‹ Ultima verba mon dernier ouvrageChapitre 21 sur 70 · ARGUMENTS DU PROTECTIONNISME · texte numérisé non relu

ARGUMENTS DU PROTECTIONNISME

à la conclusion d’un traité d’échange, qualifié de traité de commerce, en abaissant réciproquement les droits qui barrent l’entrée des produits des industries les plus intéressées à étendre leurs débouchés. Il faut, bien entendu, en opérant cet échange, se garder d’ouvrir ta porte aux produits qui leur font concurrence. Elles ont, d’ailleurs, soin d'y veiller. C'est aux dépens des industries plus faibles, ou moins politiquement influentes, que s'abaisse le tarif. Cependant les négociateurs du traité en débattent avec acharnement les conditions et les prix. Car ils sont convaincus, en leur qualité de protectionnistes, que tout abaissement de tarif en augmentant l'importation d’une marchandise étrangère, cause à la fois un désastre particulier et une perle générale. Aussi un protectionniste subtil a-t-il découvert un procédé ingénieux pour éviter ta perte partielle que causent les traités de commerce et même pour les employer & renforcer la protection de l’ensemble des industries nationales j c’est d'exhausser préalablement le niveau du tarif général, de manière à rendre illusoire en fait, sinon en apparence, les réductions partielles de droits consenties par les négociateurs. Malheureusement, cette invention, n’ayant pu être garantie par un brevet, n’a pas manqué d’élre aussitôt imitée, et la France seule par uns inexplicable négligence, a tardé i faire la, réforme douanière nécessitée par ce progrès.

Cependant, i’ Angleterre libre-échangiste se trouve à

L'LTIMA VESBA

cet égard dans une situation pire encore que celle de la France, Ayant supprimé la généralité des droits protecteurs de ses industries, elle n'a plus rien ê donner en échange pour obtenir des nations protectionnistes qui l’entourent des réductions de tarir. Elle ne peut plus çonolure de traités de commerce. Elle est obligée de demander l’extension de ses débouchés uniquement à des efforts coûteux el pénibles qui permettent à ses produits de franchir les obstacles des tarifs protecteurs. Et é mesure qu'ils y réussissent davantage, on exhausse les droits de douane même dans ses propres colonies. C’est lé, comme on sait, un des argumenis les plus suggestifs dont s'est servi M. Chamberlain pour provoquer le rétablissement du régime protecteur. Certes, l’obstacle que les nations protectionnistes opposent à l'extension du commerce britannique est des plus sérieux, et cependant ce commerce a continué à s’étendre plus que jamais. Comment s’expliquer cette anomalie ? Par les deux effets dia.mêtralementopposés delaprotection : l'un d'empêcher les produits étrangers d'entrer, l’autre, lés produits nationaux do sortir. Toutes lès nations dvi-. lisées se disputent aujourd'hui des marchés de consommation, mais, dans cette lutte, lés industries des nations protectionnistes Ont apporté, comme un poids mort, des charges artificielles dont la protection augmento leurs prix dé revient, tandis que les industries des nations libre-éohangistes ne supportent rien de plus que leurs

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de France

MIGU.MENTS UU FnOTKOnONMSME

charges naturelles, On est ainsi amené à se demander si le protectionnisme des nations concurrentes de l'Angleterre ne contribue pas plus h augmenter ses débouchés qu'à les restreindre. C'est ce qui expliquerait l'extension conlinuede soncommerce extérieur, en dépit de l'exhaussement croissant des murailles protectionnistes. L'Angleterre a aujourd'hui' le monopole du libre-échange. Toutefois, h cité de ses avantages, ce monopole a ses inconvénients, Au mesure qu’il se prolonge, il produit sou clTet ordinaire : le ralentissement du progrès, que l’on constate dans quelques-unes des industries britanniques, Le retourau régime proteoteur aggraverait cette cause de retard tandis que l’extension du libré-éobange chez les autres nations la forait disparattre, et c'est pourquoi l’Angleterre, malgré le profit qu'elle tiré de ce monopole, est intéressée h l’extension du libre-

Autant les libres-échangistes ont de foi en l'utilité de ta concurrence, et s’efforcent de l’étendre, autant les protectionnistes ta traitent en ennemie et travaillent activement à l’interdire. Après s’êtré bornés ii prohiber la concurrence extérieure, ils ' s'efforcent aujourd'hui de supprimer la concurrence inférieure et ils constituent dans ce but aux Etats-Unis des trusts; en Allemagne des cartels. C’est une nouvelle utilité dps tarifs protecteurs

qui est apparue et deven mesure que le dévelup cqiei Molinari J ,

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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de Frar

rieure abaissait davantage les prix ot diminuait les profils de la proleclion. Tantôt par la porsuasion, tantôt par la contrainte, des esprits audacieux et peu scrupuleux ont entrepris de se rendre matlres des prix sur le marché intérieur. Ils ont édifié de monstrueux monopoles tels que les trusts du sucre, du pétrole, de l’acier, du cuivre, etc,, qui ont passé au travers des toiles d’araignées des Anli-lrusls-lauis et dont l’iniluence politique est assez puissante pour rendre intangible le tarif ultraprotecteur i le père des trusts. Aussi bien que les cartels, les trusts n’ont pas eu seulement pour conséquence d’élever les prix et de créer d’énormes fortunes aux dépens des consommateurs, ils ont produit un elfet inattendu par la pratique du dumping. Obligés do produire des masses croissantes sous peine de ralentir la mise en oeuvre de leur colossal outillage, les trusts en écoulent le surplus sur les marchés étrangers et vendent ainsi àbon marchéau dehors ce qu'ils vendent cher au dedans. Et comme la plupart de cesproduits,le fer et l’acier, par exemple, servent de matières premières 4 une foule d'industries, le système institué pomsar regarder l’industrie nationale contre l’industrie fl •anàire'firiitpar protéger l’industrie étrangères Contre i‘."'|uslrie nationale.

II nous paratt inutile d’insister sur la réfutation des argümehls protectionnistes. Anciens pu nouveaux ce -sont des arguments de parade. Les plus ardents défenseurs du tarif protecteur ne les prennent pas au sérieux

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