‹ Ulysse, ou, Les porcs vengésChapitre 23 sur 40 · CHOEUR DE PORCHERS · texte numérisé non relu

CHOEUR DE PORCHERS

Vive le piéton,

Le picton a du .

ülysse ( interrompant les porchers).

Due nous chantez-vous là, crétins, vous vous trompez. C’est un air de pochards qu’ici vous répétez...

Dans ces momens si doux dites-nous autre chose.

De Minerve plutôt chantez l’apothéose.

ULYSSE

(Redoublem nt de musique, les clarinettes font en- 'endre des accens celestes, ce qui n’est pas naturel d indique clairement qu’il va se passer quelque chose d’extraordinaire.— Minerve apparaît dans les airs et tient ce discours du haut d’un nuage.)

MINERVE

Les cochons sont vengés, vous êtes tous heureux, Je vais gobichonner à la table des dieux !

STEEPLE-CIIASE

PIAFFADES PRELIMINAIRES.

La plus noble conquête que le cheval ait faite sur la nature, c’est l’homme. (Buffon rectifié par moi.)

o ut homme qui pour écrire a besoin d’avoir des manchettes de dentelles au lieu de se contenter de porter des bouts de manches en toile grise, prouve par ce seul fait qu il est dominé par un grand orgueil.

C’est à l’incommensurable amourpropre de Buffon que nous devons attribuer certaines erreurs qui se sont glissées dans ses ouvrages; — si ce grand naturaliste avait eu

STEEPLE-CHASE

moins de manchettes et de fatuité il n’aurait jamais osé faire imprimer que l’homme est le maître du cheval : — il suffit d’aller faire la plus petite promenade au bois de Boulogne, notamment le dimanche, pour acquérir la preuve du contraire.

Jusqu’à présent les Parisiens ont accepté ce passage de Buffon comme article de foi, attendu que les Français ont le plus profond respect pour toute phrase imprimée, surtout lorsque l’ouvrage est orné de gravures enluminées; — ensuite parce que tous les hommes, meme ceux qui ne portent pas de manchettes, ne sont pas sans avoir leur petite dose d’orgueil et que leur vanité les pousse à se laisser persuader que le cheval est bien réellement leur conquête.

Le préjugé en question s’est enraciné d’autant plus facilement dans tous les esprits que, nous devons le reconnaître, les chevaux n’ont nullement essayé jusqu’à présent de réfuter le chapitre que Buffon leur a consacré : — ils auraient pu le faire sans aucun doute, car, depuis le règne de Louis XV, on a compté en France un très grand nombre de chevaux savants.

Des gaillards capables de dire immédiatement et sans l’aide d’une montre l’heure qu’il est et qui in-

STEEPLE-CllASE.

diquent sans hésiter la personne la plus gourmande ou la plus amoureuse de la société réunie autour d’eux, pourraient facilement dicter à un écrivain public un mémoire appuyé sur la logique et basé sur des faits.

Cela me fait soupçonner que, quoi qu’en dise M. de Buffon, qui soutient que le cheval est naturellement travailleur, ce quadrupède est tout aussi paresseux que l’âne.

Il est un autre proverbe qui a également cours en France, et toujours depuis le règne de Louis XV, ce qui nous ferait supposer que M. de Butfon n’est pas, encore cette fois, étranger à l’affaire, — ce proverbe le voici : — Paris est le paradis des femmes et l’enfer des chevaux.

Je ne sais pas s’il est bien vrai que les Parisiennes se trouvent toutes en paradis, mais, ce qu’il y a de bien certain, c’est que la ville en question est loin d’être l’enfer des chevaux, surtout depuis l’invention du macadam, cette litière de boue que l’on a étendue sur les boulevards à leur intention.

Il est parfaitement reconuu que les Parisiens qui possèdent des chevaux ont grand soin de ne les fair atteler

ST1EPLE-CH ASE .

Ni lorsqu’il pleut,

Ni lorsqu’il neige,

Ni lorsqu’il fait trop froid,

Ni lorsqu’il fait trop chaud.

Quant aux quadrupèdes chargés spécialement de traîner les voitures de place, ils sont obligés de travailler un peu plus, — mais encore tous les Parisiens ont-ils eu cent fois l’occasion de se convaincre par eux-mêmes que lorsqu’on prend un fiacre à la course les chevaux ne trottent guère, et lorsqu’on le prend à l’heure les chevaux ne trottent pas du tout.

Autre observation qui ne manque pas de justesse et qui vient parfaitement à l’appui de ce que nous avons avancé : — dans tout le département de la Seine, le prix moyen de la nourriture d’un cheval est de cinquante sous par jour, tandis qu’une foule de Parisiens s’estiment fort heureux de pouvoir dîner à trente-deux sous, — quand ils dînent !

Enfin, dernière remarque : — Une législation spéciale a été faite en faveur des quadrupèdes français. Tout individu qui bat un cheval est puni de plusieurs jours de prison et de quinze francs d’amende : — tandis qu’un homme qui rosse un autre homme en est quitte le plus souvent pour aller passer quelques

STEEPLE-C11ASE.

heures au violon, — et encore arrive-t-il parfois que le caporal qui vient pour arrêter le délinquant se contente, lorsqu’il est cloquent, de lui adresser une simple admonestation en public.

Maintenant arrivons aux moyens inventés depuis quelque temps pour améliorer les chevaux et pour détériorer les cavaliers : — nous voulons parler des courses et des steeple-chases.

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