‹ Uchronie l'utopie dans l'histoireChapitre 8 sur 80 · AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR. IX

il donc laissé à faire au vingtième? Si les hommes avaient cru fermement et dogmatiquement en leur liberté à une époque quelconque, au lieu de s’approcher d’y croire très -lentement et imperceptiblement, par un progrès qui est peut-être l’essence du progrès môme, dès cette époque la face du monde aurait été brusquement changée.

Notre apocryphe se serait donc vu accueillir, au siècle dernier, comme un maladroit qui vient jeter le trouble dans un parti uni, discipliné, résolu à ne point se laisser détourner de son œuvre. Ces mômes hommes qui faisaient la guerre à Paul et à Constantin, alliance avec Celse et Julien, se seraient sentis quelque peu scandalisés à l’apparition d’une histoire imaginaire, destinée à poser comme une vérité philosophique et de conscience, plus haute que l’histoire môme, la réelle possibilité que la suite (les événements, depuis l'empereurNcrva jusqu'à V empereur Charlemagne, eût été radicalement différente de ce qu'elle a été par le fait. Il ne leur convenait pas de pousser si loin l’enquôte; car il fallait, en ce cas, ou abandonner définitivement la conviction acquise de la nécessité morale-, et ils auraient cru perdre terre, aller à la dérive jusque dans une théologie anthropomorphique usant de l’hypothèse ainsi accordée du libre arbitre; ou, appelés de force à voir

CCHRONIE.

les conséquences du déterminisme historique, avouer la légitimité supérieure, à titre de nécessité, des actes mêmes qu’ils entendaient bien condamner, l’utilité des égorgements et des bûchers, la vérité des erreurs et des mensonges. On a justifié tout cela depuis eux, nous le savons, mais le cœur leur en aurait levé.

Quoi qu’il en soit, l’œuvre historique du dernier siècle était de réformer l’iiistoirc des faits réels, et non d’imaginer celle des faits possibles; de critiquer nos origines et non de les feindre changées ; de substituer à la fable reçue d’une église ou d’une monarchie sacrée, la teneur exacte et l’esprit positif des événements dont les hpmmes furent les auteurs ou les victimes; enfin, de ruiner l’autorité des traditions de fanatisme et de superstition ; à cet effet, de professer avant tout un profond respect pour la réalité, un inviolable attachement pour la méthode qui la constate avec rigueur, quelle qu’elle soit.

Cette œuvre s’est continuée jusqu’à notre temps, mais avec des tendances plus fatalistes, quelquefois obscures, souvent avouées, et, par suite, en réagissant contre les jugements portés par nos prédécesseurs. La réaction a été religieuse et philosophique rnousavons profité de quelques erreurs de logique et de métaphysique, bien excusables chez nos pères, pour restaurer à l’encontre de leur mé-

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