.

Ce monument , l'un des plus étonnants ouvrages de l’art au seizième siècle , c’est le tombeau de Maximilien h-'. Les cendres du belliqueux et mobile empereur dorment sous le marbre d’un vaste sarcophage qui s’élève fièrement au centre de la nef. Des bas-reliefs en marbre blanc , et des inscriptions en lettres d’or , le décorent sur chaque face ; et la statue du monarque, agenouillée sur le haut du toml>eau, le visage tourné vers l’autel et priant avec ferveur , domine l’ensemble du monument et atteint presque aux voûtes du temple. Cette statue , en bronze , est d'une exécution simple et grande. Quatre autres petites statues , en bronze aussi , et représentant des vertus , sont placées aux angles du sarcophage. C'est entre ces statuettes , et sur chacune des faces du monument , que sont sculptés vingt-quatre sujets eu marbre blanc de Paros : huit sur chacun des grands côtés , et quatre à chacun des bouts. Ces bas-reliefs représentent les actions les plus remarquables de la vie de Maximilien , depuis son mariage avec Marie de Bourgogne, la fille de Charles-le- Téméraire , jusqu’à son entrevue avec les rois de Hongrie et de Pologne, et sa défense de Vérone , lors de sa dernière guerre en Italie. Le sculpteur a rendu avec une naïve précision les différences que l’âge a imprimées sur le visage du prince, que l’on reconnaît toujours. On distingue aussi à leurs armes et à leurs costumes chacun des peuples qu’il eut à combattre : Allemands , Turcs , Français , Italiens.

Autour du mausolée, et parallèlement aux huit colonnes de marbre rouge qui séparent la nef des bas-côté's de l’éf'lise , sont placées les sta-

DESCRIPTIUN

tues des princes autrichiens et des héros de la chrétienté. Ces statues, si fameuses dans toute rAllenia|jnc , sont au noinhre de vingt-quatre, (iotilés en fer, de sept pieds de hauteur chacun, «“s simulacres, noircis par les siècles, sont mcr\eilleusement empreints du caractère barbare et grandiose des temps où vécurent cliacuu des princes dont ils nous olîrent les images.

Arrêtons-nous devant quelqut?s-unes de ces statues.

Ce guerrier, couvert de fer de la tète aux pieds , au casque sans cimier, et à la visière à angle saillant et alGlée comme le bec d’un vautour , c’est Théodorick, le terrible roi dessaoths I Celui-là c’est le Franck Klodwig; il porte la tète haute, et l’on reconnaît à son orgueil le Sicambre qui ne se courba que devant Dieu. Près du roi franck, voilà Arthur d’Angleterre; sa visière est levée, et son port martini contraste singulièrement avw la contenanee embarrassée du bon Sigisnioud , écrasé sous son manteau ducal. .\'üu loin de Sigismond , on voit Ferdinand-le-Catholique , <(ui chassa les Maures de l'Espagne. De ce côté, voilà Rodolphe, ce patriarche de la maison de Habsbourg , entouré de scs descendants , hommes et femmes. Plus loin , ce chevalier tout bardé de fer , qui , la visière baissé)! (car la visière des casques de ces statues peut se lever et s'abaisser à volonté) , SC tient prêt à combattre : c’est All>ert-li'-Sage , dur d’Au triche. C)'tte femme que l’on voit à ses cotés, c'est la fille des Sforec, Marie RIanehe , cette belle Milanaise qui apporta eu dot à Maximilien ces 4i0,0(X) écus d’or si follement dissipés; et près d’elle, et comme [lour contraster par sa laideur avo! la délicatesse des traits do l'Italienne , on reconnaît, à l'ex|)rcssi)m lascive et emportée de ses veux et à la bizarre eonformation de sa boui'he, la hideuse Marguerite A/aK/«tacAc, cette priucess)' cruelle et dissolue qui céda le Tyrol aux archiducs autrichiens. Mais la plus remarquable de ees statues est celle de Godefroy de Bouillon, l'oi de Jérusahmi ; la croix , ce signe de la guerre sainte , est blasomiée sur son manteau, et, au lieu de la couronne royale ou du casque qui couvre la tête des princes scs voisins, il porte la couronne d'épines : « Car, nous dit le chroniqueur, le jour où Godefroy fut proclamé roi 0 dans Jérusalem , il rc|M)ussa la cjiuronne et les ornements royaux , dé- » clarant indigne et sacrilège l'homme qui oserait |>orter une couronne « d’or dans cette même ville où le Christ, ce roi des rois, avait porté, » pour nous sauver, une couronne d’épines. »

Ü’INSPRUCK

Los fortes proportions de ces statues , la |>crfeelioii avec la(|uolle ehaeune d’elles a été travaillisi, la curieuse collection de costumes et d armures antiques qu’elles nous offrent , 1e nom même de ces liérolcpics j>ersonnajjes, leur port plein d’une simplicité qui va quelquefois jusqu’à la rudesse, d’une majesté qui approche de la raideur, et d'une éncr({ie qui touche à l’exagération ; tout concourt à donner à ce monument un intérêt étrange et puissant. Et si , un jour de fête , à la nuit , Vous entrez dans cet édifice, éclairé seulement par la lueur vague des torches que chacune de ces colossales images porte dans ses mains, vous avez peine à retenir un cri d’aihniration et de surprise ; l’aspect de la muette et hautaine assemblée qui fait cercle autoui' de ce toml>eau |)énètre votre àme d’une pieuse terreur, et l’imagination frap- |)ée se reporte d’un seul coup dans ces temps de laissions gigantesques, de guerres incessantes et d’ambition démesurée , où vécurent ces femmes si résignées aujourd'hui , ces clKAaliers si calmes et ces monarques découronnés.

Mais suivons ces degrés de marbre qui conduisent de l'église des Franciscains dans une chapelle voisine, Silber Kappel, et d’un tombeau passons à un autre.

Oui, ce quinziéme et ce seizième siècles furent des é|voques de fortes et vivre passions I Ecoutez plutôt une histoire du temps. Un riche patricien d’AusIiourg, Welscrine, avait une fille d’une rare licauté. Le jeune comte de Tvrol, Ferdinand d’Autriche, petit-fils de Maximilien, dans un de.s séjours delà cour impériale à .Ausbourg, aperçut la iliarmante A\ elserine et en devint passionnément amoureux. Prières, messages, séductions, le comte n’épargna rien |>our toucher le cœur de la jeune fille; aussi Philippine ne tarda-t-elle pas à l’aimer. Mais sou àme était aussi honnête que sou coeur était tendre; si elle aimait Ferdinand, elle l’aimait vertueusement ; et , pour rien au monde , elle n’eût consenti à faire le sacrifice de son honneur à la passion de son amant. rSc sachant comment flédiir sa maîtresse, le jeune comte se désespérait. Enfin , un jour qu’il était éperdu d’amour, il alla trouver la fière VVelserine. — ïu m’aimes , tu me l’as avoué ; eh bien , suis-moi à l’autel , je veux le faire archiduchesse I lui dit-il avec transport. Philippine l’écouta en rougissant. — y songez-vous, mon maître? lui dit-elle, la pauvre Welscrine épouser un comte impérial I que dirait la maison de Ilabsbourg? — Je te

DESCHIPTION

conduirai dans mon palais d’Inspnick ; la maison de Habsbourg nous oubliera, nous pardonnera. — Philippine ne répondit plus; elle baissa tristement la tête et suivit Ferdinand à l'autel. Elle aimait le prince; et ce|)ciidant, tandis que le prêtre prononçait leur union, elle pleurait! Elle pleurait, l’infortunée I car elle savait que les souverains de la maison de Habsbourg n'oubliaient jamais et ne pardonnaient pas! Mais elle se disait dans son cœur : Si j'ai pu lui refuser mon honneur , je puis du moins lui donner ma vie.

Et clic lui donna sa vie! Un jour, il vint un ordre de la cour de Vienne. Ferdinand avait été chasser le chamois dans les montagnes du voisinage. Welserine se flt porter dans un bain ; l'opium déjà l’avait privée de l’usage de ses sens; là elle s’endormit du sommeil éternel. Ce tombeau que vous voyez dans cette cha|)elle dépouillée par les dernières révolutions , et naguère encore toute resplendissante de pierreries et de diamants, dans cette chapelle, que l'on ne connaissait dans tout le Tyrol que sous le nom de Sitber Kappel (chapelle d'argent), c’est le tomheau de Philippine Welserine. Cette chapelle, c’est Ferdinand qui l'a fuit bâtir. Ce tombeau, une modeste inscription nous apprend que le malheureux comte de ïyrol l’avait fait élever à ta tr'et-chère Philippine. Si l’orgueil ombrageux des princes autrichiens lui a défendu de graver sur cette tomhe le nom de celle qui fut sa femme , ce nom de Wrberine qui causa sa mort, Ferdinand a voulu du moins que l'on y lût combien elle lui avait été chère; tna iret-chère Philippine, dit la na'ive inscription.

Près du monument do Welserine s’élève un autre tombeau sur lequel on voit un chevalier armé ; son visage est beau et triste , et la douleur a courbé son front soucieux. C'est le tombeau de Ferdinand. Agenouillé auprès des restes de celle qu'il aima, il semble penser à la fatale catastrophe que son amour a causée.

Après l’église des Franciscains, ce monument tout rempli d'uii sombre passé , parlerons-nous de la jolie église des Jésuites et de celle de Saint- Jean de Népomucène? Toutes deux sont ornées de tableaux qui donnent une idée assez originale du goût des amateurs et du talent des artistes tyroliens. Les tableaux de Schœpf et de Knoller, que l’on voit en grand nombre dans d’autres églises , ne sont guère propres à mo<lifier notre opinion, que ne feront pas changer non plus ces laides et repoussantes

Ü’I.NSPKUCK.

iiiiagesde Christs tout saignants plantés dans les carrefours d'Inspruck, ni oes plates et colossales ligures de la Vierge et de saint l'Iurian, qui couvrent les façades do plusieurs maisons. Saint Florian, comme un sait, est le patron des incendiés; il prévient, arrête ou détourne le feu. Une ville construite en liois en partie et brûlée à diverses reprises doit avoir un pareil saint en grande vénération ; mais comme son image n'a cependant jamais empêché de brûler la maison qu'elle revêtait, l'ex|)érieuce eût sans doute éclairé le peuple , si l'oxpérience pouvait quelque chose contre lu superstition. Toujours est-il qu’aujourd'hui comme en 1400, comme en 1500, saint Florian tient lieu aux bons Tyroliens d'assurance contre l'incendie. Son image remplace sur leurs maisons la plaque du Phénix, et si l'assurance est moins cfGcacc , elle est certes moins dispendieuse.

.4près avoir décrit les principaux édifices et les églises d'Inspruck, il ne nous reste plus à parler que de la maison de plaisance d'Amras (ou Ombras) située à une dcmt-lieue de in ville. Amras a toujours été une des plus agréables vUla des princes autrichiens. Construit dans le quinzième siècle , son château a été souvent réparé. Les chroniqueurs nous font aussi les plus magnifiques descriptions de ce palais; nous vantant ses jardins ornés de bocages , de labyrinthes , de grottes , oû coulent des cascades et des rivières entières remplies des poissons les plus recherché$(noèi7iui»). Ils célèbrent encore l'élégance de sa construction , la distribution commode de ses appartements, la magnificence des tentures et des tableaux qui les décorent. L'arsenal , qui contient assez d'armes pour équiper une armée, excite par-dessus tout leur admiration. Voilà bien des merveilles. Mais an seizième siècle nos écrivains allemands étaient assez complaisants dans leurs louanges, et aimaient fort à crier au prinlige, ne fût-ce que pour arrondir leurs périodes latines. Convenons toutefois que les jardins anglais qui entourent le château sont des plus beaux que l'on puisse voir, et d'autant plus beaux, que la riche vallée oû l'Inii se déploie dans toute sa pompe , les magnifiques chutes de la Sill , et les Alpes voisines semblent eu faire partie; deux ou trois kiosques de mauvais goût ne peuvent même l^ter ce paysage plein de grandeur ; si de nos jours l'extérieur du palais est fort délabré, si ses collections sont en désordre, il n'en a pas toujours été ainsi, et Misson, qiti les visita au <ximmencement du dernier siècle, nous eu a laissé une pompeuse description. Eu 1830, elles étaient bien réduites. Les meilleurs tableaux avaient pris la route de Vienne, et

DESCRIPTION'

lei)

une foule d aulres objels précieux les aviiicnt suivis. Cependant on y trouve encore plusieurs portraits des arcliiducs et des comtes tyroliens. Ces portraits , («cciités du vivant de chacun de ces princes , sotit de curieux inonumenkt historiques, et présentent une suite de riches costumes. On y voit aussi heaucoup d’armes rares, et une colle<'tiou d'armures et de sellt>sdc souverains à partir, je crois, des rois mayes. El puis les riches armoin's de la grande salle renferment toujours une ipiantité considérahie de nnslailles, de porcelaines de Saxe, faïenee de Limoges, et toutes sortes de curieux ouvraj'es de ciselure et de tour; mais les médailles les plus rares, les vases d'or, ou en pierres prétûeuses montées en or, cl les plus riches armures, ont été envoyés à Vienne, où ils ne sont pas un des moindres ornements du ehiU(>au gothiawnodernc de La.xemhour{', ce muséum unique pour les faiseurs de moyen-il(;e ^

Comme dislommajjemenl de ces |>crtes , on vous montrera une corne de Iweuf de six pouces de diamètre; un veau qui a huit jambes, et un morceau de la corde avec laquelle Judas se pendit; et, après la corne, le vt«iu et le bout de corde, on vous fera rertainement voir les ossements d un i;éant, dont on vous racontera l'histoire assez ridicule.

Ce pauvre homme, qui n'avait que dix pieds de haut, portait, le plus aisément du monde, un Ixeuf d’une main et de l'autre une vache ; aussi, dans des temps où la force physique était honorée avant tout, était-il en [[rand honneur dans le Tyrol. L’archiduc Ferdinand l'avait fait venir auprès de lui; et, à la cour d’un prince qui lui-méme, jiar forme de délassement, s’amusait à arrêter un carrosse attelé de six chevaux, lancés de toute leur vitesse, en le saisissant par un des rayons de la roue, ou à briser comme une paille deux éeus joints ensemble, notre homme de dix pieds était vraiment un personnage eonsidérable. Malheureusement, le bon géant avait pour rival un nain odieux, misè’mble créature de moins de trois pieds de haut, que le colosse écrasait de sa su|>ériorité physique, mais qui se vengeait avec son esprit en faisant à son compagnon toutes sortes de niches alHiminables. L'inimitié entre ces extrêmes était des plus grandes. Un jour, le nain ayant joué je ne sais quel mauvais tour au géant, celui-ci perdit patience, et lui donna sur les reins une chiquenaude qui faillit l’assommer. I>a correction avait été appliqme en présence de toute la cour ; aussi l'amour-propre du petit personnage fut-il horriblement choqué. Cependant, comme il était aussi rusé que colère, il dissi-

D'INSPnrCK.

mula son resseiitiineiit , s'afjenouilla devant le géant, oomnie |>our implorer son pardon , et, tandis que d’un air de supériorité satisfaite celui-ci se redressait de ses dix pieds, le nain dénoua lestement le cordon de l'un de ses souliers. A cette vue, le géant hausse les épauU>$ de pitié : une si misérable vengeance ne peut que décrediter son rival. Mais comme il se baisse, tout confiant, pour renouer le cordon défait, le nain s'élance vers lui, et, réunissant toutes ses forces dans son petit bras, il applique un grand soufflet sur l'énorme face du géant.

L'archiduc et toute sa cour partirent d'un long éclat de rire. Le géant, tout honteux, se relève, cherche le nain pour l’écraser; mais celui-ci avait prudemment disparu. Le colosse, en roulant ses |p-os yeux pour découvrir son ennemi , ne rencontre de tous les cotés que les visages des courtisans qui riè|it aux éclats. Le malheureux balbutie quelques mots, se déconcerte, des pleurs de rage coulent do ses yeux, et il se relire le coeur plein d’une honte inexprimable.

Huit jours après le géant était mort; le soufflet du nain l'avait tué.

Amras rappelle une autre anecdote d’un genre plus sérieux. Du haut de scs toits , d'où la vue s’étend avec ravissement sur insprnek et tout ‘ ' rinn-Thal, le fameux Walstein, ii'étaut encore que page de la margrave de Burgau, sc laissa tomber sur le pavé de la cour, et, par une sorte de miracle, se releva sans birasure. Cette circonstance décida du reste de sa vie; elle contribua à donner h son caractère cette mysticité hasardeuse qui le distingua dans la suite. Il devint à la fois superstitieux et entreprenant ù l'excès ; et pensa que , puisque sa vie avait été aussi miraculeusement préservée , sans oloute elle était réservée h l’accomplissement de quelque grand dessein. Il sc crut l'homme du destin , et tenta de s’élever si haut que, le pied lui manquant, cette fois sa chute fut mortelle.

005SIDÉIATIOM ftri LU HOtrU DB TTlOLim D’HimCCI-

HinuricTt'Bcs rr ooaaiftci Dt cvm vux«.

LU liDtAUI DI

montie/ je vais à iMpruck! telle était, en Allemagne la phrase à la mode vers 1760, quand il s'agissait de se rendre dans la capitale du

DKSCRIPTION

Tyrol. Un peiil-iuaiti'e de Vienne, on un négociant de Francfort se regardaient comme perdus dans cette ville de montagnes . Et cependant , » me disait naguère un Tyrolien, « dans le siècle dernier, comme de nos > jours , Inspruck offrait autant de ressources qu'aucune autre ville se- » coudaired'Allemagnoj et si l'on n'y trouvait ni le mouvement de France » fort, ni le luxe de Vienne, on y prisait également le bien-être; et la » société , assez nombreuse , n'y manquait pas d'agrément. »

L’aimable Tyrolien disait-il vrai? je l'ignore; mais je dois avouer que la manière d'être et de vivre de scs compatriotes m’a paru fort primitive. Les habitudes extérieures ou les manières sont certainemënt plus libres, plus décidées que dans les pays allemands limitrophes , et cela tient au voisinage de l'Italie. Quant aux mœurs, elles diffèrent moins; l'intlnence italienne s'y fait peu sentir. Inspruck est une ville allemande, non pas raisonneuse et discutante comme Munich ou Stultgard, mais calme, mais sobre de paroles comme Prague, comme Vienne. Le pays dont elle est la capitale a cependant une cotuliltUion démocratique, mais l'attachement à l'Autriche, qui s'est montrée reconnaissante envers ceux qui s'étaient montrés dévoués, n'est pas sans puissance. Les discussions sont modérées comme les passions du peuple. Aussi , d’ordinaire , les États tyroliens procèdent-ils plutôt par voie de remotUrattee , que par voie d’injonction ou de refus. Une constitution ne parait bonne ici que sous certains rapports matériels; sous ceux par exemple de donner le moins d'argent possible, et d'en donner le moins souvent |iossible ; aussi Vienne, qui connait le faible des Tyroliens , a-t-elle soin de leur en demander peu et rarement. Quant aux autres droits tant réclamés ailleurs : liberté individuelle, liltertédc la presse, il n’en est pas question ici.

Liberté individuelle : à quoi bon! L’Autriche est habile; elle évite de donner è penser à ces braves montagnards que leur liberté a besoin d'être garantie. Ils en jouissent de fait, et nous l’avouerons aujoui'd’bui , cela vaut autant que d'avoir le droit d'on jouir, écrit et juré, sans en avoir au fond la jouissance. Quant à la lilwrlé de la presse , ce droit d’écrire et de dire aux autres ce que l’on pense , ces bonnes gens s’en soucient |)eu. Dans leurs montagnes ont-ils tant de choses è dire ou à écrire au public? S’ils veulent savoir ce qui se passe dans le monde , l'Obiervateur atUriekicn arrive régulièrement à Inspruck, voilà pour les nouvelles. Quant aux autres livres, s’il leur faut du nouveau , lea presses

D iNsrui'ck.

de Vienne el d'Âusbourg y pourvoiront, et tous les printemps ou leur expédiera quel(|ues ballots d'excellmU ouvraget approuvés par la censure autrichienne, tels que le Pùtolet chrétien, tes Cabrioles du diable, ou les bretelles chrétiennes pour attacher ensemble l'âme et le corps!

Voilà pour l'immense majorité. Ajoutons maintenant que ixTtaine euntagion du <lehors a déjà gagné la classe commerçante , qui est plus mobile et plus changeante j de là, elle envahit peu à peu la partie la plus aisée de la classe moyenne. Mais le cercle de ces esprits avancés est bien restreint; et, pour une vingtaine de personnes qui vivront un mois sur un livre ou un journal qu'un voyageur aura laissé en passant , ou eu trouvera mille (jui n'uuvrirunt ni le livre ni le journal. Ces mille forment ce qu’on ap|ielle le peuple, dans les villes, les paysans, dans la campagne.

, Au nombre des causes de cette inertie morale , on doit placer en première ligne l’inlluence du prêtre. Aussi à Inspruck, commedaus le reste du Xyrol , la superstition est-elle extrême. Ici ou appelle esprit-fort celui qui ne croit ni aux sorciers, ni aux fantômes, ni aux apparitions de la Vierge et <lu Diable. Du reste, notre esprit-fort ira le dimanche à la messe et auv vôpn», communiera tous les mois, et croira volontiers aux miracles -, pour peu qu’ils datent d'un demi-siècle. Ces idées superstitieuses seraient nuisibles à un peuple moins occupé. Mais ici , l'agriculture et l'industrie s'emparent d'un surcroît d'activité d'esprit qui l>ourrait être plus mal eniployé. Les mines , les salines et les usines couvrent le pays. Saus être une ville industrielle , Inspruck elle-même , a plusieurs manufactures florissantes. On y tisse une bonne partie des colonnades, des soieries et des petits rubans d'indienne a la mode dans le pays ; on y travaille aussi la peau. Les bretelles et les gants d'Inspruck sont renommés dans toute l’Allemaipie.

Inspruck, néanmoins, est plutôt une ville de transit , qu'une ville manufacturière. C'est un premier entrepôt entre la Bavière et l’Italie ; et .sur la route du Brenner, le roulage est fort actif. Mais la branche d’industrie la plus considérable, c’est le commerce des bois.

Voye»-vous ces radeaux amarrés eu avant ds pont d’Inspruck ? C’est à la fois le moyen de transport et l’objet transporté ; o’est la fortune d’une famille de montagnards , qui , un jour , ont quitté le coin retiré où jusqu’alors ils avaient vécu , emportant avec eux tout ce qu’ils pos-

DESCRIPTION

sédaieiit au tnmiHe : leur coin de forêt , dont ils ont fait un radeau , quelques meubles grossiers , et beaucoup d'espérances ! Le nombre des personnes de la famille et l'étendue du patrimoine écbanfjé contre la valeur que représente le radeau, ont déterminé sa lyrandeur. C'est un assemblagre d'énormes sapins sur lesquels on a jeté un plancher. Armés d'une loiifpie rame plate, et postés l'un à l'avant, l'autre à l'arriére de la longue embarcation , deux des passagers In dirigent.

Emporté par le rapide eourant du fleuve, tantôt l’équipage rustique traverse (pielque grand village de la vallée, qui, nu passage, salue les voyageurs de ses chants et de longs cris; cris de joie et de tristesse! eris d'accueil etd'qdieu tout ensemhlel Tantôt il s'aventure entre de solitaires montagnes , longeant de noirs rochers dont le pied se perd dans les eaux du fleuve et la tète monstrueuse dans les nues. Le sifflement du vent dans les bois de sapins, le murmure des flots, et les cris jMîrçants de l aigle, sont les seuls bruits qui arrivent à l'oreille des voyageurs. Tout estsolitude autour d'eux ; seulement, de temps à autre, np|>araft, sur la cime d’un roc, un chamois ou un bouquetin, qui, de là-haut, regarde un moment, avec une curiosité sauvage, ce qui se passe dans Tabiinc , et (|ui , tout-à-coup, fuit uu bond et disparait.

Mais cest lorsque l'on apprwhe de la ville, et que, de distance en distance, on commence à apercevoir dans lu vallée ces riantes maisons blanches, avec leurs jolis balcons de noyer et leurs fenêtres vertes, qu'il se fuit un grand mouvement à bord du radeau. Les uns revêtent leur plus beau costume de montagnard : la veste de velours brun ou noir, le chapeau vert, la ceinture rouge ornée de plaques de meUd, la culotte hieue, les bas blancs, les bottines noires et les bretelles vertes; car ceux-là ont la coquetterie de la jeunesse, et veulent paraître dans la ville dans toute la pompe de leur vallée natale. Les autres, plus âgés, qui ont déjà fait le voyage, racontent aux novices ce qu'ils verront tout-àl'iieure , et leur donnent de longues instructions sur la conduite qiTils doivent tenir dans celte circonstance, la plus importante de leur vie. Les mères arrangent , avec une touchante anxiété , la parure de leurs filles, relevant les broderies de leurs collerettes, enflant le plus |M>ssiblc leur lounure, déjà merveilleuse; nattant" leui-s cJievcux, les laissant rctomber en longues tresses jusqu'à terre, et pla^'unl sur leur tête, avec une recherche comique, l’énorme bonnet d'ours ou le pain de sucre de

D’I.NSPRÜCK.

colon blanc qui leur sert de ooilfure. Durant celte toilette, animée par des rêves de plaisir, par un avant-('oùt de nouveauté et |>ar les espéi-anees ordinaires û son âge , la jeune lillc écoute à j>einc les reroiiimandations de sa mère ; et , de roses qu'elles étaient, ses Joues ardentes deviennent pourprées.

L'ne fois débarqués , ehacun tire de son ci\té ; et les sapins de leurs montagnes, les pièces du radeau, dispersées comme eux et vendues comme bois de charpente ou de chauffage , comme eux s'arrêtent dans la ville ou continuent leur voyage vers des pays plus éloignés : Kufsteiii , Passau, Liniz ou même Viennel

Nousavons vu quelle était la bravoure des Tyroliens insui'gés», et l'opiniâtreté avec laquelle leurs volonlaircs défendaient le sol national : eb bien I ces mêmes lioinmes, si redoutables comme patriotes et comme tirailleurs , hors de leur pays iront jamais fait que de mauvais soldats. De tout temps ils ont montré la plus grande aversion |H>ur les nuineenvres militaires, témoin leur fameuse épigramme sur la lactique, épignimme qui donne une idée assez juste de la manière de raisonner du jieuple ; elle esl en allemand : j’ai tâché d’en rendre In bonhomie railleuse :

^ Vaincre sans la t.iclH|iu: esl liasard on liontietir.

— l>'accord,inais j'aiiiie miens ijuaiiü la guerre néapjielle Sans la tarlicjne Cire vaiminciir Qu’être vaincu... même avec elle !

Le Tyrolien inspruckôis est naturellement gai, sans cepiidant être léger. Dans les camjiagnes, au fond des bois, le long des routes , dans les faubourgs de la ville ou sur les places du village, on entend pendant tout le jour les éclats de rire des hommes mêlés au chant des femmes, surlout jiamii le peuple et les paysans. La classe moyenne est plus allemande, et parmi elle, vous rencontrez souvent de ces physionomies longues et calmes, fumant, avec une sorte do gravité froide et fort comique , dans l’énorme pipe d’écume de mer! Peut-être aussi le chapeau pointu (qui remplace la casquette plate du bourgeois d'Inspruck) , la veste courte et les culottes , contribuent-ils à donner au campagnard un air moins grave . moins rassis et plus éTeillé.

Le Tyrolien pniplf, ou l’analogue de ce que l'on appelle peup/r autre

ÜESCRIPTIÜ.N

|Mrt, a un }>ran(i désir d'aoqoérir ; non pas par cupidité, par amour du liicrr , ruais |iour jouir stir-le-cbamp , pour dépenser. Jeunes ou vieui , l ureineiil jt« les ai trouvés économes. Les 6omei~matnt des guides , à peine ilistriliiiiies, étaient iiicntùt dans la Iroutique du mardiand; l'un achetait un énoniie cheval de carton pour amuser ses enfants; l'autre, une robe [Kiiii sa t'cmnie ; celui-ei , une pi|>e nouvelle ; celui-là , des bretelles , mais sur-le<hanip, sans hésiter , sans délibérer. Ne point aimer l'argent puni' I argent , mais pour les jouissances qu'il procure , est l'un des traits (|ui rapprochuiit ce peuple de l'italien , l'éloignent du Suisse. Ils ne voient dans une pièce de monnaie que telle somme de bien-être, et pi-esa|ue toujours ils préfèrent la jouissance présente à la jouissance future; mais cela sans folie, sans caprice, et faisant, on doit l'avouer, une assez large part à l'ordre.

Le judicieux et savant docteur Edwards trouverait sans doute qu'iei la race Kiinri domine. Hommes et femmes sont d'ordinaire d'une taille hiiin prise. Les femmes sont fortes , souvent jolies , quelquefois fort belles. Leur costume , assez éclatant , varie peu. C'est une espece d'unilorme qui ne diffère que par le bonnet et les parements. Les jeunes femmes qui ont un peu d'aisance portent volontiers une chaîne ou quelques liijoax d’or ou d'argent. Leur gros bonnet d'ours ou de laine, leur jupon lileu ou noir , leur corsage rouge et blanc, leur donnent dans la cam|>agne, lorsqu'une procession défile, l'aspect d'un bataillon degrenadiers. Cependant, à Inspruck , le cône de fourrure qui recouvre la tête des lemmes, et même celle des hommes, est tronqué. Peu d'habitants, au rèste, font usage de cette plaisante coiffure , et beaucoup de femmes n’en f>ort(>nt pas d'autre que celle que la nature leur a donnée. Elles mêlent tonlelois aux tressé de leur chevelure de longues chaînes d'argent , et tontes sortes d'ornements de métal qui pendent quelquefois jusqu'à terre. Qiinnl à l'ensemble du costume , il se compose communément d'un corsage qui présente d’une épaule à l'autre une ligne droite bridée , fort laide . Leur robe forme un nombre de plis incalculable , et leur donnerait assez l’apparence d’un gros sac bien rembourré , n’était leur magnifique tournure, dont les formes rebondies et la prodigieuse dinoensiou défient la nature la moins avare : d’ordinaire leurs jupons arrivent audessous du genou. Trois couleurs dominent dans leurs vêtements, le rouge, le bleu léger, et le noir. Cependant leur corsage et les bretelles qui

Ü’INSrRUCK.

le relienncnl sont ornés ilc nuances aussi variées que le pourrait désirer le coloriste duqoùt le plus capricieux.

Aux environs d'Inspruck , dans les villages et les hameaux, j'ai presque toujours rencontré deux femmes pour un homme; c'est que, tandis que les femmes s'occu|>eut des enfants ou de travaux domestiques, les hommes voyagent. Jamais vous ne trouvez les femmes oisives, même dans leurs courses; en se rendant aux travaux des champs, elles travaillent à une foule de petits ouvrages ; les unes tressent la pille pur des chapeaux; d'autres tricotent des bas, des gants, des bretelles, etc. Elles appliquent au costume cet esprit inventif qui les distingue, aussi bien que leurs maris. Il y a prmi elles d'excellentes brodeuses; et j'ai vu en Italie des mousselines brodées du Tyrol d'une grande valeur.

Quant aux hommes, presque tous sont amis de la vie errante, et vous trouverez bien pu de Tyroliens de quarante ans qui n'aient fait leur grande tournée. Au printemps de chaque année, vingt-cinq à trente mille de ces hommes aventureux m répndent dans lüBurop; les uns comme maçons, menuisiers, mineurs, musiciens, clmrpntiers , etc., etc.; d'autres , comme marchands de draps , de velours , do tapis. Vous les rencontrez dans beaucoup de villes d'Allemagne , et dans tous les pints de grandes réunions, comme les eaux, les foires, les bazars, colprtant les nombreux objets de leur industrie, et d'ordinaire en costume national. Cha(|uc hiver voit rentrer dans ses foyers une prtie de cette émigration industrielle. L’argent que ces voyageurs ont gagné dans leurs courses , leur sert , pndanl cette longue et pénible saison , a faire vivre leur famille toujours fort nombreuse. Ce goût pur les voyages n'est pas chez eux un simple désir de cliangemcut; c'est au contraire une so'rte de confirmation de leurs habitudes rontinières, une espèce d'héritage de mouvement qu'à un certain êgc le père lègue à sou fils, et qui put-être contribue beaucoup à la stabilité des mœurs et au calme intérieur, en ouvrant chaque année une large prte à l'esprit naturellement aventureux et entreprenant de lu jeunesse.

Ou le voit, le peuple, ici, a de hautes et rares qualités. Il est ficheui * cepndant qu'une masse énorme de préjugés gête cet excellent naturel. L'imajpnation du Tyrolien est cerlainement plus vive que celle des autres ppulations allemandes moins rapprochées du midi ; cette imogination le pousse trop souvent à la crédulité et à la suprstitiou la plus extrême,

DKSCIUl’TION

UiS

et le rend quelquefois le jouet du premier eliarinlan venu. Nous l’avons dit tout-à-l'heure, ces lionnes |jens croient fermement aux sorciers, à l’incarnation du diable, aux miracles contemporains, et malheureusement trop de persomet se croient intéressées à les entretenir dans ces ridicules croyances. Les |;ens du peuple vous racontent, et cela de l'air du monde le plus sérieux et le jilus solennel , d’étranges aventures de fantômes et d'apparitions, dont ils ont été les témoins et même les acteurs; ils affirment avoir vu , et cela sans que l'on puis.se mettre en doute leur bonne foi. L’auteur du Speririana ferait fortune ici. Dans beaucoup de villages on m'a montré des |iaysans regardés comme sorciers, et comme tels ex|Misés aux mauvais traitements de la foule. Dieu souvent ces malheureux ne doivent leur salut qu’à l effroi qu’ils inspirent.

Quant aux miracles contempurains le peuple y croit avec le même laisser-aller, et, je puis le dire, y croit qumul même. Toutes les fois en effet qu'une velléité de raison nu un esprit d’o|q)osirutn aux usur|>ations monacales a porté le clergé à lutter contre l'établissement d'idées ultrasuperstitieuses , il a rencontré une invincible résistance dans l’esprit aveugle et prévenu du [icuple. Le fait suivant, qui se passa il y a quelques années dans le village d’.Absam , aux portes d'inspruck , en est la preuve.

On était au coeur de l été, et la plupart des paysans du village s'cm-cupaient des travaux des champs. Tout-à-enup ils virent, à ce qu'ils assurent, un nuage noir se détacher lentement de la montagne , et se diriger sur le village comme s'il eût été poussé par une invisible main. I.à , le nuage s’arrêta , et, s’épaississant peu à peu , il couvrit la vallée d’un dais obscur que déchiraient île fréquents éclairs. Insensiblement ce dais s’aliaissa et toucha aux toits des villages, que des torrents de pluie ne tardèrent pas à inonder. Tous les paysans s’étaient renfermés chez eux. Toutè-coup , à la suite d’un épouvantable coup de tonnerre , un d’eux sort de sa maison en poussant de grands cris, et, montrant aux voisins accourus à sa voix une image de la Vierge attachée au volet de sa fenêtre, il annonce, à qui veut l’entendre, qu’il vient d'être témoin d’un grand miracle. Cette image, assure-t-il , a fendu l’air devant lui , et, portée par un Irait de feu, est venue se fixer comme d’elic-même sur le bois du volet. II l'a vu , il le proclame hautement. Bientôt ses voisins le eroient , et vont môme jusqu'à se persuader qu'ils ont vu cela comme lui. Le bruit du miracle ne tarda pas à se répandre au loin, et attira dans le village et

DINSPRUCK.

tli»

dans la maison du paysan une afliuenoc extraordinaire de pèlerins. Le curé du lieu , eipril-fort, è ce qu'assurent ses paroissiens , averti un des premiers du prodige, avait refusé d’y ajouter foi; et, hochant la tête d'un air d'incré<lulité , il avait ajouté qu'il falliiil voir, qu'il fallait attendre. Ce miracle lui paraissait peu naturel, et il soupçonnait, dans un événement aussi singulier, quelque machination des moines du couvent voisin , machination dont cependant il avait peine à s'expliquer le but.

Le dimanche étant venu, il monta en cliaire, et harangua scs paroissiens, s’efforçant d’éveiller leur défiance, et en appelant à leur Ixm sens et à leur raison. Ses efforts furent vains; scs auditeurs restèrent sourds à ses sages conseils. Les plus obstinés, inU‘rrompant même son discours par leurs murmures, se rendirent sur le théâtre du miracle, détachèrent l'image, et, par bravade, l'apportèrent dans l'é;'lisc, où ils la suspendirent en face de la chaire. Ils firent plus, ils mirent leur crédulité en commun ; et, rédigeant une pompeuse attestation du prodige, que signèrent plus de cinquante témoins, car maintenant tout le monde voulait avoir vu, ils la portèrent à l'évéque, supérieur du curé, se plaignant de l'incrédule obstination de celui-ci. L'évéque les tança vertement; et, donnant raison au prêtre, lui conseilla , pour mettre fin à cette ridicule contestation , de faire examiner par un peintre la miraculeuse image. On Ht venir un peintre d’Inspruck; on lui apporta l’image. Celui-ci, après l'avoir soigneusement regardée, tournée et retournée dans tous les sens, avoua ingénument qu’il ne pourrait en produire une semblable , la peinture faisant corps avec la pâte du verre sur lequel elle était tracée , et le secret de cette peinture étant perdu. Les paysans ne voulurent pas en entendre davantage ; ils ponssèrent de vives acclamations et entourèrent le peintre, le félicitant comme si lui-même eût été l'auteur du miracle. Le curé, toutefois , ne se tint pas pour battu ; et, s’emparant du tableau , il eut recours à une expérience qui eût mieux valu que des raisonnements, si on l'eût laissé achever. II étendit sur le verre de la (>oudre d’émeril, et commença à le frotter fortement. Déjà l’inaltérable image disparaissait; encore quelques minutes, et il ne fût plus resté du miracle qu'un morceau de verre dépoli, quand le peuple, indigné d'une pareille profanation, arracha avec colère l'image des mains du pauvre prêtre, qu'il poursuivit de ses imprécations ; il la porta de nouveau dans l’église d’ Absam , où on la voit encore aujourd’hui. Depuis, ce morceau de verre à demi effacé est devenu

DESCRIPTIO

l'objet d une sorte d'idolâtrie; il suffit, assure-t-on, de le toucher, ayant la foi , pour guérir des maladies les plus invétérées. Le peuple , dans su superstition , va jusqu'à menacer de voies de fait les malades obstinés qui, l’ayant approché , ne veulml poi guérir , et qui sont assez malveillants pour s’en retourner comme ils sont venus, c'est-à-dire aveugles, muets, sourds, boiteux ou bossus. Peu de temps après l’expérience qu’il avait voulu faire, le pauvre curé étant mort dans un fige fort avancé, on ne manqua pas d'attribuer sa mort à un châtiment du Ciel. Aujourd'hui le prêtre qui lui a succédé ne paraît, en aucune façon , dispose à détromper le peuple. Ce serait peine perdue. Et d’ailleurs pourquoi priverait-il ces braves gens d'une croyance à laquelle ils tiennent tant? Pourquoi se priverait-il, lui, de l'Iionnéte revenu qu’il doit à cette croyance, revenu qui lui est aussi agréable que cette croyance est chère au peuple?

La masse des ex-volo suspendus autour de la Vierge d’Absam, est réellement merveilleuse. On y voit représentés , dans de petits tableaux soigneusement encadrés, les divers accidents auxquels ont échappé leurs nombreux donateurs : des naufrages , des incendies , des maladies horribles, des attaques d’ours ou de loups. Les bras, les jambes, les mains, les têtes de ceux qui, grâce à son intercession, ont guéri de blessures à ces membres , y sont représentés en bois , en métal ou en cire. Suspendus aux voûtes du temple, ils produisent l'effet le plus bizarre. Il n’y a pas jusqu’aux chevaux , aux vaches , aux chiens et aux chats qui , grossièrement sculptés en bois , n’aient leur place dans la chapelle de la bienheureuse madone d’Absam , laquelle a bien voulu écouter les prières de leurs maîtres et leur conserver un animal utile ou chéri.

Ce culte grossier que le peuple s’est imposé et a imposé à ses pasteurs , a cependant pris naissancede nos jours; à mon avis, il explique plus que bien des volumes , ces légendes merveilleuses du passé, ces nombreux miracles que nous racontent sérieusement les historiens d'un temps Itarbare peut-être , maisqu’après une promenade à Absam , on n’ose plus accuserd'ignorance ou de crédulité.

D’INSPRUCK

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