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ULT1MA VERBA

besoins. Mais une partie seulement de eetle valeur B’ejoute à l'œuvre divine, celle qui la répare et l’embellit, une autre partie sert à la satisfaction des besoins matériels de l’hommo et n’augmente point la valeur de l’œuvre divine. De plus, la valeur est le fruit de l’opération, et cette opération propre !i l'homme est incompatible avec le mode d’acquisition des substances des espèces végétales et animales, la destruction et le vol. Or, plus la quantité dé valeur produite s’accroît, plus s'augmente la tentation de s’en emparer par le procédé du vol. La valeur peut être ainsi détruite et l’espèce humaine ramenée it la condition des espèces inférieures, à leur tour menacées d'une destruction inévitable et finale par la disparition de la production. L’ossature de notre globe pourrait subsister jusqu’à la dissolution de ces matières, mais il resterait à l’état de ruine sans valeur. Comme la matière et les forces matérielles se transforment et ne périssent point, les forces spirituelles sont perpétuelles et subsistent dons l’état où elles so présentent après chacun de leurs emplois telles montent ou descendent selon l’œuvre utile ou nuisible qu’elles ont accomplie. Tel se résout lo problème de l’immortalité de L'Ame.

Nous pourrions poursuivra cette hypothèse et rattacher la destinée do la race humaine, soit qu’elle s’élève ou tombe en décadence, à celle du globe qu’elle habile et de la Divinité cllo-mème. Le spectacle de l'univers

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nous montre, en effet, qu’il n’est pas immobile, que de nouveaux mondes y apparaissent tandis que d'autres disparaissent, en un mot, qu'il est b i’élat do constante évolution i on peut conjecturer encore que les êtres spi, rituels qui façonnent et gouvernent les mondes et les êtres auxquels ils ont communiqué la vie, subissent une évolution analogue, qu’ils déclinent ou progressent, et que sous l'influence de la loi naturelle et universelle de la concurrence, les progrès réalisés en un sens se propagent dans tous les autres, en sorte que l’univers spirituel aussi bien que matériel est dans unélat de perpétuel devenir. Mais notre hypothèse ne peut acquérir quelque utilité qu’en se fondant sur l'état actuel de nos connaissances. Or, la science est progressive : après avoir renversé les systèmes sur lesquels se fondaient les anciennes conceptions religieuses, elle peut de même bouleverser l’édifice de notre science et rendre dans l'avenir nos conceptions actuelles aussi invraisemblables que sont devenues pour nous celles du passé. Ce n'est donc pas sur l’étal actuel de nos connaissances, pas plus que sur celles du passé que peut se fonder la foi religieuse. Le seul service qu’elle lui ail rendu, c'cst d'avoir donné b l’argument de consentement universel une baso possible, en découvrant dans iè cerveau humain l'organe do la religiosité.

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Gomme tonies les autres manifestalions de l’activité humaine, les conceptions religieuses sont susceptibles de progrès. Après avoir attribué aux divinités des besoins matériels et souvent immoraux, l'élite de la race humaine a élevé leur nature et, en se soumettant à leur autorité, elle a spiritualisé dayantage leur culte. Mais si les religions ont contribué aux progrès de la mentalité des hommes, elles no sont demeurées efficaces qu'à la condition de s'accorder à l’état do cotte mentalité, de ne point la dépasser. Quand elles la dépassent, elles cessent d’ètre comprises, et les injonctions utiles qu’elles sanctionnent cessent d’èlre observées. C'est ainsi que le Christianisme apparaît comme un agent de moralisation supérieur aux cultes grossiers qu’il remplace. Mais on peut se demander si le Christianisme, devenu la plus parfaite des religions, est encore au niveau de la mentalité de l'élite imbue do ta science actuelle. Certes, il y a dans la tradition du christianisme un contingent de conceptions et de légendes on retard sur les connaissances actuelles, et qui répugnent atix intelligences nourries des modernes découvertes de la science. Mais ces conceptions et ces légendes n’ont rien d’osseniiol ; elles laissent iutactes la

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partie morale du Christianisme, celle qui s’adresse rut parties les plus élevées de l'Ame humaine, et qui lui fournissent un aliment nécessaire et dont l’excellence n’a point été surpassée, Cet aliment qui répond au besoin de consolation et d’espérance de l’élre imparfait qu'est l’homme, aucune religion nouvelle ne la fournil.

I L'hypothèse matérialiste. — Si les doctrines anti-religieuses, auxquelles on a donné la dénomination générique de matérialisme, ont existé de tout temps, elles ont, sous l'inlluence de causes diverses, pris un essor extraordinaire particulièrement chez les nations chrétiennes, et leurs auteurs et propagateurs prétendent aujourd'hui les substituer aux religions, Selon lès plus modérés do ces novateurs, les religions, après nvoir été utiles dans l'enfance de l'humanité, sont devenues inutiles et nuisibles; selon les plus radicaux, socialistes ou anarchistes, elles t'ont été toujours, Bornonc-nous à examiner si celte substitution constituerait un progrès.

Quoique la Divinité du Christianisme ne fût pas enlàehée des vices qui avaient soulevé laconsoience contre les Dieux du paganisme, la foi dont elle était l’objet avait été atteinte A la longue par les abus- et les vices

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du gouvernement de ses minisires temporels et spirituels. Dans le cours du xvm* siècle, les critiques qui minaient l'édifice des traditions du Christianisme en employant l’arme du ridicule avaient trouvé en France, dans la classe dirigeante de l’industrie et des professions libérales, un publie de plus on plus influent et nombreux, hostile à l’oligarchie guerrière et religieuse qu’elle aspirait & remplacer. Une révolution violente lui permit d’atteindre son but ; elle enleva la possession de l’Etat au monarque entre les mains duquel avaient fini par se concentrer les pouvoirs de cette oligarchie, pour la remettre, nominalement du moins, à la nation. L’autorité morale et matérielle qui assurait l’obéissance aux lois cessa d’ètre émané de ta Divinité pour être transférée h la nation souveraine. Mais en devinrentelles plus justes et mieux obéies? La nation était incapable d’user elle-même de son autorité. Elle devait, comme l’avait fait auparavant la Divinité, en confier l’excrcleo h des délégués, Sans doute, ceux de la Divinité en avaient souvent abusé au profil de lour Intérêt particulier et aux dépens do la nation, Mais la nation se composait de différentes classes qui avaient chacune des intérêts particuliers. Ces intérêts particuliers avaient beau se confondre è la longue et finalement aveo l’intérét général, ils trouvaient un profit immédiat è se satisfaire aux dépens d’autrui. Une lutte s’engagea donc entre les classes pour la possession de l’Etat, des fonc-

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MATêRtALtSJtE ET SPIRITUALISME 3 ( 3 '

lions lucratives don l il disposait cl des privilèges qu’il pouvait conférer. La plus forlo l’emporta, et comme elle se composa successivement d'individualités plus nombreuses, plus ignorantes et non moins avides que ne l’avaient été les membres de l’ancienne oligarchie gouvernante, ses mandataires furent obligés d’augmenter successivement les charges de la nation jusqu’à causer sa ruine.

Mais à cette conséquenco matérielle de la substitution do ia souveraineté humaine à la souveraineté divine devait se joindre une conséquence morale, encore autrement gravoen enlevantauxlois nécessaires à l’existence des sociétés la seule sanction à laquelle nul ne pouvait échapper,

Si la Divinité s’était laissé dépouiller du pouvoir sou- . verein qui lui avait été attribué dans l’enfance de l'humanité, o’est doue que ce pouvoir n'existait point, o’est que la Divinité elle-même était, comme les fées et les kobolds, u reproduit de l'imagination do l'homme. Les forces contenues dans la matière et dont la science avait révélé l’existence ne suffisaient-elles pas pour expliquer son organisation et l'origine des êtres dans lesquels était répandue la vie. Ils naissaient par une génération spontanée. Les éléments qui les constituaient, -*■ force et matière, — se multipliaient et se transformaient d'euxmêmes. Les éléments qui les composaient se séparaient et se dispersaient, sauf è se réunir pour former d’autres Moltnart 18

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êtres. Mais l’fttré (|ui avait vécu disparaissait à jamais, en emportant la croyance religieuse^ L’immortalité del’àme, Telle était la conclusion nécessaire du matérialisme.

L’immortalité de l’àme est, il fautle dire, absolument contraire au témoignage de nos sens. C’est pourquoi les médecins, les physiologistes, les naturalistes, qui éludient les fonctions des organes vitaux, et les conditions de la vie, sont généralement matérialistes. Ce qui les confirmé dans cette conviction, c’est qu’aucun témoignage irrécusable n’a attesté la résurrection d’êtres que ta mort a frappés c! dont elle a dissous les éléments. Ajoutons que les découvertes contestées du spiritisme et de l’occutlîsmo n’ont pas suffi jusqu’à présent à infirmer le témoignage de leurs sens. Un petit nombre de ces savants, à la vérité, et parmi eux des hommes do génie, pourvus do l’organe fortement développé de la religiosité, ont opposé ce sentiment à leurs sens. Cher, les uns, le sentiment religieux est demeuré le plus fort et il a fait lairo les sens, non toutefois saps une lutte pénible. Le credo plia absm'dum de Pascal on est le plus saisissant exemple. D’autres, animés de même à un haut degré du sentiment religieux, l’ont détourné du oulte d’une Divinité surhumaine pour le porter sur l’humanité, ou pour celle partie do l’humanité qui constitue ta patrie, ou bien enfin sur leur « moi » î mais ni l’humanité, ni la patrie, ni le moi n’ont rien de vénérable ; on poul les aimer tout en reconnaissant leur

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MATÉRIALISME ET STU11ÎUAUSMB

imperfection et non les vénérer. Mais chez le plus grand nombre, le témoignage des sens l'emporte ; et depuis que la propagande des doctrines matérialistes a cessé d’être interdite par les détenteurs du pouvoir temporel associé au pouvoir spirituel, elle trouve des adeptes de plus en plus nombreux dans la multitude dont elle flatte les poncliants les plus forts.

Ici apparaît le danger social du matérialisme. Si, comme l’affirment les matérialistes, l'existence de l'homme est bornée à ta courte durée de sa vie terrestre, quel est le but que sa nature mémo l'excite à poursuivre de préférence à tout autre ? C’est l’acquisition do la plus grande somme do jouissance, de l’instrument qui la procures l’argent. C’est encore d’évi 1er la peine. Or, l'individu à, envers lui-même et envers autrui des devoirs dont il ne peut s’acquitter qu’en s'imposant de3 privations, en subissant une peine. 11 n’accomplira donc que ceux qui lui procurent une jouissance supérieure b la peine. S'il ne possède, par exempte, qu'à un faible degré le sentiment de la paternité, il ne s’imposera point les privations et les sacrifices que nécessite l’entretien de ses enfants ; il les astreindra même à un travail destructif do leur santé et do leurs forces pour augmenter son propre bien-être. S’il ne se borne pas à négliger des devoirs dont l’accomplissement lui cause une peiné supérieure à la jouissance qu’il en tire, s’il est tenté do porter atteinte à la vie ou à la prospérité

d'autrui pour satisfaire sas passions ou ses appétits, que! frein sera assez puissant pour l’en empêcher? 11 n’en est qu'un seul qui est ta vertu d’opposer à la jouissance résultant de la satisfaction d'une passion ou d’un appétit la crainte d’une peine supérieure et certaine, c’est le frein religieux. Les freins humains, savoir la répression pénale, la réprobation de l'opinion et les remords de la conscience sont incertains et variables. Si bien armée que soit la répression pénale, on peut y échapper ainsi que l’atteste le nombre des délits et des crimes dont les auteurs demeurent inconnus; la réprobation de l'opinion n’est pas plus sftro que la répression pénale, et comme elle est sujette a se tromper en condamnant un innocent et en absolvant un coupable, reste l'injonction, l'impératif catégorique de la conscience et ta crainte de ses remords. Mais le sentiment de la justice, moteur da la conscience, est inégalement distribué parmi les hommes, et l'expérience démontre qu’il est rarement assez fort pour résister à toutes les tentatives nuisibles à soi-même et 4 autrui. Une société dépourvue du frein religieux est donc privée de la plus sûre des sauvegardes et exposée à succomber sous l’atteinte des causes qui agissent incessamment pour l'affaiblir et la ruiner. ■ - -

Le matérialisme né psut assigner à l'humanité d’autre but que le bonheur dans la courte et unique existence terrestre, et l’acquisition de la richesse qui multiplie les

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jouissances consliluti vos du bonheur, mais il est des biensqui échappent A la richesse, telle est la santé. Il y a des hommes voués dans le cours de leur vio h de conlinueltes et inguérissables souffrances, d’autres qito la nature a traités en marâtre en leur infligeant desdi'for • mités ou des maux repoussants, d’autres encore qui ne peuvont entretenir leur vie et celle des êtres qui leur sont chers qu’au prix d'efforts et de sacrifices que ne rachètent point des jouissances équivalentes, dont la vie, cij un mol, se solde en perte. Que leur conseille lour intérêt bien entendu? C’est do se délivrer d'uno existence dans laquelle la somme des maux l’emporte sur celle des biens, et même de s'en débarrasser sans aucun retard pour s’épargner, à mesure qu’elle se prolonge, les souffrances croissantes que cette inégalité accumule, c'est de recouvrir au suioido, et s’il ressort de l’étude de l'histoire que la somme des maux que l'immense majorité de l'espèce humaine a souffert et continue à souffrir dépasse celle des biens, travailler & sa destruction ne serait-ce pas accomplir une œuvre philanthropique? I, 'excédent de jouissances d'une minorité de puissants et de riches compense-t-elle celui des souffrances de la majorité des faibles et des misérables?

Mais en supposant même la nature préoccupée uniquement de cetto minorité, lui procure-t-elle des satisfactions égales à ses désirs ? N'a-t-elle pas donné à ses élus, ou n’ont-iis pas acquis, la conceplion de jouis-

ULTU1A VERBA

sances qui leur sont et leur demeureront toujours inaccessibles, ne fiit-co que celles du spectacle de l’univ.eraî Et ne leur arrive-il pos de se demander s'ils ne sont point, au sein de cet univers grandiose et perpétuellement en travail de créations nouvelles, un rouage inutile? ils auront la conscience d'y vivre quelques jours sans autre but que de se procurer des jouissances toujours incomplètes. Pour ces privilégiés eux-mêmes, la vie n'aura dono été qu'une déception amère ? Telle est l'impasse h laquelle aboutit l'hypothèse matérialiste.

Spiritualisme. — L’examen du matérialisme aboutit b cette double conclusion : 1" Qu’il estjincompalible avec l'existence des sociétés humaines, qu’il en amènerait promptement ta dissolution en supprimant la sanction certaine que la religion apporte à l'accomplissement des devoirs nécessaires à la conversation de l’existence des sociétés ; 2° Que l'existence du sentiment religieux chez toutes les races qui constituent l'humanité atteste celle d’êtres supérieurs que l’homme est naturellement porté & aimer et è craindre ; que l'existence même de ce sentiment est une preuve qu'il a sa raison d'être, aucune des facultés existant dans l'homme aussi bien que dans les êtres inférieurs n’étant inutile. Ainsi la foi en i'exis-

MATERIALISME ET SPIMTUAUSME

ton co d'êtres supérieurs & l'homme, autrement dit do Divinités, apparaît comme une condition nécessaire de l'existence des sociétés, il défaut de laquelle l’hoinmo ne pourrait subsister. Ainsi encore, l’homme est porté par une faculté inhérente & sa nature' ii vénérer des êtres supérieurs à lui-même,

ïelle est l’origine du spirilualisme.il a sa source dans le sentiment de In religiosité. C'est sous l'impulsion de ce sentiment qu'il a conçu d’abord l’existence île Divinités, en leur prêtant des formes qu’il trouvait dans le milieu où il était jeté, et en leur attribuant des passions et des besoins qu’il éprouvait lui-même. Le plus urgent de ces besoins étailcelui de la nourriture j venait ensuite le besoin d’un abri, d'un logement, d’ornements, etc., pour les images représentant les Divinités. Il pourvoyait à Ces besoins en leur offrant les aliments qui lui fours nissaient sa propre subsistance, les végétaux, le blé, le riz, le vin, lorsqu’il eut commencé à les cultiver, la chair des animaux, y compris celle de l'homme chez les tribus antropophages (t), en leur bêtissantdes demeures

(l)L'anlhropophagie organisée!

La chef d'un détachement envoyé au Cameroun pour chitier des indigènes rebelles, le capitaine Dominib, a envoyé à Berlin des rapports éolairanl d’un jour ourleux les mœurs des peuplades barbares parmi lesquelles il a dd rèjourner.

C’est ainsi que, suivant cet officier, Ia tribu des Makas, où la coutume de manger in ohair humaine est restés sn vigueur, a en quelque sorte organisé l'anthropophagie.

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en reproduisant leurs images (elles qu’il les imaginait : gracieuses ou terribles, en les ornant do bijoux et de pierreries. En échange, il leur demandait leur protection contre les ennnemis et les lléaux qui lo menaçaient. Cette protection que les plus Torts accordaient eux-mêmes aux plus faibles sous l'influence d’un sentiment (le sentiment fraternel par exemple) ou d’un intérêt, impliquait naturellement la soumission ou l’obéissance du protégé au protecteur. C’était grAce à la supériorité de leur puissance que les Divinités pouvaient défendre l’homme contre toute espèce de périls, Mais ce service elles ne pouvaient le lui rendre qu’à la condition qu’il se soumit à leurs injonctions. Car en leur désobéissant, il s'exposait à des risques qu'elles ne pouvaient prévoir, comme it arrivait lorsqu’un enfant désobéissait à sa mère. Si peu intelligent que fut l'homme, il comprenait cetle nécessité. Il comprenait en même temps que les ordres des divinités lui étaient utiles, parlant justes, qu'elles étaient intéresséesà sa conservation et à sa prospérité, en raison du tribut qu’il leur fournissait. L'obéissance aux règles de conduite que prescrivaient les Divinités, et qu’elles transmettaient par des intermédiaires

L’homme y joue Je rôle, si l'on peut dire, dès animaux réservés à la boucherie. On engraisse Ut-bas un homme comme on engraisse un bœuf ici, et les gens un peu aisés, quand il leur arrive des hôtes inattendus, font tuer un homme en leur honneur, comme on tuerait ici une volaille.

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MATÉBIAMSME CT ■8WMTUAU8MB

dont la foula reconnaissait la supériorité religieuse, devint ainsi la condition do la- conservation de l’existence .des tribus primitives, puis des nations qui leur succédèrent. Et toute infraction & ces règles, toute désobéissance aux ministres spirituels puis temporels qui les promulguèrent devint, dans l’opinion de la foule, une atteinte portée à sou existence, partant le plus odieux des crimes. Ce crime lit inventer les plus cruels supplices. Mais lo mémo sentiment de la conservation i qui agissait pour proscrire l’obéissance aux règles édictées par les Divinités protectrices de la tribu ou de la nation allait encore se fortifier eii prolongeant au delà de la vie terrestre l’existence do l’homme, partant le pouvoir des Divinités, et la nécessité d'obéir à leurs règles sous peine de s'exposer aux châtiments qu’elles jugeaient nécessaires d’infliger. Aux pénalités temporelles s'ajoutaient alors des pénalités ultra-terrestres, avec des récompenses spirituelles qui renforçaient l'obéissance aux règles de conduite édictées parles Divinités, à la fois dans l’intérêt de la tribu ou de la nation qu'elles protégeaient et dans leur propre intérêt, En d'autres termes, l'autorité des Divinités acquit alors un maximum do puissance, et elle devint, aussi longtemps que persista une foi aveugle en l’existence des [Divinités, un instrument incomparable d’ordre et de paix au sein des sociétés.

Le sentiment de la prolongation de le vie au delà de

UITÎM.V VEBBA

l'existence terrestre apparatt de bonne heure chez les races dans lesquelles le sentiment religieux élait le plus prononcé, sans que, néanmoins, l'on constate son existence dans toutes. Il se manifeste au début par la satisfaction des besoins ou des désirs matériels les seuls qu'éprouvassent les vivants. On leur apportait de la nourriture, on les logeait dans des tombeaux où ils se trouvaient à l'abri de la dent des bétes féroces, en immolant des esclaves pour servir leurs 'maîtres, On s'ingénie à préserver les corps de ia corruption dans l’espoir que l'esprit qui les animait persisterait ù s’y loger i on arrive ainsi par gradation à l'immortalité de l'Ame qui satisfaisait A la fois les sentiments d’affection de la famille à mesure qu’ils naissaient du concours des proohes et du pouvoir des délégués des Divinités, Selon que les vivants avaient obéi aux injonctions des Divinités et leur avaient payé leurs redevances, on récompensait les morts, sinon elles lui infligeaient des pénalités que l'imagination choisissait parmi les plus douloureuses. Evidemment, cotte sanction posthume devait avoir pour effet de porter au plus haut point l’autorité des Divinités et i’on s'explique que leurs ministres aient fait partout un article de.foi de ce dogme issu du sentiment de la conservation. Un autre dogme, issu de l’esprit de causalité, lorsque i’homme ne fut plus complètement absorbé par des besoins plus pressants, se joignit à celui-là, celui qui attribua aux Divinités de la

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tribu la paternité de leurs sujets, puis la création du milieu où ils vivaient, du soleil et des astres qui lui fournissaient la chaleur ot la lumière. La Genèse nous fournit l’expression des données que l’imagination et le sentiment populaires apportaient à celte croyance, à l'époque où la science n’était pas née. Ainsi se sont formées, les religions qui l’avaient précédé. On y voit apparaître successivement les pièces qui les constituent, quelques-unes toutefois manquent ou sont ù l'état embryonnaire : dans les plus basses, on voit naître, sous l'impulsion du sentiment de la religion, des esprits ou des Divinités dont l'homme implore la protection et les services centre les dangers qui le menacent, et qu’il rétribue en raison de leur importance ; il obéit à leurs injonctions dont l'expérience lui démontre la nécessité, et qui deviennent lo fondement de la morale. Ainsi donc en premier lieu services rendus aux hommes par de' êtres d'une puissance supérieure en échange d'uni* rétribution, obéissance aux règles de conduite qu'elles " jugent nécessaires à la conversation do leur peuple, à laquelle elles sont intéressées en raison des revenus qu’elles en tirent, revenu d'abord exclusivement matériel, ensuite matériel et moral matériel consacré principalement ù l'entretien de leurs ministres, satisfaction morale pour elles-mêmes. En second lieu, le senlinient de la conservation greffe sur les religions la persistance de la vie, puis la causalité attribue aux Divinités la

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oréalion da l'homme et du milieu ou il vit. Tels sont les matériaux dont se composent les religions.

Les religions se développent puis déclinent, Mais ollés ne peuvent pas plus disparaître que la faculté qui les fait nattre. Elles sont simplement remplacées par d'autres mieux appropriées à l’état moral et intellectuel do l'homme, tout en subsistant sous des formes différentes dans les classes dont l’état intellectuel et moral n’a pas changé. C'est ainsi que le paganisme asurvécu et survit encore ches les classes qui n'ont point trouvé parce qu'elles n'ont pas compris, dans le Christianisme un idéal moral plus pur et plus élevé. C'est ainsi encore que la paresse et la corruption de trop de ses ministres ont affaibli dans les âmes le sentiment religieux et suscité les progrès du matérialisme. Mais le déclin religieux qui menace en ce moment le mondo chrétien est dû non à son infériorité morale, mais au progrès de la science. Quoi qu’elles n'aient ripn d’essentiel, les conceptions attardées de la Genèse, que le Christianisme a héritées du Judaïsme, ont jelé le doute dans l’esprit de l’élite du monde ohrélien et fuit choisir entre les enseignements surannés de la foi et les vérités démontrées de la science. Toutefois, à moins doné de quelque révélation divine, le Christianisme restera la religion de l’élite de l’huma- ' nité.

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LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE LA GUERRE

Molinari

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LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE LA GUERRE

La guerre a été longtemps la reine des industries. Voyons ce qu’elle a été d’abord. Son objet était le pillage! tel il est encore chez les peuples sauvages. Mais les hommes les plus intelligents ont un jour compris que la guerre ne rapportait que pendant sa durée et ils se sont efforcés d'en rendre les bénéfices durables sinon éternels. Qu'ont-ils fait? Ils ont d’abord conquis les peuplades avoisinantes et se sont emparés de leur domaine. Puis, h la suite de l'invention de l’agriculture, ils ont obligé leurs sujets réduits en esclavage b cultiver la terre et à leur en verser le produit, ait moins double ou triple et même infiniment plus considérable que le pillage. Ils ont ainsi acquis ta sécurité de la nourriture en se bornant à se charger de l’entretien de leurs

UCTIMA VEKBA

esclaves, qui leur ont ensuite bâti des châteaux pour tes protéger. La terre, alors, était féconde et produisait au moins le double de ce qu’il fallait pour l'entretien des esclaves. Ainsi s’expliquent les énormes dimensions des monuments encore existants.

A mesure que les peuples conquérants sont devenus plus riches, ils ont voulu employer leurs esclaves & des besognes qui satisfaisaient davantage l'ensemble de leurs besoins. Néanmoins, aussi longtemps que les guerres ont été entreprises, elles ont ou le même objet : le profit. Tel a toujours été le but que les conquérants se sont proposé. Ils ont ainsi obligé les uutres nations & résister à leurs attaques.

La guerre était afférente au gouvernement, qui l’engageait ou la soutenait. Elle donnait au gouvernement victorieux des profits supérieurs à ceux dos du 1res industries, soit qu’il s’emparât d’une partie ou de ia totalité de la population soumise au gouvernement vaincu, soit qu’il établit des impêts qui rapportaient au delà des frais de la conquête. C’est ainsi que Rome s’annexa les province d'Afrique, de la Sicile et de l’Espagne, qui auparavant appartenaient à Carthage. Aussi bien dans l'antiquité qpe dans les temps modernes, les guerres ont eu le même objet.

Seulement, il s’est opéré une révolution silencieuse qui a rendu la guerre de moins en moins productive Elle a fini par se solder en perte. Les instruments de

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LA DÉVOLUTION SILENCIEUSE, LA OUEnitE 320,

destruction se sont perfectionnés et sont devenus de plus en plus chers : fusils et canons ont remplucé massues et flèches, Depuis 1870 ils sont devenus do plus en plus coûteux. Aujourd'hui, on utilise la dynamyte et autres variétés d'e xplosifs, Je prix des navire de guerre a presque décuplé et l'armement terrestre a augmenté dans les mêmes proportions ; nous en avons pour preuve les chiffres rapidement croissants des budgets de la guerre. La guerre est donc en train de devenir une mauvaise affaire ; et plus maintenant, on |a fera, plus elle aggravera les charges des populations, Ceci est d'autant plus grave que, pour ne pas rencontrer une oppositiou insurmontable dans l'augmentation des impôts, on aura plus volontiers recours à l’emprunt. Les dettes se multiplieront, Elles son t déjà de ISO milliards. Elles doubleront dans l'avenir. La guerre franco-allemande a coûté au moins 20 milliards au vaincu; ail vainqueur elle apporte chaque jour une surcroît de dépenses; contre l’exagération des impôts, la nation victorieuse a Uni par réagir, La guerre russo-japonaise a coûté au moins autant, sinon plus. El ces fonds ont été dérobés û la production.

La guerre fait aussi, souvent, perdre des sommes considérables à ceux- qui n'y sont pas engagé?. La guerre civile des Etats-Unis, guerre de Sécession, a causé, aux peuples qui employaient le colon, un dommage énorme, tout en provoquant, en Ângte-

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terre et en Fiance, un déploiement extraordinaire de oharilé.

Cependant les guerres sont devenues plus rares parce que les popuialions sont maintenant réunies en plus grands états, témoin l'Italie et .l’Allemagne. La sécurité s'est étendue même dans les pays considérés comme barbares. Aujourd'hui on peut pénétrer chez la plupart des peuples sans avoir à craindre pour sa vie, témoin la masse croissante des. voyageurs, et même des explorateurs, Comment se fait-il que les instruments de guerre se soient multipliés et que les peuples supportent actuellement un fardeau plus lourd que celui qui les accablait autrefois, puisque faire de la sécurité, e’est élargie? C’est que les hommes auxquels la guerre est profitable ont acquis une prépondérance qui devient de plus en plus générale.

Néanmoins, les transactions se sont considérablement accrues j il y a', à présent, u n chiffre de commerce extérieur beaucoup plus élevé qu’en 1840, C’est pourquoi la possibilité de la guerre est bien autrement dangereuse. Supposons que la guerre éclate eulro la France et l’Allemagne, l'une voulant recouvrer ses provinces, l’autre désirant conserver ses conquêtes, ce serait un dommage qui s'étendrait jusqu’aux parties les plus reculées du globe. On a peine é concevoir la grandeur du désastre qui atteindra même les peuples qui ne participeront pas ê celte guerre. C’est pourquoi

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LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE. LA OUEBRE 331

nous avons préconisé l'organisation d’une Ligue des neutres. ' . ■

Dêjk au xvm' siècle, on s'était préoccupé des énormes pertes que les belligérants causaient aux nations neutres ('impératrice de Russie avait songé 4 (aire définir leurs droits; Elle ne donna pas suite & ce projet (1 j. .

(1) C'est en 1780, pour le première fois, qu'une tentative est faite pour déterminer, .d’une manière générale et permanente, le droit deeneutrea, en restreignant à de justee limitée le droit des belligérante. Cette tentative est due k l’impératrice Cathe- 1/ rine de Russie ; mate elle n’a point sa source doue des vues libérales et progressives ; elle est le résultat fortuit d'une intrigue de cour. I, 'Angleterre, alors en guerre avee la France, les Etats-Unis et l'Espagne, intriguait pour obtenir l'altianee de la Ruelle, et elle avait gagné b sa cause un des favoris de l’impêrelrtee, le célèbre Potemkln. Sous l’Influence de Potemkin, l'impératrice consentit k offrir k l'Angleterre sa médiation armée, comme équivalent de le permission laissée k la Russie de poursuivre ses desseins sur l'empire ottoman , Male un autro favori, Panin, probablement gagné d'un autre côté, s'attacha k contrecarrer les desseins de l’Angleterrè, et 11 réussit k faire signer k l’impératrice une déclaration eentreire aux principes que le gouvernement anglais e'elforceit de faire prévaloir en matière de neutralité maritime.

Celte déclaration, qui marquait un progrès notable aur les coutumes Jusqu’elors en vigueur, reçut successivement l'adhésion du Danemark, de la Suède, des Etats-Unis, de la Prusse, de l'Autriche, du Portugal et dea Deùx-Siciles. Las règles suivantes s'y trouvaient établies t

s t» Que tous les vaisseaux neutres pourront naviguer librement de port en port et sur les cotes des nations en guerre ;

« Se Que les marchandises appartenant aux sujets des nattons

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On doit craindre qu'à la suite d'une guerre européenne l'ensemble des dettes des titals soit presque doublé. Les populations lie pourront soutenir des guerres dovenues trop onéreuses — ou subvenir sus frais des préparatifs de guerre — et, malgré ceux qui

belligérantes seront libres dans des vaisseaux neutres, excepté les articles de contrebande;

« 3» Que l'impératrice, quant & la apéoiflcatlon dea mirebandiaes ol-dessus mentionnées, s’en lient S ce qui est dit dam lé* iO» et ii s articles de eoA traite de commerce avec la Grande-Bretagne, étendant ces obligations h toutes le* puissance* en guerre. (Le traité d'amitié et de commerce de 1761 entre la Grande-Bretagne et le Russie, erl. 10, restreint la contrebande eux munitions de guerre ; et l'art, il déflnit oeilesci comme consistant en canons, mortiers, armes k feu, mèches, poudre, salpêtre, soufre, cuirasses, piques, épées, ceinturons, poches k cartouches, selles et brides, eu delk de la quantité qui peut être nécessaire pour l’usege dea vataaeaux, etc,)

« 4» Que pour déterminer ce qui caractérise un. port bloqué,! on n'ucoordera Cette dénomination qu'a celui où, par la disposition de la puiasance qui l'attaque aveo des valeseaux arrêtés et eufllsamment proches, il y a un danger évident d’entrerl

Malheureusement les principes libéraux qui servaient de baie k cette déclaration ne devaient recevoir aucune application. Non seulement on n'en tint aucun compte pendant Us guerres de la Révolution, mais encore on cassa alors d'observer les règle* établies, et l'on en revint aux errements de la barbarie primitive.,, Ce n’est qu'en 185* que les gouvernements Iraacnle et anglais ont signé des déolaraiions qui, oui fait triompher définitivement les principes que Us neutres avaient essayé de faire prévaloir' en 1780, (Question! dVconomfa jw!(%ne et de drôle public, tome li )

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de France

LA RÉVOLUTION SILENCIEUSE. LA GUERRE 333

en profitent et qui opposeront, sans nul doule, aux efforls pacifiques, une résistance acharnée, elles rejetteront, ce lourd fardeau. Et ce sera la On de ta guerre, lille coûtera trop oher aux >lt»àp). e t elle causera lux neutres un do ni m ago'e^îssa n i , ■ ‘'.f-N

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

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