‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 22 sur 70 · ARGUMENTS BU PROTECTIONNISME · texte numérisé non relu

ARGUMENTS BU PROTECTIONNISME

et ne se font auoun scrupule, & l’occasion, de pratiquer le libre-échange. Témoin cette jolie anecdote que raconte Henry George dans son livre: Protection et libreéchange. « 11 y a quelques mois je me trouvais la nuit « aveo quelques autres voyageurs dans le wagon des « Tumeurs de l'express do |a Pensylvanie au Pacifique, u Un des passagers rapporta qu'arrivant unjourd’Eu- « rope avec une malle pleine de cadeaux pour sa femme, « il s'adressa à l'inspecteur en lui disant d’un air signin ficalif qu’il était fort pressé. Ah I vous êtes pressé, et i pour combien ? » dit l’employé, — Pour dix dollars. »

< L’inspecteur jette un coupd'œil rapide sur la malle. — o Ce n’est pas beaucoup de presse peur tout ce qu'il y a s là-dedans, » Je lui donnai dix dollars de plus, dit le n narrateur, et il marqua la valise à la craie, comme vue « et bonne à passer. Un autre raconte quo, dans une c circonstance semblable, il ava.it placé une magnifique « pipe de telle sorte qu’elle fut le premier objet à frap- (i per tes regards de l’inspecteur lorsqu'il ouvrirait la a valise ; celui-ci s'élait extasié sur la beauté de la pipe ;

< Elle est & vous», lui dit-il, et la valise passa b la craie. « Le troisième nous dit qu’il posait tout simplement « un billet de banque bien en vue sur les bagages, s Quant au quatrième, son plan consistait à chif- « tonner un billet et à le glisrser dans la main de l’ins- « pedèur, en même temps qu'il lui remettait la clef.

« Ainsi donc voilà quatre hommes respectables et

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« dan» les affaires, comme je le sus par la suite ; l’un a un métallurgiste, l’autre un marchand de charbon en « gréa, et les deux autres des industriels; des hommes « par conséquent d'une moralité et d’un patriotisme au « moins égaux à la moyenne, lesquels non seulement t étaient d'avis qu’il n’y avait pas de mal à esquiver le « paiement des droits, mais faisaient sans aucun soru- « pule un taux serment et regardaient comme une « excellente plaisanterie de corrompre les employés de « la douane. J'eus alors la curiosité d'amener la çonver- « sation sur le chapitre du libre-échange, et je décou- « vris que tous les quatre étaient des protectionnistes. » En résumé, c'est sur des influences politiques beaucoup plus que sur des arguments économiques que se perpétue le protectionnisme.

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La hausse générale des prix, tel est le phénomène économique qui s’est produit d'une manière continue depuis une dizaine d'années et particulièrement dans le cours de la dernière. Aux Etats-Unis, on l’a évaluée à 35 0/0, tandis que la hausse des salaires a élé moindre de moitié, En Europe, on constate partout le même phénomène. Cette augmentation croissante des prix des nécessités de la vie, sans oublier les articles de luxe, peut être ramenée h deux causes principales : l'une économique, la baisse de l’or, devenu l’étalon monétaire de la généralité des peuples civilisés ; l’autre politique, l’accroissement démesuré des dépenses publiques, en partie stériles, sinon destructives, telles que celles des budgets de l'armée et de là marine, en partie moins productives, provenant de l'accaparement progressif des services et des industries que l’Etat dérobe à l’activité privée et è la concurrence. Nous ne possédons pas de

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données certaines sur le montent de la dépréciation de l’étalon monétaire ct.l'inlluenco qu'elle a exercée sur les prix, mais nous savons qu’uno augmentation relativement faillie de la production de l'argent, aggravé & la vérité par la démonétisation partielle de ce métal, en a fait tomber le prix de plus de moitié (do GO sliell, 4 27 ou 28). Nous savons aussi quels production annuelle de l'or, qui no dépassait pas environ S 00 millions en 1885, s'est élevée à 2.057 millions en 1007, mais, dans ce mémo intervalle, le développement do l’industrie, et, en dépit du protectionnisme, des relations internationales, peut-être encore la transformation des banques nationales en trésors de guerre, ont accru la demande de l'or et en ont atténué la baisse, Néanmoins la découverte et l’exploitation par des procédés perfectionnés, d’un surcroît de gisement' r ! 'ères ne peuvent manquer de déprécier graduellement l'étalon monétaire dont la stabilité est nécessaire nux échanges dans l’espace et plus encore dans le temps. C'est une question qui réclamera chaque jour davantage l'attention des économistes.

Copendant la solution de celte question rencontrera, selon toute apparence, moins de difliculté que celle de la réduction des dépenses publiques, partant de la diminution des impôts qui élèvent les prix de toutes choses

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et augmentent les difficultés de la vie de la multitude. En ce moment plus que jamais, rucoroissemonl des dépenses de l'Etat est, au contraire, partout h l’ordre du jour et met dans tous les pays civilisés les budgets en déficit. En France, elles ont quadruplé en moins d'un siècle, le budget vient d'atteindre le chiflro colossal de 4 milliards, et dans les autres pays la progression des dépenses de l’Etat est de même en voie de dépasser les ressources de la nation.

En France, dit M. Caiilaux ministre des Finances (l), l’augmentation des dépenses pendant cette période (1897 à 1907) a été de 430 millions, ce qui est sans doute un joli denier, mais représente seulement un accroissement de 52 0/0;

En Allemagne, l'augmentation est de 1.060 millions pendant la même période, soit 4S 0/0. En Angleterre, l'augmentation des dépenses est de 47 0/0 et elle se traduit par 50 millions de livres, soit 1,250 millions ajoutés au budget. Eu Italie, elle s’élève à 23 0/0 et elle ajoute 410 millions au budget.

Les causes de ce phénomène sont faciles à trouver. D’abord, comme dans toutes les autres entreprises, la maison souveraine ou la classe dominante ou nation propriétaire de l’Etat aspire à augmenter sa puissance, l’étendue de son domaine et le chiffre de ses profits

(1) Séance du Sénat, du 15 décembre.

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moraux ou matériels. Ensuite, par la nature mémo de ses revenus, l’Etat peut satisfaire les mobiles les plus répandus sinon les plus élevés de l’immense majorité de l’espèce humaine, et voilé pourquoi les fonctions publiques sont toujours plus demandées qu’olîertes. Nous avons peur qu’il n’en soit encore ainsi & l'avenir, et que lés-Français ne demeurent sourds é l’éloquente allocution que leur a adressée le rapporteur du budget, M. Poincaré.

TAchôns, a-t-il dit, de ne pas trop encourager autour de nous la mendicité électorale et tâchons de guérir peu à peu le pays de cette paresse morne, de cetle atonie de la volonté, et de cet affaissement du caractère qui détermine un si grand nombre de Français à vivre, que disje, à vivre, à végéter sous la protection de l’Etat, o'esté-dire au dépens de ceux qui travaillent, qui agissent et qui pensent.

Rétribués au moyen de l’impôt, que le contribuable, comme son devancier le serf, est obligé de fournir sous peine de poursuite et d’amende, quelles que soient l’utilité et la qualité des services que lui rend l'Etat, les fonctionnaires possèdent, avec un prestige flatteur, une sécurité qui fait généralement défaut aux employés des industries privées. Car celles-ci ont affaire à une clientèle libre que toute hausse de prix diminue et que la concurrence peut ruiner du jour au lendemain. En

outre, les fonolionnaires de l’Etat se procureront des moyens d’existence au prix d’un travail généralement mofns prolongé, moins dur (et parfois voisin d’une sinécure), que celui qu’exige des entrepreneurs placés sous la pression de la concurrence. On peut donc craindre que l’action des volontés et l'affaissement des caractères ne continuent & recruter le fonctionnarisme.

L’avènement du régime constitutionnel n’a pas eu le mérite de fermer celte plaie des finances publiques, Sous ce régime, les ministres dépendent des députés et' las députés dépendent des électeurs. Or, à mesure que le droit électoral s’étend, il devient nécessaire de multiplier les fondions publiques pour satisfaire les électeurs devenus plus nombreux. Et lorsque le suffrage féminin s’ajoutera au suffrage masculin, on verra selon toute- apparence,' doubler la nombre des fonctionnaires. Lés travaux propres à la femme seront, à leur tour, fonctionnarisés. Ce sera un pas décisif vers i’étalisme.

Le protectionnisme a des effets complémentaires do ceux de l'étalisme ; aux impôts de l’Etat, il ajoute un supplément de taxés perçues au profit, des industriels dont il augmente les profits, et dès propriétaires fonciers dont il grossit les renies, mais qui ont l'avantage de n’être point Visibles. Le mol protection, si heureusement choisi, en résume lès effèls biehfaisants. N’est-il

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pas évident pour la généralité des intelligences que les produits importés de l'étranger diminuent le débouché de l’industrie nationale, et que la quantité du travail qu'ils représentent vaudrait aux ouvriers nationaux plus de salaires, parlant plus de bien-être, et à la nation un accroissement de richesse? Ne faut-il pas pour réfuter cet argument favori de3 protectionnistes, une connaissance de l'économie de l'industrie humaine plus complète et plus s iiro que celle des effets visibles de la protection? N’est-il pas clair, quoi qu'en disent les astronomes, que le soleil tourne autour de la terre et non la terre autour du soleil?

L’étatisme et le protectionnisme ontongendré dès systèmes encore plus parfaits qu’eux-mêmes, qui débarrasseront les sociétés de tous les maux qui les accablent sous le régime capitaliste et conduiront les hommes à un bonheur universel, infaillible et même obligatoire. Ces systèmes auxquels le spirituel auteur de Jérôme Palnrot à la recherche de la meilleure des républiques, M, Louis Reybaud, ancien collaborateur de notre journal, ont acquis une énorme clientèle et tous les jours grandissante. Par nouveau perfectionnement, ils sont en train aujourd’hui dè modifier leurs procédés. Aux moyens révolutionnaires, dangereux et aléatoires, les socialistes les plus intelligents et les plus pratiques, ont substitué les moyens parlementaires, depuis que te suffrage universel leur a ouvert- les parlements où ils

sont à l’abri des coups el libéralement appointés, d’autant plus qu’en qualité de mandataires du peuple, ils jouissent du privilège d’augmenter eux-mémes leurs , V appointements. Toutefois, des progrès d’une autre sorte ont contribué à déterminer cechangement, Les chemins de fer et la télégraphie électrique, en permettant au gouvernement de mobiliser el de concentrer leurs ?!

forces, ont singulièrement diminué l’efficacité des moyens révolutionnaires et les ont réduits à l’état de vieilles machines. Le gouvernement russe ne vient-il pas d’avoir raison de la révolution dans ses deux capi- ft

taies comme sur les points les plus éloignés de son immense empire? Et sa victoire a rempli ses prisons et peuplé la Sibérie de l’élite de l’armée des vaincus. Dans les onze premiers mois de cette année, n’a-t-il pas ache'vé d’en détruire les restes par 1.691 arrêts de morts et 663 exécutions? En France, la Confédération générale du travail, la C. G. T., seule a conservé une pleine confiance dans les moyens révolutionnaires, en les me- <

dernisant par l’hervéisme.

Lés moyons parlementaires -moins bruyants, sont peut-être plus dàngéreux, sans être moins décevants pour la cause qu’il s’agit de socialiser. Les lois dites ouvrières en augmentant les charges et les gênes de l’industrie améliorent-elles le sort des populations qui éri vivent ? L’impôt progressif et la confiscation dés successions, èn ! atteignant le capital, ne se réperouteront-ils Molinari ?

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pas sur le travail ? Les grands chefs du socialisme euxmêmes ne sont pas complètement rassurés sur l'avenir qu’ils préparent. Ne font-ils pas souvenir du propos cynique attribué è Louis XV ! Après moi le déluge I

L’année qui vient de finir n’a point vu se dissiper les difficultés financières et autres dans lesquelles se déballent les gouvernements et encore moins B'alléger le poids des charges que supportent les contribuables et les consommateurs. En Allemagne, le gouvernement impérial a demandé un supplément d'impèts de 625 millions qui pèseront principalement sur la boisson des gens dont la nourriture est déjà lourdement taxée. , En échange, il a doté la nation d'un armement maritime qu’il a jugé indispensable à sa sécurité et k la conservation de la paix. Hais voici que l’augmentation de la sécurité de l'Allemagne a diminué celle de- l'Angleterre. Dans l’opinion d’un illustre homme de guerre, Lord Roberts, il ne va pas falloir moins d'une armée de 600.000 hommes recrutés par conscription, et d’une dépense supplémentaire do 20 millions sterlings pour préserver l'Angleterre d'une invasion allemande. A l’exemple de l'Allemagne, et toujours pour mieux assurer la conservation de la paix du monde les Etats-

Unis, la France, l’Italie s'efforceront de mettre leur . armement maritime au niveau de son armement terrestre. Les protectionnistes ont continué en Suède, en Suisse, en France, à élever et à compléter leurs tarifs des douanes. En Italie, l’Etat confiant dan3 sa supériorité industrielle a enlevé les chemins de fer à l’industrie' privée ; en France, il a repris, en attendant mieux, tes chemins de fer de UOuest ; en Angleterre, le Parlement a adopté les lois sur les retraites ouvrières, sur la journée de huit heures dans les mines: en Belgique, le Parlement a accepté le cadeau onéreux de l'Etat du Congo, etc., etc. ; mais voici un fait inquiétant et qui pourrait bien n’être pas sans rapport avec l'augmentation générale des dépenses publiques et privées, c’est le ralentissement & peu près général du mouvement de la population. En France, la mortalité a même dépassé la natalité. Une commission a été nommée pour aviser aux moyens de combler cet Inquiétant déficit des contribuables. Une prime d’encouragement aux familles nombreuses a été proposée, mais si cette mesure empruntée au protectionnisme a servi è multiplier les vors-à-soie, elle n'a pas eu à Rome, et récemment en France, même sous Louis XIV, la même efficacité.

Quoique le libéralisme soit privé de l'appui secourable des gouvernements, il n’a pas cessé de lutter vaillamment contre le protectionnisme et le socialismo. Le Congrès des free trade, réuni à Londres au mois

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