‹ Ubu enchaîné précédé de Ubu Roi Alfred Jarry 1900Chapitre 47 sur 73 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

La chambre d’Éleuthôre.

ÉLEUTHÈRE, le corps de PISSEMBOGK

Ëleuthère

Hélas ! au secours ! Mieux vaut sonner pour appeler le couple abject qui s’est. imposé à mon service que demeurer seule avec un mort !

{Elle sonne.)

Personne ne vient. Peut-être n’ont-ils pas eu l’eirronterie de s’installer dans la maison de leur victime. Ignoble Père Ubu ! Son horrible épouse !

{Elle sonne.)

Personne ! Infortuné Pissembock ! Mon oncle ! Mon cher oncle ! Mon oncle Pissembock {

Pissembock ( se mettant sur son séant).

Marquis de Grandair, ma chère enfant !

Eleuthère

Ah!

(Elle s’évanouit.) Pissembock

Bon, c’est elle qui fait la morte, à présent ! Ça change. Ma petite Éleuthère !

Eleuthère

Mon oncle ?

Pissembock

Tiens ! tu n’es plus évanouie ?

Eleuthère

Et vous mon oncle P..., p...ourquoi n'ètesvous plus mort ?

Pissembock

Comment, pppourquoi ?

Eleuthère

Marquis de Grandair. Je commençais à dire Pissembock.

ioogl.

Pi SS EM BOCK

Tu sais m’apaiser. Je n’étais pas mort du tout. Je n’ai fait qu’exagérer ma méthode de t’accompagner partout sans être gênant, d’assister à tout sans autre geste que d’être ton oncle.

Éleuthère

Et ça vous a ramené chez vous, dans le coffre de la voiture. Mais puisque vous n’êtes pas mort, je compte sur votre courage et votre autorité pour mettre à la porte ce Père Ubu et sa digne épouse.

PlSSEMBOCK

A quoi bon ? Je leur ai payé, sans un geste, plusieurs mois de gages. Ce sont de bons serviteurs. Et ils savent se styler eux-mêmes, car le premier soin du Père Ubu a été de lire mes papiers et d’apprendre par cœur : marquis de Grandair, marquis de Grandair! Ce soir, au bal de tes fiançailles avec Monsieur de Granpré, je veux que ce soit le Père Ubu qui annonce les gens.

Eleuthèue

Mais les Ubu n’obéissent pas du tout !

(Elle so7i7ie.)

U BII ENCHAÎNÉ

PlSSEMBOCK

Pourquoi les appelles-tu, puisque ça ne te plaît pas de les voir? Ce sont de bons serviteurs, ma nièce. Et d’ailleurs, si tu tiens à ce que quelqu’un les mette à la porte, le caporal marquis de Granpré, qui a l’habitude de commander à des désobéissants professionnels, s’en chargera bien ce soir. Il est prié à ce bal en uniforme : or l’escouade de ses hommes libres lui est un uniforme à distance hiérarchique.

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