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Par M. Jean d'Ussel. 1 vol. in-8«. Paris, Pion

désastre de la Grande Armée. Sur cette question spéciale il pousse si loin ses recherches qu'il ne lui faut pas moins d'un volume inoctavo pour nous présenter le tahleau de cinq mois d'Histoire. Ce qui eût fait jadis l'objet d'un chapitre fait aujourd'hui l'objet d'un livre.

11 ne s'agit pas ici de raconter de grands événements. L'art de l'historien, art délicat et difficile, sera de débrouiller l'écheveau compliqué des négociations engagées du mois de décembre 1812 au mois de mai 1813 entre le gouvernement français et le gouvernement autrichien, ou, pour être p-lus exact, entre l'empereur et Metternich.

Le mariage de Napoléon et de la fille de l'empereur François avait rapproché les deux cours et rendu les relations plus amicales sans confondre les deux politiques. On observait toutes les formes, mais chacun de son côté s'occupait bien plus de tirer le meilleur parti possible d'une situation nouvelle que de faire œuvre de bon parent. Ce n'est pas pour plaire à son gendre, qu'au moment oii la guerre éclate entre la Russie et la France l'empereur d'Autriche se pro-

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nonco pour la France. Il a liésilé, il a li'-llrclii, il a comparé les forces des deux adversaires en présence et pris bravement paili jjour celui des deux qui lui paraissait le plus fort. Avec précaution cependant, avec la volonté de ne pas s'engager k fond et de se réserver au besoin luae porte de sortie.

Dans la formidable campagne où Napoléon entraînait une partie de l'Europe contre la Russie^ il n'aurait pas mieux demandé que d'englober TAutriche et d'obtenir que le corps autrichien mis à sa disposition par un traité secret fût amalgamé avec les corps de la Grande Armée, comme toutes les troupes des États alliés ou indépendants. Le beau-père avait fait la sourde oreille, fourni le contingent le moins élevé possible et exigé que ce contingent format un corps auxiliaire qui ne dépendrait que de l'empereur lui-même, 11 se bornait à mettre en ligne non pas cent mille hommes, comme on l'avait un instant espéré à Paris, mais trente mille hommes, sous les ordres du moins entreprenant des généraux autrichiens, le prince Scliwarzenberg. Dans le cours de la campagne, en face des difficultés croissantes de l'entreprise, Napoléon demanda deux fois des renforts sans pouvoir les obtenir. 11 insista plus encore après le désastre, lorsque

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rentré à Paris, il préparait déjà la campagne de l'année suivante. Il écrivait une lettre personnelle à l'empereur d'Autriche pour lui donner des nouvelles de sa santé « qui n'avait jamais été meilleure », annoncer qu'il ne resterait à Paris que le temps nécessaire à la reprise des hostilités et pour exprimer le désir que le corps auxiliaire qui était demeuré intact, qui avait échappé aux souffrances de la Grande Armée, fût porté au chiffre de soixante mille hommes. Chemin faisant, dans ses conversations particulières, il s'exprimait avec quelque amertume sur la conduite générale de Schwarzenberg, sur ses lenteurs voulues et calculées. 11 se plaignait qu'au lieu de servir ses desseins le commandant du corps autrichien parût plus occupé de ménager les Russes que d'aider les Français.

C'était bien au fond ce que voulait Metternich. A l'heure môme où il ne doutait pas du succès de Napoléon, il tenait à ne pas se brouiller avec la Russie, il demeurait avec elle en relations ofQcieuses. Il avait soin de faire savoir par des intermédiaires qu'il ne se considérait pas comme en état de guerre, que sa situation l'obligeait de ne pas se séparer de son tout-puissant allié, mais qu'en toute circonstance il s'efforcerait de

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ne pas sorlir (1rs liinitrs iVu\u' neutralité amicale. S'il pensait ainsi au début des opérations, lorsque tout présageait la victoire des Français, combien ne devait-ii pas être confirmé dans son opinion par la succession des mauvaises nouvelles (jui arrivaient à Vienne, par l'annonce des effroyables soulî'rances et de la destruction presque totale de la Grande Armée ! Fallait-il s'attacber sans esprit de retour à la fortune de Napoléon ? Ne serait-il pas plus habile de ne point se compromettre plus longtemps au service des vaincus et de se ménager un retour de faveur auprès des victorieux ? Toute la préoccupation de Metternich va être désormais de se tenir en équilibre entre les deux parties. Il se gardera bien de rompre avec Napoléon, toujours redoutable, mais il enverra des négociateurs à l'empereur Alexandre, il écoutera les paroles caressantes qui viendront de Saint-Pétersbourg, il se tiendra prêt à toutes les éventualités. Il n'appelle pas de ses vœux un changement d'alliance ; il conserve une préférence pour le gendre de son souverain, tant que ce gendre sera le plus fort, mais il ne risquera pas pour lui la destinée de la maison d'Autriche. Un jour peut venir où elle aurait intérêt à dénoncer le pacte qui la lie à la France.

Tout cola est encore obscur dans la pensée du ministre autrichien. 11 dissimule soigneusement, sous la correction des attitudes, les tentations qui peuvent l'assaillir. L'important pour lui est qu'à aucun moment Napoléon ne puisse lire dans son jeu. Pendant tout cet hiver, l'empereur et Metternich rivalisent de finesse pour se pénétrer l'un l'autre sans y réussir complètement. Gomment pourraient-ils se rencontrer dans une conclusion commune avec des points de départ si différents? Les populations de l'Autriche, et en général les populations de l'Allemagne, épuisées par tant d'années de guerre, demandent la paix à grands cris. Napoléon en parle à son tour, mais, du bout des lèvres, en homme qui ne peut pas se résigner à la défaite, qui pour conserver son prestige d'Europe a besoin d'effacer le souvenir de l'expédition de Russie par d'éclatantes victoires. 11 craint cependant d'effaroucher son alliée par des paroles trop belliqueuses. Ce qu'il a dit le matin avec un peu de véhémence, il essaye de l'atténuer le soir par des ouvertures plus pacifiques. Il sent d'ailleurs que s'il veut recommencer la guerre, il a besoin

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«le roiis<'rv('r l'alliance de lAul riche, et il mrt sa coquetterie à ëtaler aux yeux du monde 1rs liens (jui unissent les deux familles. La fille de l'empereur Franeois, rimpéralrice Marie-Louise, est proclamée régente. La maison de Habsbourgn'est-elle pas ainsi intéressée à la conservation de la dynastie impériale en France ? L'empereur d'Autriche ne devient-il pas par là môme le protecteur naturel du roi de Rome ?

Pendant que le gouvernement fran«^'ais tait ainsi des avances au gouvernement autrichien, celui-ci est sollicité dans un autre sens par la Prusse, par la Russie, par l'Angleterre. La Prusse, avec le général York, a pris l'initiative de la défection et prépare la revanche d'Iéna. La Russie, quoique très éprouvée elle-même par la guerre, témoigne sa confiance dans l'explosion du sentiment national qu'a provoquée l'attaque des Français et qu'entretient la ruine de leur armée. L'Angleterre est irréductible ; pas plus que Napoléon elle ne songe à déposer les armes. Elle applaudit à la marche en avant des Russes, à la révolte de la Prusse, et elle presse l'Autriche de saisir cette occasion unique de se débarrasser du dominateur de l'Europe.

Le 29 mars 1813, il sembla que Napoléon voulût terminer la période des pourparlers

V agues et aborder le premier le fond de la question. Au moment même où on essayait de l 'endormir en lui parlant de paix, la Prusse prenait les armes pour s'allier à la Russie. L'Autriche ne profiterait-elle pas de la chance qui s'offrait à elle ? Si elle demeurait iidèle à l'alliance française, si elle mettait sur pied une armée non pas inconsistante comme celle de Schwarzenberg, mais décidée à agir, elle trouverait dans les premiers jours de mai l'empereur avec plus de 300 000 hommes sur la rive droite de l'Elbe, et, pour prix de son intervention elle recevrait la Silésie avec 2 millions d'âmes.

Toute issue n'était pas fermée aux négociations, mais l'œuvre des négociateurs ne pouvait aboutir que si l'Autriche prenait enfin un parti décisif, si elle parlait haut et ferme, comme le faisait l'empereur lui-même lorsqu'il prenait la parole devant les pouvoirs publics.

Mis au pied du mur, forcé dans ses derniers retranchements, Metternich se prononce pour un système tout différent. L'attrait des dépouilles opimes qu'on lui offre n'obscurcit pas sa vue au point de lui faire oublier les garanties dont l'Autriche a besoin pour assurer sa sécurité. État intermédiaire, placé entre deux puissants voisins, la France et la Russie, si elle ne veut

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i»as s'exposer à être absorbée, un jour [)ar l'un ou par Tautre, elle doit chercber un jxiint (l'appui auprès d'une puissance placée dans la même situation qu'elle, intermédiaire comme elle. La Prusse lui est nécessaire comme elle est nécessaire à la Prusse. Ce n'est pas trop de leurs etl'orti^ réunis pour sauvegarder leur indépendance commune. Sans ce contrepoids, l'équilibre européen serait rompu. L'Europe pourrait devenir la proie d'une France ou d'une Russie trop grandes.

Telles sont les idées que Scbwarzenberg, nommé ambassadeur à Paris, est cliargé d'exposer. Dans deux longues entrevues, l'empereur, qui avait parlé tout seul, ne lui laissait guère le temps. Traitant Schwarzenberg en militaire, en commandant du corps auxiliaire encore placé sous ses ordres, plutôt qu'en diplomate, il tenait surtout à lui faire connaître l'étendue de ses forces. Il était même allé chercher le livret oii il enregistrait les états de situation de l'armée française, il avait indiqué l'emplacement de chacun des corps dont il disposait et tracé d'avance le plan de la campagne future. Que ferait l'Autriche ? Il espérait pouvoir compter sur elle, il le souhaitait par affection pour son beau-père ; mais il avait tout prévu, même la défection dun allié si tiède, et

afin de montrer k Schwarzenberg que le temps des paroles était passé, qu'il fallait en venir aux actes, il le cfuittait pour aller se mettre à la tête de ses troupes.

De cette communication, Metternich conclut qu'il est tout à lait dégagé du côté de la France. Il arme suivant le conseil de Napoléon, mais ce n'est pas pour placer son armée sous les ordres de l'empereur, c'est pour se mettre en état de prêter un concours décisif à celui des deux adversaires qui lui offrira le plus de garanties. Le traité conclu en 1812 entre les deux puissances paraît périmé. Napoléon lui-môme en fait bon marché, il n'en invoque plus les stipulations. Il rend ainsi à l'Autriche la liberté d'action à laquelle elle aspirait. Si un congrès se réunit, elle n'y paraîtra plus en puissance secondaire, les mains liées par des engagements antérieurs. Il ne s'agira plus pour elle d'une simple intervention, elle pourra jeter dans la balance le poidsde son épée, indiquer à quelles conditions elle consentirait à déposer les armes. Même après le voyage infructueux de Schwarzenberg, Metternich n"en arrivait pas tout de suite à cette

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r\li(''inil(''. L'idtM' d'un conllit avec la l'iancr no pénétrait (jiio peu à peu dans son esprit, quand Napoléon, dans un accès de franchise, en avait laissé entrevoir lui-niènie la possibilité. Les supplications (jue l'impératrice Marie-Louise adressait à son père, l'éloge qu'elle faisait de son mari, la confiance qu'elle témoignait dans le génie de l'empereur et dans les ressources de la France n'étaient pas non plus sans émouvoir la cour de Vienne. On se demandait parfois s'il était prudent de rompre avec un si puissant allié.

L'exemple de la Saxe n'est pas fait pour encourager l'Autriche. Elle a essayé de se soustraire à l'inlluence française, mais elle n'y a pas réussi. La bataille de Lutzen Ta replacée sous le joug. Pour bien accuser cette situation aux yeux des Allemands, Napoléon a tenu à recevoir avec un grand éclat le roi de Saxe dans sa capitale. Il a fait prendre les armes à la garde et s'est porté de sa personne au-devant de son allié rentré en grâce.

Quoique déconcerté par l'incident, Metternich ne se laisse pas désarçonner. L'important pour lui est de gagner du temps jusqu'à ce que l'armée autrichienne soit remise sur le pied de guerre. Les Français livreront peut-être encore

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des batailles heureuses, mais ils useront leurs forces en les livrant. Un jour viendra oii l'armée autrichienne, réorganisée et intacte, lui permettra de se poser en arbitre entre les adversaires. C'est lui alors qui indiquera à quelles conditions la paix lui paraît possible. 11 ne déclarera pas encore la guerre, mais la guerre sera la conséquence du refus que lui opposera une des deux parties. Avec patience, avec ténacité, Metternich se prépare à jouer ce rôle décisif au lendemain de Lutzen. L'auteur du livre, M. Jean d'Ussel, prend congé de lui à cette date, mais il le retrouvera sans doute dans le nouveau volume qui ne peut manquer de suivre et de compléter celui-ci.

CHAPHKK \1I

Lamartine et la Flandre'.

Ce titre a tout à tait l'air d'un paradoxe. Que peut-il y avoir de commun entre le poète du Maçonnais, l'homme qui a rendu célèbre les coteaux de Milly cliarg^és de vig-nes^ et le climat brumeux des Flandres ? Ne vous fiez pas aux apparences. M. Henry Cocbin est un terrible observateur; il étudie à la loupe tous les sujets qu'il traite ; il a pénétré au fond de l'àme de Lamartine, comme il pénétrait autrefois dans celle de Pétrarque. Il va vous démontrer, pour commencer, ce que vous, profanes, vous ne soupçonnez même pas : c'est que cette magnifique explosion de poésie d'où sont sorties les Méditations et les Harmonies na été dans la vie du poète qu'une distraction délicieuse, mais passagère. En réalité, de son propre aveu même, la grande ambition de Lamartine a été de gouverner les hommes. Il tenait l'activité politique

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