I.'ÉVOI.UTION BU SALARIAT
aveo les coalitions, tes unions ou les syndicats, nais ils excluaient de leurs ateliers les ouvriers qui en faisaient partie. Ce n’est qu’à la longue, lorqu’aux coalitions, temporaires et mal pourvues de ressources, ont succédé des unions et des syndicats permanents, sufGsamment munis de capitaux, qu’ils se sont résignés à traiter avec eux,
Mais le même esprit de monopole et de domination qui animait la classe dirigeante de l’industrie n’était pas moins répandu et moins vivace dans la classe ouvrière. IA mesure que leurs associations se sont multipliées et sont devenues plus puissantes, les ouvriers ont entrepris à leur tour d’imposer leurs conditions aux industriels, De même que ceux-ci, au lomps où iis étaient les plus forts, où dans des marchés étroitement limités, ils avaient affaire à une multitude famélique, usaient de leur monopolo de fait pour exiger un maximum de travail en échange d’un minimum de salaire, sans se préoccuper de savoir si ce salaire suffisait ou non à la conservation et à la reproduction du capital de forces productives des ouvriers, les unions ot les syndicats se sont proposé pour objectif un maximum de salaire en échange d’un minimum de travail, sans s’inquiéter davantage de savoir si cet excès de leurs exigences ne causerait pas la ruiné des industriels et la destruction de l’industrie,
Entre les industriels, accoutumés à une prépondé-
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rance séculaire, et les ouvriers, maintenant pourvus du puissant instrument de l'association, tes uns et les autres, animés du mémo esprit de monopole et de domination, la guerre était donc inévitable. Elle s'est propagée dans toute l’étendue du domaine de la production, on s'aggravant h mesuro que les ouvriers ont acquis davantage les ressources nécessaires pour l’engager et la poursuivre.
Nous avons maintes fois décrit le mécanisme et la lactique de cotte guerre civile du capital et du travail. Elle a pour objectif la domination du marohé du travail et elle procède par un double accaparement ! accaparement du travail par les ouvriers, du salaire par les industriels. Quel but se proposent les ouvriers en se metlant en grève et eh choisissant de préférence le moment où les commandes affluent, où, par conséquent, leur travail est ie pins nécessaire ? C’est d'obliger l’industriel ù accepter les conditions qu’il leur platt de lui imposer, sous peine de subir le dommage résultant de la privation de cet agent indispensable de la production. S’il estime que ce dommage dépasse celui que lui causera l’acceptation des conditions de grévistes, - il consentira probablement à se soumettre, provisoirement du moins, à leurs exigences. Mais pour obtenir ce résultat, pour remporter* cette viotoire, les grévistes doivent écarter absolument la concurrence des ouvriers du dehors. Or, sous un régime-do liberté de travail, il
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l'évolution du salariat
est rare que les industriels ne trouvent pas è les remplacer, en augmentant au besoin légèrement le (aux du salaire. Il faut dono que les grévistes interdisent b la concurrence l’accès des ateliers, dans lesquels ils onlfaitle vide, ot qu'ils s’attribuent le droit exclusif d'approvisionner de travail, comme les industriels s'attribuent celui d'approvisionner de leurs produits, le marché national. Seulement, les grévistes n’ayant pas de douane à leur service, remplissent eux-mème3 l’office de douaniers, en employant les procédés adaptés à ce genro d'office. Les industriels ne manquent pas de se plaindre — et ils se plaignent avec raison — de celte atteinte i la liberté du travail, mais il ne leur vient pas à la pensée qu'ils se rendent coupables d’un méfait analogue, èn mettant en œuvre leur influence politique, pour interdire l’accès du marché national aux produits étrangers, afin d'élever, do même, artificiellement, lo prix de leurs produits au-dessus du taux naturel de la concurrence. Iis portent ainsi atteinte & la liberté de l'échange, non moins respectable que la liberté du travail, dont elle est le complément nécessaire.
A cette pratique protectionniste, les grévistes en joignent une autre, certainement moins répréhensible, en échelonnant les mises en interdit des entreprises d’un même foyer d’industrie. Grâce à cet expédient ingénieux, ils peuvent alimenter la caisse de la grève à mesure qu'elle s'épuise, au moyen des subventions
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que leur accordent, — naturellement, à charge de revanohe, — les ouvrier.! des entreprises qui demeurera en activité. Seulement, h cette tactique, les industriels en ont opposé une autre, celle du lock-out ou de la fermeture générale des ateliers. C’est une mesure cruelle, et qui atteint souvent des ouvriers qui ne sont point de connivence avec les grévistes, mais c’est la guerre i
Au moment où nous sommes, cette guerre se poursuit dans toute l'étendue du monde industriel et les grèves récentes de l'Italie et de Marseille attestent mèmè qu’elle est plus violente que jamais. Cependant on peut déjà en prévoir la fin, Ce n'est pas que le même esprit de monopole et de domination ait cessé d’animer les deux adversaires, que les industriels aient renoncé à imposer aux ouvriers, et les ouvriers aux industriels, les prix et conditions de l'échange du travail contre un salaire. Mais le développement continu de toutes les branches de la production, les progrès merveilleux des moyens de transport, et l’extension des marchés du travail qui est la conséquence naturelle de cette évolution industrielle, leur montre chaque jour plus clairement l'impossibilité dé soustraire le salaire à l’opération régulatrice de la concurrence.
Comment la concurrence règle aujourd’hui le prix des produits et des capitaux investis dans les choses, malgré les obstacles naturels et arliBciols qui limitent
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l'évolution ou salamat
encore et troublent sa sphère d’action ; pourquoi les organes nécessaires qu'elte s’est créés pour remplir cette fonction régulatrice font encore défaut au capital investi dans l'homme, c'est ce que nous avons examiné dans des études précédentes que nous allons brièvement résumer.
A mesure que les produits et les capitaux sc sont multipliés et que l'extension de tours marchés de consommation a obligé de les porter dans des localités et des régions plus éloignées de leurs foyers de production, le besoin d'instruments et d’agents do mobilisation s'est davantage fait sentir. Comme à tous les autres besoins, il a été pourvu à celui-là aussitôt qu'il est devenu assez fort et assez pressant pour déterminer, par l’appàt d’un profit rémunérateur, la création et le développement de l’appareil destiné à y pourvoir. Les instruments de communication maritimes et terrestres se sont multipliés et perfectionnés sous l’impulsion de la demande de plus en plus active qui en était faite ; la navigation à vapeur, les ohomins de fer, la télégraphie et la téléphonie électriques ont couvert le globe d’un réseau nerveux, en libérant ainsi les mouvements de la concurrence de l’obstacle naturel des distances et ne laissant debout que les obstacles artificiels, créés par l’imbécile
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aviciilé de l'homme. En même iemps et pour satisfaire au mémo besoin, se multipliaient les intermédiaires nécessaires à l’apport des produits et h l'éclairage des marchés, maisons, sociétés, bourses do commerce, organes de publicité de toute sorte. Grâce à cet appareil do mobilisation, nous avons vu décupler, en moins d'un siècle, la circulation des produits, leurs marohés déborder des frontières des Etals et n'avoir plus d'autres limites que celles do notre globe. Ne recevons-nous pas aujourd'hui des Antipodes, du blé, de la viande et des fruits? Or, quels sont les résultats de cette évolution industrielle et commerciale dont nous commençons seulement & apercevoir la portée? Ce n'est pas uniquement de multiplier les matériaux do la vie ot du bienêtre, en les rendant accessibles au grand nombre, c’est encore d’en opérer la distribution d’une manière de plus en plus équitable et utile. Comment, eu effet, s’établissent les prix des grands articles de consommation, les céréales, le coton, la laine, les métaux, le charbon, etc., qui ont aujourd’hui à leur service, sur te vaste marché du inonde, les instruments et les agents de mobilisation nécessaire i l’opération régulatrice de la concurrence? Ils s'établissent sans lutte et même sans débat, d'une manière purement mécanique, d'après l'évaluation de la récolte ou du montant de la production disponible, d'une part, des besoins de la consommation de l’autre. Et, sauf la différence des frais
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de transport et des droits de douane, il*- sont sensiblement les mêmes dans toutes les parties du monde, maintenant unifié. De plus, ils tendent incessamment, sous l'impulsion de la loi naturelle de la valeur associée à celle de la concurrence, h s’abaisser au niveau des moindres frais de la production, Lorsque la quantité produite demeure au-dessus des besoins de la consommation, le prix s’élèvo dans une progression telle, qu'il devient aussitét avantageux d'en augmenter la production; lorsque la quantité est surabondante, le prix s'abaisse daus la même progression et la production se ralentit. C’est une gravitation économique, qui ramène continuellement le prix au taux nécessaire pour que la production puisse subsister, ni plus ni moins,
L’extension des marchés et leur mise en communication de plus en plus rapide et presque instantanée par la multiplication et le perfectionnement des instruments et des agents de mobilisation ont amené un résultat analogue, mais plus complet encore dans la distribution des capitaux investis dans les choses. Tandis que sur les marchés resserrés et isolés de l’ancien régime industriel, {es capitaux se mobilisaient encore moins que les produits et que dans la plupart de ces marchés un petit nombre de capitalistes tenaient, le plus souvent, les emprunteurs à leur merci et leur prêtaient à usure, en dépit des lois limitatives du taux do l'intérêt, nous Molinari 12
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voyons aujourd’hui le marché des capitaux égaler sinon dépasser en étendue celui des produits de grande consommation. C’est par milliards que se chiffra l'exportation des capitaux des pays où la production est abondante, l’Angleterre, la France, la Belgique, la Suisse, etc., dans ceux où elle est rare. Et telle est le nombre et la puissance des instruments et des agents de mobilisation à leur service, télégraphes; bourses, banques et organes de publicité de tout ordre, telle est la rapidité de leurs opérations, que la tendance à l’unification du taux de l’intérêt est plus générale et plus accentuée encore que celle du prix des produits. Les différences no proviennent pins guère que de l’inégalité des risques. Aussitôt que dans un pays ou dans une industrie le capital reçoit une rétribution qui dépasse lo taux nécessaire ou tombe au-dessous, les capitalistes dosservis par ce merveilleux appareil do transmission et déformations presque instantanées y portent leurs fonds ou tes en éloignent jusqu’à ce que lo niveau soit rétabli.
C’est ainsi, par l’opération régulatrice des lois naturelles de la concurrence et de la valeur, que les produits et les capitaux se distribuent et que leur prix tend à se îlxor do la manière la plus utile dans le vaslo marché du monde,
l'évolution du salariat
Le capital incorporé dans l'homme, le capital humain ou personnel, est régi par les mimes lois naturelles que te capital investi dans les choses. Malheureusement, les conditions dans lesquelles l’ouvrier so trouvait placé, à l’époque où il est devenu propriétaire de son capital de forces productives, étaient fort différentes do colles des propriétaires des autres catégories de capitaux. Comme le remarquait Adam Smith, l’hommo était alors <r de toutes les espèces do colis, lo plus difficile à transporter ». Libre en droit, — non toutefois sans des restrictions de diverses sc-ieo, — de porter son travail sur te marché où le prix on était le plus élevé, l’ouvrier possédait rarement les moyens d’user de cetto liberté. Il élait conflué dans la localité où il était né, où, de génération en génération, il avait été attaché par les liens de la servitude et où sa rétribution était réglée par uno coutume séculaire. Cet état do choses ne pouvait disparaître du jour au lendemain, et l’avènement légal de la liberté du travail n’eut pas, en effet, le pouvoir de le changer, comme par un coup de baguette, Nulle part, il n’a déterminé une hausse immédiate et directe des salaires. Cette hausse, qui s’est opérée dans le cours du six' sièclo, a été due, mais seulement d’une manière
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indirecte et successive, à l’augmentalion de l'industrie, dégagée des entraves du régime réglementaire, à l’accroissement de la concurrence des industriels pour demander le travail, qui en a été la conséquence, enfin, mais à un moindre degré, & l'élargissement des marchés ouverts aux ouvriers pour l’offrir. A un moindre degré, disons-nous, car les intermédiaires qui étaient les agents de l’élargissement des marchés des produits et des capitaux, proprement dits, faisaient défaut au travail.
Ce n’était pas que le besoin d'intermédiaires fût moindre pour le placement du travail que pour celui des produits et des capitaux, mais aux obstacles naturels que rencontrait la création de ce rouage nécessaire, s'ajoutaient les obstacles artificiels que lui opposait l'intérêt particulier des industriels. Intéressés à payer le travail devenu libre le moins cher possible, ils recouraient, pour atteindre ce but, au même procédé dont ils usaient pour abaisser le prix des matières premières : la prohibition à la sortie. L'article 417 du Code pénal qui assimile à un crime le transports des ouvriers à l'étranger (i ), et la mise des bureaux de placement
(t) Art. 417 du Code pénal ! quiconque, dans la vue de nuire a l'industrie française, aura fait passer en pays étrangers des directeurs, commis ou des ouvriers d'un établissement, sera puni d’un emprisonnement de six mois h deux ans, et d'une amende de 60 trancs h 300 francs.
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sous l'autorité discrétionnaire de la police étaient inspirés par cet intérêt protectionniste. On pourrait s’étonner que cette hostilité contre les bureaux de placement ait passé ensuite aux ouvriers, si l’on n’en Irouvait l'explication dans les conditions d’exislence précaires qui leur étaient imposées et la déconsidération que ce régime de suspicion leur attirait. Pour en compenser les risques el les dommages, il leur fallait bien élever le prix de leurs services, au détriment des ouvriers. De là, leur réputation d'exploiteurs et le préjugé auquel ils étaient en butte.
Si l’on remonte à la source des préjugés contre les intermédiaires, on ta découvrira, au surplus, toujours dans quelque dommage originaire, communément aggravé par l’intervention de la loi pour y remédier, et dans le ressentiment, légitime ou non, que ce dommage a provoqué.
Telle a été notamment l’origine du préjugé contre les marchands do grains, non moins générai et enraciné que le préjugé contre les buicaux de placement. D'abord, peu nombreux dans des marchés étroits et isolés par des obstacles naturels et artificiels, les marchands de grains y possédaient un monopole de fait qui leur permettait d’aolieter ie blé h vil prix aux cultivateurs, au moment oit ils étaient pressfs de le vendre pour payer teurs fermages et leurs redevances ; puis, tiprès avoir ainsi accaparé la plus grande partie, sinon
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la totalité do la récolte, d’en mesurer la vente, de manière à Taire hausser artificiellement le prix n un laux excessif. Ajoutons, que la réglementation à laquelle l'autorité les assujettissait d'habitude, en écartant l'esprit d'entreprise et les capitaux de leur commerce, ne pouvait que renforcer leur monopole et aggraver la mal. Là situation a changé lorsque les obstacles qui rétrécissaient et isolaient les marchés ont été aplanis. Devenus plus nombreux dons des marchés élargis, les marchands de grains se sont fait chaque jour une concurrencé plus serrée, tant pour acheter que pour vendre, et celle concurrence a eu pour effet naturel d’éliver les prix pour tes producteurs et de les abaisser pour les consommateurs. Dans ces marchés de concurrence, les manœuvres d’accaparement qui pouvaient procurer des profits usuraires dans tas marohés du monopole, ont échoué chaque fois qu’elles ont été tentées. Telle a été, il y a quelques années, la tentalivo d’accaparement des blés américains, qui a abouti S la dêconfiluro de l'accapareur, M. Loiler. Dans le vaste marché du monde, maintenant unifié, le prix du blé se fixe par l’opération dos lois de ta concurrence et de la valeur, en raison de l’étal des récolles et dos approvisionnements d’une part, des besoins de la consommation du l’autre, sans qu’it soit possible de les fausser. C’est un prix impersonnel qui s’établit, pour ainsi dire, d'uno manière automaliquo, sans débals el sans marchandage. Le pré-
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