Mus MARiiNGENsis. (Noack
Musrufinus,\diV.marungcnsis. Noack. Zoologisclie Jahrbucher, p. 231, pi. IX,
fig. 1 à 3, 1887.
— Anchielœ. Barboza du Bocage. Jorn. Se. math. phys. e iiatur., 2« série,
n° 5. Lisboa, 1890.
— marungetisis. Tycho-Tullberg. Ueb. eiiiig. Muriden aus Kamerun,
— Anchietœ. Tycho-Tullberg. ibid. ibid.
a.çf adulte. M. J. Dybowski, mars 1892, Poste de la Mission sur la Kemo. b.çf— — avril 1892. — —
Ces deux spécimens répondent rigoureusement par tous leurs caractères à l'espèce décrite par M. Noack sous le nom de 3hfs rufinus^ var. nianingensis. Sur le dessus delà tête et du dos jusqu'à la région lombaire, le pelage est brun olive sombre tiqueté de jaune ; chaque poil gris ardoisé à la base présente ensuite une large zone d'un brun marron foncé et brillant, et se termine par une teinte jaune rougeâtre claire. Cette dernière teinte manque parfois, et quelques poils res-
(1) Cette limite orientale de dispersion doit être reculéejusqu'àrUkondjo, le Karagué et le Ruhanda, si Ton rapporte au M. hypoxanthus les Rats signalés dans ces régions par M. Matschie sous le nom de M. rufinits. La courte diagnose donnée par cet auteur autorise cette identification.
tent bruns sur toute leur moilié distale. A partir de la région lombaire, la teinle brune s'atténue de plus en plus à mesure qu'on se rapproche de la croupe, et finit par disparaître. Par conire, les anneaux jaunes s'étendent graduellement jusque près de la base des poils, et prennent un ton rougeâlre dont l'intensité augmente jusqu'au roux ardent sur toute la portion postérieure du corps, la région anale et la face externe et postérieure des cuisses et des jambes. A la base du bord interne des oreilles, autour des yeux et sur toute la portion antérieure du museau comprise entre les yeux et l'extrémité du nez, les poils présentent également une coloration roux do rouille vif jusqu'à leur racine. Les moustaches sont fines, noires à la base, d'un roux blanchâtre vers leur extrémité ; leurs plus longues soies arrivent jusqu'au bord postérieur des oreilles. Celles-ci, de longueur et de largeur médiocres, sont recouvertes de poils courts assez serrés, roux sur la face interne, bruns sur la face externe. Les pattes antérieures sont garnies extérieurement de poi!s d'un roux blanchâtre, au milieu desquels sont disséminés quelques poils bruns. Sur les pattes postérieures, la teinle rousse de la croupe se continue jusque sur les doigts, mais devient plus pâle à partir du métatarse sur lequel se remarquent également quelques nuances brunes. La lèvre supérieure est bordée d'un étroit liséré de poils blancs. Sur toutes les parties inférieures du corps, le pelage est abondant, bien fourni, et en aucun point ne laisse voir la peau. Les poils y sont tous blancs dès la racine et teintés à leur extrémité de jaune rougeâtre plus ou moins vif, principalement sur la face interne des membres. La queue plus courte que la tête et le corps est couverte de nombreux anneaux d'écaillés, des interstices desquelles s'échappent des poils rares et courts, de couleur brune en dessus, jaune grisâtre en dessous.
M. Noack a fait de celte espèce une variété du Mus rufinus (Tem.). De l'aveu de la plupart des auteurs, il est difficile, d'après la seule description de Temminck et sans
24 E. nr. pousAitCiUEi».
avoir vu les spécimens types, de se faire une idée exacte du M. ru/inus. Aussi, me paraît-il très hasardé d elablir une Yariété sur celle base d'autant moins sûre, que l'élal d'incomplète maturité des types du M. riifinus^ elles mauvaises conditions de conservation de leurs crânes (1) ne permettent aucune élude comparative fructueuse. Mais je n'insisterai pas sur ce point ; car, si courte et si peu explicile que soit la description de Temminck, elle renferme sur la colorationdu pelage du M. ru/i)tus quelques détails dont lacomparaison avec ceux que nous fournit M. Noack sur le M. marungonh fait ressortir entre ces deux formes des différences d'une valeur plus que suljspécifique. La couleur rousse rougeâtre du train postérieur el les proportions relatives de la queue plus courte que la tète et le corps, tels sont les caractères essentiellement communs à ces deux types de Muridés, et les seuls que M. .Noack invoque à l'appui de leur i-éunion spécifique. On pourrait à la rigueiu" attribuer à ces similitudes réelles, l'importance que leur donne le savant zoologiste allemand, si d'autre part il n'existait, comme je viens de le dire, des dissemblances bien Iranchécs dont la valeur balance fortement celle des traits communs. Il n'existe sur l'extrémité du museau du Hat roussard de Temminck aucune trace de la teinte rouge rutilante qui caractérise cette partie delà têlecliezle M. murunficnm. Chez le il/. 7'ufinus^ « le ventre et la gorge paraissent être gris parce que le pelage peu abondant dont ces parties sont couvertes, est foncé à la base, blanchâtre à la pointe » (Temminck). Rien de semblable pour le M. marungens'is chez lequel, d'après M. Noack, le pelage des parties inférieures est assez fourni, blanc à la base, teinté de jaune ou de jaune rougeâtre à l'extrémité. Ces différences, comme on le voit, sont absolument les mêmes que celles qui distinguent le M. riifinus du M. Iiy-
(1) « ... the skull of tlie type [M . rtiftnus] is, unfortunately, in so dilapidaled a condition, that, as U"" Jentink lias been kind enougli to inform me, no exact measurements can be taken... » 0. Tbo mas, P/'oc. Zool. Soc. Lond., p. 12, 1888. -,
poxanthus, et telles que je lésai exposées dans l'article précédent qui a trait à cette dernière espèce. C'est qu'en efîel, il y a je ne dirai pas seulement ressemblance, mais identité absolue pour la coloration du pelage entre le M. hypuxanthus et le-M. manmyensis ; etsi ce dernier devait être considéré comme variété d'une espèce antérieurement décrite, c'est au type hypoxanthus qu'il faudrait le rapporter. La ressemblance entre ces deux espèces ne s'arrête pas aux caractères extérieurs du pelage, leur étroite affinité s'affirme encore dans la slructure de leurs molaires dont la couronne présente même nombre, même forme' et môme disposition des tubercules. Malgré ces étonnantes similitudes, on ne saurait davantage identifier spécifiquement le M. hypoxanthus et le M. marungensis-^ ni même considérer celui-ci comme une variété de celui-là. Dans son travail sur les Muridés duCameron, M. Tyclio-Tullberg a mis en lumière quelques-uns des caractères différentiels des deux espèces. « Le spécimen type du M. marungensis, écrit-il, mesure 185 millimètres du nez à la racine de la queue, c'est-à-dire 40 millimètres de plus que mes plus forts exemplaires de M., hypoxanthus. » J'ai fait observer plus haut que la taille maximum du M. hypoxanthus pouvait être portée à 170 millimètres, mais ce fait n'inlirme en rien les conclusions de M. Tycho-Tullberg; carle^J/. marungensis \)Q\\i^ de son côté, acquérir des dimensions bien supérieures à celle du type de M. Noack'. Les deux exemplaires mâles rapportés par M. Dybowski mesurent pour la tête et le corps, l'un 213 millimètres, l'autre 220 millimètres, de telle sorte que l'écart entre les tailles maxima des deux espèces se trouve ramené aux proportions énoncées par M. Tycho-Tullberg; j'ajouterai en outre que la taille maximum du M. hypoxanthus^ reste inférieure aux dimensions minimum connues du M. marungensis. « Chez le type du M. marungensis., ajoute M. Tycho-Tullberg, la queue ne mesure que 175 millimètres, elle est donc plus courte que la tête et le corps, ce qui n'est pas le cas pour le M. hypoxanthus. » Cette disproportion est
26 E. l»f: POUSARGUES».
encore plus accusée pour les spécimens recueillis par M. Dybowski, l'un ne compte que 170 millimètres de queue, l'autre 176 ; chez le 31. manmgensis la queue peut donc être inférieure de près de oO millimètres aux dimensions de la tête et du corps; chez le M. hypoxanlhus.^ nous l'avons vu, ce rapport est inverse.
Cependant, à eux seuls, ces caractères lires des proportions relatives du corps et de la queue ne sauraient être jugés comme ayant une valeur véritablement spécifique.
En effet, par suite des oscillations assezétendues auxquelles est soumise la longueur de l'appendice caudal pour chacune de ces deux espèces suivant les individus, on peut passer par des transitions insensibles de la disproportion maxima chez l'une à la disproportion maxima chez l'autre. Il suffit pour s'en rendre un compte exact, de consulter le tableau ci-après où sont réunies les diverses mesures données par les auteurs pour chacune des deux espèces, et celles que j'ai pu prendre moi-même sur plusieurs spécimens de la collection du Muséum.
D'après ces premières mesures, le M. manmgensis ne pourrait être considéré que comme une variété du M. hypoxanthus, chez laquelle le corps pourrait acquérir un développement considérable, auquel la queue resterait absolumentétrangère. Maisenpoussantplusavantles comparaisons, on reconnaît que chez le M. manmgensis les pattes postérieures sont relativement courtes, vu les grandes dimensions du corps ; et l'on constate de plus que si le crâne présente unelongueurqui excède sensiblement celle du crâne du M. hypoxanUius , la dentition ne participe nullement à cet accroissement, car la série des molaires est même moins longue, absolument parlant, que chez le M. hypoxanthus. Ces particularités entraînent des disproportions notables qui constituent des caractères de valeur spécifique au premier chef. Enfin une dernière différence non moins importante, tirée du nombre et de la position des mamelles, viendrait s'ajouter à celles que je viens de signaler, si, commç
tout porte à le croire, l'espèce décrite par M. Barboza du Bocage sous le nom de M. Anchietse est identique au M. marungensis.
La livrée est la même et le? dimensions du corps sont parfaitement concordantes pour ces deux espèces. La queue, il est vrai, est un peu plus longue chez le 31. Anchietse, mais elle n'atteint pas néanmoins les dimensions de la têle et du corps, et celte légère dilîérence ne doit être considérée que comme une de ces variations individuelles dont il a été question plus haut. Les crânes coïncident à un millimètre près pour la longueur; en même temps, les molaires construites sur le même type présentent rigoureusement les mêmes proportions. De telles ressemblances ne peuvent exister sans entraîner nécessairemer)t la réunion de ces deux espèces en une seule qui, suivant la loi de priorité, doit conserver le nom de marungemis antérieur de trois ans à celui proposé par 3L Barboza du Bocage. De ce fait, la femelle du M. marungensis ne doit posséder que quatre mamelles toutes inguinales comme le M. Anchietse 9, c'est-à-dire [différentes en nombre et en position de celles du M. hypoxanthus 9 chez lequel, nous l'avons vu, il n'existe qu'une paire de mamelles inguinales, et deux autres paires pectorales. L'importance de ce caractère au point de vue de la différenciation spécifique n'échappera à personne, surtout lorsqu'il s'agit d'espèces offrant, comme le M. hypoxanthus et le M marungemis , un mimélisme si parfait sous le rapport de la coloration du pelage. M. Noack, n'ayant eu à sa disposition qu'un spécimen mâle, ne pouvait signaler ce caractère; et pour la même raison, je n'ai pas pu malheureusementvérifier le fait sur les individus recueillis par M. J. Dybowski.
Ce seul point reste à élucider, et pour lever ce dernier mais faible doute, une confrontation serait indispensable entre la femelle du M. Anchietse et des spécimens de même sexe du M. niarungensis provenant soit du Marungu, soit des rives de l'Oubangui.
K. DE POUSAR<.iLJE§».