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DÉCLARATION HYPOTHÉTIQUE DE LA CONFÉRENCE DE LA HAYE

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DECLARATION I lYI’OTIl ÉTIQUE DE LA CONFÉRENCE DE LA 1IAYE

Les peuples civilisés dont les gouvernements sont représentés à la Conférence de La Haye viennent de voter à une immense majorité, la déclaration suivante :

Attendu :

Que les peuples civilisés ont fini par comprendre que le mode d'acquisition des moyens de subsistance, pratiqué par les espèces inférieures est moins avantageux que la production et l'échange propre à l’espèce humaine, que ce dernier mode d’acquisition est d’ailleurs plus conforme à la destination qui lui a été assignée dans l'ordre universel,

Que les peuples barbares qui envahissaient jadis le domaine des peuples civilisés pour pratiquer à leurs dépens le mode primitif d'acquisition des subsistances par le meurtre et le vol et dont le nombreetla puissance

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étaient ignorés, ont maintenant cessé d'étre enveloppés do mystère, que grâce aux progrès de la géugraphie et . de l’ethnographie on connaît aujourd’hui approximativement le nombre des individus dont elles se composent et quo ce nombre n'est pas même la dixième partie du contingent des peuples civilisés,

Que les progrès des sciences physiques, chimiques et mécaniques ont accru, principalement dans ces derniers temps, la puissance destructive des peuples civilisés, qui est actuellement au moins centuple de celle des barbares, incapables, au surplus de fabriquer les engins perfectionnés qu’exige la guerre terrestre et maritime,

Qu'on en a eu une preuve manifeste dans ie massacre à Omdurman, d’une armée de Barbares fanatisés et réputés les plus belliqueux, par une troupe moins nombreuse de soldats civilisés, opéré sans la perte d’un seul homme; que les dangers que courent ceux-ci dans leurs luttes contre les Barbares, ne proviennent plus guère que du climat et de leurs excès alcooliques et autres,

Qu’on a vu, néanmoins; à mesure que s’est affaibli le risque des invasions des Barbares, les gouvernements des nations civilisées assujettir progressivement au service militaire les individus valides, déduction faite seulement des vieillards et des femmes, pour remplir le devoir sacré de la défense nationale,

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Qu'en dépit des progrès prodigieux de la productivité du mode d’acquisition des subsistances par la production et l’échange, tandis que les guerres entreprises pour tes acquérir par le meurtre et le vol sont devenues de plus en plus coûteuses et que ce dernier mode d’acquisition a continué toutefois d’ètre fréquemment employé, mais n'a pas cessé mémo d’être particuliérement honorable et glorieux,

Que, sans parler dés dommages qu’infligent aux individus assujettis au service militaire, et à l'industrie nationale le temps improductivement absorbé par ce service, les budgets de la Guerre et de la Marine en temps de paix coûtent annuellement 0 milliards aux peuples de l’Europe,

Qu’eu temps de guerre lés frais et les dommages subis non seulement par les belligérants mais encore et de plus ^ u plus par les neutres sur toute la surface du globe s’élèvent à des sommes dépassant sans aucune comparaison les bénéfices que peut retirer le vainqueur de l'agrandissement de son domaine, que la conquête de t'Alsace-Lorrains imprudemment i ,ée par le gouvernement impérial désireux de réparer l'écbec de ses tentatives libérales en reculant la frontière de la France jusqu'au Khin, après avoir coûté à la France vaincue plus de 10 milliards et infligé à l’Allemagne victorieuse un supplément annuel de dépenses militaires qui dépasse sensiblement l’accrois-

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semant do richesse él do puissance que lui vaul sa conquête,

Que le merveilleux développement du crédit public atténue toutefois la charge qu'inflige actuellement la guerre à la nation qui la subit ou l'entreprend, mais eu en reportant la plus grande part sur les générations futures. Si l'on songe que la dette de 148 milliards qui grève en ce moment l'ensemble des nations civilisées, provient principalement do la guerre et de la préparation à la guerro, et qu'un conflit entre les deux Iriplices européennes rendrait considérablement croissante et finirait par dépasser les progrès de la richesse, on peut craindre que l’aggravation des maux de la multitude n’amène le triomphe du socialisme et de l’anarchisme qui précipiteront vers une issue fatale la civilisation si péniblement édifiée.

Que si la guerre a été considérée de tous temps comme un exercice nécessaire à la conservation et au développement des facultés morales et matérielles de l’homme, le courage, le dévouement, l'obéissance et la force physique, elle occasionne les pires éxcès de la bête humaine ; que des professions dangereuses et in salubres telles que la profession médicale, industrie des transports maritimes, la pèche, les mines, etc., exigent non moins que la guerre, des luttes incessantes contre des dangers mortels.

Que si l’on objecte que le risque permanent de la

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IlÉCUnATIÛN DK J.A COATÉBEXCE DE LA HAVE 81

guerre a suscité la création do professions et d'industries qui alimentent une partie do la population, elles n’en occupent pas cependant plus d'un dixiéme, même chez les peuples les plus belliqueux, et quoique les industries nécessaires à la confection, à la conservation et au renouvellement du matériel, l’entretien des soldats, du personnel de commandement et d'administration des armées sans oublier celui des diplomates employés à veiller à la conservation de la paix et au besoin à fomenter la guerre, exigent la mise en œuvre d’un capital considérable, il est hors de doute que si ce capital utilisé aujourd'hui à une besogne naturellement improductive ou, du moins, employé à un mode d’acquisition dont les frais dépassent chaque jour davantage les profits, était consacré au mode progressif de la production et de l'échange, la richesse générale de la nation, y compris la richesse particulière de la classe alimentée par la guerre, s’accroîtrait dans une proportion énorme,

Que si l’on objecte enfin qu'alors même que les nations civilisées eussent fini pat comprendre que l’acquisition des moyens de subsistance par le procédé primitif du meurtre et du vol est décidément moins productif et plus aléatoire que celui de là production et de l’échange elles ne cesseraient pas, néanmoins, d’avoir des différends et des querelles, que l’ambition, l’avidité sans scrupules et parfois la mauvaise foi de certains gouvernements mettent la paix en péril, mais qu’il en est de

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même pour les individus et que c'est dans le bul de préserver de toute atteinte < leurs intérêts et leur honneurs qu’ont été institués les tribunaux, la gendarmerie et la police. Les tribunaux sont composés d'hommes qu’une éducation spéciale a imbus de la connaissance du droit et qui ont pour mission de le faire prévaloir. Par une aberration singulière, c’est la lorce investie dans une armée que les gouvernements chargent de faire prévaloir le droit, en remplissant l’office d’un tribunal au lieu de celui de la gendarmerie et de la police. Et c’est l’armée la plus forte qui décide du droit. Entre les nations demeurées barbares, quoique composées d’individus civilisés :

La raison du plus fort est tou/ours la meilleure.

Par ces motifs :

Les membres délégués à la Conférence de La Haye °nt pris les résolutions suivantes :

1° Les gouvernements représentés à la Conférence n’auront plus de relations avec celui d’entre eux qui refusera de se soumettre au verdict de leur tribunal d’arbitrage ;

2° Les membres des nations, responsables de leur gouvernement boycotteront individuellement ceux do la nation récalcitrante, leurs produits agricoles, industriels, littéraires et autres ;

3° Une armée de 120.000 hommes ayant suffi, au témoignage do l'historien Gibbon, à préserver, pendant

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