‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 7 sur 80 · AVANT-PROPOS DE L’ÉDITEUR. VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DE L’ÉDITEUR. VII

confinés à leur temps et à leurs passions, ou par des politiques ou des dévots, qui respectaient et consacraient de leur mieux le mensonge convenu, l’histoire fut enfin conçue au dix-huitième comme une science dont l’objet est d’apprendre aux hommes ce qu’ils ont été, ce qu’ils se sont faits, sans hypothèse, sans postulat d’origine; d'opposer au respect des traditions la critique des traditions, et par là de rendre aux esprits et aux cœurs la libre disposition d’eux-mêmes, et aux sociétés leur autonomie, cette fois réfléchie et savante.

Il est de la nature d’une science de supposer et de chercher des lois nécessaires, et il est de la nature des faits, dans les sciences mathématiques et physiques, d’être des faits nécessaires. Une science qui se fonde, et qui n’est lias exemple d’erreurs, tend naturellement à se modeler sur les sciences déjà connues de genre différent ; et comme il y a deux parts dans l’histoire, une pour la critique des événements comme vrais ou probables, une autre pour la recherche de leurs lois de production et d’enchaînement, il ne faut pas s’étonner si l’esprit des historiens qui ont traité cette dernière a été de considérer, non pas seulement la liberté humaine comme astreinte à se mouvoir entre des limites que lui tracent certaines fins que l’humanité ne pourrait s'empêcher d’atteindre tôt ou tard,

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mais encore tous les actes humains comme déterminés par leurs précédents, et tous les événements écrits d'avance dans nous ne savons quels décrets éternels. En apparence, les écrivains du dix-huitième siècle en France, et Condorcet lui-môme, ne furent pas décidément enclins à ce point de vue fataliste : c’est que, préoccupés avant tout de leur lutte contre les traditions d’intolérance, de superstition et de barbarie, obligés de stigmatiser les crimes historiques, ils auraient eu mauvaise grâce à proclamer la nécessité des institutions et des actes dont ils niaient hautement la légitimité morale. Quand il nous arrive de nous indigner contre un grand coupable, et de le condamner en face, allons-nous lui dire, est-ce le moment de penser nous-mêmes qu’après tout il n’a fait que ce qu’il pouvait faire, et que nous voyons en lui un agent rationnellement irréprochable? Mais perçons la surface des livres, laissons la satire du passé, interrogeons les pures doctrines des auteurs, demandons à ceux-ci, à Voltaire tout le premier, ce qu’ils pensent de la liberté morale de l’homme, s’ils y croient : la pratique et la conscience agissante ont répondu oui ; les théories disenteonstamment non. Les philosophies, comme les théologies de tous les temps, à de bien rares exceptions près, quoique importantes, ont penché à l’affirmation d’une nécessité universelle. Le dix-diuitième siècle a fait comme ses devanciers. Autrement, qu’aurait-

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