I, 'ÉVOLUTION DU SALARIAT
était libre, sans doute, de se dérober b ce monopole tacite, en allant offrir son travail dans quelque autre foyer d'industrie, mais il ne possédait ni les ressources, ni les informations nécessaires 4 son déplacement. En fait donc, il demeurait, comme auparavant, 4 la merci de l'employeur avec cette circonstance aggravante, que celui-ci était dégagé de toute obligation 4 son égard et pouvait -u besoin lui opposer la concurrence d’ouvriers étrangers. Car les lois qui prohibaient l'importation des produits 4 l’étranger, ne s’appliquaient pas au travail ; le profit de l'industriel était protégé, le salaire de l'ouvrier no l'était point. Enfin, la législation fiscale achevait l’œuvre d’inégalité de la protection douanière et des lois sur les coalitions, en multipliant et en aggravant les impôts indirects sur les articles de grande consommation, qui atteignait dans la plus forte proportion la classe ouvrière.
On s'explique donc que le salaire soit trop souvent tombé, sous l'influence de ces circonstances du milieu, au-dessous du taux nécessaire au bon entretien et 4 la reproduction du capilal des forces productives de l’ouvrier. Peut-être ce salaire aurait-il pu -suffire 4 la rigueur, si les ouvriers avaient généralement possédé la capacité mentale qu’exige la responsabilité naturellement attachée 4 la liberté, mais la loi n’avait pas fait de distinction entre les capables et les incapables ; elle avait imposé également aux uns et aux autres le même
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régime, sons rechercher si co régime, qui était visibls- , ment bienfaisant pour ceux-ci, «'allait pas élro nuisible à ceux-là.
S’il est incontestable quo l’abolition desprivilègosdes corporations cl des derniers rostos du servage des travailleurs attachés aux exploitations agricoles et minières a efficacement contribué aux progrès qui ont donné naissance à la grande industrie dans le cours du xvin' sièclo, et augmenté dans des proportions extraordinaires la richesse des nations civilisées, si la liberté du travail a donné en mémo temps aux ouvriers d’élite la possibilité de s’élever aux plus hauts rangs do la hiérarchie industrielle, on revanohe, on ne saurait dire qu’elle ait amélioré, d’uno manière instantanée, la condition do la multitude, comme se l’imaginaient tes croyants en la toute-puissance de ta Loi. Abandonnée à elle-même, sans posséder encore la capacité mentale' qu’exige le self government, dans un milieu où l’exercice de la liberté se heurtait b tout un ensemble de charges et de restrictions artificielles, aussi bien quo d’obstacles naturels, elle s’est montrée impuissante à pourvoir aux exigences impératives de cet état nouveau ; comme la richesse, la misère s’est propagée dans des proporlions auparavant inconnues. A la charité privée devenue insuffisante, il a fallu joindre l’assis-, tance publique, Mais l’expérience n’a pas lardé b démontrer que la charité, et encore moins l’assistance, ne
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DÉVOLUTION BU 8ALAIUAT
sont pas des remèdes, qu'elles aggravenl même le mal qu'elles ont pour objet de guérir, en détendant le ressort de l'activité et de la prévoyance individuelles. Alors, aux espérauces démesurées qu’avait fait concevoir le nouveau régime, a succédé une réaction non moins excessive ; on a proclamé la faillite de la liberté, et au self government imposé indistinctement aux capables et aux incapables, les socialistes ont opposé des systèmes qui se résolvaient dans l'asservissement des uns et des autres.
Cependant, les circonstances du milieu se modifiaient à l’avantage do la classe ouvrière, sous l’impulsion des progrès qui augmentaient la productivité de l’industrie. Les entreprises se multipliaient è mesure que les produits créés il moins de frais devenaient accessibles à un plus grand nombre de consommateurs et, & mesure qu'elles se multipliaient, ejles so faisaient davantage concurrence, tant pour l’achat du travail que pour la vente des produits. Les ligues tacites dont parlait Adam Smith s'organisaient plus difficilement et elles se rompaient lorsque l'affluence des commandes rendait le besoin de travail plus pressant. D’ailleurs, la transformation des moyens de transport allait bientôt donner aux ouvriers la possibilité de se dérober à oes monopoles
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locaux. A dater de l'avènement des chemins de fer et do la navigation il vapeur, et malgré l'absence des agents do mobilisation à l’usage des produits et des capitaux, l'émigration intérieure aussi bien qu’extérieure, d'exceptionnelle est devenue normale, et le taux du salaire sur un marché progressivement agrandi, a de moins en moins ressenti l’influence déprimante du monopole. Et landiB que les socialistes ne voyaient de remède aux maux de la classe ouvrière que dans la suppression de la liberté, les économistes demandaient ce remède à son extension. Ils réclamaient et finissaient par obtenir l’abrogation des lois sur les coalitions qui empêchaient le salaire de s’élever au taux naturel de la coneurrenoe et do la réforme dè la législation douanière piotectionniste qui en abaissait le pouvoir d'achat.
Mais les réformes ne sont fécondes et durables qu'à ia condition d’avoir été faites auparavant dans les esprits. Quel était l'état mental des industriels et des ouvriers à l'époque où oui été abrogées les lois sur les coalitions ? Sous le nouveau régime do liberté que ia loi venait d'établir, leur meulalilé demeurait telle que l’avait faite le régime séculaire du monopote. Accoutumés & user de la supériorité de leur pouvoir snr les ouvriers dans l’éohange individuel’ du travail contre un salaire,, les industriels ne purent d’abord se résoudre de plein gré à traiter avec les ouvriers associés. Non seulement ils refusaient do débattre les conditions de cef échange
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