‹ ude sur les mammifs du Congo fransChapitre 10 sur 153 · RÉVISION DES COLOBES ROUX · texte numérisé non relu

RÉVISION DES COLOBES ROUX

On peut fixer à sept le nombre des Colobes roux et bruns; ce sont par ordre d'ancienneté :

C. fernigineiis (Shaw) 1800, C. /'i/lir/hiosus (Og.) 1835, C. vents (v. Ben.) 1838, C. Pe?mcmti ÇWat) 1838, C. Kirki (Gr.) 1868, C. rufomitralus (Pet.) 1879, et C. ThoUoni (A. M.-Edw.) 1886.

Vu la couleur brune dominante du pelage, les espèces C. veriis et C. rufomitratus peuvent être distraites de cette liste pour former un groupe spécial, les Colobes bruns. Dans une note publiée récemment (1) j'ai montré, du reste, que par ses caraclères crâniens le C . verus s'éloignait de tous ses congénères et devait constituer sous le nom de Lophocolobus (2), un sous-genre distinct dont le C. rufomitratus présente quelques-unes des particularités.

Restent alors cinq espèces de Colobes roux proprement dits qui se différencient de la façon suivante :

1° COLOBUS FERHUGINEUS. (Sll.)

Bay Monkey. Pennant. Hist. of Quadrup., 1703, 3'^ édit., vol. I, p. 2i3. Simia ferruginea. Shaw. General Zool., t. I, p. 59, 1800. Colobus ferniginosus. E. Geoffroy. Ann. du Muséum, t. XIX, p. 92, n°2. Colobus ferrugineiis. Illiger. Prodromus, 1811. — ferruginosus. Ogilby. Ménageries, p. 267, 1838.

Cette espèce ne nous est connue que par la description de Pennant, relevée sur un spécimen provenant de Sierra-

(1) Bulletin Mus. Hist. nat., n" 3, p. 98, 1895 ; Ann. Se. nat., p. 250,

(2j Ce terme subgénérique doit disparaître pour faire place suivant la loi dû priorité à celui de Prûcololus.

Leone, reproduite textuellement par Shaw et d'autres auteurs, et que je ne puis que transcrire ici :

« Singe avec une couronne noire; dos de teinte bai sombre; face externe des membres noire; joues, parties inférieures du corps et des membres d'un bai 1res clair; queue très longue, grêle et noire. »

Bien des Colobes roux ont été rapportés à tort à celte espèce, car aucun d'eux, que je sache, ne présente une livrée qui corresponde exactement à la description de Pennant, description à laquelle on est tenu de s'en rapporter scrupuleusement, faute d'autres termes de comparaison (1). Sur ce point on ne peut donc aujourd'hui que répéter ce que Waterhouse (2) écrivait en 1838, à savoir que l'on doit laisser cette espèce telle, tant qu'on n'aura pas trouvé un animal qui s'y rapporte rigoureusement.

2° COLOBUS FULIGINOSUS. (Og.)

Cette dénomination doit être étendue, à mon avis, à deux types qu'Ogilby avait cru devoir distinguer spécifiquement, mais qui ne sont en réalité que deux variétés, l'une plus claire, l'autre plus foncée d'une seule et même espèce.

a. C. FULiGixosus, var. rufo-fuligixus. (Og.)

Colobus Temmincki. Kuhl. Beitr. z. Zool., p. 17, 1820.

— fuUginosus. Ogilby. Proc. Zool. Soc. London, p. 9~, 1835.

— rufo-fidiginm. Ogilby. Ménageries, p. 270, 1838.

— fuUginosus. Temminck. Esq. zool. côte Guinée, p. 24, 18o3.

Dessus de la tête, du corps et de la racine de la queue ■d'une teinte brun noirâtre enfumé qui descend sur la partie supérieure des flancs et la face externe des cuisses et des bras. Le reste de la queue, des flancs et de la face externe des

(1) Le type du Bay Monkey de Pennant faisait partie de la collection de Sir Ashton Lever, et avait été détruit depuis longtemps déjà à l'époque oîi Ogilby publia ses Ménageries, p. 256, 1838.

(2)« I think we liad better let the Bay Monkey stand until we can find an animal agreeing with Pennant's description. » f Waterhouse, Pr. Zool. Soc. Lond., p. 58, 1838.)

164 E. DC PODfSARCiUEii.

membres jusqu'aux exlrémités, devant des épaules et favoris rouge brique. La ligne de démarcation entre le brun enfumé et le roux est des plus neltes. Sur la nuque, ou l'occiput, le brun se trouve assez fortement mêlé de roux ou de roux grisâtre, et cette teinte descend parfois jusqu'au-dessus des épaules (ti. Toutes les parties inférieures sont d'un blanc jaunâtre sale.

C'est à cette variété qu'il faut rapporter le C . Temmhicki (Kuhl), et même, suivant la loi de priorité, cette dernière dénomination devrait être employée de préférence, s'il n'y avait des raisons sérieuses pour la rejeter.

L'emploi de ce nom spécifique, en effet, renverrait nécessairement à la description de Kuhl; or celte description ne peut que donner une fausse idée des feintes qui caractérisent le type du C . Temmincki et la variété qui nous occupe. Telle est l'opinion d'Ogilby, qui après avoir vu le spécimen de Ivubl écrivait : «... an error in the descriptmi of Kuhl^ wlto says thaï the upper and ouler parts are hlack^ whereas they are reaUij bine. »

Ces raisons paraissent avoir été acceptées, au moins tacitement, par Temminck, qui, quinze ans plus tard dans ses Esquisses zoologiques, ado|)ta le nom spécifique de jïilïginosiis^ à l'exclusion de celui proposé par Kuhl. C'est d'ailleurs pour obvier aux inconvénients de ces synonymies trompeuses, qu'Ogilby avait repris sa première description et substitué aux deux noms Temmincki et fidiginosus en litige, l'épithète très judicieusement composée rufo-fulifiinus. Celle-ci, de même que celle de rufo-niger qi\\ s'applique à la forme suivante, méritent d'être conservées à titre subspécifique, car elles indiquent très clairement les particularités qui distinguent les deux variétés et comme l'écrivait Ogilby, valent à elles seules toute une description.

La variété rufo-fidiginus esi, paraît-il, assez commune sur

(1) Chez l'individu monté de C. Temmincki, du British Muséum, cette teinte rousse se mélange au gris depuis l'occiput jusqu'au-dessus des épaules. (M. A. Milne-Edwards, Notes inédites.)

les rives delà Gambie et s'étend probablement jusqu'à Sierra- Leone.

b. C. FULIGINOSUS, var. RUFO-NIGER (Og.)

Colobiis rufo-mger. Ogilby. Ménageries, p. 213, 1838. — ferruyineiis . Sclater. Proc. Zool. Soc. London, p. o90, pi. XLVIII,

Dessus delà tète et du corps, partie supérieure des flancs, face externe des cuisses et des bras d'un noir profond (1). Queue noire ou d'un roux sombre fortement lavé de noir, et presque exclusivement de cette dernière teinte vers son extrémité. Sur tout le reste du corps, les poils sont uniformément colorés en roux marron intense. Celte variété présente les mêmes proportions que la précédente ; la distribution des teintes est, sauf pour la queue, l'exacte reproduction de ce que nous a montré la variété rufo-fidifjhms ; seule leur intensité diffère notablement: le brun fuligineux est ici remplacé par le noir, et les couleurs blanc jaunâtre sale des parties inférieures du corps et de la face interne des membres ont disparu devant un envabissement complet de la teinte marron. A cette variété se rapporte l'individu femelle, représenté dans les Proceedings de 1890 sous le nom de C . femigineiis , et l'on peut d'après cette planche se faire une idée très exacte des particularités de coloration qui caractérisent la variété rufo-niger.

Cette sous-espèce est originaire de Sierra-Leone.

11 en existe également des peaux plates mutilées au Musée britannique provenant de Fernando-Po, et données par M. Thomson et G. Knapp. Mais, ainsi que nous l'avons dit, l'authenticité de cette dernière provenance ne doit être acceptée que sous la réserve d'une importation probable.

(1) Une preuve évidente de l'étroite parenté qui unit le C. rufo-nhicr au C. riifo-fuliginus, c'est la présence d'une tache grise nuquale sur certains exemplaires de la première espèce.

« Chez le C. l'ufo-niger, de la collection du British Muséum, acheté à Slevens en 1861, la lâche rousse mêlée de gris apparaît sur l'occiput, tandis qu'elle manque sur les deux peaux plates de Fernando-Po, de G. Knapp. » (M. A. Milne-Edwards, Notes inédites.)

166 E. DE POUJiARCiUES».

3° CoLOBUs PeNiNami (Walh.

Colobus PennantL Waterhouse. Proc. Zool. Soc. Lond., p. 5~, 1838.

— — Ogilby. Ménageries, p. 268, 1838.

P iliocolo bus Bouvier i. De Rochebrune. Faune de Sénégambie (Suppl.), p. 108,

pi. IV, 1886-1887.

Je crois avoir suffisamment insisté sur la parfaite indépendance de celte espèce pour n'avoir plus à donner ici qu'une courte diagnose.

Portion supérieure de la face externe des membres, flancs et région scapulaire d'un roux ardent, passant insensiblement au brun marron sombre sur le dessus de la tète, du cou, des épaules et de la moitié antérieure du dos, au roux jaunâtre sale sur la moitié postérieure du dos et sur la croupe. Extrémité des membres brun enfumé à partir des coudes et des jarrets. Queue dans le tiers proximal d'un roux vif s'assombrissant araduellement en un brun marron sur le reste de son étendue. Favoris d'un blanc pur dirigés d'avant en arrière. Gorge, poitrine, ventre et face interne des membres blanc ou blanc légèrement teinté de jaune. Pelage de l'avant-train long retombant et formant un peu camail. Pelage de l'arrière-train court et serré contre la peau.

Patrie. — Fernando-Po? Gabon, bassin de l'Ogôoué.

4° Colobus Kirki. (Gr.)

Colobus Kirki. Gray. Proc. Zool. Soc. Lond., p. 180, pi. XV, 1868.

— — Schlegel. Singes. Mus. Pays-Bas, p. 2o, 1876.

Piliocolobas Kirki. De Rochebrune. Faune de la Sénégambie (Suppl.), p. 112,

pi. VI, 1886-1887.

Le dessus delà tête, le dos, les flancs et toute la queue sont d'un roux ardent. La région scapulaire, la face externe des membres antérieurs et des cuisses, le dessus des mains et des pieds d'un noir profond. Bandeau frontal, favoris, côtés du cou, parties inférieures du corps, et face interne des membres d'un blanc pur. A l'exception de la face externe

des jambes où se trouvent mêlés en proportion à peu près égale des poils blancs et noirs, il n'existe sur aucune autre partie du corps ni demi-teinte ni dégradé qui permette de passer insensiblement d'une couleur à l'autre; les transitions ne sont pas ménagées, le roux, le noir et le blanc se heurtent violemment, et ce mode tout particulier de répartition des couleurs, rend le C. Kirki reconnaissable entre tous les Colobes roux. Cette robe singulière semble comme un assemblage hétérogène des diverses teintes que l'on trouve chez plusieurs autres Colobes et affectant les mêmes régions du corps ; c'est, si l'on veut me passer cette épithète, une livrée éclectique.

Ainsi le pelage blanc des parties inférieures du corps de la face interne des membres et des favoris rappelle le C. Pennantï. La coloration rouge du dos et noire des membres est celle du Bay Monhey = C. ferrug'meus (Shaw); la queue semble empruntée du C. fuUginosiis, var. rufo-fuUginus[0^.), et par l'existence d'un bandeau blanc en travers du front, le C. Kirki forme un trait d'union entre les Colobes roux et les Colobes noirs.

Patrie. — Zanzibar.

5° CûLOBUs Tholloni. (A. M.-Edw.)

Dessus de la tète, de la nuque et des épaules d'un brun marron, passant insensiblement au rouge brique sur le reste du dessus du corps, et la face externe des membres, s'assombrissanl légèrement sur les mains et la portion terminale de la queue. Favoris et devant des épaules d'un roux orange. Gorge, poitrine, ventre et face interne des membres jaune blanchâtre. Pelage uniformément court, à l'exception de deux longues mèches bien fournies de chaque côté et audessous de la base de la queue ; caractère tout à fait spécial à cette espèce.

Patrie. — Congo, rive gauche.

Si, comme j'ai tenté de le faire dans le tableau suivant, l'on cherche à rapprocher, suivant leurs affinités respectives,

168 E. DE POlI§»ARGUES».

ces différentes espèces de Colobes, on voit que la leinle, soit rousse, soil blanche des favoris, constitue un caractère d'importance primordiale qui permet de les ranger de prime abord en deux groupes bien distincts, l'un comprenant C. Tholloni., C. ferrugineus et les deux variétés du C. fulig}nosus^ l'autre constitué par C . Pennanti Qi C. Kirld. Pour ce dernier groupe, le blanc est également la teinte dominante du pelage des parties inférieures, tandis que chez les espèces du premier groupe la couleur fondamentale de ces mêmes parties est le jaune, avec des intensités variables jusqu'au roux. Sans présenter une fixité aussi parfaite et aussi absolue que le caractère choisi comme base, celui-ci a néanmoins une certaine valeur et mérite d'être pris en considération. J'ai ensuite utilisé comme caractères d'importance décroissante, les différences très appréciables que présentent le mode de distribution des teintes noire, brune ou rousse, et l'allongement des poils sur certaines parties du corps.

Enfin ce tableau permettra de saisir dans son (ensemble l'aire de répartition géographique des Colobes roux, tout en indiquant les limites des zones particulières aux espèces qui, à part le C. Kirhi cantonné dans l'Est, se trouvent régulièrement échelonnées le long de la côte occidentale d'Afrique depuis la Gambie jusqu'au sud du Congo.

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