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Les Anglais ont toute une littérature enlantine dont nous ne possédons pas l'équivalent. Il nous reste cependant La Fontaine, les Contes de Perrault, Mme de Se'gur, Jules Verne, d'autres encore.
La lecture des livres à portée de son âge développera la sensibilité de l'enfant sans l'affadir. Il y trouvera des exemples de bonté, de générosité, de pitié pour les faibles et pour les malheureux, sans aucune de ces billevesées humanitaires qui confondent la niaiserie avec les sentiments généreux. L'enfant ainsi muni, faut-il le laisser dans le sein de la famille ou le jeter dans la mêlée humaine en l'élevant avec des camarades ? Sauf les cas particuliers auxquels ne s'appliquent pas les règles générales, le mieux serait peut-être d'adopter une solution mixte, la combinaison de la vie de famille et de l'externat. Ce serait un grand dommage si l'enfant était privé de l'influence discrète et délicate que sa mère peut exercer sur lui, grand dommage aussi s'il n'apprenait pas de bonne heure à vivre au milieu de ses semblables, si son caractère ne subissait pas le frottement de natures différentes de la sienne. Ce qui rend impossible toute formule absolue en pareille matière, c'est qu'il y aura toujours des milliers de parents qui ne pourront pas conserver leurs enfants auprès d'eux.
qui de toute nécessité seront oblige's de les confier comme internes à des établissements publics ou privés. Mal tolérable, après tout. M. Marcel Prévost n'éprouve aucune admiration particulière pour l'internat; il reconnaît néanmoins qu'il y a des pensions excellentes et qu'il entre beaucoup de snobisme dans la répugnance que le mot seul inspire à quelques mères. 11 n'y a qu'une forme de l'internat qui lui déplaise : les maisons où l'on a la prétention de combiner les études avec les sports violents apporte's d'Angleterre. Les vieux jeux français, les barres, la paume, la balle lui suffisent ; toute exagération de la vie physique ne peut qu'affaiblir la vie intellectuelle.
Si nous ne savions pas que l'oncle de Françoise appartient à la plus pure race française, nous en serions avertis par une série de réflexions (jui trahissent son origine. Il ne se contente pas d'avoir fait de Petit-Pierre et de Simone, ses deux pupilles, des enfants correctement élevés ; il entend que ces deux élèves fassent honneur à notre pays. Il faut qu'à première vue on les reconnaisse pour des Français à l'élégance de leur tenue et de leurs manières. Tout ce qu'ils
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<loivent faire, ils le feront non seulement comme il convient que ce soit fait, mais ils le feront en beauté, avec le souci de l'art, avec aisance et harmonie. Une «les formes de cette harmonie résolument acceptée et prônée par l'impartial éducateur sera l'adaptation de la croyance de l'enfant au milieu dans lequel il vit. Tant pis pour les sectaires! M. Marcel Prévost ne veut pas accaparer l'enfant au profit de la libre pensée. Il y a quelque chose de plus important que le triomphe d'une doctrine : la physionomie et l'unité morale de la famille. Le fils et la fille seront élevés dans la religion de leurs parents jusqu'au jour 011 parvenus à l'âge adulte ils exprimeront la volonté de faire un autre choix.
L'auteur donne lui-même l'exemple de Textrême élégance appliquée à cette matière sévère qui s'appelle la pédagogie.
Il a des envolées superbes pour montrer la nécessité de développer chez l'enfant le sentiment du beau en toutes choses, dans l'observation du spectacle de la nature, dans les lettres et dans les arts. Sa description de l'âge ingrat a toute la saveur d'une page de roman. « Age ingrat! La jolie, touchante, inquiétante alliance de mots, une de ces alliances nuancées comme on n'en rencontre que dans notre langue française. Age
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ingrat! Cela évoque un corps grêle qui s'étire, une pâleur délicate, un peu tachée de son, qu'inonde soudain sans motifs apparents un flux de rougeurs. . . Des membres trop minces et trop longs... Des voix de garçons qui muent, des mains écarlates que les filles ne savent où cacher, des maigreurs qu'elles dissimulent et qui donnent à leur pudeur quelque chose de farouche.» C'est l'âge où l'éducateur a le plus de peine à faire accepter son autorité. Un vent de révolte souffle sur cette jeunesse, sur ces garçons et ces filles amoureux de sports, passionnés pour les exercices physiques. Ils ne sont pas loin de considérer comme des ganaches les gens paisibles qui ne connaissent ni la beauté du football ni celle du golf. Un changement profond s'est produit dans les mœurs d'une partie de la jeune bourgeoisie. Nous respections, nous vénérions les anciens. Les générations nouvelles ont à peu près supprimé la notion du respect. Tout ce qui est vieux jeu, ainsi qu'elles le disent dans leur jargon, ne leur inspire que du mépris. L'oncle de Françoise ne se laisse pas* intimider par cette désinvolture: il en a préservé ses élèves et il ne manque pas d'en guérir les autres en les prenant en flagrant délit d'ignorance^, en leur montrant qu'au fond ils ne savent pas grand'chose et qu'en
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réalité ils doivent le peu d'ac(juis (ju'ils possèdent à l'expérience de leurs aînés. Il refuse absolument de s'incliner devant les jeunes nig-auds qui croient tout savoir sans avoir rien appris et il leur administre chaque fois qu'il le peut une volée de bois vert.
Une autre innovation inquiète aussi l'éducateur : le mélange des sexes que l'habitude du tennis a mis à la mode. Autrefois, jusqu'à l'époque du mariage, jeunes gens et jeunes filles étaient séparés par des cloisons étanches qui ne leur permettaient guère de se bien connaître. Cette séparation avait l'inconvénient de les laisser les uns et les autres dans l'ignorance réciproque de leurs manières différentes de sentir et de penser. La trop grande familiarité d'aujourd'hui menace la jeunesse française d'un autre péril. Sans inconvénients en Angleterre, qui est le pays de la tenue et où chacun sait se défendre, elle ne gardera peut-être pas chez nous le même caractère d'innocence entre des tempéraments moins fortement trempés et des volontés moins disciplinées. Unseulmoyen de défense nous reste contre ce danger^ comme contre beaucoup d'autres : l'attention et la surveillance des parents.
C'est le refrain de M. Marcel Prévost. Dans presque toutes les lettres qu^il adresse à Fran-
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çoisc depuis douze ans, il revient sur la responsabilité des pères et des mères, sur le tort qu'ils font à leurs enfants en abandonnant le soin de les élever à des gouvernantes anglaises ou allemandes. La direction morale de l'éducation ne peut, ne doit être donnée que par les parents. Eux seuls auront le tact, le doigté, en même temps que l'autorité nécessaires. La plus grande partie des défauts qu'on reproche à la jeunesse moderne sont imputables à la paresse paternelle ou maternelle. Que de ménages n'entendent sacrifier aucun de leurs plaisirs aux soins que réclame leur progéniture ! Que d'autres, par faiblesse ou par paresse, encensent l'enfant et développent son égoïsme en rapportant tout à lui dans la maison I Les trois volumes de correspondance dont les Lettres à Françoise ??iama?i composent le dernier tiers forment ainsi dans leur ensemble un ouvrage de haute morahté, le traité d'éducation le plus complet et le plus vigoureux qui ait paru depuis V Emile Aq Rousseau.