‹ Ultima verbaChapitre 30 sur 32 · I.KTTRFS A F'IIANÇOISK MAMAN L · texte numérisé non relu

I.KTTRFS A F'IIANÇOISK MAMAN L

ment inat(»rn('I. Puis tout de suite discipliner le petit être, le laisser crier au besoin jusqu'à ce qu'il se lasse et qu'il s'apaise afin de l'empêcher de contracter de mauvaises habitudes. Cette discipline, M. Marcel Prévost en fait la base même de l'éducation, base hygiéniqueautant que morale. La régularité dans l'heure du lever, du coucher, des repas sera un élément de santé aussi bien qu'une preuve de l'empire que l'enfant doit être habitué à exercer sur lui-même. Si l'on sait le conduire, il arrivera insensiblement à faire les choses qui lui coûteraient le plus sans un entraînement préparatoire.

L'éducateur n'obtient de résultats qu'à force de patience. La patience, qui permet de dresser dos éléphants, de former des chiens et des chevaux savants, n'est pas d'un moindre usage dans la formation de l'enfant. Elle seule supprimera peu à peu la résistance qu'il oppose instinctivement à tout ce qui exige de lui un effort. Après la discipline salutaire de la régularité, enseignons-lui, pour commencer, l'attention. Il est facilement distrait, son esprit voltige, comme celui de beaucoup de grandes personnes. Habituons-le à regarder attentivement ce qu'il voit, ce qu'on lui présente : d'abord les objets matériels, puis les idées élémentaires qui sont accessibles à son

âme d'enfant. La tache sera plus facile si on le prend tout petit. Mais M. Marcel Prévost ne recule môme pas devant la correction d'un travail mal commencé. Ainsi l'aîné des enfants de Françoise, Petit-Pierre, a été élevé un peu kla diable, sans beaucoup de méthode. Par dévouement pour sa nièce, l'excellent oncle entreprend de le discipliner en même temps qu'il donne des soins à une jeune fille à peu près du même âge. Les deux enseignements se feront parallèlement.

Impossible de parler d'éducation sans songer à V Emile, de Rousseau. M. Marcel Prévost le connaît à fond. lien élimine tout ce qui est syst('matique, tout ce qui ne pourrait s'appliquer qu'à des cas particuliers ; il n'en conserve que des idées justes et fortes, entre autres l'horreur du livre comme moyen primordial d'éducation. N'accoutumons pas l'enfanta interposer quelque chose entre la réalité et lui. Ce n'est pas à travers les idées d'autrui qu'il faut lui montrer la nature. S'il prenait cette habitude il deviendrait incapable d'entrer en contact direct avec les manifestations de la vie. 11 ne verrait plus celles-ci que dans le miroir du livre au lieu d'en prendre connaissance par l'observation personnelle. Une autre manie contre laquelle l'oncle de Françoise s'élève avec véhémence est celle des familles

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riches qui considèrent comme une (r'uvre utile défaire enseigner prématurément k leurs enfants les langues élrangères. Plus tard, tant qu'on voudra. Lorsque l'esprit sera formé, ce sera un bien. Mais quelle pitié d'enseigner à la fois deux langages dilférents à un enfant qui n'en connaît aucun ! a Voici un pauvre petit être qui ne sait encore rien du monde oii il vient d'arriver, qui commence à l)albutier de vagues syllabes, et vous allez concentrer votre effort sur ce magnifique résultat : qu'il puisse donner aux objets deux noms différents, accentués différemment, et que ^sa petite pensée se développe parallèlement dans deux vocabulaires et selon deux syntaxes différentes ! A quoi bon se presser d'ailleurs ? Si l'adolescent ou l'adulte a besoin des langues étrangères, il les apprendra plus facilement que ne le fait Tenfant. » Je n'en suis pas si sur que M. Marcel Prévost. J'admire plus que je ne partage l'intrépidité de son affirmation. C'est d'ailleurs sa manière, la manière forte. Il affirme plus qu'il n'insinue. Peut-être est-ce une nécessité de sa fonction. Françoise l'écouterait peutêtre moins s'il frappait moins fort .

11 n'est pas moins afTirmatif lorsqu'il s'agit de réglementer les heures de travail. On ne commencera pas trop lût. Il faut apprendre aux

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enfants à ne pas se presser, à réfléchir avant d'agir. L'important dans ce monde n'est pas de faire les choses vite, mais de les bien faire. On ne leur dira point, par exemple, qu'on va travailler. C'est trop simple, cela ne stimulerait pas leur cui'iosité. On leur annoncera qu'ils vont apprendre à travailler, à faire ce que font les grandes personnes. L'idée de se grandir, de s'assimiler à des gens plus âgés qu'eux les excitera. Ils verront un résultat tangible au bout de leur effort. M. Marcel Prévost compte évidemment sur Tamour-propre comme sur un auxiliaire très efficace. L'élève sera flatté d'entreprendre une chose difficile qui lui donnera déjà un air de personnage. Il ne s'agit pas d'ailleurs de lui apprendre tout de suite et directement la lecture, l'écriture, le calcul ou d'autres connaissances précises. On le met simplement en état de les apprendre par l'éducation lente et progressive donnée à son esprit.

Tel est le programme jusqu'à fàge de sept ans révolus. Deux résultats essentiels sont alors acquis : une bonne santé, grâce à l'hygiène, et la faculté d'apprendre tout ce qu'on voudra, grâce

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à riiabitudtMle rattenlion. Le; bénélico moral nr sera pas moins important si dans cette première période dv sa vie l'enfant a appris à obéir et à ne pas mentir. Sur ces deux points l'éducateur doit rester inflexible et donner lui-même l'exemple de la véracité. Si l'élève le surprenait en flagrant délit non seulement de mensonge, mais même d'altération de la vérité, du même coup son autorité serait détruite. Mais comment obtiendra-t-on qu'un enfant s'habitue à ne pas mentir? Il n'est pas interdit de faire appel à la sensibilité et au sentiment de l'honneur. Qu'on n'y compte pas trop néanmoins! Le mieux, c'est que le menteur sache d'avance que tout mensonge entraînera pour lui une punition sévère . On ne le frappera pas, ce serait un retour à des coutumes justement abolies; mais on lui fera payer sa faute en le privant d'une distraction, d'un plaisir auxquels il tient. Pas d'attendrissement inutile. L'enfant ne se sent vraiment délivré de la faute que lorsqu'il l'a expiée. A ce propos, M. Marcel Prévost indique bien le fond de sa pensée ; il prémunit les mères contre la tendance qu'elles auraient à pardonner. Leur progéniture apprendrait bien vite à les attendrir si elle savait qu'on obtient son pardon en versant à propos quelques larmes et en promettant de ne plus recommencer. Toute cette sensiblerie

ne peut produire que des effets pernicieux. Le seul moyen de dégoûter l'enfant du mensonge, c'est de lui apprendre que tout mensonge se paye, qu'il n'y a pas de rémission pour le coupable. La meilleure sauvegarde de la sincérité sera de ne pas compter sur l'indulgence maternelle.

La discipline toute sèche pourrait assombrir lescaractères. Tempérons-la parla bonnehumeur. Les meilleures leçons sont celles qui sont données gaiement. L'enfant aime naturellement le mouvement, l'agitation, le bruit ; ne le contraignons pas, laissons-le s'épanouir en toute liberté, pourvu qu'à un moment donné, au moindre signe de l'éducateur, il redevienne sérieux.

Pendant les récréations accordons-lui tout ce qui, sans porter préjudice à sa santé, sera pour lui un objet de joie. Qu'il coure, qu'il gambade, qu'il crie ! Le « tiens-loi tranquille » est la formule des parents paresseux. L'enfant de sept ans ainsi formé, nourri de re'alités, discipliné et joyeux, ne sait encore rien de rien, pas même lire. La lecture lui a été réservée comme récompense de l'attention qu'il porte aux choses. S'il a pris l'habitude d'être attentif, dès qu'il aura accompli sa septième année, il apprendra à lire avec une facilité surprenante. Seulement que lira-t-il ? Gros souci pour l'éducateur.

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