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Ulrich Zwingli, le réformateur suisse

Le sous-titre de cet opuscule indique son objet spécial. Nous ne venons pas, à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Zwingli, raconter en détail toute sa carrière. La plupart la connaissent ou peuvent la relire dans quelques-uns des ouvrages! que nous possédons en français et en allemand. Après avoir rappelé brièvement les faits principaux de sa vie ou le théâtre sur lequel elle s’est déployée, nous voudrions essayer de montrer : en quoi Ulrich Zwingli est bien le réformateur suisse.

Transportons-nous dans le Toggenbourg, au sud-est du canton de Saint-Gall. Non loin des

1 Nous nous sommes plus particulièrement servi des travaux de Ruchat, Hottinger, Merle d’Aubigné, Mœrikofer , Rambert, Hoff, . Chastel, Finsler.

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sources de la Thour, dans un vallon que domine le Sentis, s’étale Wildhaus, dont dépend le hameau de Lisighaus. Dans une maison de Lisighaus vivait l'honnête et nombreuse famille du premier magistrat (amman) de l’endroit. Le troisième fils y naquit le 4 janvier 1484 et fut appelé, du nom de son père, Ulrich Zwingli.

L'enfant grandit en face des magnificences alpestres. « J'ai souvent pensé, raconte un de ses amis (Myconius), que, rapproché du ciel, sur ces sublimes hauteurs, il y contracta quelque chose de céleste et de divin. » Son caractère, en même temps que son corps, s’y fortifia. Entre les pieux récits de l’aïeule et les conversations des anciens de la commune, insensiblement le cœur du jeune garçon se pénétrait d'amour pour Dieu et pour sa patrie. indépendante.

Le père se réjouissait des heureuses dispositions de son fils. Il pensa qu’il serait dommage de ne pas les développer. Aussi confia-t-1l le soin de son instruction à son frère, le doyen de Wesen. L’oncle s’attacha extrêmement à son neveu, en qui il appréciait la vivacité d'intelligence et l'horreur du mensonge.

À l’âge de douze ans déjà, 1l fallut l'envoyer à Bâle. Il entra à l’école élémentaire de Georges Bunzli, l'excellent instituteur de la paroisse de Saint-Théodore. Il eut bientôt devancé ses condisciples et passa à Berne. Ici il fut sous la direction d’un latiniste distingué, le chanoine Lupulus, qui

Dis D l’initia à la connaissance de l’antiquité classique. Ses progrès furent remarqués. Les dominicains de Berne s’efforcèrent de gagner ce brillant élève, dont ils comptaient utiliser le grand talent musical. À cette nouvelle, le père et l’oncle se hâtent de diriger leur Ulrich sur Vienne en Autriche (1499). Toujours ardent au travail, il cultiva dans cette ville, durant deux années, la dialectique et la rhétorique et aiguisa son esprit dans le commerce de studieux camarades. Quelques-uns (Eck, Faber) devinrent, dans la suite, ses ennemis implacables.

Après un court séjour dans ses montagnes, l'étudiant fut maître à son tour. À Bâle, en avril 1509, il fut chargé de l’enseignement de la langue latine au collège Saint-Martin. En même temps, il continuait à suivre des cours à l’université et obtenait le grade de maître ès arts. Au travers de tant de fastidieuses leçons de philosophie et de théologie, Zwingli eut alors le privilège de rencontrer, parmi ses professeurs, Thomas Wyttenbach de Bienne, qui, lui, abandonnait les arides subtilités de la scolastique et savait ramener ses disciples à la pure vérité de l'Evangile. Zwingli et toute la jeunesse académique se pressaient au pied de la chaire de Wyitenbach. En vrai précurseur de la réforme en Suisse, il leur disait : « Le temps n’est pas loin où la théologie scolastique sera abolie et l’ancienne doctrine de l'Eglise restaurée. Le célibat des prêtres est une invention humaine, contraire à la loi divine; les indulgences ne sont que charla-

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tanisme ; la mort du Christ est l'unique rançon de mon âme. La foi est la seule clef qui ouvre l'accès au pardon. » C’est au docteur Wyttenbach, écrivait Léon Jud, «c’est à lui que Zwingli et moi, pendant notre séjour commun à Bâle, vers 1505, nous avons dû notre éducation. Cet homme supérieur ne nous a pas seulement instruits dansleslettres classiques ; il nous a ouvert les trésors de l’Ecriture sainte. Doué d’une grande éloquence et d’un esprit pénétrant et prophétique, notre bien-aimé maître nous a révélé des vérités que d’autres n’ont proclamées que bien plus tard. C’est lui qui jeta dans l’âme de Zwingli les semerces de la vraie religion et qui le poussa à ne s’en tenir qu’à l’Ecriture sainte, en rompant avec toutes les absurdités sophistiques. »

Le moment arriva pour Zwingli de mettre ces vérités en pratique. Consacré prêtre, il fut appelé en 1506 comme curé à Glaris. Pendant les dix années qu'il passa dans cette vaste paroisse, il poursuivit ses études classiques et bibliques. Il se mit au grec, qui devint sa langue favorite, et se familiarisa ainsi avec l'original du Nouveau Testament, auquel il ajouta des extraits des meilleurs commentateurs. Son ministère fidèle, zélé, courageux, mécontentait plusieurs personnes, surtout parmi les partisans des alliances étrangères, lorsque Diebold de Geroldseck, l'administrateur du couvent d’Einsiedeln, lui offrit dans ce cloître une retraite favorable à ses travaux.

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Repos, loisirs, livres, amis, Zwingli avait tout à Einsiedeln, et il croissait en intelligence et en foi. Ce fut alors (mai 1517) qu’il copia le texte grec des épiîtres de saint Paul. Il apprit par cœur ces épiîtres, plus tard les autres livres du Nouveau Testament, puis une partie de l’Auncien. IL devenait par là toujours plus capable de parler avec puissance à ces foules de pèlerins accourus de toutes parts et de proclamer hautement cette simple vérité : que Dieu seul est la source du salut par Jésus-Christ et qu’il l’est partout ; ce qui suffisait pour écarter la fausse dévotion des assistants ainsi que l’infâme trafic des indulgences dont s'était chargé, dans ces contrées, le franciscain Samson (15138).

La solitude de Zwingli à Einsiedeln acheva certainement de le préparer pour la grande tâche qui lui était réservée à Zurich, son poste définitif.

Zurich était une des villes les plus importantes de la confédération. Sa bourgeoisie s'était enrichie par le commerce, l’art et l’industrie. La diète helvétique se réunissait souvent dans ses murs et y amenait les ambassadeurs des divers souverains étrangers. Le légat du pape résidait ordinairement à Zurich. Malheureusement cette cité, très dévote au saint-siège et prospère, était profondément dissolue dans ses mœurs. Zwingli ne lignorait pas. Naguère n’avait-il pas prié Dieu de l'envoyer annoncer l'Evangile où il plairait à sa providence, pourvu que ce ne fût pas au sein des corruptions zuricoises ? Et voici que la place de prédicateur à

LG la cathédrale de Zurich est vacante et qu’il y est élu par le collège des chanoines le 11 décembre 1518. Dieu apparemment l’y appelait : il alla.

Toutefois Zwingli déclara ouvertement devant le chapitre, dont quelques membres ne lui étaient nullement favorables, qu’il ne s’astreindrait pas dans sa prédication aux fragments bibliques du culte, mais qu’il parcourrait et expliquerait la Bible dans son ensemble. Il inaugura son ministère, le 1er janvier 1519, par lexplication de l'Evangile selon saint Matthieu. Sa méthode, renouvelée des Pères, obtint un franc succès. Dans l’espace de quatre années, il développa devant des auditeurs de plus en plus nombreux et attentifs l'Evangile de Matthieu, les Psaumes, les Actes, les Epiîtres de saint Paul, de saint Jacques, de saint Jean, de saint Pierre, et enfin l’Epître aux Hébreux, qu’il considérait comme l’exposition la plus parfaite de l’œuvre rédemptrice de la nouvelle alliance. Pour mieux s’assurer l'intelligence des textes de l’Ecriture, il eut soin de joindre à la connaissance du grec celle de l’hébreu. |

Son travail, ses fatigues des premiers mois furent tels, qu’il dut prendre un peu de repos, et il se rendit aux bains de Pfeffers. Il n’y séjourna pas. longtemps. La peste qui sévit à Zurich, en août 1519, le ramena bien vite dans sa paroisse. Il prodigua aux malades ses soins et ses consolations jusqu’à ce qu’il fut lui-même atteint du terrible fléau qui le conduisit au bord de la tombe. Sa résignation, Sa

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confiance restèrent inébranlables. Au commencement de sa cruelle maladie, il disait :

Ma porte s'ouvre...

Et c’est la mort!

Ta main me couvre !

Mon Dieu, mon Fort!

O Jésus, lève Ton bras percé; Brise le glaive Qui m'a blessé!

Mais si mon âme, En son midi,

Ta voix réclame...

Christ! me voici.

La guérison est survenue, et le convalescent, dans un élan de reconnaissance et de consécration, s'écrie:

Mon Dieu, mon Père !

Tu m'as guéri.

Sur cette terre

Me revoici.

L'heure incertaine Viendra sur moi, Peut-être pleine De plus d’effroi.

Mais que m'importe!

Toujours joyeux, Mon joug je porte Jusques aux cieux.

Son joug n’était point des plus aisés.

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